‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 8 sur 284 · LE BAS-LANGUEDOC ET LES CÉVENNES LE PROJET DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

LE BAS-LANGUEDOC ET LES CÉVENNES LE PROJET DE TOULOUSE

Les Provinces ecclésiastiques que les protestants du xvii'' siècle nommaient le Bas-Languedoc et les Cévennes couvrent à elles deux une région nettement circonscrite. Elle est bornée au sud et à lest par le littoral de la Méditerranée et le Rhône. Au nord le cours inférieur de l'Ardèclie ou de la Cèze la séparent du Vivarais. Au sud-ouest, lOrb en marque la limite. Au nordouest enfin les plateaux du Rouergue, les Gausses et la masse du INIont-Lozère sont la lourde barrière à laquelle elle vient aboutir.

La contrée ainsi dessinée, découpée dans le Languedoc, et qui recouvre en tout ou pour partie sept évécliés diflerents (Uzès, Nîmes, Montpellier, Agde, Béziers, Lodcve et Mende) n'a jamais constitué un pays administrativement distinct. Cependant, la cohésion des Eglises réformées qui y furent plantées au xvr' siècle et qui s'y maintinrent malgré Louis XIV, est fondée en fait sur une heureuse disposition géographique.

L'opposition est généralement violente, dans le Languedoc, entre les hauts pays et les terres basses. A l'ouest de lOrb, le divorce est complet entre l'orgueilleuse plaine de Narbonne et la Montagne Noire. Au nord de l'Ardèche, les Monts du Vivarais demeurent étrangers à la mince bande plate qu'ils repoussent le long du Rhône. Mais dans la partie médiane de la province, précisément entre l'Ardèche et l'Orb, un accord se conclut entre le pays bas et les monts, grâce aux nombreux torrents qui descendent aux champs ouverts de l'Hérault ou du Gai*d.

Assurément les couloirs sont trop étroits, la plaine trop nue et les hauteurs trop âpres pour que même là, cette double région ait jamais pu arriver à une vie politique commune. La centraii-

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sation y est impossible. Chacune des villes du pays bas. enfermée dans ses murailles, a vécu dune vie municipale indépendante. Chacun des bourgs de la montagne est devenu un centre minuscule auquel aboutit l'existence de quelques villages. Mais l'organisation parlementaire du protestantisme réclamait seulement des assemblées régulières. Elle pouvait s'accommoder sans trop d'efforts des chemins rudes que des députés peu nombreux avaient à parcourir une fois lan. Le pays permettait l'établissement d'une solidarité effective entre des communautés dont chacune demeurait à peu près maîtresse de ses destinées.

La juxtaposition de la plaine plantureuse et de la montagne d'accès difïicile servit d'ailleurs au maintien des idées nouvelles. La montagne vécut de la plaine, matériellement et intellectuelment. La plaine à son tour trouva dans la montagne un lieu d'asile et un réservoir d'hommes. Le Cévenol qui descendait travailler à Nîmes y gardait sa foi, dans la maison d'un coreligionnaire. Le huguenot de Montpellier, fuyant la persécution, allait attendre en paix, à Lasalle où il était monté, que des jours plus cléments lui permissent de regagner sa demeure. La plaine était la richesse du protestantisme, les sommets demeuraient sa sauvegarde.

Il est naturel, par conséquent, que de bonne heure, une même organisation ait uni les paroisses évangéliques qui s'établirent entre les Causses et la mer. Des 1570, le Synode provincial du « Bas-Languedoc » s'incorporait les Eglises des Gévennes, et l'Assemblée synodale tenue à Nîmes en 1371 dressait pour la région qui nous occupe une liste de 121 Eglises dont les noms reviendront constamment sous notre plume.

Dans le plat pays, au sud, s'allongeait une suite de communautés importantes qui formaient comme la base sur laquelle s'élevait l'édifice. Béziers-Roujan, Florensac et Montagnac, Cournonterral, Montpellier, Lunel, Marsillargues, Nîmes, jalonnaient à peu près la grande voie de la plaine, dans des cultures d'oliviers, de mûriers et de vignes qui s'étendaient vers la mer ou le Rhône, pour aller mourir aux sables d'Agde, aux palus de Mauguio, au désert où Aigues-Mortes dresse la pesante silhouette de sa Tour de Constance, aux collines enfin de Vauvert et de Saint-Gilles.

Au nord même de la route qui joint Béziers à Nîmes, une zone nouvelle, de bas plateaux onduleux et durs appuyait ses premières pentes. L'olivier y croît encore dans les fonds défri-

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