L^HISTOIRE DE FRANCE ET LA RÉVOLUTION
Je me suis dit et cru républicain. Cependant j'ai toujours haï la Révolution de tout mon cœur.
La bassesse de ses sentiments, Timbécillité de ses doctrines, sa stupide emphase, sa vantardise, m'ont fait horreur plus que sa férocité. Rousseau en elle m'est insupportable. Toute l'époque reproduit en détail et avec la plus grande fidélité les traits de ce malheureux. Surtout je détestais l'infatuation inouïe qui, mettant ses disciples au-dessus de tous les siècles, les érigeant en juges du genre humain, confiait la revision de l'histoire à des cervelles si méprisables.
Je ne pouvais souffrir que mon propre pays fût condamné dans son passé par des hommes dont la friponnerie est peu de chose, si on la compare à leur sottise. Quoi ! de pareils fastes historiques auraient relevé de ces gens-là I Quinze siècles de politique illustre, de guerres glorieuses, d'art florissant, d'essor intellectuel unique et admirable auraient attendu le verdict d'une secte ignare et fanatique, jugeant selon des maximes honnies de la raison civilisée I Le spectacle de quarante rois auteurs de notre patrie, de Clovis, de Charlemagne, de Philippe- Auguste, de saint Louis, de Louis XI, de François 1®% de Henri IV, de Louis XIV, traduits à la barre de ce tribunal indigne fait un tableau qu'on ne peut supporter de sang-froid. Je plains ceux qui, se disant Français,
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n'en frémissent point ; je plains ceux qui, n'étant pas engagés à le défendre par un intérêt de parti, se figurent y reconnaître la justice.
Le succès apparent de la Révolution séduit et entraîne les foules frivoles, rien n'est si naturel que cela ; je ne m'étonne pas non plus que ce succès ferme la bouche à ceux qui seraient capables d'en reconnaître la misère, mais qui y sont attachés par l'intérêt de leur parti ; mais que signifie cette complaisance chez de bons Français sans étiquette, chez des catholiques ? Ils réprouvent la guerre menée au nom de ces principes, ils combattent en fait les révolutionnaires ; est-ce que ces principes en eux-mêmes les séduisent ? N'en touchent-ils pas du doigt l'ineptie ? La déchéance intellectuelle d'une adhésion à ces principes, quand elle est désintéressée, n'en sententils pas la honte dans tout eux-mêmes, dans les conversations que cela donne, dans les pensées que cela inspire, dans le dialogue intérieur de leur réflexion, dans la matière vivante de leur cerveau ?
Je voudrais leur révéler cela. Je voudrais que, dans un livre écrit pour la défense de l'histoire de France, la médiocrité de la secte qui l'ose décrier éclatât. Ces deux effets sont inséparables. Il n'y a pas d'homme épris des beautés de notre histoire qui ne soit en voie de renier la Révolution jusque dans ses dernières conséquences; il n'y en a pas de prévenu de quelque complaisance pour Tesprit de la Révolution qui ne boude notre ancienne histoire par quelque endroit : quoi qu'on prétende ou qu'on espère, il faut faire un choix entre deux.
J'ose dire qu'un certain goût de l'honnêteté littéraire serait le plus court chemin d'y parvenir. Autant que par ses desseins politiques, la Révolution se décèle par le genre d'éloquence de ses tribuns, et l'idée qu'on prend d'elle sur cet échantillon jette sur tout le reste un jour