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FIG. 413. — GUERRIERS PERSES

(Bas-relief de Persépolis.)

leurs frères de l’Inde et avant leur contact avec les peuples touraniens, chamitiques et. kouschites de l’Asie antérieure.

C’est donc au zoroastrisme proprement dit que nous donnerons la plus large place dans notre court résumé. Cependant, pour expliquer sa naissance, cherchons à jeter un coup d’œil dans les temps obscurs qui le précédèrent.

La tendance vers les grandes abstractions, vers le monothéisme vague, que nous avons constatée chez les Sémites nomades, se retrouve chez les primitifs Aryens. C’est que des causes semblables font naître inévitablement les mêmes effets.

Les ancêtres — au moins par la langue — des races indo-euro-

péennes, menèrent longtemps, dans les vastes plaines qu’arrosent l’Iaxarte et l’Oxus, la vie des tribus sémitiques de l’Arabie. L’existence monotone des peuples pasteurs, mère des rêves indistincts et grandioses, fut identique dans la brûlante péninsule et dans le cœur âpre et sauvage du continent asiatique. Les pâturages étaient maigres et rares dans les deux régions ; les horizons y offraient les mêmes lignes droites et sans fin, et la même mélancolie. Aussi, malgré les différences profondes que montrèrent, en se développant, les deux races de Cham et de Japhet, leurs premières conceptions offrent une ressemblance frappante.

Plus tard, l’imagination exubérante des Aryens leur fit créer des mythologies compliquées; il fallut que le calme génie des Sémites les ramenât aux idées simples, au monothéisme primitif. Mais tant que les premiers ne sortirent pas des vastes plaines unies que l’on considère comme leur berceau, ils gardèrent, dans leurs conceptions, et dans leurs rites, la simplicité absolue qui resta la caractéristique des seconds.

Dans les parties les plus anciennes des livres religieux de la Perse et de l’Inde, on retrouve les traces de ces premières traditions.

De grandes divinités flottantes, sans formes définies, et qui semblent n’être que les divers attributs d’un seul être suprême ; le culte des morts et celui des forces de la nature; point de temples, point encore de sacrifices sanglants, point d’ordre sacerdotal constitué; les rites naïfs que l’on rencontre au premier chapitre de la Genèse comme ‘dans les plus vieux hymnes des Yédas; quelques pierres dressées sur une hauteur, arrosées d’huile ou de sôma ; parfois une flamme légère et brillante jaillissant sur l’humble autel; les prières prononcées par le père de famille, seul prêtre autorisé, telles furent les premières pratiques religieuses des Aryens de l’Asie centrale comme des Sémites de l’Arabie.

Mais le genre de vie des premiers changea, et, dans des régions nouvelles, le génie ingénieux de leur race s’éveilla de diverses façons.

Une séparation profonde se produisit entre leurs tribus. Tandis que la plupart, s’arrêtant dans les vallées fertiles de la Bactriane, échangèrent leurs habitudes pastorales contre des mœurs agricoles,

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d’antres s’aventurèrent plus loin encore, et, tournant le massif de l’Hindou-Kousch, s’établirent dans le Pundjab.

En présence d’une nature nouvelle, les conceptions religieuses des Aryens se compliquèrent.

Le rameau indien, profondément impressionné par les spectacles grandioses de l’Himalaya, de l’Indus et du Gange; par les caprices foudroyants du climat; par les désastreuses sécheresses suivies de torrents diluviens; par tous les phénomènes dontl’Hindoustan est le théâtre, et en face desquels l’homme se sent si petit et trouve la nature si grande, pencha vers le panthéisme. Ses dieux 11e prirent des formes distinctes que pour se confondre avec les forces de l’univers. Et peu à peu fut créée cette religion naturaliste du Rig-Véda qui anime le monde avec une puissance si étrange, donnant une vie frémissante et consciente aux nuages, à la foudre, aux vents, aux fleuves, aux montagnes, aux forêts, et faisant de l’homme le jouet ignorant et tremblant de ces capricieuses manifestations de l’âme universelle.

