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CHAPITRE IV

Par sa forme poétique, par le cadre où l'auteur a enfermé son sujet et ses héros, par le surnaturel enfin qu'il y a introduit, la Douceur de croire, de M. Jacques Normand, paraît tenir encore, sinon aux mystères et aux drames sacrés, du moins aux légendes chrétiennes.

Mais, de plus en plus, nous nous éloignons de Tinspiialion religieuse. — Ici, en effet, sous l'apparence d'un conte mis en dialogue, il se cache une thèse, et la thèse, en dépit des préliMitions de l'auteur et, je crois, de ses intentions, conclut contre la foi.

Le sujet de la pièce est fort simple. En ce temps de comédies compliquées et alambiquées, c'est un mérite. Autre mérite : il y a bien çà et là quelques couplets d'amour, mais aucune intrigue amoureuse.

Dans un pays quelconque, une Hongrie delégende,

et à une époque indéterminée, quelque Moyen Age infiltré d'un grain de Renaissance, on vénère une sainte Hilda, morte il y a longtemps, mais dont la mémoire est toujours honorée. Car, — ainsi que nous l'apprend Elisabeth, fille de Maître André, le savant illustre, — Hilda, c'est

... la vierge au cœur sans crainte, Qui, lorsque l'étranger nous avait envahis, Jadis par un miracle a sauvé le pays !

Or, ce fameux Maître André porte au cœur une haine invincible, et d'ailleurs insensée, contre la sainte aimée de la nation tout entière. Une maladie que safemme avait contractée dans un pèlerinage à Sainte-Hilda l'a rendu veuf il y a vingt ans. Depuis ce jour, il accuse Hilda de la mort de sa femme. Il veut se venger, il en cherche les moyens, il les trouve.

Un très vieux manuscrit, que sa bonne chance a découvert et que sa science a déchiffré, démontre irréfutablement, par le propre aveu d'Hilda, que la légende est un mensonge et la prétendue vierge une misérable.

Aussi, le vieil ennemi de la sainte a-t-il résolu de proclamer sa déchéance à la face du peuple; il ira la dénoncer.

Le jour de sainte Ililda, le jour de tous connu, Où, chaque année, à peine octobre revenu. Dans notre ville et dans le pays de Hongrie, Les cloches font vibrer leur concert ingénu; Et les processions, sur leur route fleurie, Devant l'antique châsse en émail cloisonné Courbent le front de tout un peuple prosterné!

Ce qu'il dira, Maître André, c'est

Que la sublime Hikla, la sainte qu'on révère, Et dont le nom si noble est partout vénéré, Hilda, la vierge pure, intacte, immaculée. Par un indigne amour soudainement troublée. Pour les envahisseurs quittant les envahis. Au lieu de le servir, a trahi son pays.,.

II démontrera enfin que tout est faux dans son histoire,

Fausse sa chasteté, sa candeur et sa grâce ; Faux les restes sacrés conservés dans la châsse, Fausse enfin la légende entière...

Le grand jour arrive. Maître Audré tient sa résolution. Devant tout le peuple, au milieu des pèlerins accourus des extrémités du pays, des dévots de la sainte agenouillés au pied de son autel et des miraculés chantant leur reconnaissance, au milieu de cette foule enthousiasmée, Je savant proclame à haute voix la honte et la vilenie de la prétendue sainte Hilda. Le scandale est énorme. On veut lapider le blasphémateur. Il demande à prouver son dire. Ou le met au déli de le faire. Il insiste. On prend un rendez-vous, dans sa demeure, après la procession.

Mais en rentrant chez lui, Maître André voit sa lille au désespoir. Il avait voulu que son enfant fût la preniière in^- truite. Avant de partir, il lui avait laissé la transcription du document révélateur. Elisabeth a lu, elle croit, mais son cœur est brisé. Sa foi dans la sainte était si profonde! Or, gémit-elle, en pleurant,

... Voilà tout à cuup votre sciLDce am<''re

— Cai' elle est infaillible, hélas! je le sais bien! —

nui fait tomber les ailes d'or de ma chimère...

De la sainte adorée il ne reste plus rien!

Ne vous étonnez pas, mon père, que je pleure...

Quand, instruite par vous, j'ai compris tout à l'iieure, La sèche vérité dans toute sa rigueur, J'ai senti, sous un vent de tristesse glacée, S'efïeuiller brusquement ma croyance passée... Et c'était comme un lis qui mourait dansmon cœur!

Aussi la pauvre enfant crie pitié pour la foule :

Ne brisez pas ce rêve en leur âme inquiète ! A quoi le savant, inébranlable et hautain, répond :

C'est de rêves brisés que la science est faite !

Et Maître André assouvirait jusqu'au bout sa haine envers Hilda, si l'ombre de sa femme, invoquée dans un élan soudain par Elisabeth, n'apparaissait du fond de la mort et ne priait le savant d'abandonner son cruel dessein : a Ne te venge pas de m'avoir perdue, supplie-t-elle...

