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LA LITTERATURE ET LES BEAUX-ARTS

§ 1er. — LITTÉRATURE

La plus ancienne langue parlée par les Iraniens porte le nom de zenci.

Cette désignation n’est pas exacte et ne nous apprend rien sur cet antique langage.

La signification du mot zend est littéralement : « commentaire. » Zend-Avesta veut dire : « le commentaire et le texte sacré ».

La langue zende pourrait être plus proprement appelée : langue bactrienne ou bactro-persique. Tout semble indiquer, en effet, qu’elle fut parlée par les Iraniens durant leur séjour en Bactriane, avant la conquête de la Médie et de la Perse.

Le zend, très voisin du sanscrit, a donné naissance au vieux perse, qui, lui-même, par son mélange avec les dialectes sémitiques de la Mésopotamie, est devenu le pehlvi, d’où est dérivé, après des mélanges avec l’arabe, le persan moderne.

Le zend est la langue des livres sacrés de Zoroastre; le vieux perse est celle des inscriptions cunéiformes composées sous les Achéménides; le pehlvi florissait sous la dynastie des Sassanides.

Ces différentes formes d’un même langage appartiennent à la famille des idiomes indo-européens. Ce n’est pas seulement par la similitude des racines qu’on établit cette parenté. Les anciens dialectes de la Perse se rattachent au sanscrit et à nos langues européennes par leur syntaxe, leurs cas, leurs genres, leurs déclinaisons, la conjugaison de leurs verbes, aussi bien que par la forme de leurs mots.

On a discuté la question de savoir s’il y eut un langage mède, distinct de celui de la Perse. Quelques auteurs ont prétendu que le zend était parlé en Médie, tandis que le vieux perse appartenait plus particulièrement à la région méridionale. C’est une pure hypothèse, facile à réfuter.

Nous ne connaissons, en effet, le zend que par les livres de Zoroastre : or ces livres ne purent être écrits en Médie, où dominait le magisme, fort différent du mazdéisme. Ils durent être composés en Bactriane, avant la division des Iraniens en Mèdes et en Perses.

En dehors des noms propres, nous ne connaissons que quelques mots mèdes. Mais ces mots, comme ces noms, ont une analogie frappante avec le vieux perse. Le [zend et la langue des Achéménides sont certainement issues l’une de l’autre et n’étaient pas des dialectes frères, parlés simultanément dans la Médie et dans la Perse.

La haute antiquité du Zend-Avesta n’est pas une preuve que les Aryens aient connu l’écriture en Bactriane. Les traditions religieuses ont pu fort bien être conservées oralement jusqu’au jour où la conquête de l’Iran, plaçant les Aryens dans le voisinage de la Mésopotamie, leur eût livré le secret de l’écriture cunéiforme. Nous ne connaissons aucun système d’écriture propre aux Perses avant celui qu’ils apprirent des Chaldéens. Sur ce point, comme sur tous les autres, ils n’ont possédé que ce qu’ils empruntaient.

En adoptant l’écriture de la Mésopotamie, les Aryens la simplifièrent. Ils la reçurent des Touraniens de Médie, qui, déjà, l’avaient réduite. Les Perses lui firent accomplir un immense progrès, en la rendant alphabétique. Us se servaient de trente-six ou trente-sept caractères purement phonétiques.

Les premiers spécimens d’écriture cunéiforme apportés en Europe et déchiffrés par Grotef'end, avaient été tirés de Persépolis, et, par conséquent, représentaient le perse ancien et l’écriture alphabétique employée sous les Achéménides. Les travaux des savants européens se trouvèrent ainsi simplifiés, et purent aller du plus facile au plus difficile. Grâce à des inscriptions en deux langues, ils purent passer du perse ancien — langue indo-euro-

LES PERSES ET LES MÈDES

péenne, dont les racines étaient connues — à l’assyrien, langue dont les racines étaient entièrement inconnues.

La langue de Darius est aujourd’hui connue comme celle de Périclès ou d’Auguste. Le zend même n’offre plus que peu d’obscurité.

Les Perses écrivaient de gauche à droite, comme presque tous les peuples aryens. On peut supposer qu'ils avaient une écriture cursive et qu’ils se servaient de parchemin. Ctésias parle de cette substance comme étant en usage. C’est sur elle qu’étaient tracées sans doute la lettre d’Harpage à Cyrus, les chroniques qu’Assuérus se faisait lire durant son insomnie, et les lettres que, d’après Daniel, Darius le Mède écrivit à tous les satrapes et gouverneurs de provinces.