Le rameau iranien, demeurant dans un tout autre milieu, ne pouvait devenir panthéiste. Les vallées dans lesquelle sil se fixa avant d’escalader le plateau de l’Iran, l’invitèrent à devenir essentiellement agricole. Dès qu’il commença à labourer, à semer, il fut frappé de la peine avec laquelle l’homme arrache au sol les moissons; il vit dans le travail du paysan une lutte perpétuelle dans laquelle son énergie et sa volonté se trouvent aux prises avec la dureté rebelle de la terre , et dans laquelle aussi les pluies bienfaisantes, les fécondants rayons ont pour adversaires les sécheresses dévorantes et les fureurs de la grêle.

L’antagonisme du bien et du mal dans la nature physique lui apparut avec tant d’évidence qu’il fut conduit au dualisme, et qu’il soumit l’univers entier, dans le domaine matériel comme dans le domaine spirituel, au double pouvoir mystérieux qui semblait se heurter dans l’étroite limite de son champ.

Les Aryens iraniens furent les premiers qui constituèrent une religion tout entière sur la base fondamentale du dualisme. Pourtant, bien avant eux, cette théorie de la lutte perpétuelle de la lumière contre les ténèbres, de la santé contre la maladie, de la vertu contre le vice, avait été entrevue par les Égyptiens et par les

Chaldéens. Nous avons montré quel rôle cette conception jouait dans les croyances religieuses des deux peuples, et nous n’avons pas hésité à rattacher à la religion des seconds le dualisme distinct et raisonné de leurs héritiers, les Perses.

11 est évident qu’en se rapprochant de la Mésopotamie, cet antique foyer de lumière, de science et de foi, les Iraniens, môme encore nomades et barbares, durent en recevoir quelques rayons, et il faut ajouter cette influence à celle que nous avons reconnue comme étant celle de leur nouveau milieu.

C’est durant leur séjour en Bactriane que les Aryens groupèrent leurs croyances en corps de doctrines, et créèrent la religion à laquelle on a donné le nom de mazdéisme.

Leurs livres sacrés, dont l’ensemble forme le Zend-Avesta, gardent la trace d’une réforme, qui aurait établi cette religion, et dont l’auteur serait un nommé Zarathustra (splendeur d’or), que nous appelons Zoroastre.

Il est impossible de connaître la vie de Zoroastre ou de savoir seulement s’il a existé. Les historiens qui en ont parlé, Pline entre autres, se sont fait l’écho de légendes fort anciennes et se sont accordés pour lui attribuer une très haute antiquité. S’il a vécu, il n’a certainement pas été postérieur au vme siècle avant Jésus- Christ.

Son imposante et vague figure flotte dans les ténèbres des temps impénétrables, et .paraît avoir l’importance de celle d’un Bouddha ou d’un Jésus.

Les événements de sa vie ressemblent, d’après les traditions, à ceux que l’on retrouve dans l’existence de tous les grands réformateurs.

L’isolement, la méditation, les dialogues face à face avec l’Étre suprême, les tentations, les miracles, en forment les principaux traits et rappellent toutes les légendes dont s’entourent les noms de Moïse, de Çakya-Mouni, du Christ et de Mahomet.

Il paraît vraisemblable qu’à un certain moment un homme de génie ait réuni, condensé, personnifié les croyances flottantes qui commençaient à dominer parmi les Iraniens, comme d’autres l’ont fait chez les Hindous, chez les Juifs, chez les Arabes.

La réforme à laquelle Zoroastre donna son nom paraît avoir eu

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lieu en Bactriane. Elle fut altérée plus tard en Médie, où prédomina le magisme, mais elle se conserva toujours assez pure dans la Perse proprement dite. Trois siècles après Jésus-Christ, la dynastie des Sassanides lui assura un dernier triomphe et courba de nouveau l’Iran sous la loi religieuse duZend-Avesta.