Et pendant le peu qui te reste à vivre. Ne fais pas germer le mal après toi, En leur enlevant cette antique foi Dont l'illusion tendre les enivre!

Le savant obéit. Devant le peuple, il déclare humblement qu'il s'était trompé. Quelques mots du manuscrit restaient à déchiffrer, lui dit-il ; il vient de les traduire ; à eux seuls ils constituentun foudroyant démenti de tout le reste. Et Maître André jette au feu le documentterrible.

Mais, quand la foule a disparu, rêveur et regardant le parchemin qui brûle, il murmure à mi-voix ;

... Des jours viendront, où, longtemps endormie, La science, éclairant tous les hommes entre eux,

Les rendra moins croyants...

— Seront-ils plus heureux?

interroge Elisabeth. Et c'est le dernier mot.

Ainsi, d'après M. Normand., la croyance aux vieux Saints, aux miracles du temps jadis, aux beaux récits d'autrefois que l'Église enseigne, est pure illusion. Cette illusion, sans doute, apporte le bonheur ; mais

Le bonheur humain est fait do mensonges.

La science a tôt fait, dès qu'elle touche à ces légendes, à ces contes bleus, de les anéantir, ainsi qu'un doigt léger dissout les bulles de savon.

La foi est donc une chimère. Mais, puisque la chimère est douce auca.'ur humain, puisque la vie, parfois si cruelle, en devient plus aimable et mieux supportée, puisque la chimère entretient l'espérance, à quoi bon la briser? Vraiment, la science est barbare à vouloir casser ce jouet merveilleux, qui console et réjouit le grand enfant populaire.

Et c'est pourquoi M. Jacques Normand supplie les docteurs de ne pas ôter « la douceur de croire » aux pauvres ignorants ;

Impure peut-être, elle est fraîche en somme La source où leurs cœurs viennent s"abreuver... Et nul n'a le droit cruel d'enlever Sans la remplacer la croyance à Ihomme !

Ces derniers mots montrent que la pièce a été dictée par une excellente intention. Mais la réalité répond fort mal au dessein de l'auteur. Et si M. Normand a voulu, comme il y paraît, désarmer les sa-

vants qui détruisent la foi, je crains bien qu'il se soit lourdement trompé. Sa pièce est plus propre à leiir fournir un argument. Examinons la thèse.

Au fond, La Douceur de croire otïre au public un léger vernis de vrai, mal appliqué sur une erreur funeste.

Ce qui est vrai, c'est que la science athée ^ qui a la prétention de détruire et de remplacer la foi, ne détruit que le bonheur et, pour le remplacer, ne fournit que le désespoir. La foi, au contraire, — et j'entends la vraie foi, c'est-à-dire la loi dans le vrai, — console et ravit Tàme humaine, atténue les douleurs et rend les joies plus pures.

Il est exact, en etïet, que la science, appauvrie de la religion, malgré les adoucissements matériels apportés par ses découvertes, assombrit l'existence et répand l'ennui. Elle prétend, je le sais, donner à la vie plus d agrément; mais elle se borne à lui créer plus de confortable. Et le confortable — interrogez les Anglais, maîtres passés dans ce genre ! — a très souvent pour compagnon le spleen. Au fond, ce résultat ne peut étonner que les irréfléchis ; car cette science athée ne vise à rendre heureux que le corps, tandis que le bonheur a|sa source au plus profond de Tâme.

Or, la foi y pénètre, en ces profondeurs de l'âme ; elle alimente et purifie cette source intime. Et c'est pourquoi la croyance en Dieu satisfait pleinement le cœur humain.

Ce sont là deux faits, ou plutôt les deux côtés d'un seul fait, universellement reconnus. M. Normand les a pris pour base; et il a eu raison. Mais il a eu tort d'en tirer une conclusion radicalement fausse.

Son raisonnement, en somme, est celui-ci : puisque

la science, en détruisant la foi, détruit également le bonheur et se trouve impuissante à le remplacer, silence aux savants ! Le but de l'homme est d'être heureux. Qu'importe ignorer, pourvu qu'on ait le cœur eu joie ? Mieux vaut une croyance établie sut le mensonge et qui fait supporter la vie, qu'une vérité, même irréfutable, et qui fait désirer la mort.

Raisonnement faux et dangereux. Faux, car il s'appuie sur une erreur ; dangereux, car il entraîne aux pires conséquences.

Quelle est sa base, en elîet? D'un côté, que la science anéantit la foi ; de l'autre côté, que la foi n'est qu'un sentiment, presque un instinct.

Je n'ai pas l'intention ni la prétention d'entreprendre un cours de théologie. Mais il n'est pas supertlu de rappeler au poète un certain faisceau de principes et de faits qu'il a eu tort de négliger.

Que la foi soit une vertu, dont la plénitude est impossible à posséder sans la grâce, évidemment. Mais que la foisoitune impression, toute irrélléchie, toute irraisonnée, ne supportant pas même un examen -cientitique, erreur profonde !

