D. Journet, notaire à Lasalle. Orlh. originale
Puis le vieillard dispose de tout ce qu'il possède, et il termine ainsi :
En foi de ce, ai écrit le présent, de ma main propre, saoulle de cette vie, désireuse d'une melheure, finissant par ces mots : Or laisse maintenant ton serviteur en paix selon ta promesse, car mes yeux ont vu ton salut ; mon âme a soif de Dieu, du Dieu fort et vivant. [Quand] entrerai-je et me présenterai-je devant sa face ? Cupio dissolvi et esse cum Christo. Oui, Seigneur Jésus, viens, Amen'.
Ce ne fut que dix ans après, en 1660, que la main de Jean Baudoin « saoule de cette vie », fut paralysée par la mort. Les générations qui vivaient vingt-cinq ans plus tard et que la dragonnade atteignit si cruellement n'avaient peut-être plus la foi de l'aïeul, demeuré le témoin d'une époque héroïque. Cependant leur répugnance pour le catholicisme, leur passion pour la religion en esprit, leur affection pour la Bible et le psautier, devaient encore les rendre capables de grandes choses, car elles leur avaient été profondément plantées dans l'àme par les habitudes de la vie ecclésiastique et leur stricte discipline.
Le huguenot assistait régulièrement au culte. Il savait par cœur les prières liturgiques qui l'ouvraient et le terminaient ; il les suivait même en les répétant des lèvres. Les sermons que faisaient entendre ses pasteurs, et dont la longueur nous surprend aujourd'hui, étaient écoutés avec une attention soutenue. Enfermés dans une forme immobile, débutant par un exorde que suivaient une « exposition « et une « division » dont les termes étaient stéréotypés, ils traitaient généralement des sujets de dogme, comportaient une partie polémique, et s'achevaient par une application morale assez brève. Les pasteurs, dont l'instruction et l'éducation avaient été soigneusement surveillées dans les Académies, discutaient devant des auditoires populaires des questions de théologie et de philosophie dignes d'esprits d'une haute capacité. Le pasteur Merlat, de Saintes, avait prononcé dans de petits villages de la Saintonge des sermons qui furent plus tard répétés devant les paysans cévenols. Nous souririons volontiers de leur subtilité ou de leur pédantisme s'il ne valait mieux, peut-être, en admii'er la science.
Des auditeurs assidus, recueillis et réfléchis, arrivaient à retenir des lambeaux de phrases, des périodes entières, tout un
1. Luc II. 23, 30 (uu peu modifié, d'après le traduction ritnée du Cantique de Siméon) : Psaume xlii, 3 : Philippiens I, 23 (la Vulgate porte au lieu de Cupio dissolvi : Desiderium habens dissoWi) ; Apocalypse XXII, 20 (le texte ancien porte Voire, au lieu de Oui).