SOUVERAIN PERSE LUTTANT CONTRE UN LION
(Bas-relief de Persépolis.)
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D'après Flandin.
TOMBE DE DARIUS, FILS D’HïSTASPE.
A la partie supérieure du tombeau on voit le roi en adoration devant le dieu Ormuzd et l’autel du feu. Les monuments funéraires de Cyrus et de ses ancêtres étaient des tours carrées comme les tombes lyciennes; ceux de Darius et de ses successeurs sont, comme les spéos des dernières dynasties égyptiennes qui leur ont servi de modèles, creusés dans le flanc des montagnes.
On le voit, le culte, d’abord très spiritualiste, des Iraniens, s’était peu à peu mêlé d’une forte dose de naturalisme. Cependant Hérodote se trompe en disant que les Perses offraient des sacrifices à la Terre, au Feu, à l’Eau et aux Yents. Les quatre éléments étaient sacrés pour eux, mais n’étaient point considérés comme des divinités.
Les victimes devaient être immolées en présence de ces éléments, mais sans les souiller. Le feu était trop pur pour dévorer les chairs, le sang ne pouvait tomber dans une rivière, le corps ne devait, en se corrompant, infecter ni l’air, ni le sol. On évitait ces profanations en mangeant les membres de la victime dans des repas sacrés.
L’embarras n’était pas moins grand pour l’ensevelissement des morts. On ne pouvait faire disparaître un cadavre ni par submersion, ce qui eût souillé une rivière, ni par inhumation, ce qui eût profané la terre, ni en le brûlant, par respect pour la flamme, ni en le laissant se corrompre au grand air dans le souffle sacré des vents.
La seule façon de s’en tirer était de le faire dévorer par des êtres vivants. Aussi les Perses construisaient-ils de grandes tours rondes, dans lesquelles il exposaient les corps de leurs morts dont les oiseaux de proie faisaient leur pâture.
Un de ces singuliers cimetières existe encore à Bombay, pour les Parsis de l’Inde, et porte le nom significatif et lugubre de « Tour du Silence. »
Des tombeaux somptueux furent cependant élevés par les Perses à leurs souverains, car il existait un moyen terme qui permettait d’enterrer les morts sans commettre un sacrilège. On enduisait le cadavre de cire pour en éviter le contact au sol avoisinant.
« Les usages relatifs aux morts étant cachés, je n’en puis rien dire de certain, » écrit Hérodote. Les Perses prétendent qu’on n’enterre point un corps qu’il n’ait été auparavant déchiré par un oiseau ou par un chien. Quant aux mages, j’ai la certitude qu’ils observent cette coutume, car ils la pratiquent à la vue de tout le monde. Une autre chose que je puis assurer, c’est que les Perses enduisent de cire les corps morts et qu’ensuite ils les mettent en terre. »
L’usage des sacrifices sanglants paraît ne s’être introduit qu’assez tard chez les Perses. Zoroastre défendait de tuer tout être vivant créé par Ahura-Mazda. Les animaux nuisibles étant l’œuvre d’Agra- , Mainyous devaient au contraire être exterminés. C’était une des principales occupations des mages, à ce que raconte Hérodote, de tuer les fourmis, les serpents, les sauterelles et autres créatures •nuisibles.
La victime que les Perses considéraient comme la plus agréable
LES PERSES ET LES MÈDES
à leur dieu était le cheval. Hérodote nous parle d’un sacrifice de chevaux blancs accomplis sur les bords du Strymon. Les mages, d’après un usage scythique introduit par eux dans la religion iranienne, tirèrent des présages des entrailles des victimes.
C’était au moment de la fameuse expédition de Xerxès contre les Grecs. S’il faut en croire Hérodote, des sacrifices humains furent alors accomplis pour assurer le succès de l’entreprise, et ces sacrifices n’eussent pas été les seuls de ce genre qu’eussent pratiqués les Perses.
« Ayant appris, » dit l’historien, « qu’ils se trouvaient dans un canton appelé les Neuf-Voies, ils y enterrèrent tout vifs autant de jeunes garçons et de jeunes filles des habitants du pays. Les Perses sont dans l’usage d’enterrer des personnes vivantes; et j’ai ouï dire qu’Amestris, femme de Xerxès, étant parvenue à un âge avancé, fit enterrer quatorze enfants des plus illustres maisons de Perse, pour rendre grâce au dieu qu’ont dit être sous terre. »
De telles coutumes ne furent introduites dans le mazdéisme que par les mages de Médie, caste sacerdotale établie dans le pays bien avant l’invasion des Iraniens, et qui sut se faire admettre parmi les Aryens comme une tribu nouvelle, puis conquérir peu à peu sur les vainqueurs l’influence dont ils avaient joui chez les vaincus.