M. Jacques Normand ne sait-il pas que l'authenticité des Ecritures et leur véracité ont été cent fois établies par des arguments qu'on n'a point réfutés, par des démonstrations qu'on n'a jamais réussi à détruire? Or, si les Livres saints sont véridiques et authentiques, il en résulte invinciblement, d'abord que la révélation qu'ils nous ont transmise est un fait; en second lieu, que les prodiges accomplis par l'auteur de la révélation pour ap[)uyer sa parole, et racontés par ces Livres, ont eu lieu. Donc, un homme a parlé, se déclarant Dieu, et cet homme a prouvé

qu'il était Dieu. Croire en lui est évidemment, selon le mot du poète, une douceur ; mais c'est encore plus une sagesse.

Et puis, les Livres saints sont corroborés par d'autres témoignages. Après avoir affirmé son divin caractère en opérant des miracles, il a plu à l'auteur de la révélation de répéter ces manifestations surnaturelles à travers les âges ; il en a poudré le chemin de l'Eglise. Aujourd'hui même, il daigne encore en faire éclater sous les yeux de la foule, à portée de quiconque est assez loyal pour se rendre compte, avant de nier.

Au surplus, l'Église catholique elle-même, inébranlable et sereine au milieu des assauts les plus formidables, écartant sans effort tous les obstacles élevés sur ses pas, faisant jaillir de son cœur une efflorescence ininterrompue de saints héroïques et d'œuvres merveilleuses, éternellement jeune après dix-neuf siècles de vie et dix-neuf siècles de combats, toujours plus féconde au moment oti Ton croit l'avoir épuisée, toujours plus vigoureuse à l'heure où l'on prétend l'avoir abattue, l'Église catholique enfln n'est-elle pas un miracle permanent, le plus grand, le plus prodigieux des miracles ? En vérité, ne suffit-il point de la regarder à travers l'espace et à travers le temps, pour se convaincre immédiatement qu'elle est plus qu'humaine ?

La foi n'est donc pas un pur sentiment, réfractaire à la démonstration; c'est une conviction raisonnable et raisonnée, fondée sur tout un ensemble de faits lumineusement établis, qu'il n'est pas permis de confondre avec des légendes ou d'assimiler à des chimères.

Et, dès lors, il devient évident qu'il ne peut exister aucun désaccord entre la science et la foi. Car enfin, c'est Dieu qui a créé les phénomènes et les éléments qui constituent l'objet de la science, et c'est Dieu qui a fait connaître aux humains les vérités qui forment l'objet de la foi. Par conséquent, à moins de soutenir la supposition blasphématoire et insensée que Dieu a commis une erreur ou qu'il a voulu nous tromper, que le Créateur est ignorant de ses créatures ou que l'infiniment juste a donné pour vrai ce qu'il savait faux, on est bien obligé d'admettre l'harmonie complète entre la science et la foi.

A ce raisonnement on peut encore ajouter deux réflexions. D'abord, un très grand nombre de savants, reconnus, renommés, admirés des incroyants eux-mêmes, ont trouvé, dans les profondeurs de la science, un soutien pour la foi. En second lieu, si les ennemis de la religion sont toujours prêts à déclarer, avec une assurance imperturbable et une imprécision d'ailleurs absolue, que la Science en général, la Science à majuscule, est contraire à la foi, quel est celui d'entre eux qui a prouvé, par des faits certains, qu'une découverte incontestée de la science était radicalement inconciliable avec un dogme de la foi?

De tout ce qui précède, il résulte invinciblement que notre poète a commis une erreur profonde en posant ces deux affirmations : la croyance est fondée sur une chimère, et la science, en la frappant, l'anéantit.

M. Jacques Normand n'objectera point qu'il n'a pas eu l'intention d'attaquer la vraie foi ; qu'il n'a fait voir l'illusion que dans une légende, et non dans

l'Évangile. On pourrait lui répliquer d'abord que son héroïne ou sa victime, Hiida, n'est point présentée par lui comme une imagination de chimère ou de conte ; il la tient pour une sainte, élevée sur les autels; on a bâti des cathédrales en son honneur; on lui attribue des miracles. Ainsi donc, à retenir simplement les faits de La Douceur de croire, on en devrait déjà conclure que l'Eglise honore des Saints qui n'ont jamais vécu ou n'ont poiut vécu saintement, et qu'elle affirme des miracles absolument démentis par l'histoire.

M ds il y a plus ; et M. Normand n'y contredira point. Sa pièce est un symbole, et sa conclusion dépasse infiniment son sujet. Sainte Hilda n'est pas un personnage, elle est la croyance au surnaturel.

... Des jours viendront où, longtemps endormie, La science, éclairant tous les hommes entre eux. Les rendra moins croyants...

Et voilà pourquoi la thèse, en même temps que radicalement fausse, est profondément dangereuse.

Encore un coup, je crois à la bonne intention du poète. 11 a voulu répondre aux docteurs de scepti- 1 cisme et d'incrédulité, dont la prédication désespérante, en dissolvant la foi dans l'âme populaire, en arrache aussi le bonheur. Il leur a crié, comme Elisabeth à son père :

La science!... Empêcher tout un peuple d'aimer. De croire, de prier... je ne puis exprimer Ce que j'ai dans le cœur, tant mon esprit s'égare... Mais je sens, oui, je sens que votre œuvre est barbare.

