‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 24 sur 284 · LA DUAGONNADE AU BAS-LANGUEDOC · texte numérisé non relu

LA DUAGONNADE AU BAS-LANGUEDOC

La (^our avait compté sur raflblement que provoquèrent ces récits. Ce n'est pas fortuitement en elTet que le Bas-Languedoc et les Gévennes se trouvèrent les dernières provinces méridionales livrées aux soldats convertisseurs. Daguesseau. le janséniste, pris peut-être de quelques scrupules au moment où l'iniquité devenue brutale se couvrait à peine de prétextes légaux, avait demandé au roi son rappel. Ce fut son successeur Bà ville, passant du Poitou au Languetloc. ({ui transporta dans sapi'ovince nouvelle, à la lin de septembre, des procédés (jui venaient de faire leurs preuves. Elevé par les jésuites et théologien à ses heures, exécuteur passionné, à la fois servile et supérieurement intelligent, des volontés absolues du roi, « du Maître», comme il disait, il s'imposa à Louvois connue l'homme capable de ramener à l'Eglise sans ellusion de sang les plus inquiétants des huguenots de France '.

A peine arrivé à Montpellier, où il précédait de quelques jours la venue de troupes fraîches, il se concerte (27 sept. 1083) avec le cardinal de Bonzy et Nouilles, sur les uiesures à prendre. Les principaux religionnaires, plusieurs fois réunis déjà sous les yeux de l'ancien intendant Daguesseau sont convoqués à nouveau (le 28) devant lévcqueetle commandant militaire. On leur apprend la conversion de Castres et de Millau. Noailles les somme d'obéir aux ordres du roi et de rentrer dans le sein de l'Eglise, faute de quoi il les livrera à la discrétion des troupes qui campent hors de la ville, devant les portes fermées, qu'aucun protestant ne peut franchir. Ils se résignent à céder le 29 septembre, quand huit compagnies nouvelles viennent doubler le nombre de celles qui attendaient déjà la curée. En trois jours, 0,000 protestants abjureront, dans la cité où ils demeurent emprisonnés''.

Mais les troupes se sont déjà dispersées. La défaite de Montpellier doit préparer celle de Nîmes, dont la chute aura plus de retentissement encore. La cité huguenote est savamment investie. Mauguio, Lunel et Sommières succombent le 29. Marsillargues et Aimargues le 30. Le 30 encore, les dragons sont à

1. Sur Daguesseau voir (iachon, p. Ii')2, l'.i'.i. Sur Bàville, Nap. Poyrat : llist. des pasteurs du déserta 181-2, p. llS. et Bull. LIV, i:J(i(touchant un portrait du musée de Montpellier qui représenterait Tintendant). Nicolas de Lanioi},'-non (de Hasville], chevalier, coiute de Launay Coui-son. seigneur de Bris, N'augrigneuse, marquis de Lamotte (^handenier, Beuxe et autres lieux; conseiller d'Klat, intendant de justice police et finances de la province du Languedoc, était né à Paris en 1648.

2. Corbière, p. 261 : Hist. du Languedoc XIII, 534, XIV, 1303, et une lettre de Desgroulx C. 166 (voir la seconde des notes suivantes).

Bernis. «En moins de vins^t-quatre heures, écrit le curé, tous les habitants signèrent une délibération par laquelle ils promettaient d'embi-asser la R. G. A. et R. M"" Gasagne, ci-devant ministre (de Bernis même) la signa le premier... s'éci^iant tout haut devant l'assemblée la plume à la main : Je proteste devant Dieu et devant les hommes que signant, je crois ne rien faire contre ma conscience ! ». Le 2 octobre, les troupes de Bernis, qui ont réduit aussi Codognan, délogent, et partent pour Nîmes. Depuis une quinzaine de jours, une salutaire terreur est entretenue dans la ville. A la nouvelle des dragonnades de Montauban, quelques hautes familles ont déjà « débagagé». Le dimanche 23 septembre, M. de Montanègre a signifié au Consistoire l'arrêt qui condamne le temple, et à huit heures du soir, à la tête de trois compagnies, il est allé mettre les scellés sur la porte de l'édiiîce. L'effroi s'accroît. Pour arrêter l'exode, les portes de la ville sont fermées, sauf deux, et interdites aux protestants. Une ordonnance de Bàville est publiée, qui condamne à mille livres d'amende ceux qui se sont absentés par crainte des dragons, et l'inventaire de leurs meubles est immédiatement dressé, prélude menaçant d'une confiscation définitive*. Le 2(î, Noailles, qui revient de Paris pour mener à bien cette fois la grande œuvre, s'arrête quelques heures. Il convoque le ministre Gheiron et les plus apparents du Gonsistoire, les informe de la mission dont le roi l'a chargé, leur donne huit jours pour se faire catholiques, et part pour Montpellier. On apprend coup sur coup que les réformés de Valence et de Montélimar sont réduits, que les troupes du Rouergue vont envahir les Gévennes. La chute de Montpellier est annoncée, celle aussi de Sommières et des Eglises de la banlieue. Le 3 octobre enfin, dans la ville toujours close, Noailles revient, avec Bàville et le cardinal de Bonzy. Il est soutenu de trois régiments qui portent à 8,000 le nombre des soldats amassés. Gheiron et le Gonsistoire tentent de parlementer. Noailles leur déclare « qu'ils ne font plus de corps », et les renvoie. Saint-Gosme. qui a abjuré secrètement à Paris, au cours d'une mission dont la chargé le Gonsistoire même, et qui a travaillé ses amis, assemble 120 notables chez lui, qui promettent enfin de se soumettre. Le 4, il

1. G. 159. 28 sept. 1863 « étant informé que sur le bruit de l'arrivée des

troupes qu'il plaît au roi d'envoyer dans cette province, plusieurs particuliers faisant profession de la R. P. R. ont quitté et abandonné leurs maisons, transporté et caché leurs meubles et ettets pour s'exempter de donner le logement aux troupes. ...»

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