Il ne nous reste, comme monuments littéraires de l’époque des Achéménides, que les inscriptions gravées, par l’ordre de ces princes, sur des stèles ou sur des pans entiers de rochers dans les différentes régions de leurs vastes États.

Les plus anciennes de ces inscriptions datent de Cyrus; mais c’est Darius qui en laissé le plus grand nombre, et, parmi elles, cette fameuse inscription du rocher de Béhistoun, la plus étendue que jamais souverain ait fait tailler dans la pierre.

En voici la description d’après M. François Lenormant :

« A une lieue environ au nord de Kirmanschah, à gauche de la route de Bagdad à Hamadan, dans le Kurdistan perse et sur le territoire de l’ancienne Médie, se trouve le rocher de Béhistoun, le mont Bagistan des géographes classiques, qui a une hauteur perpendiculaire de quatre cent cinquante-six mètres. Sur son flanc est sculpté un bas-relief colossal, au-dessus d’une inscription tellement étendue, que le voyageur Ker-Porter disait qu’il faudrait deux mois pour la copier. Le bas-relief représente une scène des plus intéressantes : au-dessus du tableau et le dominant, on voit la grande figure d’Ormuzd dans le disque ailé, comme la divinité suprême du panthéon assyrien. Darius, appuyé sur son arc et faisant le geste du commandement, pose le pied sur la poitrine d’un malheureux qui lève le bras pour demander grâce ; il regarde neuf autres personnages qui sont debout devant lui, la corde au cou, enchaînés l’un à l’autre et les mains liées derrière le dos. A côté du roi, se tiennent des officiers de sa cour. L’explication de cette scène, déjà éloquente par elle-même, nous est fournie tout au long par le texte qui l’accompagne. Nous savons ainsi que le personnage auquel Darius inflige le dernier outrage en lui marchant sur le corps, est le mage Gaumatès; les autres captifs sont les chefs qui, profitant du désordre causé par l’usurpation de ce

dernier, se soulevèrent dans toutes les provinces. L’inscription, dont on doit la conquête et la publication à M. Henry Rawlinson, répète trois fois le même texte, dans les trois langues officielles de la chancellerie des Achéménides. Elle comprend, dans le texte perse seulement, quatre cent seize lignes, et raconte l’avènement de Darius et les faits de son règne jusqu’à l’an 515 avant J.-C. ».

Les inscriptions dressées par les Achéménides dans les provinces centrales de leur empire, étaient rédigées en trois langues : perse, assyrien et scythe. Dans les satrapies les plus éloignées, elles étaient écrites dans la langue nationale de la contrée. Enfin on a trouvé, sur quelques vases, des inscriptions quadrilingues : la quatrième transcription est en hiéroglyphes égyptiens.

Toutes ces inscriptions ont une valeur plutôt linguistique et historique que littéraire.

Les œuvres de la littérature perse ancienne, sont : le Zend- Avesta et le Schah-Nameh , ou Livre des Rois.

Nous avons déjà parlé du Zend-Avesta, au point de vue religieux. Il se divise en plusieurs livres.

On y rattache une composition, relativement récente, le Boun clehesch, dont nous ne connaissons que la traduction en pehlvi.

Le Boundehesch est un traité de cosmogonie, qui ne put être rédigé que postérieurement à la conquête du plateau de l’Iran. On y voit la trace évidente des croyances chaldéennes. Le récit de la création, de la chute et du déluge, offre des analogies frappantes

LES PERSES ET LES MÊDES

avec la Genèse, comme avec les antiques écrits retrouvés dans la bibliothèque de Ninive.

Le Zend-Avesta reste le monument le plus authentique et en même temps le plus caractéristique de l’ancienne littérature perse.

Il ne donne pas une très haute idée de l’imagination ni du don poétique des premiers Iraniens. On n’v trouve rien de comparable à l’élévation, au souffle puissant, à l’abondance et à la variété d’images, au lyrisme débordant du Rig-Véda.

Sans doute, les arides plateaux de l’Asie centrale étaient moins capables d’inspirer les chantres sacrés que la nature indienne avec ses magnificences. Les livres du Zend-Avesta sont secs et monotones comme de grandes plaines nues, où se heurtent les vents;

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