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SCULPTURE, PEINTURE ET ARTS INDUSTRIELS

§ 1er. — LA SCULPTURE

Il n’y eut pas en Mésopotamie deux arts, l’un chaldéen, l’autre assyrien. Il n’y en eut qu’un seul. Comme l’art de l’Égypte et comme celui de chaque race, il eut sa période de naïveté, de tâtonnements, d’imitation gauche mais sincère de la nature; puis son apogée brillant, suivi d’une phase où le convenu domine toujours davantage, où l’on copie les modèles illustres sans renouveler l’inspiration, jusqu’au moment où l’art, étouffé par les traditions, tombe dans la décadence et meurt.

Cette histoire, qui est celle de toutes les écoles artistiques, nous pouvons la suivre chez maints peuples anciens ou modernes. La multitude de -monuments que nous a laissés l’Égypte nous a permis de la retracer dans la vallée du Nil.

On n’a pas retrouvé encore toutes les phases de cette évolution en Mésopotamie. Bien des lacunes nous forcent à deviner plutôt qu’à indiquer avec précision quelle marche y suivit l’art. Les fouilles de l’avenir permettront peut-être de combler ces lacunes et de placer dans les cases vides des œuvres qui marqueraient la gradation entre les différents groupes de celles qui nous sont parvenues.

Jusqu’à présent, on n’a retrouvé, en fait de sculptures, que des échantillons de deux périodes : la période presque primitive et celle qui représente l’apogée de l’art, mais au moment où cet art commence à glisser dans la routine et dans le convenu.

En Babylonie, à Tel-Loh, avec les statues exhumées par M. de Sarzec et actuellement au musée du Louvre, nous voyons une des phases très anciennes de 1 art en Mésopotamie. A Nimroud, à

Khorsabad, à Koyoundjik, nous assistons à l’épanouissement de cet art, mais nous constatons en même temps qu’il a cessé presque partout d’imiter la nature, qu’il possède des canons, des traditions, et que, plus il vieillira, plus il sera empreint de formalisme, de froideur et de convenu.

Pour juger de ce qu’il a pu devenir parla suite, il serait indispensable de retrouver, sous les monticules de la Babylonie, les œuvres d’art que Nabuchodonosor fit exécuter en si grand nombre, et dont il doit rester au moins des débris.

Au point de vue de la magnificence, le Second Empire chaldéen dépassa les souverains de Ninive, mais il reste à savoir si, dans les statues d’or et dans les bas-reliefs dont parlent avec tant d’admiration Hérodote et Diodore, l’art égalait la richesse des matériaux. Y eut-il alors une renaissance, un retour vers la nature? Il est difficile de le croire. Les orgueilleux rois de Babylone, jaloux d’effacer la gloire de leurs prédécesseurs ninivites, devaient tenir à la quantité des travaux exécutés, plutôt qu’à leur qualité, et faire copier en hâte les modèles fameux dont s’était embellie la capitale du Nord, plutôt que d’attendre et d’écouter une inspiration nouvelle.

Il y a cependant un point qui semblerait marquer quelque différence entre la statuaire babylonienne et la statuaire assyrienne : c’est qu’à Babylone seulement on a retrouvé des statues isolées, détachées de la muraille et travaillées avec autant de soin dans le dos que de face : telles sont les statues de Tel-Loh, type d’un art très primitif, mais très vivant et très consciencieux. En Assyrie, on ne fit, pour ainsi dire, que le bas-relief. Les rares statues isolées, celle du dieu Nébo, celle du roi Assur-nazir-pal, sont destinées à s’appuyer contre une muraille et ne peuvent être vues que de face; de profil et de dos, elles sont informes et plates.

Or les statues indépendantes semblent avoir reparu à Babylone au temps de la splendeur du dernier empire. Hérodote et Diodore ont vu dans le temple de Bel des statues d’or gigantesques.

