‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 65 sur 284 · G. 171. Emissaires de Vivent · texte numérisé non relu

G. 171. Emissaires de Vivent

3. Relation sommaire et véritable de ce qui s'est passé dans les assemblées faites en Cévennes (écrite avant mai 1686J. Pap. Court, 17, Z. f» 63.

ISAAC VIOAL — ANTOINE BRINGUIEK 09

les hanches) en raison d'une blessure reçue dans sa jeunesse, il ne dédaignait pas quelques raflinements de toilette. Il parut d'abord aA^ec une cravate de mousseline, une bague d'argent au petit doigt, et s'il se montra quelque temps en cheveux courts, coiffé d'un chapeau noir retroussé, il mit bientôt la perruque, marque distinctive alors d'un état social relevé. Vivent jugea inutile d'être connu sous son vrai nom et se lit appeler Bousquet.

Aux environs de Lasalle,dans ces Gévennes pour lesquelles il avait quitté Carnoulès, il rencontra, aux premiers jours de 1686, quelques hommes décidés, qui déjà consolaient leurs frères de la même façon que lui. Peut-être même était-il venu délibérément les rejoindre. Pendant un mois nous allons le voir en relations suivies avec quelques-uns d'entre eux.

Deux étaient de la paroisse de Colognac, oii s'était réunie l'assemblée de 1683, Vidal et Bringuier.

Isaac Vidal n'a guère laissé que son nom dans les informations judiciaires. Brousson qui le nomme le premier de tous les prédicants, et qui recueillit pieusement son souvenir quatre ans plus tard, lait dater de novembre 1685 les premiers cultes de «ce jeune homme de 22 à 23 ans, boiteux, sans étude, sans apparence, et ayant fait le métier de cardeur à Colognac «', Jurieu rapporte, sur la foi de quelque correspondance du Languedoc, que Vidal « étant couché avec son père dans la nuit, crut avoir une vision, et entendre une voix qui lui disait: Va consoler mon peuple! ». « Je ne sais, ajoute-t-il, si ce fut la force de son zèle et de son imagination qui produisit cet effet ou si ce fut effectivement une voix du ciel. Quoi qu'il en soit, toutes les remontrances de son père qui tourna en ridicule sa vision et son dessein ne le purent empêcher de suivre cette vocation... Il fit des assemblées. Il y parla avec tant de succès et tant d'ordre pour un homme comme lui, que chacun en fut surpris et tout le monde en fut édifié'». Le père d'ailleurs, et aussi un oncle du prédicant devaient être des auditeurs fidèles et des compagnons du jeune cardeur.

Antoine Bringuier était d'une condition moins humble. Habitant au mas de la Gardette, qui communique avec Lasalle plus facilement qu'avec Colognac, d'où dépend néanmoins la maison, il s'était marié en 1681 à Lasalle même, avec Jeanne Plantier,

1. Brousson. Relalion des Meri-eilles..., p. G. ± Let. Past., I, 79.

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appai'entée à l'une des familles de la petite noblesse du lieu, lesLe Blanc du llouUet et il signait ordinairement de Bringiiier. Son frère, Jean, avait été tué le 31 octobre 1683 par les dragons qui catliolicisaientColognac. Au début de 1G8G, il a s^ait environ 30 ans. De taille assez haute, le visage un peu pâle, les cheveux châtains et abattus, il était vêtu d'un haut de chausse chamois et d'un justaucorps de minime »^ Bringuier fut l'un des plus actifs parmi les premiers prédicants. On verra que son instruction n'était pas négligable et qu'il était doué dune facilité de parole et de plume qu'on pourrait dire extrême — ou excessive.

