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LA CHRONOLOGIE

L’histoire de l’Égypte est une conquête de la science moderne. Jusqu’à la fin du siècle dernier, on ne la connaissait que par les récits des écrivains grecs. Les ouvrages de Diodore de Sicile et d’Hérodote, qui formaient à peu près les seules sources alors connues, étaient aussi peu certains qu’incomplets. Ils étaient pleins de contradictions évidentes et de contes fabuleux. On possédait bien encore, il est vrai, un document chronologique, écrit en langue grecque au temps de Ptolémée Philadelphe par un prêtre égyptien nommé Manéthon; mais, sa liste de rois faisant remonter les premiers souverains de l’Égypte à 5000 ans avant notre ère, on considérait ce document comme dépourvu de toute valeur. Il ne pouvait, en effet, en avoir aucune à une époque où l’on considérait la Genèse comme le récit fidèle des premiers âges de l’humanité, et le peuple hébreu comme le plus anciennement et divinement civilisé. La terre sortant brusquement du chaos formait alors un événement chronologique aussi simple et aussi précis que l’avénement de Louis XI Y ou le traité des Pyrénées. Notre siècle a vu surgir du fond de ces vieux temps de bien autres lumières.

La découverte de Ghampollion, en permettant de lire tous les documents écrits que l’Égypte a laissés en foule, a fait apparaître presque dans ses moindres détails la longue histoire des empires qui se sont succédé dans la vallée du Nil. Aujourd’hui on peut étudier les grands règnes de l’Égypte comme on étudie ceux des Bourbons, par les annales officielles, par les peintures des tombeaux, par les mémoires particuliers. On a pu contrôler les récits des écrivains grecs et les listes royales de Manéthon. On a constaté l’exactitude

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

de ces dernières, en même temps que la puérilité des récits que nous rapportent Hérodote et Diodore. Ces deux historiens, le premier surtout, restent très précieux cependant au point de vue de l’étude des mœurs. Ce qu’ils ont pu voir par eux-mêmes nous est fidèlement mis sous les yeux. Hérodote, observateur attentif, écrivain pittoresque et ingénieux, nous initie admirablement à la vie privée des Égyptiens, à leurs travaux, à leurs mœurs, à leur religion, à leurs lois. Il dépeint fidèlement les monuments qui subsistaient encore à son époque et dont nous ne voyons que les ruines aujourd’hui. -Mais pour tout ce qui est chez lui histoire proprement dite, il a simplement compilé, et pas toujours dans leur ordre véritable, les récits plus ou moins exagérés ou arrangés que lui faisaient les prêtres.

Les documents égyptiens sur lesquels nous pouvons nous baser aujourd’hui avec certitude sont de deux sortes : ceux qui servent à l’histoire générale, listes de rois, récits de batailles, codes civils et religieux, etc., et ceux qui peignent la vie privée des habitants de la vallée du Nil. Les premiers consistent en écrits sur papyrus ou sur pierre, tels que le Papyrus de Turin , la Salle des Ancêtres, à la Bibliothèque nationale, la Table d'Abydos, au British Muséum, la Table de Saqqarah, au Musée du Caire; puis en un nombre prodigieux d’inscriptions, qui enregistrent, sur les monuments de granit, obélisques, stèles, pyramides, tombeaux, les événements des différents règnes. Les documents relatifs à la vie privée sont les bas-reliefs, accompagnés d’hiéroglyphes explicatifs, qui couvrent les parois intérieures des tombes souterraines, et peignent, dans leurs moindres détails, l’existence journalière des Égyptiens. A ces documents se joignent enfin les œuvres littéraires manuscrites, poèmes, correspondances, livres didactiques ou mémoires.

La chronologie reste encore malheureusement la partie un peu incertaine de l’histoire d’Égypte. La cause de cette incertitude est que, dans le grand nombre de dynasties qu’enregistre Manéthon et que nous retrouvons sur les papyrus, il en est qui, suivant certains critiques, ont dû régner simultanément, tandis que, suivant d’autres, elles ont régné successivement. Les Égyptiens n’avaient pas d’ère, et ne dataient leurs événements, pour chaque règne, que

du début de ce règne. Il faudrait donc ajouter les règnes les uns aux autres pour avoir une chronologie d’ensemble. Or, il y eut des périodes où l’Égypte se subdivisa en royaumes indépendants dont les dynasties doivent être accolées et non additionnées. On a tout lieu de croire pourtant que Manéthon n’admit dans ses listes

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