Fort bien ! Mais M. Normand, pour ejipêcher cette œuvre barbare, accorde d'abord à ses auteurs que leur priacipal, ou plutôt, leur unique argument est justilié. Singulière façon de les combattre !

Il leur lient à peu [)rès ce discours ingénu : « Messieurs, je vous en prie, ne montrez pas que la science anéantit la foi! C'est vrai; mais vous feriez tant de peine aux croyants ! »

La réponse est trop facile à prévoir :

« — Pardon! Mais nous avons la prétention d'éclairer des hommes et non point des enfants, qu'on berce avec des contes. 0/-, Thomme a droit à la vérité. Il est mal armé pour les combats de la vie s'il n'est muni que d'illusions. Il faut lui laire connaître exactement ce qu'il est, pourquoi il existe, où il va, d'où il vient. Au fond, quand tous les hommes auront été instruits de ces grandes choses et quand sera passée la crise, évidemment douloureuse, que l'extraction de la foi peut provoquer chez les descendants des générations croyantes, il poussera dans le monde un renouveau de bonheur. Alors, en effet, l'on pourra disposer la vie selon la vérité. Et la vérité, vous l'avez reconnu, ce n'est point la foi, ce no sont pas les pieuses légendes et les prétendus miracles. Illusion, tout cela! La vérité, c'est la science ; et la science a démontre que l'Église est une institution purement humaine, établie sur le mensonge; elle a démontré qu'il n'y a rien au-dessus de l'homme, au delà du visible ; elle a démontré enfin que le bonheur doit être cherché dans ce monde et non pas dans le chimérique espoir d'un monde inexistant. »

Telle est la conclusion que les docteurs de la science athée pourront tirer de La Douceur de croire. Et, à

leur conclusion, viendra faire écho le grand cri de la foule enivrée de désir : « Ah ! vraiment, le bonheur doit être cherché dans ce monde. Eh bien, cherchons-le, trouvons-le, prenons-le ! » Et l'on verra le peuple incroyant se ruer à l'assaut du bonheur, — ou plutôt, non 1 des jouissances.

Et tout cela, si les affirmations du dramaturge étaient fondées, serait d'une logique irréfutable.

Non 1 ce n'est pas ainsi que la religion sera bien défendue contre les assauts de l'impiété soi-disant scientifique. Et nous refusons l'appui de ces écrivains pleins de condescendance envers nos « illusions », qui se croient sincèrement les auxiliaires, ou plutôt les protecteurs de l'Église, et qui ne sont, au vrai, que les alliés inconscients mais précieux de ses ennemis. Sans doute, ils font valoir leur bonne intention ; nous y croyons, mais nous n'en voulons pas. Le beau soutien, en vérité, qu'une bonne intention qui pousse à un acte mauvais !

Ahl quelle autre conclusion le poète aurait pu tirer du fait incontesté qu'il avait pris pour base ! Oui, la croyance en Dieu constitue le fondement du bonheur, et la science athée, qui prétend démolir la foi, se trouve impuissante à la remplacer. Mais pourquoi ? Tout simplement parce que la croyance en Dieu est établie sur la vérité, tandis que la science athée n'est appuyée que sur le mensonge.

Le cœur de l'homme est attiré par une invincible aimantation vers le bonheur. Il le désire, il le veut. Or, la source du bonheur, c'est la foi : la foi, dont l'absence enfonce une épine au sein de tous les autres bonheurs et dont la présence apporte un soulagement dans les plus cruels chagrins ; la foi, dont l'absence

infiltre un arrière-goût de désespérance au milieu des joies les plus certaines et dont la présence adoucit d'un espoir les douleurs que le monde appelle irréparables.

Donc, l'âme humaine est formée pour la croyance en Dieu, comme l'œil est composé pour la lumière. Et l'âme est, par elle-même, une démonstration de la vérité des dogmes de la foi, comme l'organe visuel est un témoignage en faveur de la réalité du visiblo.

La science athée, au contraire, heurte et froisse, au plus profond du cœur humain, ce que l'homme a de plus intime et de mieux enraciné. Jamais la science athée ne peut assouvir lame altérée de bonheur. Elle a beau mulliplier les découvertes, adoucir les souffrances, amortir les chocs et les duretés de la vie, créer constamment des jouissances nouvelles et des plaisirs imprévus, elle ne parvient pas à désennuyer l'âme. Elle a beau soutenir qu'elle apporte le vrai, l'âme, invinciblement, cherche un autre idéal au delà des matérialités qu'on lui présente 1

La science athée porte donc en elle un irréfutable argument contre elle.

Et cependant, M. François de Curel, dans la. Fille Sauvage, aboutit ou semble aboutir à peu près aux mêmes conclusions que la Douceur de croire.

Voilà qui a lieu de surprendre. Eût-on pu supposer que l'auteur, si noblement audacieux de la Nouvelle Idole, accorderait jamais un avantage à la raison contre la foi ?