De Lasalle, et connaissant depuis longtemps Bringuier, était originaire un autre fugitif, qui devint également prédicant, Jean Manoël. Il est qualifié de bourgeois. Fils de Noble Antoine de Manoël, S"" de Montgros. ce dernier fixé à Lasalle depuis son mariage avec D"'' Suzanne d'Algues, il avait un frère qui est toujours désigné sous le nom de Noble Etienne de Manoël, S" d'Algues ". Jean Manoël avait servi dans le régiment de Melin Cavalière, compagnie du S"^ de Baudan Fontenilles, et en iG81, revenu de l'armée, il avait acheté de son frère la métairie de la Combe (Soudorgues i où il habitait. 11 était âgé de 48 ans k la Révocation. S'il n'hésita pas aloi's à prendre les bois comme d'autres réformés ardents, du moins voulut il sauvegarder dans la mesure du possible, l'intégrité de son patrimoine, et avant de fuir sa maison, pour en éviter la vente légale, il en fit donation régulière, le 18 décembre 1(j8o, à son neveu et à ses nièces. Fier de son nom et de ses attaches, il savait dire, à l'occasion, à ceux qui l'hébergeaient, que les Messieurs de Nogaret, et d'autres Messieurs les plus qualifiés de Saint- André de Valborgne étaient ses parents. Son extérieur ne concorda pas toujours avec ses alliances. Un de ses auditeurs de 1G8G le dépeint comme « petit, maigre, mal velu de gris, portant sur les épaules un manteau de même couleur ».

Bringuier, Vidal et Manoël, étaient, aux environs de Lasalle, en contact avec les fugitifs auxquels les massifs tourmentés des montagnes de Goulègne (975'"), du Liron (1180'"), et du Brion (916""), fournissaient des retraites assurées. Le mouvement d'émigration avait à peine commencé. Incertains encore du parti qu'ils allaient prendre, les fugitifs se serraient autour des hommes qui reprenaient le culte aboli. Si Vivent fournit aux prédi-

i. Le 3 janvier IGSB, il signe encore un acte notarié à Lasalle.

2. Le prédicant est appelé quelquefois Manuel, et quelquefois siun>lement d'Algues. Le château d'Algues est dans le bourg de Lasalle.

ASSEMBLÉE DU MOCLIX DE MOXÏVAILLAXT 101

cauts de la région une impulsion qui décida définitivement de leur vocation extraordinaire, il semble que ce soient ceux-ci et leurs premiers auditeurs qui lui aient donné à lui-môme l'occasion de s'alfirmer plus nettement dans son rôle. C'est vers Lasalle que Vivent « fit avertir le peuple * de venir aux assemblées » et la première qui l'ait mis en face d'un auditoire un peu considérable (environ 300 personnes) se tint dans la nuit du 18 au 19 janvier sur la pente nord du Mont Liron, par-dessus Milherines, en tirant vers Saumane. Est-ce là qu'il se fît conférer, par son auditoire ou par d'autres prédicants, le droit de distribuer la Sainte-Gène? Toujours est-il que la nuit suivante, il donnait la Communion dans la paroisse de Sainte-Croix de Caderles.

Entre Lasalle et Saint- Jean du Gard, descendent à l'Est de la montagne de Brion, des contreforts boisés séparés par des ravins aux pentes rapides. Par la bonté du prêtre et prieur de Sainte- Croix, Barrau, pitoyable à ses paroissiens dévoyés, les dragons n'étaient pas venus loger dans les maisons isolées ni dans le petit hameau dont l'ensemble formait sa paroisse, et les bois et les fermes abritaient là, paisiblement, une foule de fugitifs des environs. Les premiers prédicants avaient pris déjà le chemin de cette retraite fortunée. Dès la première quinzaine de janvier, dans une petite maison basse, inhabitée, nommée la Sagne, à 2 ou 300 pas de la maison de Sainte-Croix nommée le Capon, un culte clandestin avait été célébré devant une quarantaine de personnes. Une femme avait fait la prière, en attendant l'arrivée du « ministre ». Deux hommes ensuite avaient paru, « tous deux de Colognac ». « Le plus âgé (?) a son entrée commença d'entonner un Psaume, fit ensuite une prière et tout un sermon, et le sermon fini, l'autre (Bringuier) lit une longue prière ». Les auditeurs étaient de Sainte-Croix et de Saint-Jean. Le spectacle était nouveau. Fraissinet, de Caderles, avisa dans f assemblée l'apothicaire Teissier, de Saint-Jean, et « l'exhorta à la charité, et à bien garder le secret, si on voulait qu'ils continuassent ces exercices ».

Le secret fut gardé, en effet, tout au moins pendant une dizaine de jours, et le soir du 19 janvier, une nouvelle assemblée, autrement considérable, se tint encore dans le quartier, mais cette fois loin de l'église, sur le pré du moulin de Mont-

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