Ils s’établirent comme intermédiaires entre les dieux et les hommes; nulle cérémonie religieuse ne put être accomplie sans eux. «Sans mage, point de sacrifice possible, » dit Hérodote. L’astrologie, les incantations, les exorcismes, la divination furent mêlés par eux aux simples pratiques de l’ancien culte zoroastrien. L’usage de prédire l’avenir d’après la disposition de brins de tamaris réunis en faisceau fut transmis par eux des Scythes aux Mèdes; chez les premiers c’étaient des roseaux ou des baguettes de saule qui servaient à ce genre de divination; en Médie, on ne voyait jamais un mage sans son barecman , ou bouquet de tamaris.
Il y eut parfois chez les Iraniens de violentes réactions politiques et religieuses contre l’ambition envahissante des mages. La ?nagopkonie , ou massacre des mages, qui suivit le renversement du faux Smerdis, devint un anniversaire joyeusement célébré en Perse, et durant lequel aucun mage n’osait se montrer en public.
Le magisme ne fut pas d’ailleurs la seule hérésie qui vint altérer les doctrines du mazdéisme primitif.
Une des plus célèbres fut le zarvânisme, sorte de tentative monothéiste, qui mettait au-dessus d’Ahura-Mazda et d’Agra-Mainyous un dieu unique, éternel, nommé Zarvân-Akarana ou le « Temps sans bornes. » Cette conception finit par triompher chez les partisans du mazdéisme, bien qu’elle soit relativement récente, et qu’on n’en trouve aucune trace dans les écrits contemporains de la réforme zoroastrienne.
Yoici, d’après les zarvâniens l’origine des dieux et du monde :
« Avant que rien existât, ni ciel, ni terre, ni aucune des créatures qui sont dans le ciel et la terre, il y avait un être appelé Zarvân, nom que l’on interprète «fortune» ou «gloire». Pendant mille années, Zarvân sacrifia, pensant qu’il lui naîtrait un fils nommé Ahura-Mazda, qui ferait le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent. Et après avoir sacrifié pendant mille ans, il commença à réfléchir et se dit : « Ces sacrifices que j’ai accomplis me serviront-ils? Me naîtra-t-il un fils, ou ma peine sera-t-elle en vain? Comme il disait ces choses, Ahura-Mazda et Agra-Mainyous, furent conçus, dans le sein de leur mère, Ahura-Mazda pour le sacrifice, Agra-Mainyous pour le doute.
« Agra-Mainyous naquit le premier, et Zarvân lui dit : « Qui es-tu? » Il répondit : « Je suis ton fils. » Zarvân répliqua : « Mon fils est odorant et lumineux, tu es ténébreux et infect. » Tandis qu’ils conversaient, Ahura-Mazda, lumineux et odorant, vint, né en son temps, se placer devant Zarvân qui, le voyant, reconnut aussitôt que c’était son fils, celui pour lequel il avait sacrifié. Agra-Mainyous obtint, par droit d’aînesse, un règne de neuf mille ans, au bout desquels Ahura-Mazda régnera et fera ce qu’il voudra. Alors, Ahura- Mazda et Agra-Mainyous commencèrent à créer, et ce que fabriquait Ahura- Mazda était bon et droit ; ce que produisait Agra-Mainyous était mauvais et pervers. »
Le pur enseignement de Zoroastre niait l’éternité du principe mauvais dans l’avenir. Agra-Mainyous ou Ahriman devait être exterminé, vaincu, et le triomphe définitif d’Ahura-Mazda serait annoncé par la venue de trois grands prophètes qui établiraient le mazdéisme dans le monde entier. La secte des Manichéens, créée beaucoup plus tard, au IIIe siècle de notre ère, proclama l’éternité des deux principes et la lutte sans relâche à travers le temps infini d’Agra- Mainyous contre Ahura-Mazda.
Cette doctrine décourageante n’avait pas encore pris naissance, lorsque, sur les collines de l’Iran, le Perse des anciens âges entretenait au sommet de son simple autel le feu sacré, symbole d’Ahura- Mazda, le feu éternel qu’on ne laissait jamais s’éteindre.
Le croyant accomplissait alors, pour sa part, avec confiance, la
LES PERSES ET LES MÈDES
lutte du bien contre le mal, qu’une victoire suprême devait à la fin couronner.
La morale du mazdéisme était très élevée. Elle exigeait qu’on fût juste, véridique et chaste, non seulement en action, mais en parole et même en pensée. Elle inspirait avant tout l’horreur du mensonge. Les Perses, d’après Hérodote, enseignaient trois choses à leurs enfants : monter à cheval, tirer de l’arc et dire la vérité. La
FIG. 418. — TOMBEAUX DES BOIS ACHÉMÉNIDES A NAKCHÉ-ROUSTEM, PRÈS DE PERSËPOLIS.
pureté des mœurs, la droiture, l’amour du travail, sont les principales vertus recommandées par les livres sacrés.