Il est vrai qu'on ne doit pas se hâter de porter un jugement sur la théorie soutenue dans la Fille sauvage. Il faudrait d'abord être bien sûr qu'on l'a exactement comprise. Il est positif — et c'est peut-être le seul point que l'on puisse affirmer hardiment, — que M. de Curel y parle beaucoup de la religion ; mais a-t-il voulu conclure coatre elle ou en sa faveur ; en a t-il voulu faire la critique ou l'apologie ?...

Le seul fait qu'il faut poser la question prouve immédiatement que la qualité maîtresse de cette œuvre n'est point la clarté. En effet, le cours si harmonieux et si puissant de ce beau style a le malheur de ne refléter, cette fois, que des nuages.

Aussi, pour que le lecteur soit en mesure de saisir à peu près, non la pensée de M. de Curel, mais au moins la question qu'il a traitée, il est nécessaire de procéder d'abord à une analyse un peu détaillée de sa pièce.

Il était une fois, au plus profond de l'Afrique, un grand pays, le royaume des Amaras. Ce royaume était gouverné par Abeliao, lequel avait pour fils un jeune prince appelé Ki^erick et pour ministre un vieillard ayant nom Tolilo. Or, dans un coin perdu de cet empire à peu près barbare, végétait une peuplade absolument sauvage, ne possédant d'autres demeures que des tanières et d'autres ressources que la chasse. Un beau jour, une fille de ces tribus fut prise dans un piège creusé pour les fauves, eu présence du roi, de son fils, de son ministre et d'un explorateur français, Paul Moncel, ce dernier philosophe aux vues nuageuses et profondes, consacrant la moitié de sa vie à courir le monde à la recherche de l'homme pri-

mitif et l'autre moitié à raconter le résultat de ses voyages.

Tout ceci nous est exposé dès le premier acte, au sein d'une forêt des Amaras, dans une série de conversations entrelardées de tableaux sauvages, insolemment crus et nus.

Cette iille sauvage e=t une simple brute, à tous les points de vue. N'appuyons pas sur les détails de propreté, de mœurs et de nourrilure, où l'auteur insiste un peu trop.

Le prince Kigerick, à qui son père a donné ce joujou curieux mais encombrant, finit par s'en lasser et le condamne à mort. Paul Moncel intervient en laveur de la malheureuse et, finalement, la conduit en France, où son premier soin, d'ailleurs, est de s'en débarrasser entre les mains de sa sœur, supérieure d'un couvent de sourdes-muettes.

Les religieuses, à force de soins, de temps et d'ingéniosité, font sortir, do cet animal sauvage, une véritable jeune lille; elles font jaillir une intelligence de ce cerveau obscur, une vertu de cette bestialité. Paul Moncel, qui revient voir sa protégée, après deux ans d'absence, en reste confondu.

Entre temps, l'explorateur a reçu de Totilo, le ministre barbare, une missive où il démêle, entre les mots, qu.' Kigerick aurait envie de reconquérir sa capture et d en faire l'ornement de son harem. Et cette proposition donne à Moncel l'idée do préparer la jeune fille, — appelons-la désormais Marie, puisqu'elle est baptisée sous ce nom, — à devenir l'épouse chrétienne du prince et plus tard la reine des Amaras, qu'elle convertirait. Car Paul est un de ces libres-penseurs orgueilleux et prudents qui pensent que la reli-

gion est utile à l'humanité inférieure. Sa sœur, la religieuse, entre dans ses vues.

Mais alors se passe une scène, délicate à décrire et dont ii faut parler cependant, puisque Fauteur en a fait le nœud de sa pièce.

Paul reste un instant seul avec Marie. La jeune fille chrétienne, enfermée si longtemps avec sa maîtresse et ses compagnes, est tout à coup, à la vue du jeune homme, ressaisie violemment par la fille sauvage. Il faut que Paul se résigne à la brutaliser pour l'écarter de lui,... quand, subitement, trois coups retentissent dans le mur de la chapelle, voisine du parloir.

Marie, croyant entendre un avertissement divin, se prosterne. Paul sait fort bien que les trois coups sont un signal convenu entre une sœur qui a fini son temps d'adoration devant l'autel et la supérieure qu'elle suppose encore au parloir; mais il trouve bon de laisser Marie convaincue du miracle.

Un an se passe. La religieuse conduit son élève chez Paul, oîi la jeune fille doit se rencontrer avec Totilo. Mais Marie ne veut plus, maintenant, retourner chez les Amaras; elle prétend s'enfermer au Garmel. Et elle avoue à Paul que la vocation l'a saisie, foudroyante, après le fameux miracle. A quoi Paul réplique aussitôt en lui prouvant que le miracle était une pure imagination.

Coup de théâtre! Effarée, déçue, puis indignée, la jeune fille passe en deux secondes de la ferveur à l'impiété. Elle voulait être religieuse, elle ne veut plus même être chrétienne.

Cependant, dominée par Paul, elle déclare encore à Totilo qu'elle ne se rendra vers Kigerick qu'à la con-

dition d'être unique épouse et reine catholique. Et Totilo s'en retourne avec cet ultimatum.

