Qui est la Vierge Marie
A. R. La mère de Jésus-Christ.
I. Qui est le plus vieux du Père ou du Fils ? A. R. Que c'est le Père.
I. Qui s'est fait homme pour nous racheter ? A. R. Qu'il ne le sait.
Sur quoi Bàville, triomphant, ne soupçonnant point qu'une foi très vive peut s'allier avec des connaissances intellectuelles fort imparfaites, lui remontre que « ne sachant pas les principes de la religion il n'aurait pas dû s'ingérer de prêcher ».
Bonfils, qui a déjà allirmé qu'il veut demeurer catholique, encouragé par cet entretien, qui n'a rien de judiciaire, proteste encore de son ignorance, et sur une dernière question : « S'il n'a pas dit qu'il fallait persister dans la religion calviniste? », essaie, en reniant ouvertement son passé, de iléchir la rigueur de l'intendant : c( Il a dit qu'on devait obéir au roi et que qui allait contre ses ordres était digne de mort ». Bàville fut impitoyable. Il rendit un jugement (24 avril) qui condamnait Bonfils à être pendu à Quissac, dans la région où il avait tenu ses dernières assemblées.
La tîn du malheureux fut horrible. Il monta sur l'échelle et répondit affirmativement aux trois questions que lui posa le jésuite Robert, de Sommières : « S'il n'était pas repentant d'avoir
124 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
prêché ; s'il ne renonçait pas aux hérésies de Calvin ; s'il ne promettait pas de vivre (6'/c^ et de mourir dans la religion romaine? » Le dernier oui n'était pas prononcé que le bourreau précipitait le condamné. La corde rompit et ils tombèrent tous deux. Bonfils se relevait quand le bourreau le saisit et l'étrangla sur la place, au milieu du bataillon suisse qui était en cercle autour de la potence. Les protestants ne doutèrent pas que le Père Robert n'eût promis à Bonfils sa grâce pour obtenir ses réponses, et aussi bien que Faucher qui nous a transmis ce récit, le Cévenol Pierre Faïsses ailirme « qu'on le trompa comme on avait trompé Pouget » ' .
Pendant le séjour de Bonfils autour de Boucoiran, Faucher qui avait fui la Vannage en même temps que lui, avait passé le Gardon et s'était avancé jusqu'aux environs d'Uzès. 11 célébra les fêtes de Pâques dans une bergerie isolée, au milieu des bois qui abritent au nord le village d'Aygalliers'. Une première assemblée s'y tint le soir du samedi saint,devant 300 personnes. Une seconde y fut annoncée pour le lendemain soir, jour de Pâques, au même endroit. Faucher descendit dans la journée jusque vers Montaren. Il rencontra le meunier Jacques Martin, du moulin d'Arpaillargues, lui demanda s'il était Nouveau Converti et sur sa réponse alïirmative se fit connaître comme « un proposant qui cherchait à rassurer les personnes chancelantes en la foi » : si Martin voulait faire sa dévotion ou prendre la Cène, il n'avait qu'à se rendre au lieu qu'on lui marquait. Le meunier hésita et finalement demeura chez lui.
Le mardi soir, cependant, sur une nouvelle invitation d'un ami, il se laisse conduire, par une pluie battante, jusqu'à la bergerie. 11 y trouve 400 auditeurs rassemblés, et voit, à la lueur d'une petite chandelle fichée dans un trou, un homme assis sur un siège de pierre, devant une table couverte d'une serviette. 11 reconnaît le prédicant qu'il a rencontré, mais essaie vainement de découvrir f identité d'un second pei'sonnage qui se tient à côté de celui-ci, et qui a la tête ployée dans un linge, dont il tient les bouts entre les dents. On lui apprend seulement que c'est un chirurgien-barbier, dont on tait le nom. Le
1. C. 164. Le jugement est G. 163. Mém. de Faïsses et Jlull. XXX, 30i (Faucher). Massîp alla aux galères {Pap. Court, 17, B, '20:2;.
2. Dans la bergerie de la dame de Roche (ailleurs : de la D'" de Boyer), ou : «à la Combe de Foussilhargues, au delà d'Aygalliers eu allant à Saint-Ambroix ». Le dossier, C. 101, porte comme indication générale : a Assemblées [du bois] de la Baume ».
l'ALCIIEll A UZi:S
chirurgien fait ollice de chantre. Le proposant lit lÉcriture un quart d'heure, prêche un quart d'heure, « exhortant à bien prendre la Cène ». Deux cents personnes communient, et Martin se joint à elles. La quête, faite par l'homme à la serviette, produit huit livres.
