‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 86 sur 284 · Jugement du S juillet. C · texte numérisé non relu

Jugement du S juillet. C

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Le proposant mourut (8 juillet) avec une sereine fermeté. Prenant un dernier repas dans'sa prison, « les uns. dit-il, mangent pour vivre, et moi je mange pour mourir «. Il marcha d'un pas assuré au gibet, se criant à lui-même : Courage ! quand, au sortir de la porte de Beauregard, il vit la potence dressée. Il avait commencé à chanter un Psaume, on lui défendit d'en rien faire, il se tut. Après avoir prié silencieusement au bas de l'échelle, il en gravit lui-même les degrés, et repoussa du pied les missionnaires qui montaient après lui. Un roulement continu des tambours placés auprès du poteau empêcha la foule d'entendre ses dernières paroles,

La fin de Fulcran Rey eut parmi les réformés, un lointain et long retentissement. Etudiant en théologie, prédicateur, il était, comme dit Jurieu « d'un ordre plus relevé » que les précédentes victimes. Trois mois après son supplice, une Relation imprimée, racontant sa vie et sa mort, était déjà répandue en Hollande. Jurieu en citait des fragments dans sa Lettre Pastorale du 14 octobre. Le récit a été publié dans le Bulletin de V Histoire du Protestantisme français ^ et M. D. Benoit lui a fait de nombreux emprunts '. Il est manifestement exagéré par endroits, la légende y tient déjà sa place. Avant la naissance de son enfant, la mère du proposant voit en songe un aigle qui vole au dessus d'elle, portant deux plumes dans son bec ; l'une indique que son fils annoncera l'Evangile, l'autre qu'il le scellera de son sang. Un soldat, qui à Anduze traîne le prédicant par les cheveux s'entend dire par lui : <( Souviens-toi que Dieu te punira selon tes œuvres !» et le jour même, provoqué par un de ses camarades, il tombe frappé « de deux coups : l'un à la main dont ce malheureux s'était servi pour lier et déchirer cet innocent, l'autre au gosier avec lequel il blasphémait Dieu ». Quant à l'interrogatoire que l'intendant fait subir à sa victime, il a été composé par l'auteur de la Relation. Il est curieux de le comparer par exemple au dialogue imaginé par Aiguisier entre François Teissier et Bâville.

Le martyrologe protestant avait désormais ses modèles et ses formes fixes. La relation des derniers moments des héros de la foi, avec les circonstances que l'imagination populaire savait y ajouter, servit à exciter le zèle huguenot. Nous avons vu Desgroulx citer Méjanel et Homel. Grâce aux Lettres Pastorales

1. Let. Past., I, 17; I, 86. [Gaultier] (Hist. ApoL, II, 194) résume également la Relation. JJiiU, X, 122 ; D. Benoît, L'Eglise sous la Croix.

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