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JOUEUR DE HARPE ASSYRIEN

(Bas-relief de Nimroud.)

des grappins, des chaînes, des marteaux, des socs, des pics, des pioches, etc., symétriquement disposés.

Ninive ne fut pas la première qui employa le précieux métal; Babylone l’avait précédée sur ce point comme sur tant d’autres. La découverte d’objets en bronze, en fer, en or, dans les plus vieilles tombes de la Babylonie, prouve que la métallurgie était fort avancée déjà chez les anciens Chaldéens. Les hachettes, les faux en métal

s’y trouvent parfois à côté des mêmes instruments en silex taillé.

On surprend là l’éclosion de l’âge du bronze et de celui du fer au milieu même de l’âge de la pierre.

Les habitants de la Mésopotamie tiraient la plupart de leurs métaux des montagnes qui enveloppent le double bassin de l’Euphrate et du Tigre. Ils ne paraissent pas avoir jamais été très riches en or; ce métal venait probablement de l’étranger, de l’Inde ou de l’Égypte. Quant à l’étain, on n’a pas découvert encore d’où ils I pouvaient l’obtenir, à moins que ce ne fut par l’intermédiaire des Phéniciens. Il n’en existe pas de mines dans cette partie de l’Asie, et cependant les Chaldéens s’en servaient déjà pour fabriquer un bronze de qualité remarquable.

Les objets d’art en bronze, statuettes, vases, bas-reliefs, etc., remontent jusqu’aux plus lointaines époques connues de la civilisation cbaldéenne. Les Babyloniens, comme les Assyriens, ont excellé dans le travail au repoussé. Les portes des palais et des villes étaient recouvertes de lames de bronze, dont il nous est resté de magnifiques échantillons.

L’usage des bijoux était très répandu en Mésopotamie. Les hommes, comme les femmes, portaient des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets, des bagues et des anneaux aux bras. Au temps où le fer était peu répandu, on fit des bijoux avec ce métal ; plus tard, ils furent surtout en bronze. Ceux d’or et d’argent demeurèrent rares. Généralement ils sont d’un travail délicat et d’un joli dessin .

La glyptique, en Mésopotamie, mériterait qu’on lui consacrât des pages nombreuses. C’est un des arts dont on peut le mieux suivre révolution, depuis les premiers cailloux grossièrement taillés, jusqu’aux magnifiques cylindres de cornaline. Son histoire jette un certain jour sur celle de la sculpture avec laquelle elle marche toujours de pair, tout en offrant moins de lacunes. Les pierres taillées babyloniennes ou assyriennes nous sont parvenues en effet par milliers, et nous offrent toutes les variétés de date, de travail et de matière mise en œuvre.

Nous avons déjà dit quelle était l’importance légale du cachet en Mésopotamie; imprimé sur l’argile fraîche il servait de signature. Hérodote nous apprend que chaque citoyen en avait un qu’il

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE

portait toujours sur lui; les pauvres le remplaçaient parla marque de leur ongle, un peu à la façon dont nos illettrés signent d’une croix.

Ces cachets, qui devaient déjà être très nombreux pour suffire à toute la population, étaient en outre renouvelés à certaines occasions. 1 Lorsqu’un souverain posait la première pierre d’un édifice important, palais, temple ou porte de ville, le peuple venait en foule jeter dans les fondations les fameux cachets, dont il fallait naturellement racheter de nouveaux exemplaires. L’est dans les assises des édifices qu’on a recueilli la plus grande partie de ceux que nous possédons. Enfoncés dans le terre-plein d’argile molle sur lequel on posait les grosses pierres de fondation, la plupart ont été retrouvés intacts.

Ces cachets sont rarement plats, tels que ceux dont nous nous servons; ils ont en général la forme cylindrique, et sont percés d’un trou par lequel passait sans doute un axe muni d’une manivelle qui permettait de les rouler légèrement et rapidement sur l’argile fraîche. Pour bien étudier les sujets qui les couvrent, on les roule ainsi aujourd’hui sur des tablettes de plâtre fin qui fournissent en relief •le développement de l’intaille.

La glyptique, en Mésopotamie, en est restée à la gravure en creux et n’a jamais atteint le camée, qui, du reste, eût moins répondu au but que devait remplir le cachet.

Il s’en faut d’ailleurs que tous les cylindres qui nous sont parvenus aient la même valeur artistique. En dehors des’ pierres travaillées soigneusement et destinées aux gens riches, il y avait la fabrication courante et à bon marché, qui, comme toujours et partout, a fourni le plus d’échantillons. D’ailleurs les Assyriens ne sont pas arrivés tout à 'coup à la perfection du travail des pierres fines et dures. Il leur a fallu des siècles pour y atteindre. Les premiers Chaldéens commencèrent par tracer d’un trait creux de grossières figures dans des cailloux ; puis ils se risquèrent à travailler ainsi l’albâtre, l’onyx et le porphyre; peu à peu les artistes s’attaquèrent à des pierres demi-fines, et enfin, bien plus tard, dans les derniers temps de Ninive, aux pierres fines, telles que la cornaline, la calcédoine, qu’il faut user avec leur propre poussière, et dans lesquelles ils arrivèrent à tracer des scènes qui ont à la fois l’ampleur et le fini des bas-reliefs.

Tous les vieux cylindres chaldéens gardent une naïveté de dessin, une gaucherie d’exécution qui les rend peu appréciables si ce n’est comme documents pour l’histoire de l’art, tandis que parmi les

derniers exécutés à Ninive, il s’en trouve de fort remarquables comme beauté de matière, comme fini de travail et comme expression artistique.

Ce fut surtout par ses productions d’art industriel que la civilisation assyrienne pénétra dans tout l’Occident. C’est par tous ces menus objets d’usage journalier — meubles d’ivoire incrusté, vases de bronze, étoffes brodées, glaives, armures, bijoux et pierres taillées, que le goût, la pensée, l’esprit, les types de la Mésopotamie, s’en allèrent éveiller le génie des races encore engourdies dans leur vie monotone de barbares sur les bords de la Méditerranée.

Lorsque, plus loin, nous étudierons la propagation de la civilisation de l’Orient à travers l’Occident, nous verrons comment la Chaldée et l’Égvpte ont civilisé la Grèce et préparé, par leurs quatre ou cinq mille ans de lents labeurs, si longtemps ignorés par l’histoire, l’éclosion merveilleuse dont le monde moderne devait sortir un jour.

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