Par Louis Bavlc. Traduit par .Mitlicl Verneuil
5. Dans Tancienne traduilion, la gibecière où David enferme les pierres de sa fronde (I Sam. XVII, 4(1), est appelée « une malette de bercer ».
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D'autres écrits étaient particulièrement propres à soutenir ou à relever des courages chancelants. Tels par exemple les Serinons siw Job, de Calvin, lecture journalière de Coligny, qui traitaient de la douleur du juste, et s'imposaient à la méditation des opprimés. Le livre de P. Du Moulin, Du combat chrétien, ou des afflictions (1622) était aussi populaire que les sermons du pasteur de Sedan. Sa troisième et sa quatrième parties, sur les « effets et les fruits que Dieu tire des afllictions » et sur « les consolations que la Parole de Dieu fournit contre la persécution », le rendaient comme contemporain de la dragonnade. Il n'était pas jusqu'au volume aimé de Drelincourt, si répandu dans la France entière, les Consolations de Vdme fidèle contre les frayenrs de la inort^ qui ne contînt quelques allusions (chapitre IX) à « ceux qui sont en danger de mourir, pour justice, de quelque mort violente ». Le même auteur invitait ses coi'eligionnaires à la vaillance, dans sa Persévérance des Saints. C'était à fortifier les cœurs devant le martyre possible que visaient le Traité véritable de la persécution soujferte par les Eglises réformées delà Grande Pologne'-, l'Histoire ou les Ecrits de divers ministres..., et la célèbre Histoire des Martyrs de Jean Crespin, ou tout au moins des extraits de ce gros volume que les enfants apprenaient par cœur, et que le prédicant Jean Mazel avait transmis de mémoire sur un feuillet trouvé plus tard sur lui.
Nous n'avons rien dit encore des deux livres qui faisaient la nourriture la plus substantielle de la foi protestante : la Bible et le Psautier. Nous ne saurions les oublier. La Bible, ne se trouvait pas comme aujourd'hui dans toutes les familles huguenotes, mais elle y était mieux connue. Les maisons cévenoles en conservent encore quelques rares exemplaires qui remontent au xvi^ siècle. Il est presque superflu d'insister sur la connaissance qu'un prolestant pieux avait alors de l'Ecriture Sainte. Il en savait répéter de nombreux fragments qui avaient été ses premiers exercices de lecture, ses premiers modèles d'écriture. L'histoire des héros de l'Ancien Testament, non point seulement des patriarches ou des prophètes, mais celles des moindres juges ou rois d'Israël lui était souvent familière. Il faut se rappeler les titres énigmatiques de beaucoup de publications de
i. Une réimpression en fut faite en 1810.
2. Sans doute un récit des persécutions subies par les Eglises protestantes de la Hongrie, entre 1671 et 1681.
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de cette époque où intervient un mot peu connu «le l'Ancien ou du Nouveau Testament, pour comprendre la place que de tels vocables tenaient dans la mémoire d'un réformé, et le plaisir qu'il ressentait à les employer.
L'Ancien Testament était considéré comme présentant de perpétuelles figures, des « types » constants du Nouveau. Cette ferme croyance permettait d'élucider bien des passages obscurs ou incompréhensibles de la traduction d'alors, qui était encore celle d'Olivetan, à peine retouchée. Elle explique la faveur dont jouissait le recueil de l'ancienne Alliance. Avec un peu d'habitude, on pouvait la lire comme les Evangiles ou les ^pitres. Le Cantique des Cantiques, cela va sans dire, était une allégorie mystique'. Enfin, dans le Nouveau Testament lui-même, le livi'e de l'Apocalypse avait toujours été, par la peinture qu'il présente de la ruine finale de Satan, un arsenal d'aiguments et d'images. Il se trouva naturellement, sous le coup de la dragonnade et de la conversion forcée, haussé à une extraordinaire dignité. Le mot de Babylone, qui chez les Prophètes déjà, ne pouvait signifier que l'Eglise romaine, se joignit dans la méditation protestante à ceux de la Bète et du Dragon roux (Apoc. XII, XIII, X\'II), et le livre se prêta, nous le verrons, à des explications religieuses dont les conséquences furent de la plus haute gravité.
A côté de la Bible, et l'on pourrait presque dire sur le même rang, sinon d'autorité reconnue, du moins d'affection, il faut nommer enfin le Psautier de Marot et de Théodore de Bèze. Ses « versets » (c'est ainsi que certains protestants en appellent encore les strophes), groupés en « pauses », étaient connus des huguenots autant que les paroles mêmes de l'Ecriture, et les mélodies sur lesquelles on les chantait avaient été ailoptées par eux avec passion. « Dans les villes où les P. Réformés sont en plus grand nondore, disait l'évèque Godeau, on [les] entend retentir dans la bouche des artisans, et à la campagne dans celle des laboureurs, tandis que les catholiques, ou sont muets, ou chantent des chansons déshonnêtes'. Un arrêt (IGOl) avait in-
1. On retrouva dans les Cévennes un ouvrage inliUilé : Saintes Méditations sur le Cantique des Cantiques. Le passage I, 4 « Tire nous afin que nous courions après toi », sert de texte à un sermon de P. Du .Moulin, et Drclineourt le cite également plusieurs fois, comme une preuve que la grâce de Dieu prévient les hommes, et comme un argument contre le salut par les œuvres,
2. Préface d'une traduction nouvelle des Psaumes (It).i'.)). Dans les Basscs-txvennes, qui sont toujours demeurées en grande majorité protestantes, on ne
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terdit de les faire entendre à haute voix dans les rues, places publiques, carrefours, ni dans les maisons, boutiques, chambres, et aux fenêtres ; mais à voix si basse qu'elle ne puisse être entendue des passants et voisins, à peine de oOO livres d'amende. » Mais les réformés les chantaient dans les écoles et au temple. Ils n'étaient pas près de les laisser sortir de leur mémoire.
