L ATTENTE DE LA DÉLIVRANCE
(Août-Octobre 1691)
Le soir même de l'assassinat de Bagars, Etienne Plan remonta vers ses deux frères et vers La Jeunesse à la claie des Cabanes. La Rouvière dépêcha Valdeyron à Vivent pour lui rapporter l'affaire, et lui recommander de se cacher, toutes les troupes étant en campagne. Pour lui, avec Gay, Dauphiné et Espaze, il poussa plus haut encore, jusqu'au logis de l'Asclié, où ils arrivèrent sur les dix heures du soir, et firent lever l'hôte en se donnant pour des miliciens qui cherchaient les meurtriers du consul. Ils y mangèrent et y burent, Golognac. inquiet, faisant le guet à la porte. Une heure après leur départ, une compagnie de dragons accourue de Lasalle entrait à son tour dans l'auberge.
Vivent jugea prudent de quitter Pomaret, et suivi de Cévennes et de A'^aldeyron, vint se réfugier dans une baume, au-dessous du mas des Ondes. Là. le fermier Martin lui ayant appris que la Jeunesse et son frère, Grevou. Espaze et les Plan étaient encore aux Cabanes, il alla leur demander des nouvelles de La Rouvière'. Quelques jours plus tard celui-ci revenait du A'^igan, où Gapieu avait été arrêté par un soldat de bourgeoisie, puis relâché.
Au commencement d'août, Brousson, revenant d'Uzès, était aux environs de Lasalle. Il y cherchait Vivent pour affaire d'importance : Hue, le capitaine des Barbets, apportait de la Suisse de nouvelles instructions. Mais Vivent, depuis la mort de Bagars, n'avait pas reparu. Il est possible que Brousson ait profité des dispositions heureuses où il trouva le vallon, pacifié par la mort de l'apostat, pour prêcher une fois de plus aux
^. Etienne Plan ayant deux chapeaux (dont Tuu provenait du meurtre de Bagars). Vivent i^ lui dit d'en donner un à Valdeyron », ce qu'il lit.
IILT. AU MOULIN UE ISEAUCOURS i'Xi
Sognes. où Anne Baudoin déclara l'avoir entendu « pendant Tété ». Il aurait alors passé deux ou trois jours à Rieunial, où la D"^ du Roulet serait venue le voir. Il était avec Hue au moulin de Beaucours, sur le Grieulon (entre Durfort et Quissac), depuis huit jours, lorsque Henri, à Rieumal même, retrouva Vivent qui arrivait enfin des Ondes'.
Toujours accompagné de La Bouvière, de Gévennes et de Languedoc, le prédicant suivit Henri jusqu'au moulin où l'attendaient Brousson et l'officier. Tous trois eurent dans le jardin du meunier Astruc une conférence de plus de deux heures. Après quoi le capitaine repartit vers Nîmes, et Brousson, ayant donné quelques prédications aux environs de Saint- Félix et d'Anduze, retourna une fois de plus du côtéd'Uzès '.
Rien ne nous a été conservé de la conversation des deux prédicants avec l'envoyé de Schomberg. Les premiers mois de 1091 n'avaient pas été heureux pour les ennemis de Louis XIV. La brusque prise de Mons (8 avril) en face des armées du prince d'Orange demeurées immobiles, n'avait pas permis la marche triomphale de Guillaume dans les Flandres, et le victorieux coup de main de Gatinat sur Nice (3 avril) interdisait d'espérer une invasion de la Provence. En juillet cependant, la situation des alliés paraissait meilleure. Kn Savoie en particulier, Gatinat contre qui luttaient des troupes supérieures en nombre était obligé de lever le siège de Goni.
Les mêmes angoisses qui avaient dicté à Vauban son Mémoire de 1G89 agitaient d'autres hommes et leur inspiraient des solutions pareilles. En 1691 « un ecclésiastique, docteur en Sorbonne et d'un rang considérable dans l'Eglise » mettait par écrit des réflexions que Vauban annexait aux siennes. Il s'agissait toujours de préparer les voies à un rétablissement de ledit de Nantes, si malheureusement révoqué \
En Languedoc des bruits inquiétants couraient. Un inspecteur de Villefort (lisez : espion), écrivait aft'olé à Bâville, le 10 juillet : « On m'a dit qu'il était entré quatre-vingts prédicanls clans la
1. l'nc note non datée, de Brousson. sur uu de ses manuscrits, le montre revenant des l'ians (près d'Alais) pour prêcher à Vie [le Fesc] puis deux Cois de suite vers Quissac, puis versTornac. Les deux prédications de Quissac pourraient se rapporter à son séjour à Beaucours. Il pourrait être monté aux Sognes tiepuis le moulin. C. d!)l.
2. Sermon de Communion sur I (Corinthiens, \, 15-17 :t<2(> août 16'Jl. Bois de Bouzéne, Tornae >>. C. IIM.