Les statues de Tel-Loh, qui sont les plus vieilles de la Mésopotamie et dont la mission de M. de Sarzec a doté le Louvre, ne remontent pas aussi haut que les antiques chefs-d’œuvre égyptiens, le Scribe accroupi ou le Cheih-el-BélecL. On peut approximativement fixer la date de leur exécution à dix-huit siècles

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE

au plus avant notre ère. Elles portent le nom de Goudéah, qui peutêtre fut un roi de Babvlone. Ce n’est pas ce nom inconnu qui leur sert d’acte de naissance, mais bien le style des caractères dont sont formées les inscriptions gravées sur elles.

Ces statues ne pouvaient être des ouvrages de l’ancien art babylonien, car l’or qui les recouvrait n’aurait pas manqué pendant tant de siècles de tenter la cupidité de quelque vainqueur, soit élamite, soit ninivite.

Babylone avait donc conservé quelques traditions indépendantes de celles de Ninive.

Ces statues, en petit nombre, debout ou assises, et dont les têtes ont disparu, sont d’une grande importance au point de vue de l’histoire de l’art. Elles sont empreintes de gaucherie et de raideur, mais, comme les plus anciennes statues égyptiennes, elles sont marquées par un grand effort pour arriver au mouvement et à la vie qu’offre la nature. On y peut admirer surtout les attitudes des membres et les saillies des muscles rendues avec assez d’exactitude.

Deux têtes datant de la même époque et assez mutilées sont plus insignifiantes.

Si l’art babylonien a persévéré dans cette voie, il a dû créer des œuvres très intéressantes que l’on retrouvera sans doute quelque jour.

Malheureusement, quand on peut suivre de nouveau ses traces, c’est en Assyrie, à Nimroud, dans cet art officiel, consacré exclusivement à la glorification des rois, qui, tout en dépassant infiniment comme habileté les œuvres naïves des sculpteurs de Sirtella (nom antique de Tel-Loh) a pour jamais perdu le souci des vraies attitudes et de la vraie beauté du corps humain.

La courte période pendant laquelle l’art assyrien nous est très connu va du règne d’Assur-nazir-pal jusqu’à la fin de celui d’Assurbani-pal, en embrassant toute l’époque glorieuse des Sargonides. Elle dure donc à peine deux siècles et demi (de 882 à 625 ans environ avant Jésus-Christ).

Si peu étendue qu’elle soit, elle nous a laissé une telle quantité d’œuvres intactes que nous pouvons les grouper suivant trois phases très caractérisées, qui sont comme les subdivisions des grandes époques dans l’histoire générale de cet art.

Les œuvres de chaque phase répondent à la construction d’un palais. Nous avons d’abord le palais d’Assur-nazir-pal à Nimroud

(ancienne Kalah), celui de Sargon à Khorsabad (ancienne Dur-Sarkin) et le palais d’Assurbani-pal à Koyoundjik (ancienne Ninive).

Deux autres demeures royales, celle de Sennachérib à Ninive et celle d’Assarhaddon à Kalah, renferment des œuvres d’art qui, par leur caractère comme par leur date, peuvent être classées entre les deux dernières phases.

Le musée du Louvre possède un grand nombre de bas-reliefs venant de Kalah et surtout de Khorsabad. Mais il n’est pas aussi

riche en antiquités assyriennes ^ ü HT~ qu’en antiquités égyptiennes.

üü ^ Tandis que pour ces dernières,

la France n’a de rivale que Boulaq, c’est le British Muséum, à Londres, qui tient le premier rang pour les monuments venus de la Mésopotamie.

On peut considérer les œuvres des palais de Nimroud, de Khorsabad et de Koyoundjik, comme formant trois écoles, et l’on y observe les différences suivantes :

La première était plus grandiose et plus rude, plus simple aussi. Peu de personnages, toujours d’une très grande taille, se voient sur ses bas-reliefs, dont les fonds sont dépourvus de tout accessoire. Les scènes, tout en représentant souvent des épisodes de

D'après Rawlinson.

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