‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 56 sur 284 · Bull. LIV, ol · texte numérisé non relu

Bull. LIV, ol

Ft'LCRAN RE Y A NÎMES 89

la mission qu'il a déjà acceptée. A la fin d'octobre, il voit à Montpellier des ministres qui viennent recevoir leurs passeports. Il leur reproche d'abandonner leurs troupeaux, dont ils auront à donner compte à Dieu. Il rend confus ceux à qui il parle, mais ne réussit pas cependant à les retenir. Son désir de les remplacer se fortifie d'autant.

Quelques jours avant Noël, il prêche à Vauvert, dans un souterrain du vieux château en ruines ; il conjure ses auditeurs, au nombre desquels se trouve son propre frère, a de ne point aller à la messe pour s'y prosterner devant les images de Baal » ; il les menace de la damnation éternelle s'ils ne se repentent de leur abjuration. La dame de Vauvert, avertie, accourt avec le consul. Huit personnes sont arrêtées, enti-e autres un « cavalier invalide » nommé Jean Tempié '. A Nîmes même, chez la veuve Rey, rue de la Ferrage, le proposant tient une assemblée, dans une pièce située derrière la boutique. Les assistants sont nombreux ; mais ils n'osent pas chanter : Rey se contente de lire le Psaume 14!2. Il prêche encore chez M. de Cournon, en l'absence de celui-ci, devant sa femme et sa fdle, quelques demoiselles et leurs servantes. Bientôt il lui faut quitter la ville et ses environs immédiats. Un marchand nommé Audoyer, l'un de ses auditeurs de Vauvert et son plus grand ami, l'a dénoncé. Il repart pour le Haut-Languedoc. Madame des Vignolles, à son passage à Gournonterral, luiollre l'hospitalité, comme elle l'olTrira peu après à Cambolive. Rey, qu'on appelle déjà a un ministre de Nîmes », s'enhardit de jour en jour. Dans le bourg, il propose de « prêcher sur la place »; mais Madame des Vignolles s'y oppose, ne voulant pas l'exposer". Il part ensuite pour Castres. Nous le retrouverons quelques mois plus tard à Nîmes.

A côté de Cambolive et de Fulcran Rey, et comme eux ouvriers de la première heure, il faut nonnner quelques Cévenols dont l'activité fut immédiatement interrompue par un exil volontaire ou une condamnation, et chez qui nous constaterons le passage insensible du culte privé à la prédication publique.

Jean NissoUes, dont on a déjà lu le nom, rapporte en toute simplicité qu'au début d'octobre (IG8o), un dimanche, au moment où les dragons marchaient sur Ganges, « il lit d'abord

l. 11 ne reste du dossici' concernant l'assemblée que deux pièces isolées, dont le jugement. C. 16V. Le détail concernant le l'rére de Rey i)rovieiil du dossier du Iiroposanl. C. IGG.

i. D'après Cambolive, p. 171.

90 LES PRKDICAXrS PROTESTANTS

un petit exercice de dévotion dans son logis, où tous ceux du quartier se trouvèrent ». Les assistants convinrent de faire une assemblée dans le reste du jour <i ce qui s'exécuta fort heureusement à une métairie tout près de la ville. Il s'y rencontra plus de cinq cents personnes. On y lut un sermon fort édifiant, et on y fit Texercice de la même manière qu'on avait accoutumé de le faire dans nos temples )\ L'édit de Nantes n'était pas encore révoqué, mais le culte public était interdit à Ganges depuis un mois. C'était donc une assemblée illicite qu'avait tenue Xissolles ; les assistants y avaient risqué tout au moins une forte amende. La plupart des anciens du Consistoire reprirent fort aigrement celui qui l'avait convoquée, alléguant « que ce n'était point encore le temps de faire de ces sortes d'assemblées et que peut-être un jour viendrait auquel il faudrait exposer sa vie pour cela ». NissoUes protesta, mais sa résolution était déjà prise de sortir du royaume : il partit pour la Suisse quelques semaines plus tard'.

Une information faite à Anduze en novembre nous fournit l'image très nette d'un culte en tout semblable à celui de NissoUes.

Aux premières menaces dirigées contre leur temple, les réformés d" Anduze avaient déclaré : « Si on nous le fait démolir, nous irons prêcher, et prier Dieu dans les bois. Dieu nous entendra partout ». Ils tinrent parole. Le dimanche 28 octobre, dans une métairie du quartier de Poulverel, quelques voix chantaient le Psaume OU :

J'ai contre moi. hélas, et à grand tort IMus d'ennemis que de cheveux en tète. . .

Huit jours après, une nouvelle réunion était organisée, plus nombreuse et plus complète. Une centaine de religionnaires, des hommes pour la plupart, se trouvent réunis sur le terroir de Boisset 1 qui est situé dans un endroit environné de bois et de rochers, et hors de tout commerce j) et dont le vicaire est l'homme accommodant que nous savons. Les Nouveaux Convertis, venus par groupes, se rejoignent, vers deux heures, près de la métairie du S"" Rayraud: ils tiennent là une première assemblée «avec chants de Psaumes et prédication » (nous allons voir ce qu'il faut entendre par là). Ln peu plus tard ils sont de nouveau groupés vers la métairie du S'^d'Aleyrac qui est « un lieu enfoncé et écarté.

Page 1