Nous ne compterons pas les exemplaires des Psaumes suivis des Prières Ecclésiastiques, ou joints au Nouveau Testament', ou reliés avec des Prières pour la Cène, sur lesquelles les soldats mirent la main. Plus répandus que la Bible ou même que le Nouveau Testament isolé, ils étaient le vrai livre d'édification du protestant. Le Psautier révisé par Conrart" ( 1G79) contient au début un Indice pour trouver les Psaumes selon l'occurence des affaires esquelles C Eglise de Dieu ou bien la personne privée se peut trouver, en quoi consiste le vrai usage des Psaumes. Il est frappant de voir en effet avec quelle promptitude les persécutés pouvaient en citer quelques vers qui correspondissent à leur situation particulière'.
Les témoignages directs de la piété huguenote sont difliciles à recueillir. Quelques traits cependant nous en seront fournis par des actes notariés. Assez fré({uemment des paroles religieuses sont transcrites dans les testaments. Elles servent de «clause dérogatoire j>, de marque d'identification, pour le cas oii le testateur voudrait x'édiger plus tard un acte qui annulerait le premier.
Le S"" Pierre Olivet, de Montdardier, « s'en allant à la guerre pour le service du roi >. déclare en lOOG que « tout testament de lui ne sera valable qu'autant que ces mots y seront couchés » (Psaume 104 1 :
Sus, sus. mon âme, il te faut dire bien De l'Eternel. O mon vrai Dieu, combien Ta grandeur est excellente et notoire. . .
retrouve plus aujourd'hui de chansons populaires. Elles ont disparu devant les l'!>aumes. Hier encore, les aïeules les chantaient poui- endormir les enfants au berceau.
1. Quelquefois à la Bible entière, et avec leur notation musicale.
■2. Cette révision fut en fait Tœuvre de La Bastide, ancien du Consistoire de Charenton.
3. Voir par exemple les récits de Blanche Gamond et de Jeanne Terrasson (du Dauphiné/. Deux héroïnes. . ., p. 162, 320, 3ïi-3o6.
LA riKTK POPULAIRE 53
Demoiselle Philippe Rousse, [femme Roux], de Lasalle, fait inscrire au bas d'un acte analogue (1679) le début du Psaume
Bienheureuse est la personne qui vit Avec entière et saine conscience Et qui de Dieu les saintes lois ensuit. Heureux qui met tout soin et diligence A bien garder ses statuts précieux Et qui de lui pourchasse la science.
En 1681, Ant. Gavanon, menuisier, de Colognac, révoque de même « tout auti'e testament où ne seront pas les mots que censuyvent : Mon Dieu, jeay heu toujours mon espérance en toy, et ne m'en desfieray jamais » '.
Nous n'avons pas reproduit les expressions religieuses qui ouvrent les actes précédents, ce sont celles que chaque notaire avait coutume d'employer. Mais le testament de M* Jean Baudoin, de Lasalle, docteur en droits, écrit tout entier de sa main, à 70 ans passés, le %i janvier 16o0, est caractéristique. Nous en citons les premières et les dernières lignes, d'une confiante et ferme foi. On y verra à quelle hauteur s'élevaient parfois ces âmes cévenoles".
Je dcssoubssigné. . . considérant la fragililé de cette vie, que Dieu m'a lait naître pour vivre et me l'ait vivre pour mourir, el qu'un jour quand il plera à sa divine Providence à ki([uelle je me résigne et conhe entièrement, je doibs mourir pour revivre et que c'est la voye de toute la terre [Josué, XXllI, 14], personne ne pouvant garantir son âme du sépulcre. . . j'ai voulu aui)aravant disposer de ce peu de biens (pie Dieu m'a donné.
. . . Premièrement, je rands grâce à ce bon Dieu de ce qu'il m'a fait naître de parens sans reproche, m'ayant à moi intligue donné provision des choses nécessaires tant pour ma nourriture que pour mon instruction, et de plus agréé dans son Eglise par le moyen du batesme et entretenant et nourrissant mon Ame par l'audilion de sa Parolle et i)arlicipation du sacrement de la Sainte Cène ([u'il y a instituée en mémoire de sa mort et passion ([u'il a soullerte pour l'expiation de mes péchés ; ayant cette assurance el ferme foy que puisqu'il m'a introduit dans son Eglise, il me fera la grâce d'y demeurer tout le temps de ma vie. de quoi je suis pleinement persuadé, vu les inhnis témoignages de son amour qu'il m'a démontrés depuis ma nessance. . . et qu'il n'aura point csgard à mes fautes el péchés que j'ai commis et commets journellement contre sa Sainte Majesté. . .
1. Notaires de Lasalle : Bousanquet, 1G70, Jean de Bagars, lOGO, 1G81.