En attendant la réponse du prince, Paul enseigne à Marie son métier de reine, mais il ne cherche point à lui rendre sa foi. Le plus clair résultat de ces leçons, c'est d'inspirer à la jeune fille une ardente passion pour son professeur; si bien que le jour où elle apprend que Kigerick, devenu roi, l'attend pour partager son trône, aux conditions qu'elle a posées, Marie ne veut plus quitter l'Europe. Il faut tout l'ascendant de Paul, un homme à part, insensible à l'amour et pétrifié dans l'orgueil, pour la décider, pleurante, à partir.

Nous la retrouvons dans sa capitale, où le premier soin de cette femme étrange a été de maintenir le harem royal et de chasser les missionnaires. Elle veut forger de toutes pièces une civilisation à l'image de son dieu, c'est-à-dire une civilisation sans Dieu.

Mais, en même temps, n'ayant plus d'autre soutien moral que le souvenir d'un homme, qui ne lui a donné, lui-même, d'autre ressort que l'orgueil, elle se laisse entraînera « des amours de brute ».

Sur ces entrefaites, elle apprend la mort de Paul ej^ le hasard veut que, le jour même, elle rencontre un missionnaire. Ecrasée par sa douleur, au lieu de punir le prêtre, elle lui ouvre son âme et lui demande appui. L'apôtre, ému, l'engage à prier. Ce conseil lu révolte, elle se ressaisit, appelle ses gardes et fait, sur place, exécuter le religieux.

Et le rideau tombe.

Evidemment, l'auteur a nourri un dessein profond, mais lequel?

M. de Curel a essayé de l'expliquer ainsi, à un re-

porter qui lui demandait ce qu'il avait voulu dire, — question impertinente et cruelle.

Le dramaturge a prétendu, tout simplement, faire l'histoire de l'humanité. « Dès l'élat sauvage, l'humanité traverse une période de mysticisme primitif, naïf et grossier, qui s'élève, s'épure, s'idéalise dans l'âge suivant, où elle connaît alors l'état mystique. Dès sa plus basse enfance, l'humanité ressent le besoin de croire. C'est un fait établi par la science; en l'énonçant, je suis d'accord avec Herbert Spencer et les sociologues les moins suspects de dévotion.

« Dans les étapes suivantes, l'humanité voit la religion conquérir une puissance et une influence grandissantes, puis la raison interv'enir et se dresser contre le dogme. Elle connaît alors le désenchantement de la religion, elle se déprend de ses vieilles croyances, elle perd la foi et ne se laisse plus guider que parle rationalisme. Et c'est ensuite la décadence de la société, la misère morale, la ruine, la mort. »

Ce résumé, dans sa concision, n'est pas beaucoup plus clair que les six actes touffus de la pièce. On s'y heurte à la même contradiction : d'une part, l'auteur paraît élever la raison contre la foi, ce qui équivaudrait à soutenir que la foi, c'est l'absurde; d autre part, il convient que la mort de la foi précipite les nations dans la décadence, ce qui semble indiquer que la foi, c'est la sagesse.

« Quelques critiques, a dit à ce sujet l'écrivain, me traitent d'esprit nuageux et embroussaillé parce que je ne conclus pas. C'est surtout si je concluais que je serais nuageux et embroussaillé, car je me poserais en prophète et les prophètes n'ont pas la clarté pour qualité dominante. »

Pardon! il ne s'agit point de prophétiser. Il ne s'agit pas de prédire à quel terme aboutira la marche du monde. Il s'agit de préciser l'idéal qui satisfait le mieux les aspirations de 1 humanité. Depuis six mi le ans que dure l'expérience dont M. de Gurel a voulu nous montrer les phases, elle a pu fournir des données suflisantes à un observateur aussi pénétrant que lui.

Si l'auteur de la Fille sauvage a voulu, comme il apparaît aux confuses clartés de sa pièce, enfermer l'histoire des hommes dans un conflit perpétuel entre la foi et la raison, ii doit nous dire à laquelle de ces deux lumières il faut demander le chemin du bonheur et de la vérité! Ur, c'est justement ce problème-là qu'il ne veut pas résoudre. Il est tantôt pour la foi, tantôt pour la raison,

La loi religieuse arrache la fille sauvage à l'ignorance et à la bestialité ; elle illumine cette conscience obscure, elle crée dans celte âme une volonté raisonnable. Fant-il donc chercher le progrès par la religion/

Non ! Car la raison pure, en dissipant le mirage surnaturel au milieu duquel la jeune liile avait gravi ces premiers échelons, la fait monter plus haut encore. Faut-il donc, à la foi, préférer la raison?

Noij jjIus ! Car, où l'idée religieuse avait sufli, la raison demeure impuissante. A la pensée que Dieu renlenduil, la jeune lille avait vaincu la tentation ; maintenant, la reine, avec tout son génie, ne parvient plus à maîtriser dans ses lianes la bête cruelle et sensuelle. Et ni l'orgueil assouvi, ni la passion déchaînée ne lui procurent le bonheur. Faut-il donc, alors, revenir à la foi ?