L’occupation la plus méritoire, à laquelle pût se livrer un Iranien, c’était de labourer la terre. La fonction de l’agriculteur était presque religieuse; en étendant le territoire fertile, en restreignant l’espace aride, il faisait triompher Ahura-Mazda, auteur des moissons, contre Agra-Mainyous, père des solitudes et de l’infécondité.
« Juste juge », dit Zoroastre à Ahura-Mazda, « quel est le point le plus pur de la loi des Mazdéens ?
— C’est de semer sur la terre de fortes graines. Celui qui sème des grains et le fait avec pureté, remplit toute l’étendue de la loi des Mazdéens. Celui qui pratique cette loi est comme s’il avait donné l’être à cent créatures, à mille productions, ou récité mille prières. »
Le Zend-Avesta proclamait l’utilité du repentir, la nécessité des pénitences, des purifications et de la prière.
La croyance à l’immortalité de l’âme constituait un des dogmes fondamentaux du mazdéisme. Trois jours après la mort, cette âme quittait son enveloppe charnelle et se présentait devant le tribunal divin. Le juge le plus influent était Mithra, personnification de la lumière et de la justice. Lorsque les actions bonnes et mauvaises du mort avaient été pesées, l’âme passait sur un pont extrêmement étroit, le pont Chinvat, qui devait la conduire à son éternelle demeure. Si le jugement de Mithra avait été favorable, le passage s’effectuait heureusement et l’âme allait prendre place à côté d’Ahura-Mazda, sur un trône d’or, dans une félicité qui ne prendrait jamais fin. Si, au contraire, la condamnation avait été prononcée, l’âme coupable ne parvenait pas à franchir le pont Chinvat, mais glissait et tombait dans un abîme de ténèbres où les démons, serviteurs d’Agra-Mainyous, venaient la tourmenter. Le châtiment, toutefois, n’était pas éternel. Lors du triomphe définitif du bon principe, l’enfer lui-même devait être anéanti, et, toutes les créatures appelées à se réjouir sous le règne glorieux d’Ahura- Mazda.
Les Perses admettaient que les intercessions des vivants pouvaient être utiles aux morts.
Leur culte était d’une simplicité qui n’a jamais été dépassée. Comme nous l’avons vu, ils n’élevaient point de temples et ne taillaient point de statues. Ils dressaient sur les sommets des collines des autels sans aucun ornement, sur lesquels ils entretenaient perpétuellement le feu sacré autour duquel ils chantaient des hymnes et récitaient des prières.
Parfois, ils faisaient des libations avec le jus du hôma , qui n’est autre que le sôma des Aryens védiques.
Cette sobriété étonnante de formules, de cérémonies et de symboles, disparut en partie lors du triomphe , des mages, qui établirent les sacrifices, les incantations, lés rites compliqués.
LES PERSES ET LES MÈDES
Pourtant, les Perses conservèrent toujours leur horreur native pour les maisons de pierre destinées à enfermer les dieux et pour les images taillées. Dans toutes leurs conquêtes, ils se firent remarquer par la destruction systématique des temples, des statues et des objets matériels du culte. Leur fureur iconoclaste frappa les écrivains grecs, qui ne manquent pas une occasion de la peindre.
Les extravagances sacrilèges de Cambyse . en Égypte paraissent
à peine exceptionnelles, quand on lit ce que les Perses accomplirent à Didvme, à Naxos, à Érétrie, à Athènes, etc. Leur spiritualisme farouche n’admettait pas qu’on emprisonnât la divinité dans des murs, ni qu’on essayât de la représenter par des figures de pierre ou de bois.
Les Perses empruntèrent cependant aux Assyriens quelquesuns de leurs symboles : les lions et les taureaux ailés qui, pour eux, étaient des emblèmes, non des dieux, mais des génies. Ils allèrent même plus loin, et représentèrent leur grand Ahura-Mazda sous la figure d’Assur : un homme debout au centre d’un disque ailé. Mais cette image ne fut jamais qu’une sorte d’hiéroglyphe du dieu et ne devint jamais l’objet d’un culte.
Il faut donc le reconnaître, parmi toutes les religions de l’antiquité, aucune ne fut plus spiritualiste, plus morale, plus dégagée de rites grossiers et de superstitions que la religion mazdéenne.
Malheureusement, son évolution s’accomplit en sens inverse de sa valeur rationnelle et pratique. Elle alla se compliquant toujours davantage, empruntant, de-ci, de-là, des formes idolâtres, jusqu’au jour où elle fut complètement écrasée par les persécutions des Musulmans.
C’est que l’imagination aryenne ne put rester longtemps restreinte aux horizons monotones des antiques solitudes. Il lui fallut
D'après Fiandln.