‹ Les premières actrices françaisesChapitre 15 sur 16 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

l'érudition, des préjugés terribles. Des écrivains de marque la fustigent même au nom de l'Histoire, dont elle insulterait la majesté en traînant vaniteusement ses haillons à côté de cette reine. Ce qu'il y avait de plus étroit dans l'esprit classique, ami des narrations nobles et superficielles, aveugle encore ces délicats. L'histoire a dans l'érudition, non pas une basse rivale insolente, mais son indispensable préparatrice ou sa non moins indispensable rectificatrice (si l'on me passe le mot). La sûreté de ce qu'on pourrait appeler l'histoire-art dépend rigoureusement des progrès de l'histoire-science.

Et voilà, au moins, l'excuse de ce livre, s'il a besoin d'excuse pour les analyses de textes, les rapprochements de dates, les discussions, les notes qui servent d'échafaudage à mes essais de reconstruction.

Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas mes héroïnes qui me reprocheraient un excès de conscience. Si j'ai été trop minutieux, trop attentif au détail, à tout le détail, c'est -pour ne rien négliger de ce qui pouvait dissiper à demi les ténèbres où leur mémoire même a sombré. Je ne me vante pas, certes, de les avoir ressuscitées. L'opération était impossible. Ou bien il m'eût fallu recourir à des stratagèmes de romancier...

Mais je crois avoir fait mieux que de jeter quelque lumière sur des ombres fuyantes.

Gomme sur une toile de fond, mouvante aussi, c'est une partie considérable du théâtre de leur temps qu'on a vu, de chapitre en chapitre, passer derrière ces femmes qui en furent les sourires, les voix enchanteresses et les plus touchantes larmes; qui, du meilleur de leur âme, comme de toute l'éloquence de leur être physique, contribuèrent si puissamment : les toutes premières, aux revanches posthumes d'un Garnier, aux succès de Hardy ; celles du temps de Louis XIII, aux victoires d'un Mairet, d'un Rotrou, d'un Tristan et de Corneille.

P. 12. — Les filles de Catherine de Médicis ayant joué dans la Soptwnisbe de Mellin de Saint-Gelais étaient ses demoiselles d'honneur. Catherine eut dix enfants de son union avec Henri II ; les cinq premiers furent des garçons ; le premier enfant du sexe féminin, Elisabeth, qui épousa Philippe II d'Espagne, naquit en 1545 ; le second, Claude, future duchesse de Lorraine, en 1547 ; le troisième, Marguerite, la future reine Margot, en 1552. — Les jumelles Victoire et Jeanne naquirent et moururent en 1556.

P. 16, note 1. — Une autre preuve, il me semble, que Perrine n'était pas Gros-Guillaume, c'est l'opuscule intitulé : les Etrennes du Gros-Guillaume à Perrine. (Ed. Fournier, Variétés historiques et littéraires, t. IV, p. 229-233).

P. 24. — Cette vision pourrait bien être vraie. Tallemant des Kéaux eût très probablement admis ce dont il a douté, s'il avait lu, comme nous l'avons fait (trop tard pour en tenir compte dans notre texte), la pièce de théâtre composée par Isaac de Lalfemas, alors âgé de 21 ou 22 ans, et publiée par lui en 1605, à Rouen, sous ce titre : l'Instabilité des félicités amoureuses ou la Tragi-Pastorale des amours infortunées de Phelamas et Gaillar geste, de l'invention de I. D. L., sieur de Blambeausant. Tallemant a fait allusion à cette pièce dans la note que voici : « A Navarre, étant écolier, il lit une pastorale, qui y fut jouée, où il y avait un berger Lefamas ou Lemafas ou Famelas et un Semblantbeau » ; mais de là môme il ressort qu'il n'avait pas eu la pièce sous les yeux. Phelamas est l'anagramme évidente de Laffemas, qui s'écrivait Laphemas ; et le berger ainsi nommé, amoureux de la nymphe Gaillargeste, qui l'appelle un moment Blambeau. sant (anagramme de Beausemblant, village où Isaac de Laffemas était né), ce berger, c'est, assurément, le jeune poète dramatique lui-même peignant sa passion pour une femme du monde

« comique ». La preuve a été donnée, en effet, par M. Frédéric Lachèvre que Laffemas, contrairement à l'opinion de Tallemant, se fit comédien au sortir du collège. En disant « qu'il avait joué de ses propres pièces dans une troupe de comédiens de campagne », ainsi que parle, sans le croire, l'auteur des Historiettes, les ennemis du terrible auxiliaire de Richelieu avaient raison. Et non seulement Laffemas dut suivre une actrice nomade, mais il parut aussi — avec elle ? je ne sais — sur des scènes parisiennes : au Sabot d'or, comme le prétendait Marie Venier, et même à l'Hôtel de Bourgogne. (V. trois dépositions irrécusables, tirées d'un factum de 1629 par Frédéric Lachèvre, dans les Recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiés depuis 1600 jusqu'à la mort de Théophile (p. 248-249.) — Edité en 1915, cet énorme ouvrage de Frédéric Lachèvre est un monument d'érudition.

