X. A\eiss, p. xvj
2. C'est nous qui soulignons. Il lésullc d'aulrcs altcsUilions, imprimées également clans son ouvrage, que le 2i février il était à Zurich, le 'J mars a Schatlhouse, le 0 juillet à l'trecht, en septembre à Deventer et le -20 février ItiSS à Waldinj;fiele in Suttbrt (Anglelerrc!). Cambolive a rédigé fort i)atiemiuenl une série de «Moyens de faux, ou Preui'es de fausseté » que l'Kcriture lui a fourni contre les prétentions du catholicisme. Il en a dressé contre Tautorité du pape et sa tj'raiinie, contre l'ordre des jésuites, contre tous les ordres monastiques et contre les j'oligieuses et cnlin contre la créance de l'Eglise romaine, et les a insérés a la tiii de son petit volume.
KULCRAN REY EX ROUERGLE 87
Il apparaît, à la Prière de conjession de péchés et d'actions de grâces^ à V At^dente prière pour V Eglise persécutée en France, et sui'tout aux lonfjues pages de controverse qui terminent son livre, que Canibolive aurait pu sans elïort composer, en vue des cultes qu'il célébrait, des discours tout pareils à ceux des pasteurs. Il n'en a rien voulu faire, et s'est contenté de lire des sermons imprimés. Il n"a pas pensé à «s'ingérer dans le ministère » n'ayant pas reçu la consécration régulière. Bien qu'il eût « servi à défaut de ministres en beaucoup d'endroits différents », il ne s'est jamais appliqué le titre de ministre, et s'est contenté de la délégation spéciale à lui donnée par son Consistoire de Montpellier.
Un jeune homme de Nîmes, P^ulcran Rey, comprit autrement sa tâche, bien qu'il n'eût pas non plus reçu l'imposition des mains'. Il est vrai qu'il était déjà proposant au moment où il se mit à l'œuvre. Fils de Jean Rey, marchand de Nîmes, Fulcran Rey inscrit au Livre du Recteur de Genève en 1(578, avait achevé ses études de théologie à la fin de 1G84, à l'époque où dans le Bas-Languedoc, après les troubles que l'on sait, quatrevingt-dix pasteurs venaient d'être interdits. Les Synodes ne pouvant plus se réunir, et les Eglises n'ayant pas le droit d'élever les proposants à la charge pastorale sans l'aveu des corps réguliers, Rey ne put ni recevoir la consécration, ni par conséquent entrer au service dune comnmnauté réformée. Il semble qu'à l'exemple d'un certain nombre de proposants, il se soit mis alors, en qualité de précepteur, au service d'une famille protestante. u De Nîmes, il se retira à Montauban, croyant d'y trouver quelque asile, et d'être dans quelque tranquillité ; mais il n'y fut pas plutôt que voilà la ville changée [convertie], et ceux sous lesquels il était, aussi changés, et par ce moyen privé du secours qu'il avait espéré )>.
Il se réfugie à Millau en Rouergue, près de (juelques parents. A peine y est-il demeuré huit jours que les troupes arrivent. La ville abjure. Il va au Pont de Camarès, sans y connaître personne. Les dragons convertissent le bourg. «Nesachant où passer, dit une relation, la Providence divine qui n'abandonne
1. Sur Fulcran Rev, voir Bull. X, l"2-2 ; XLl, -270; LIV, ai. Une relation, incomplète malheureusement, mais, dans ce qui en reste, meilleure que celle que le liullctin a publiée (\, 12:2) est conservée dans le dossier relatif à une assemblée surprise à Calnion (Tarn), V.. 169. Le récit de I). Benoit (L'Eglise sous la croi.\\ '2' Kdition, 1801) est fait d'après ce qui précède, et d "après les dossiers relatifs a Rey, C. IGi. C IGG. Nous lavons reclilié en quelques points.
88 LES PUÉDICANTS PROTESTANTS
jamais les siens lui fit faire rencontre de deux gentilshommes qui le voyant pensif furent curieux du sujet. Et ayant conféré ensemble, ils lui promirent tout secours soit de retraite ou d'argent, ce qui le réjouit )\ Le jeune proposant avait sans doute commencé déjà, comme Cambolive, à exhorter ses frères à la fermeté dans de petits cultes privés. L'appui que lui fournirent les deux gentilshommes excita son zèle. Il conçut un dessein plus vaste et se fit prédicateur.
« Ils fux'ent tous ensemble errant par châteaux, maisons de campagne et par bois, pour trouver quelque sûreté, pendant lequel temps il porta diverses propositions', fit diverses prières, étant toujours en action pour fortifier ses frères ». Un habitant de Graissessac, quarante sept ans plus tard - se rappelait avoir vu passer le proposant « lequel courait d'un endroit à l'autre pour fortifier ceux de la Religion à ne point succomber, et même il faisait beaucoup de catéchismes aux enfants, qui contenaient les demandes et les réponses sur les interrogats de la Religion, qu'il fallait apprendre par cœur, le tout verbalement, car il aurait fallu trop d'écritures ' ». Un réformé de Montauban, Alexandre Savois *. qui passe à Bédarieux avec quelques compagnons le 17 septembre 1085, veille du jour où la ville doit être dragonnée, reçoit, la nuit venue, dans l'auberge où il se repose des fatigues de la journée, la visite de Rey. Celui-ci vient féliciter les fugitifs de l'honneur qu'ils ont eu de soufl'rir pour le nom de Christ, et il prononce « une longue, mais tendre et pathétique exhortation d'être fermes et de souffrir même jusqu'au sang, si Dieu les y appelait ». Rey en était déjà réduit à se cacher le jour dans les rochers des environs de Bédarieux. Mais pendant toute la nuit, il allait de porte en porte encourager les fidèles à la résistance.
Ledit de révocation, qui chassait de France les pasteurs, atteignait pareillement les proposants. Aussitôt que Rey en connaît la teneur, il redescend vers Nîmes pour conférer avec son père ; mais sa résolution est bientôt prise. Que les pasteurs quittent leurs Eglises désolées ! Pour lui, il demeurera fidèle à
1. Une proposition est un st-rnion prononcé par un proi)Os;inl.
2. Bull. XLI, 270. Il dit ciwiron en août. C "était k ce qu'il semble, au début de septembre.
3. C'est-à-dire que les enfants ne se servaient plus d'un Catécliisme imprimé, et qu'il aurait l'allu trop de temps pour le recopier.