Le lendemain matin, une fille de Garrigues s'arrête dans le moulin d'Arpaillargues pendant une violente averse ; elle entend Martin confier à un voisin « qu'il vient d'un endroit oîi il a fait son salut et reçu la Manne, mais que quand on lui arracherait les yeux, il ne nommerait ni le ministre ni l'endroit ! » La jeune liUe immédiatement va porter la nouvelle à l'évêque d'Uzès, pendant que Mai'tin voit survenir chez lui le proposant luimême suivi d'un jeune homme inconnu, qui lui demandent de les conduire dans la ville jusque chez le cardeur Sorbière, ce qu'il fait. Sorbière. qui connaît le compagnon du prédicant. le mène à son tour, en même temps que ce dernier, qui est Faucher, chez un marchand d'étoiles. Il se trouve que le père du marchand a été autrefois en pension à Sommières chez le père de Faucher, régent et chantre. Le prédicant achète « l'ètoiTe à la cordelière » nécessaire pour un justaucorps ; il est adressé ensuite à un tailleur qui promet le vêtement pour le lendemain à midi, et Sorbière garde dans la ville Faucher et son homme le soir et la nuit suivante.
Une assemblée nouvelle devait se tenir quelques jours plus tard, près d'Aygalliers encore, « dans le bois du S" de Maleyrargues, à l'endroit oîi l'on faisait autrefois les verres » '. Mais l'évêque n'était pas demeuré inactif. L'arrestation de Martin, de Sorbière et de cinq autres personnes obligea Faucher à quitter la région. Il laissa la Gardonnenque et poussa vers leYidourle. Pendant l'exécution de Bondis (24 ou 2o avril) il était aune lieue de Quissac, à Yillevieille, où deux jours après il prêcha. De là il revint dans la Vannage chez ses premiers amis de Saint-Cùme.
La fête de Pâques qui avait suscité un si joyeux mouvement aux environs d'Uzès et vers Boucoiran et Ners, ne devait pas non plus laisser indiderents les Nouveaux Convertis d'Anduze. Nous avons noté plus haut les cultes qu'un prédicant inconnu avait célébrés vers Ledignan du 7 au Li avril. A Lézan, les catholiques eurent vent de quelques réunions qui se tinrent
4. Il y a eu entre Ayg:alliers et Kiizet de nombreux fours de verriers (v. Saint- Quirin. Les Verriers du Languedoc, Montpellier, 190'i, p. -2-2).
120 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
au Devois de Carclet et à la Vigicre, et ils purent dénoncer celle qui eut lieu la veille de Pâques (13 avril) vers le Devois de Labat ', où Jean Marvéjols prêcha.
Nous avons rencontré déjà Marvéjols, qui jouait au curé de Lézan le mauvais tour de lire à haute voix le Nouveau Testament dans son église. Depuis le premier passage des prédicants dans le quartier, il avait épié les occasions de les entendre. Aux approches de Pâques, après avoir uiiïri sa décision, il résolut de suivre leur exemple. L'ancien régent des écoles, Pierre Puech, lui fournit un sermon imprimé. Marvéjols l'apprit par cœur en deux jours. De Puech également il reçut la perruque noire dont il se couvrit au moment de commencer l'action, comme aussi le manteau sombre qu'il mit sur ses épaules. Il fallait donner à la manifestation publique de sa nouvelle vocation, toute la dignité désirable. Les fonctions de lecteur furent assumées par Louis Maraval (21 ans) cuisinier du seigneur de Lézan. Marvéjols récita l'exhortation dont il s'était pénétré, devant une assemblée peu considérable, éclairée par quelques chandelles que les assistants tenaient à la main. La réunion n'avait présenté aucune particulai-ité, mais le premier témoin qui la dénonça, une femme « bonne et ancienne catholique », de mœurs peu avouables, et créature du vicaire Sinègre, déclara qu'elle avait vu sortir du logis même du seigneur de Lézan, Antoine de Pilloty, les protestants qui s'y rendaient, et laissa entendre que Pilloty lui-même avait assisté au culte. Le S'" de Lézan était en fort mauvais termes avec son curé. Le matin de Pâques, au lendemain de l'assemblée, celui-ci trouva son église vide. La noblesse nouvelle convertie allait-elle se montrer séditieuse comme le peuple? L'affaire de Lézan prit de ce chef une gravité inattendue ".
I. A Las Valz, près de Massillarf^ues, à une lieue environ de Lézan, dans un endroit un peu enfoncé, entre le Devois de Labat et le Bois Xè{?re. Dossier .Marvéjols C. 164.
'2. Le 20 avril, à 11 heures du soir, ^larvéjols était conduit dans la lour d'Anduze.