Aujourd’hui le mazdéisme ne se conserve à peu près sous sa forme primitive que chez les Guèhres ou Parsis de l’Inde, population dispersée dans le Guzerat aux environs de Bombay.

Cette religion était au début très élevée, très simple, d’un spiri-

D après Rawlinson.

FIG. 415. — DÉBRIS DE LA PORTE DE LA SALLE AUX CENT COLONNES, A PERSÉPOLIS.

tualisme presque absolu. Les complications matérialistes qui s’y mêlèrent, la personnification des forces de la nature sous la forme de génies bienfaisants ou malfaisants, l’adoration directe du feu, les sacrifices sanglants, l’influence de la caste sacerdotale, les traditions relatives à la création, au paradis terrestre, au déluge, résultèrent de modifications postérieures, dues à l’action des éléments scythes et chaldéens.

Comme il est impossible de suivre pas à pas les différentes phases que traversa le mazdéisme dans son évolution, nous allons décrire la religion de Zoroastre telle qu’elle fleurit au temps le plus brillant de l’empire perse, c’est-à-dire sous Cyrus et les premiers Achéménides, vers l’époque environ où Hérodote écrivait.

Les Iraniens avaient alors une cosmogonie tout à fait opposée aux conceptions panthéistiques de leurs frères, les Aryens de l’Inde.

Ils se représentaient la divinité comme indépendante de l’univers, et comme ayant tout tiré du néant par sa seule volonté et par la puissance du Verbe. Leur récit de la création se rapproche beaucoup de celui de la Genèse.

Ahura-Mazda (Ormuzd), le grand dieu des Perses, parlant à son prophète Zoroastre, lui dit :

« J’ai prononcé cette Parole, qui contient le Verbe et son effet, pour obtenir la création du ciel, avant la création de l’eau, de la terre, de l’arbre, de la vache quadrupède, avant la naissance de l’homme véridique à deux pieds. »

Cet Ahura-Mazda, maître et créateur de l’univers, en est aussi la Providence. C’est lui qui donne et entretient la vie de tous les êtres, qui fait prospérer les États, qui rend la terre fertile, qui inspire les bonnes pensées. Tout ce qui est beau, sain, vertueux, utile et heureux sur la terre est son œuvre.

Il ressemble au Iahvé des Israélites; non pas à la sombre idole, avide de massacre et de sacrifices, qui présidait à l’époque héroïque de l’établissement en Palestine, mais à l’Éternel spiritualisé et affiné des prophètes.

Cette analogie fut sentie très vivement par les Juifs et par les Perses lorsque la prise de Babylone par Cyrus mit les deux peuples en présence.

Lorsque le conquérant parle du dieu des vaincus, comme lorsque les écrivains d’Israël font mention d’Ahura-Mazda, ils n’établissent aucune distinction ; les deux personnalités divines se confondent.

«L’Éternel, le Dieu des cieux », déclare Cyrus, «m’a donné tous les royaumes de la terre, et lui-même m’a ordonné de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Judée. »

Et Isaïe dit de son côté :

« Ainsi a dit l’Éternel à son oint, à Cyrus... »

Ahura-Mazda, dont le nom signifie « le souverain et l’omniscient, », est une personnalité divine fort élevée, et que les Iraniens auraient peut-être adorée exclusivement dans un monothéisme infiniment plus pur que celui d’Israël, si le grand problème de l’exis-

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tence du mal dans le monde n’était venu tourmenter leurs esprits.

Ne pouvant admettre qu’Ahura-Mazda, tout-puissant et infiniment bon, fût l’auteur des maux sans nombre qui désolent la surface de la terre, les créateurs du mazdéisme opposèrent à leur dieu du bien un dieu du mal. En face d’Ahura-Mazda, ils placèrent Agra- Mainyous (Ahriman).

