ASSEMBLÉE DU PLAN DE LAS FOURQUES
de petite foi. « Si quelqu'un s'approche, conseilla-t-il, faites pleuvoir des pierres ! » *.
Mandajors avait lieu de penser que les onze exemples récemment faits lui permettraient au moins de procéder en paix à ses interrogatoires. Il lui fallut cependant les interrompre. Un envoyé du consul de Saint-André de Lancize vint hâtivement chercher le détachement de Saint-Etienne. Une nouvelle assemblée, de 250 personnes, était depuis le matin (dimanche 27 octobre), réunie au même endroit que la précédente et autour du même prédicant. Le consul et le curé de Saint- André, stupéfaits d'une pareille audace, s'étaient avancés jusqu'à portée de la voix, et la sentinelle, un fusil à la main, leur avait crié : « Approchez ! Messieurs, Approchez ! »
Quand les soldats arrivèrent, avec Mandajors, le culte était achevé. Le prédicant avait parlé «une grosse heure)', fait chanter le Psaume 117. Par deux fois l'assemblée, pour la prière, s'était mise à genoux. Les auditeurs rentraient maintenant chez eux, par bandes, les hommes portant sur le col leurs longs bâtons, comme le leur avait enseigné Vivent, pour faire croire qu'ils étaient armés. Quelques retardataires, qui fuyaient vers Saint- Michel de Dèze purent être saisis à Coste Gimbail, au-dessous du Pendedis, entre autres les deux frères Pierre (30 ans) et Jacob (17 ans) Bourrit, de la Bastide (Saint-xMichel de Dèze). L'aîné passait pour ne jamais quitter le prédicant, que sa sœur Marthe, fugitive, suivait aussi dans les bois". Le nom de ce dernier demeurait d'ailleurs secret. Il était aux environs du Collet de Dèze seulement depuis le début d'octobre ^ Aux curieux, Pierre Bourrit répondait que « c'était Rey, frère de celui qui avait été exécuté », et le prédicant lui-même se donnait « pour être de Nîmes, frère de Rey proposant » *. Huit mois plus tard, Manoël, déclarait connaître un prédicant qu'il appelle « Rey le cadet, d'Anduze », et qui est le même évidemment que celui
1. Pour qui a vu le Flan de las Fourques, le sang-lroid du prédicant s'explique fort bien. C'est un replat triangulaire assez réduit, au sommet d'une montajjne abrupte, dénudé aujourd'hui, autrefois couvert de châtaigniers. Trois sentinelles suffisaient à signaler à l'assemblée un danger encore lointain.
2. Le 10 octobre, pendant le culte, on l'avait remarquée « à côté du prédicant, tenant sa canne à la main ».
3. 11 avait prêché à Las Fourques le dimanche C, et à la montagne de La Fenadou (?) près du Collet de Dèze, le 26 octobre.
4. Il est certain d'ailleurs que le prédicant Rey avait un frère, qui avait assisté à l'assemblée de Vauvert le 2o décembre lùSo.
170 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
auquel nous avons affaire ici. Le jeune Bourrit nous apprendra son prénom. « Le prédicant ayant ouï nommer le répondant Jacob, lui dit qu'il s'appelait Isaac, et <]u'il ne manquait qu'Abraham ». Il est extrêmement probable, d'après ce prénom d'Isaac (Isaac Vidal étant mort déjà) que le hardi prêcheur de Las Fourques, était Isaac Ghapus, d'Anduze, qui avait pris le surnom de a Rey d par admiration pour le jeune martyr de Nimes \
Les incidents de Las Fourques semblèrent à Bâville de la plus haute gravité. Le 29 octobre, dès qu'il en eut connaissance, il écrivit à Louvois une lettre qui dénotait de sérieuses préoccupations. Les dernières manifestations des Cévennes lui apparaissent maintenant sous un jour nouveau. Le mot de révolte vient sous sa plume, et la pensée d'un secours possible accordé par l'étranger à des rebelles obstinés se présente à lui.
Je viens d'apprendre que dimanche dernier 37 de ce mois, il y a eu une assenil)lée de 400 personnes, dont phisieurs étaient armées, dans le diocèse de Mende au pied de la montagne de Lozère -. Bien que cette assemblée se soit tenue à près de 12 lieues de l'endroit où a été la dernière^, je ne puis m'empècher d'être fort surpris d'un pareil événement. Je croyais que le grand exemple que j'ai l'ait au Vigan et à Anduze mettrait pour quelque temps les Cévennes en tranquillité. Mais puisque ce dernier n'a de rien servi, je ne ne crois pas que l'on puisse rien espérer de ce genre de peine à l'avenir; je crois même qu'il sera dangereux, à la lin, de le continuer, et je crains que tant de condamnations à mort dans une all'aire mêlée de religion <, n'irritent les esprits et n'endurcissent tous les Nouveaux Convertis par un si méchant exemple.
Il est vrai que l'on ne peut pas assez s'étonner que ces mêmes gens qui s'exposent à être tués par les troupes, ou a être pendus pour aller aux assemblées, meurent catholiques pour la plupart, ainsi que dix sont morts des onze derniers qui ont été condamnés, ce qui lait
1. Dossier des assemblées de Las Fourques, C. 16."). Les jufj^emeiits manquent. Seules subsistent de doubles conclusions du procureur du roi, du li novembre, qui tendent : 1° à envoyer à la potence Pierre et Jacob Bourrit ; et à la question, avant dire droit, André Franceson (ii ans) bourgeois, de Saint-Michel ; 2» à envoyer à la potence ép^alement Jacob Bourrit, l'oncle et Anne Francesonne la mère des deux frères Bourrit, et aussi Jean Joannent, de Cassajrnas, résidant à Saint-Michel de Dèze.
2. Le Plan de las Fourques est en réalité assez loin de la Lozère, dont il est séparé par la partie orientale du Bougés.