‹ Les prédicateurs de la scèneChapitre 1 sur 19 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

du moins, la façon dont la comédie s'y prenait, quand elle voulait moraliser. D'ailleurs, elle ne le voulait point toujours ; et les ? cntiments qu'elle infiltrait dans l'âme des foules étaient quelquefois plus propres à pousser au vice qu'à exhorter à la vertu.

Chez beaucoup d'auteurs aujourd'hui, le théâtre a la prétention de diriger le public, non plus seulement par les impressions que les événements dégagent, mais encore et surtout par les théories que l'écrivain développe. Nombre de comédies à l'heure actuelle, au lieu d'être rempTies par des caractères ou par des incidents, sont farcies de discours. Est-ce bien leur but et leur fonction ? Je n'en sais trop rien. Mais c'est un fait. La scène a maintenant ses docteurs et toute une catégorie de pièces est classée sous l'étiquette générale de pièces à thèse.

Cette cafégorie de pièces existant, j'ai pensé que leur étude offrait une certaine importance. Approfondir les idées qu'elles soutiennent et disséquer les arguments qu'elles présentent, analyser la morale qu'elles offrent à l'opinion, comme un laboratoire officiel analyse les aliments qui sont vendus aux consommateurs, ce travail m'a paru de quelque profit. J'ai cru qu'il n'était pas sans intérêt de critiquer les Prédicateurs de la scène.

Car ces prédications d'un nouveau genre, soit qu'elles imposent une idée qui pénètre immédiatement le cerveau, soit qu'elles infiltrent un argument qui s'insinue peu à peu dans l'âme, influent toujours sur l'esprit populaire. Et d'autre part, en même temps qu'elles déterminent un courant dans les idées, ces prédications subissent aussi plus ou moins le courant des idées. Entre le théâtre et le

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