I. LES ALBIGEOIS
blement fermé la bouche à tout ce qu'il y aurait eu de témoins des pratiques des hérétiques.
Nous tenons aussi beaucoup à Tavocat. Le refuser en matière civile ou criminelle, de nos jours, serait le fait d'un tyran. Il n'en était pas de même dans le cas de l'Inquisition. Un examen théologique a peu à faire des services qu^il rend ; on y juge des paroles ou des actes rituels ; ni l'un ni l'autre ne laisse de place au caprice de l'interprétation ; en pareil cas, les lumières des juges font tout. Ajoutez qu'en matière d'hérésie personne n'eût souffert alors ce que nous appelons « plaider coupable ». C'est le grand fort des avocats ; il eût déshonoré ceux-là, ou plutôt il eût fait de ces avocats euxmêmes de nouveaux accusés de l'Inquisition.
Voici maintenant la revanche de cette institution. Les différences de ce temps au nôtre ne sont pas toutes du même côté ; d'autres dispositions faisaient à l'accusé des avantages que nous ne connaissons plus. Premièrement, il n'y avait pas de prison préventive. Cela paraîtra incroyable aux modernes ; cela est certain pourtant. En second lieu, les témoins étaient récusables ; ils l'étaient quoique secrets. L'accusé donnait d'avance les noms de ceux qu'il récusait, et les juges observaient fidèlement cette exclusion. La récusation allait si loin qu'on pouvait récuser même l'inquisiteur, et il y a de cela plus d'un exemple.
Enfin n'oublions pas que ce tribunal d'Eglise ne manquait jamais d'user d'un droit refusé au tribunal civil, celui de remettre la peine aux accusés repentants.
Résumons cette importante matière. Toute l'apologie nécessaire de l'Inquisition tient en deux termes.
Admet-on qu'un pouvoir connaisse du délit de pensée, je dis de pensée exprimée, de prédication, admet-on
qu'il n'y ait en cela de tolérance commandée que dans le cas où cette pensée ne cause aucun dommage ? Voilà la part du pouvoir civil.
Ce point admis, est-ce dureté ou douceur, est-ce rigueur ou miséricorde, que le pouvoir spirituel intervienne, ou trouve-t-on qu'il vaudrait mieux que le temporel réglât tout ? Voilà la part de TEglise.
Conclusion. Cette intervention admise, n'est-il pas dans Tordre que la coercition dernière reste à l'Etat, l'exhortation préalable à TEglise ? L'institution dont nous parlons fut cela.
« L'organisme de Tlnquisition, dit M?^ Douais, un, logique et fort, dans les circonstances d'où elle sortit, avec le but qui lui fut assigné et grâce aux moyens de justice dont il disposa, fut en lui-même puissant au point de réduire l'hérétique, sage et respectueux de la justice sociale de l'époque, et assez armé pour écarter le pouvoir séculier du domaine spirituel réservé à l'Eglise '. »
Des catholiques, qui se croient permis de faire ici la leçon à l'Eglise, ont bien osé répéter qu'une telle institution ne devait servir et n'a servi à rien. Nos adversaires ne sont pas de cet avis.
Une fois de plus, dit Charles Molinier, parlant des effets de l'Inquisition, une fois de plus a été prouvé ce fait, qu'il nous faut bien admettre malgré toutes nos répugnances-, parce que l'histoire en fournit trop d^exemples irrécusables : c'est que la violence employée avec système peut avoir raison des idées, et que la force de résistance départie aux idées contre la violence n'est pas sans limite.
Aveu précieux dans la bouche de l'école qui professe le messianisme révolutionnaire de l'Idée par une majuscule. Quant à nous, qui n'avons de répugnance à pas