P. 41, note 1. — En doutant qu'il y eût des actrices dans cette troupe française qu'on applaudit en Angleterre en 1635, je ne m'abusais point. Les scandales de 1629 et de 1633 avaient servi de leçon. J'ai pu m'en convaincre pendant qu'on m'imprimait ce livie. — Un ouvrage bien connu de l'anglais J.-P. Collier : The History of english dramatic poetiy on ihe time of Shakespeare and annals of the stage to ihe Restoration contient des renseignements sur le succès éclatant et prolongé de nos comédiens sans femmes. Ils avaient été appelés, sans doute, par la reine d'Angleterre, Henriette de France. C'est devant elle qu'ils débutèrent le 15 février a in pri vate». Le surlendemain, à Whitehall, ils jouèrent Mélite (ou Mélisse) « with good approbation ». Ils réussirent encore mieux, en avril, — toujours à la Cour, — avec le Trompeur puni de Scudéry et YAlcimedon de Du Ryer ; si bien qu'ils demeurèrent à Londres jusqu'à la fin de l'année, sinon jusqu'en 1636. Henriette de France aimait passionnément le théâtre, et surtout celui de son pays d'origine. — La troupe française de 1635 avait pour chef Floridor.

P. 105, note. — La lettre de Boileau à Brossette est du 12 mars 1707. Mais, pour l'entière intelligence du curieux passage relatif au petit Beauchàteau, il faut connaître « l'épigramme » dont il s'agit au début, et qu'on trouve, comme le dit Boileau, dans la Muse naissante. C'est une des « approbations » formant, en quelque sorte, le large vestibule-réclame du temple. La voici :

Que tes vers ont de majesté !

Qu'ils coulent d'une source claire !

Ils sont dignes, en vérité, D'être récités par ton père !

Interrogé par Brossette sur ce quatrain et sur l'ex-enfant prodige, Boileau répondit :

Pour ce qui est de l'épigranime... j'étais à peine S"H\ du collège quand elle fut composée par un frèr^ aine que j'avais [Gilles Boileau] et qui a été de l'Académie française. Elle passa pour fort jolie, parce que c'était une raillerie assez ingénieuse de la mauvaise manière de réciter de Beauchàteau le père, qui était un exécrable comédien et qui passait pour tel [(]. Il fut pourtant assez sot pour la faire imprimer dans le prétendu recueil des ouvrages de son fils, qui n'ét3it qu'un amas de misérables madrigaux qu'on attribuait à ce fils, et que de fades auteurs qui fréquentaient le père avaient composés. Tout ce que je puis vous dire de la destinée de ci' célèbre enfant, c'est qu'il fut un fameux fripon, et que, ne pouvant subsister en France, il passa en Angleterre, où il abjura la religion catholique, et où il est mort, il y a plus de vingt ans. ministre de la religion prétendue réformée.

133. — Une autre raison de croire que Bellerose était encore à l'Hôtel en 1649 nous est fournie par une mazarinade intitulée : Manuel du bon citoyen ou Bouclier de défense légitime contre les assauts de l'ennemi. On y lit à propos de modes récentes : « Un barbier, un tailleur, un maître à danser, un peu entreprenants et inventifs, vont changer toute la face de la Cour aussi facilement que Bellerose fera la scène de son théâtre (Choix de Mazarinades par C. Moreau, t. I (1853), p. 438). » — Cette pièce, très longue, est du 22 mars 1649.

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69. Lignes 12-15 — La preuve formelle qu'il n'y eut qu'une Villiers est dans Tallemant, qui, vers 1657, écrivait : « M. de Reims [Henri de Lorraine, futur duc de Guise, archevêque de Reims dès 1629, à quinze ans] aima ensuite [163,-1636] la Villiers qui est encore à l'Hôtel de Bourgogne » (Historiette de M. de Guise, petit-fils du Balafré).

86-89. - Je démontre, en cet endroit, que l'Illusion comique fut jouée au Marais et non pas à l'Hôtel, comme le veut Rigal. Mais j'y admets avec lui qu'il s'agit de cette Illusion dans le Mémoire de Mahelot, sous le titre erroné de Méliie. Or, au moment de donner le bon à tirer pour cet Appendice, je vois que Mahelot ne s'était pas trompé. Dans le tout récent ouvrage du professeur américain Henry Carrington Lancasler : le Mémoire de Mahelot, Laurent et d'autres décorateurs, etc., une remarquable découverte de l'auteur nous prouve (p. 23-25) que la Mélite du Mémoire est la Bélinde (tragi-comédie) du sieur do Hainpalle. qui, imprimée sous ce titre en 1630, à Lyon, fut désignée par Mahelot sous le nom de son principal personnage féminin, Méliie, Peut-être même, dit M. Carrington Lancaster, l'Hôtel s'est-il servi, en 1633-1634, de ce nom de Mélite, pour opposer la pièce de Rampalle à celle de Corneille.

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