Ce n'est pas sûr ! Car l'écrivaiii fait dire à son héros : « Je crois fermement que nous établirons le règne de la raison. Alors l'heure la plus glorieuse de l'histoire aura sonné. » Et, plus loin, Paul Moncel exalte « le sentiment de la dignité humaine, qui suffit pour inspirer le respect de soi-même et des autres. » Ainsi, décidément, c'est la raison qui doit guider le monde? Eh bien, ce n'est pas sûr encore I En effet, le même Paul avoue : a Chaque fois qu'un peuple atteint un haut degré de civilisation, il découvre les invraisemblances de sa religion et perd la foi ; mais aussitôt il entre en décadence, les égoïsmes deviennent féroces, et tout s'effondre dans une mêlée furieuse»... Et, sur ce, le lecteur, qui ne sait plus du tout où M. de Curel a voulu le conduire, commence à soupçonner que M. de Curel ne le sait pas bien lui-même.

Toutefois, de la dernière phrase, une idée paraît jaillir, encore ennuagée, mais que la déclaration de l'auteur au journaliste éclaircit à peu près. Selon notre écrivain, la religion serait sans doute une erreur, mais une erreur nécessaire à l'humanité, une erreur qui soutiendrait la vertu et qui produirait le bonheur- Cette idée, la seule encore une fois qui se dégage assez nettement de cette obscure et superbe grandiloquence, est proprement absurde. Il n'est pas d'autre mot pour la qualifier.

Comment ! le bonheur et la vertu fondés sur le faux, sur la négation, sur le néant! Comment! le mensonge et l'irréalité suffisant à créer, non dans un moment d'enthousiasme irréfléchi, mais tout le long des âges, cette chose si grande et si difficile, la vertu ! Comment I l'erreur et le vide suffisant à combler cet océan qui s'appelle le cœur humain 1

LA RAISON ET LA FOI 3it

Non, jamais homme intelligent n'avait émis si lourde énormité!

Mais au fond, cette argumentation n'est si incohérente et si troublée que parce qu'elle repose uniquement sur une erreur formidable.

Du premier jusqu'au dernier mot, M. de Gurel oppose, à la foi, la raison.

Or, la raison et la foi, loin de se contrarier, sont inséparables et vont de la même source au même but. Elles vont de Dieu, leur auteur, à Dieu, leur fin. La foi nous apprend les vérités que Dieu a mises au-dessus de l'intelligence humaine ; la raison nous apprend les vérités que Dieu a mises au niveau de l'intelligence humaine. Dieu no peut pas être en contradiction avec lui-même.

Quand la raison se heurte à la foi, c'est que la raison est obscurcie par l'ignorance, déviée par la malice, engourdie par la chair ou grisée par l'orgueil. Et ce dernier cas est précisément celui de Paul Moncel.

En résumé, l'histoire de la Fille sauvage, en dépit de son auteur, n'est pas précisément le tableau de l'humanité en marche à travers les âges , elle est plutôt le récit de la lutte séculaire entre l'orgueil de l'homme et la Révélation, — lutte immense et pué* rilc !

Comment iM. de Gurel, avee son beau talent, n'at-il pas su tirer do ce sujet la magnifique apologie de la religion qui en déborde ?

Quelle |)rcuve, en ellet, de la divinité de notre foi, que cette irrésistible et perpétuelle as[iiration de l'humanité vers un bonheur et une vérité qu'elle ne peut parvenir à trouver en elle-mômo et qu'elle

cherche toujours, invinciblement, au-dessus d'elle? Quelle preuve encore, que ce fait historique, incontesté, reconnu par l'orgueilleux savant que M. de Curel a choisi pour son héros : la décadence irrémédiable où s'effondrent les sociétés qui ont perdu la foi 1

Et, maintenant, tous les genres de pièces ont comparu sous nos yeux, du mélodrame au vaudeville, de la comédie de mœurs à la tragédie, du mystère à la gaudriole; un chaos d'opinions, morales, sociales, scientiliques ou religieuses ont mélangé leurs sophismcs et leurs raisons, leurs mensonges et leurs vérités, leurs réformes et leurs utopies, leurs sagesses et leurs chimères, leurs poisons et leurs vertus. De cet ensemble ou plutôt de cet amalgame, il est bien difficile de dégager, sur les opinions de la société contemporaine, une vue nette et harmonieuse; et la première conclusion qui paraît en jaillir, c'est que les opinions de la société contemporaine sont terriblement confuses, incohérentes et incertaines.

Néanmoins, de tous ces éléments composites, on peut, me semble-t-il, extraire une triple conséquence, un triple enseignement.

Ce qui en ressort, en premier lieu, c'est l'indiffé-

rence à peu près absolue du public, intellectuel ou populaire, à l'égard des idées, — du moins au théâtre.

