ASSEMBLÉES AUTOVR DE NÎMES
de Jurieu, le nom glorieux de Rey fut bientôt répandu dans tout le royaume et pénétra jusqu'en Brandebourg.
Il ne parait pas que Bàville ait obtenu de Fulcran Rey, par la torture, un renseignement nouveau. Le jeune homme avait déclaré, à Auduze, ne connaître ni Vidal, ni Bringuier, mais seulement « Jean (sic) Vivant, dit Bousquet, de Valleraugue », et il avait révélé les noms nouveaux de Géré (Serein) et de Bonijoly. Desgroulx lui était également inconnu. L'intendant, de guerre lasse, envoya ce dernier aux galères le 8 juillet, le jour même où il signait la condamnation de Rey '.
La Cour comptait, pour venir à bout d'une rébellion tenace, sur les soldats plus que sur les juges. Informé par La Trousse de tant de manifestations séditieuses, Louvois 1" avertissait directement des instructions nouvelles qu'allait recevoir Bâville. Le 10 juin, il lui écrivait : « Sur ce que jai représenté au roi le peu de cas que font les femmes du pays où vous êtes des peines oi'données contre celles qui se trouvent à des assemblées, S. M. ordonne que celles qui ne seront pas demoiselles [c'est-à-dire nobles] seront condamnées par M. de Bàville au fouet et à avoir la fleur de lys'». La mesure projetée ne fut cependant pas l'objet d'une déclaration royale, mais on a vu, par les exploits du S' de Rahoux, que les officiers s'autorisaient déjà, au début de mai, des ordres du roi pour étrangler les rebelles pris en armes et passer par les baguettes les femmes saisies dans les assemblées.
Ni les violences militaires, ni les sévérités judiciaires ne diminuaient encore l'ardeur des prédicants. En juin, deux d'entre eux, dont l'un était Faucher, séjournaient vers Nimes. En mai, déjà, celui-ci avait prêché plusieurs fois dans la garrigue, en particulier autour du mas de Vedelen (vers Gaveirac)^ La nuit du ii3 au 24 juin, loO personnes se réunirent entre Dions et la Galmette, au quartier de Béraud, sous un grand
1. C. 163. Desg:roulx fut libéré en 17(Xl, après avoir abjui-é. Lo S juin 17(tl, devant l'K^^ise française de Londres, il était admis à revenir dans la paix de l'Eglise, Bull. XXXIX, 92, 166. Qu'il ait ou non prêché au Boujrès, il se donna dans sa prison pour un proposant. Dans sa première Lettre Pastorale (I, 15) Jurieu fait mention, sans le nommer, de ce « proposant de Xoyon », condamné aux galères.
2. Rousset, III, i9G. Les femmes, jusqu'alors, étaient passibles de bannissement (à temps, ou à vie) de la province ou du royaume.
3. Bull. XXX, 503. Faucher n"d pas pu demeurer trois mois à Nîmes, comme le disent ses Mémoires, entre l'exécution de Bontils (29 avril) et l'assemblée de Baron (7 juillet). 11 faut lire : pendant le mois qu'il y séjourna.
152 LES PRKDICANTS PROTESTANTS
chêne. I-e juge de Dions constata, par la trace des souliers sur la terre labourée, qu'il y a^ait eu là des gens qui notaient pas de la lie du peuple'.
Le dimanche 30, sur le chemin de La Calmette à Barutel, les dragons mettent la main sur trente à quarante personnes qui reviennent d'un culte. Elles sont enfermées dans la Tour Yinatyère, près des Arènes. Le jeudi suivant ont lieu deux autres assemblées, l'une à Saint-Césaire, l'autre aux portes de la ville '.
Les passions des protestants s'exaspéi*aient, dans toute la région qui s'étend du Yidourle à la Gèze. par le récit des souffrances que subissaient dans le château de Sommières et dans le couvent de la Propagation de la Foi, à Uzès, de jeunes prisonnières. Ni le fouet, ni les privations ne parvenaient à les catholiciser ^ L'exaltation qui s'était confinée d'abord dans les milieux les plus humbles, gagnait maintenant, et à Nîmes même, comme on vient de le voir, des bourgeois et des hommes de condition. Les prédicants, soutenus par des auditoires frémissants, redoublaient d'invectives contre l'Eglise romaine.
Faucher passe le Gardon, et va prêcher à Saint-Hippolyte de Caton (près de Yézenobres). Il revient à Cannes (vers Quissac). Une assemblée qu'il a convoquée est surprise. La sentinelle apostée aperçoit les dragons et donne l'alarme, mais son cri guide précisément les soldats. Les protestants se dispersent, la troupe tire sur eux sans atteindre personne. Une perquisition faite dans le village quelques jours après n'aboutit à aucun résultat. Faucher retourne à Saint-Hippolyte de Caton, pousse jusqu'à Aygalliers, puis jusqu'à Lussan*.
Le soir du lo (samedi), sur la lisière du bois de Yerfeuil, à Audabiac (près de Lussan) « dans un endroit enfoncé appelé
1. C. 160. Le dossier, tiès incomplet, ne fournit que le nom de Moïse Fauquin, prisonnier dans la Tour Vinatjère à Xînies, qui n'a pas voulu dénoncer ceux qui l'ont incité à assister à rassemblée. Il est possible que l'assemblée de Dions soit la même que Jurieu (voir ci-aprés) place le 30 juin entre I.u Calmette et Barutel.
2. Jurieu, Let. l'ast., I, 17, 18, première relation conlrouvée, <|ifil corrij^e plus tard (sans le dire; par une autre : I, 84. Il parle cependant cette l'ois encore de pendus. Gaultier {Hist. Apol., II, 176; rapporte sans doute la vérité en disant, à l'occasion de cette assemblée, que le chevalier de la Fare, pour ol)liffer un prisonnier à avouer, l'a fait pendre puis dépendre à demi-étranglé. Ce prisonnier est peut être Fauquin (voir la note précédente).
3. Sur Sommières voir Gaultier (Hist. Apol.. II, l'ii) : sur Uzcs : Jurieu Let. Past., 1, 46, cl Gaultier (llisi. Apol.), II, 133.