Cette divinité funeste a quelque ressemblance avec le Satan biblique. Mais, au lieu d’être simplement un ange révolté, il participe de la nature même des dieux; il est le frère d’Ahura-Mazda, possède une puissance égale à la sienne, et, comme lui, a existé de toute éternité dans le passé. En outre, son rôle ne se borne pas, comme celui du tentateur juif et chrétien, à induire les hommes au mal : Ahriman est l’auteur de tout ce qui est mauvais, non seulement dans l’ordre moral, mais dans l’ordre matériel. C’est lui qui déchaîne l’ouragan sur les récoltes, qui fait naître les maladies, les difformités, la laideur ; il est le père de la nuit, tandis qu’Ahura-Mazda est le père du jour; il étend à la surface de la terre les grands espaces arides et désolés, qui résistent à toute culture; le froid, la faim, la mort, comme l’incrédulité, le mensonge et l’impureté, sont ses œuvres.

Une lutte perpétuelle est ouverte entre le dieu du bien et le dieu du mal, entre Ahura-Mazda et Agra-Mainyous (Ahriman). C’est là le fameux dualisme qui fait le fond de la religion perse.

L’univers est un champ de bataille, et, comme dans tout combat formidable, ce ne sont pas seulement deux adversaires, ce sont deux armées qui sont en présence. Chacun des chefs a sous ses ordres d’innombrables génies, dont les uns s’acharnent à créer, les autres à détruire, les premiers à propager tout ce qui est bon, les seconds à multiplier tout ce qui est mauvais.

Une hiérarchie parfaitement distincte, et la même pour l’armée du bien comme pour l’armée du mal, distinguait les différentes espèces de génies.

Immédiatement au-dessous de chaque divinité venaient six grandes puissances, malfaisantes ou bienfaisantes. Après celles-ci, des milliers d’esprits, anges ou démons, se subdivisaient encore en classes plus ou moins élevées.

Une catégorie curieuse était celle des fravashi , sortes de

doubles de tous les êtres vivants, types spirituels des créatures charnelles, à la fois intercesseurs et représentants des hommes devant Dieu.

Chaque fois qu’un enfant venait au monde, un fravashi s’attachait à sa personne, le protégeant un peu à la façon d’un ange gardien ; il le suivait dans toute son existence et ne le quittait qu’à sa mort. Plus un homme était vertueux, plus son fravashi était bienfaisant et puissant.

Tous ces génies, qui se personnifièrent de plus en plus et formèrent une immense légion dans le panthéon iranien, n’étaient au début que de simples attributs de la divinité.

On ne songeait ni à les voir agir d’une façon indépendante, ni à les individualiser, ni à les adorer.

Le mazdéisme primitif se distinguait par une opposition manifeste à toute idolâtrie. Son dualisme ne sombra que peu à peu dans un polythéisme mitigé. Au temps d’Hérodote, les Perses avaient conservé les vieilles traditions qui leur interdisaient les temples et les images taillées; cependant ils adoraient séparément certains de leurs génies, qu’ils confondaient avec les idoles des peuples qu’ils avaient vaincus ou bien avec les dieux védiques.

« Les Perses », dit l’historien grec, « n’élèvent aux dieux ni statues, ni temples, ni autels; ils traitent au contraire d’insensés ceux qui le font; c’est, à mon avis, parce qu’ils ne croient pas, comme les Grecs, que les dieux aient une forme humaine. Ils ont coutume de sacrifier à Jupiter sur le sommet des plus hautes montagnes et donnent le nom de Jupiter à toute la circonférence du ciel. Ils font encore des sacrifices au Soleil, à la Lune, à la Terre, au Feu, à l’Eau et aux Vents, et n’en offrent de tout temps qu’à ces divinités. Mais ils y ont joint dans la suite le culte de Vénus céleste ou Uranie, qu’ils ont emprunté des Assyriens et des Arabes. Les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta, les Arabes celui d’Alitta, et les Perses l’appellent Mitra.»

D’après Rawllnson.

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