CHAPITRE VIII LES HAUÏES-CÉYENNES
(Mars-Mai i686)
Le Colloque de Saint-Germain de Calberte, depuis les conversions générales, n'était pas demeuré en repos plus que les Basses-Cévennes, le Bas-Languedoc ou les environs dUzès. Le chant divin des Psaumes y avait été entendu, les nouveaux catholiques y avaient repris courage, et les premiers prédicants étaient venus les exhoi-ter.
Le 1o février déjà, Bàville avait transmis Tordre de faire le procès aux deux frères Etienne et David Baumes, de Trabassac (près Barre), arrêtés le 9 par les dragons de La Fère pour avoir chanté les Psaumes à haute voix, au coin du feu, devant neuf personnes, toutes de leur famille \ Conduits à Nîmes, les deux frères en furent quittes pour une amende. Mais les actes du culte réformé furent plus sévèrement punis quand ils purent être imputés à des fugitifs. L'intendant savait déjà que ceux-ci devenaient prédicateurs.
Pierre Faïsses, régent dans le hameau du Mazaribal (le Pompidou) avait quitté sa résidence au moment de la dragonnade, « n'y ayant point d'autre remède pour sauver son àme et sa religion que de tout abandonner et de prendre la fuite" )>. De maison en maison, il était descendu à Sainte-Croix de Caderles d'oii il était originaire, et à Lasalle oii il avait passé une partie de son enfance en pension chez le régent Pierre Durand. Dans ses moments de répit, il composait, aidé de bons livres qu"il transportait avec lui, un Dialogue « sur le sujet de la nouvelle conversion », et un autre sur la messe. Cependant il pensait à quitter le royaume. Pour toucher quelques créances, il remonte bientôt vers Barre et le Pompidou. Il entre, en passant, dans la
1. C. 16d. Dossier lialmes (ou Baumes). Voir lUtll. XXVII, 456). Mémoires de 1'. Faïsses. (Bull. XXVII, 452).
maison de Silvestre Guirard, au Duc (paroisse de Molezon), et après souper chante un Psaume avec son hôte. Guirard, dénoncé, est dragonne d'importance. Il se plaint. La Trousse, après une enquête à laquelle contribue le curé du Pompidou, fait raser la maison le 4 mars. Faïsses, épouvanté par un ordre (évidemment faux) que le lieutenant de Barre, Ralioux, prétend avoir contre lui et qui le menace d'être brûlé vif, se réfugie à la Liquieyrolle, près de Saint-Germain de Calberte, d'abord à l'auberge, puis dans une maison particulière.
Aux environs de Lasalle, Faïsses avait entendu parler des assemblées de Sainte-Croix et de Saint-Kélix, mais il ne se doutait pas qu'il s'en célébrait de pareilles assez près de son nouvel asile.
Le 10 mars (dimanche), dans un vallon situé entre Peyrolles et la Valmy, un petit homme au visage brun prêche devant quarante personnes dont « deux filles qui n'étaient pas du commun, à savoir les demoiselles du Roucou avec leur frère » '. Le prédicant, que Jean Roques et Boudon, de la Faissole, accompagnent, est, selon toute probabilité. Vivent. C'est lui sans doute qui, vers le même temps, prêche à Moissac, dans la maison du S'' Pintard, à la Cabanarié, à la vue du château et près de l'église du lieu '. Simon Deleuze, S' de Flandres, qui essaie d'informer (21 mars), a été averti par le bruit public « qu'il y a dans la paroisse quelques personnes mutines et fugitives ne voulant pas obéir aux édits, qui vont d'un lieu à l'autre parmi les montagnes, et font de petites assemblées, où il y en a un ou deux qui prêche et fait les autres fonctions et exercices de la R. P. R.». Malheureusement Moissac est « le cœur des Cévennes », il n'y a dans l'étendue de la paroisse qu'une seule et pauvre famille d'anciens catholiques, et le S'" de la Boissonnade, Pierre Treilles, s'oppose à toute enquête sérieuse. Il faut patienter.
Ces heureuses circonstances permettent à un nouveau prédicant de s'allirmer. Antoine Rocher est un cardeur, du Mazeldan, paroisse du Bousquet de la Barthe (près Barre) ^ Gomme la plu-
1. C. 166. Dossier de Jean Boudon, 33 ans, facturier de laines, à Saint-Jean du Gard. Arrêté à Anduze, le 19 mars. Il a assisté à l'assemblée.
:2. C. 166. Dossier de l'assemblée d'Arbousses (voir plus loin).
3. Fils de feus Jean Rocher, aussi cardeur, et Jeanne Goul. lue liste des fajcitifs du Bousquet de la Barthe dressée par l'abbé Rouquelte d'après deux listes originales (III, :253) mentionne : l'Antoine et Pierre Rocher; 2» Jean-Antoine Rocher. Il est probable qu'il y eut seulement deux fug-itifs : 1» Pierre: '1° notre prédicant, Jean-Antoine, qui se nomme lui-même Antoine, et que Pierre Faïsses, comme on le verra plus loin, appelle Jean.
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