Le public n'est ni partisan ni ennemi des pièces à thèse ; il n'est l'adversaire que des pièces ennuyeuses- Il ne refuse pas qu'on le prêche au spectacle, à condition qu'on l'intéresse. Dans une œuvre drama tique, imaginée avec art et conduite avec habileté, i qui l'amuse ou qui l'émeuve, il admet très bien qu'on lui glisse une théorie; salutaire ou perverse, il acceptera l'une et l'autre aussi volontiers. Mais s'il bâille à la comédie, s'il reste froid au mélodrame, il ne supportera plus ni sermon, ni vaudeville. Avant tout, au théâtre, il veut qu'on le distraie.

Assurément, ce prurit exclusif et impérieux du divertissement, cette insouciance envers l'idée sont regrettables ; ils dénoncent un niveau bien bas dang j l'étiage moral. Ils sont même inquiétants pour l'ave- | nir; car ils ouvrent la porte toute grande à l'infiltra- | tion des théories corruptrices. Il n'est pas de mensonges ou de folies qu'on ne puisse à la longue insinuer jusqu'au fond de l'âme populaire, en les enveloppant dans une comédie joyeuse ou dans un drame impressionnant.

Mais, d'un autre côté, cet état d'esprit n'offre-t-il pas aussi, aux gens de cœur et de conscience, un encouragement? Si le calomniateur de l'Eglise et l'ennemi de la société peuvent, sous le couvert d'un scénario drimatique, inculquer des haines scélérates ou des utopies dangereuses, est-il donc impossible à un catholique, à un honnête homme, de prêcher, jusque sur les tréteaux, l'amour de la sagesse et delà vérité ? Pourquoi les défenseurs du bien, de la justice et de la

vertu n'essaieraient-ils pas de monter dans cette chaire ; et, puisqu'ils ne sauraient avoir la prétention de la démolir, ne serait-il pas salutaire et opportun qu'ils aient l'ambition de l'occuper? Je me borne à poser la question.

La première conclusion de tout ce livre aboutit, en somme, à une parole d'espoir; mais la deuxième est radicalement déplorable. Eu deux mots, la majorité des théories défendues par les prédicateurs de la scène est erronée, méchante et pernicieuse. A vouloir condenser dans une formule tout l'élal d'esprit de nos contemporains, tels que nos auteurs dramatiques le reflètent ou le préparent, l'opinion d'aujourd'hui se résume à exalter, en théorie, la raison contre la foi, mais à laisser prédominer, en fait, l'instinct sur la raison. C'est la vérité du célèbre mot de Pascal qui se manifeste à nouveau: l'homme, en essayant de détrôner Dieu, ne réussit qu'à se détrôner lui-même au profit de la bête. Avant tout ou, pour mieux dire, à l'exclusion de tout, l'on veut jouir; et, pour atteindre la jouissance, on détruit la famille, on bouleverse Tordre social, on abolit les commandements de Dieu. Jouir, c'est le f,'rand cri brutal et sensuel qui traverse le théâtre et donc l'humanité. Et que l'on considère le théàtio comme diluant l'atmosphère qu'il respire ou dirigeant le peuple qui l'écoute, la conclusion reste dans tous les cas douloureuse et angoi-^sante.

A coup sûr, on rencontre encore des comédies honnêtes et qui essaient de réagir ; il m'a été donné d'en signaler et d'en louer plusieurs. Mais, d'abord, elles sont le petit nombre; ensuite, elles ne sont

jamais absolument saines. Les philosophes de théâtre impies ou révolutionnaires, sont presque toujours foncièrement mauvais ; les pièces qui essaient de combattre le vice ou d'exalter la vertu renferment presque toujours, au contraire, ou des lacunes, ou des erreurs, ou des timidités, qui les empêchent de donner tout leur fruit.

Mais, Dieu merci, le troisième enseignement que porte ce travail est de nature à relever les courages et les espérances. Est-il besoin de l'indiquer, cet enseignement? L'occasionne s'est-elle pas offerte, à chaque instant, de le noter au cours du volume et les lecteurs ne l'ont-ils point retenu? Cet enseignement, c'est que la question religieuse est au fond de tout.

On voit des psychologues dramatiques se torturer l'intelligence et retourner l'humanité, pour résoudre des problèmes, dont l'Eglise a compris et proclamé, depuis longtemps, la solution lumineuse et définitive.

On voit des docteurs de théâtre étaler sous nos yeux des maladies et des plaies qu'ils se déclarent impuissants à guérir ou contre lesquelles ils n'ont à proposer que de vains palliatifs, dont le remède a

été découvert, appliqué, depuis des siècles déjà, par la religion.

Le grand mal du présent, c'est donc l'ignorance religieuse et, par const^quent, l'impérieuse nécessité d'aujourd'hui, c'est l'éducation populaire.

Mais l'éducation populaire n'est pas un travail simple, ni facile. Le peuple, on l'oublie trop, n'est pas un enfant à qui l'on puisse imposer un maître. C'est

un adulte ombrageux dont il faut se faire aimer, si on veut l'instruire.

Et, pour se faire aimer du peuple, il n'est au fond qu'un seul moyen, c'est de lui prouver qu'on l'aime.

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