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LES PREMIERS AGES DE L’HUMANITÉ

Bien qu’il n’entre pas dans le cadre de cet ouvrage de tracer le tableau des temps préhistoriques, nous sommes obligés d’en rappeler les traits principaux, afin de bien marquer l’étendue des progrès que l’humanité devait accomplir avant de s’élever à la civilisation.

Depuis les actes bien élémentaires encore, mais déjà raisonnés, par lesquels l’homme se distingua tout d’abord des grands singes, jusqu’au moment où il trouva des signes et des images qui répondissent à peu près à sa pensée, c’est-à-dire posséda un véritable langage, il s’écoula des centaines de siècles. On peut à peu près les évaluer d’après la profondeur des couches de terre sous lesquelles on trouve les silex taillés qui furent les premiers instruments de nos pères. Mais cette période ne cessa pas en même temps pour tous les habitants de notre globe ; elle se prolongea fort tard chez quelques-uns : elle dure encore pour d’autres. Certains sauvages de l’Afrique ou de l’Océanie ne l’ont pas dépassée

Les premières connaissances furent nécessairement les plus longues à acquérir. Qui dira jamais les efforts et les. souffrances des premiers hommes pour réaliser les progrès les plus simples? Faire du feu, labourer le sol pour y semer le grain, assembler quelques mots, se risquer dans un tronc d’arbre sur un cours d’eau, telles furent les découvertes importantes qui illuminèrent peu à peu ces âges obscurs. Ces premiers pas accomplis, la marche du progrès s’accéléra constamment. 11 a fallu plus de cent mille ans à l’humanité pour arriver aux civilisations les plus élémentaires ; celles-ci ont demandé trois à quatre mille ans pour enfanter

les brillantes sociétés de la Grèce et de Rome; dix-huit cents ans nous ont amenés ensuite où nous en sommes, et enfin ce siècle voit à lui seul se réaliser dans toutes les branches de nos connais-

FIG. 10. — DÉTAILS INTIMES DE LA TOILETTE D’UNE DAME ÉGYPTIENNE IL Y A PLUS DE 3000 ANS.

(Peinture murale de Thèbes.)

sances plus de découvertes que n’en accomplirent tous ceux qui l’ont précédé.

On divise généralement les temps préhistoriques en quatre périodes : l’âge de la pierre taillée, l’âge de la pierre polie, l’âge du bronze et l’âge du fer.

La première période — de beaucoup la plus longue, — vit l’homme à peine dégagé de l’animalité primitive, ignorant l’agriculture, les métaux, l’art de se construire des demeures. Réfugié comme les fauves au fond des cavernes, il n’avait d’autres' occupa-

ÉVOLUTION DES CIVILISATIONS

tions que de disputer sa proie aux bêtes féroces, d’autre industrie

D'après une photographie.

FIG. 11. — ROI ÉGYPTIEN COURONNÉ PAR DES DIVINITÉS (BAS-RELIEF DU TEMPLE D'EDFOU).

Nous donnons plus loin une planche eiéculée d’après une de nos photographies représentant une vue d’ensemb'e du grand temple d’Edfou. Ce monument qui remonte seulement à l'époque des Ptolémées, est actuellement le temple le mieux conservé de l’Egypte.

que la taille grossière des pierres qui, emmanchées au bout d’un bâton, constituaient ses armes.

Après cette période d’une immense longueur, puisqu’elle occupe

un âge géologique tout entier, et que, pendant sa durée, la faune, la flore, le climat et l’aspect des continents ont profondément changé, apparaissent les temps de la pierre polie.

De grands progrès se sont accomplis. L’homme sait domestiquer les animaux ; il connaît l’agriculture, l’usage de la poterie, se bâtit des demeures, se tisse des vêtements, mais ignore toujours les métaux. C’est un sauvage encore, ou tout au moins un barbare, mais un barbare qui entrevoit déjà l’aurore de la civilisation.

Pour y arriver, il lui fallait accomplir bien des progrès encore. 11 les réalisa pendant l’âge du bronze, qui nous conduit jusqu’aux confins des temps historiques et dont la dernière période vit s’accomplir les exploits chantés par les poètes primitifs. Quelques pas encore, et l’homme découvre l’art d’extraire le fer de son minerai, invente l’écriture, bâtit des villes . l’ère des civilisations commence. Certains peuples, bien que fort civilisés et construisant des villes, ne connurent pas l’usage du fer Tels étaient les anciens Mexicains, par exemple, lorsque leur civilisation fut détruite par les invasions européennes, il y a moins de quatre cents ans.

La science moderne est parvenue à reconstituer l’histoire primitive de l’homme, qui n’était même pas soupçonnée il y a un demisiècle. Les débris de ses armes, de son industrie, de ses demeures, remplissent aujourd’hui nos musées. Avec eux nous pouvons nous représenter clairement les conditions d’existence de nos premiers aïeux.

Mais d’autres sources d’informations nous permettent d’accentuer les traits du tableau et de le rendre plus vivant encore. En étudiant certaines populations non civilisées actuellement vivantes à la surface du globe, on a pu constater qu’elles n’avaient pas dépassé, au point de vue de l’industrie, nos aïeux des âges de pierre. De leur genre de vie nous pouvons préjuger celui de nos primitifs ancêtres. Il existe encore, d’ailleurs d’autres peuples parvenus à des degrés intermédiaires de développement, et leur étude fournit de précieuses indications sur la série des états successifs que l’homme a dû franchir pour arriver à la civilisation. Certaines populations guerrières de l’Afrique, les Achantis, par exemple, qui connaissent la poterie, les métaux et l’art de les travailler, ne doivent pas avoir une existence bien différente de celle des héros barbares chantés par Homère.

EVOLUTION DES CIVILISATIONS

Leur industrie et leurs arts ne sont pas certainement inférieurs à ceux de la Grèce aux âges héroïques.

Sans aller étudier aucune population sauvage, ni visiter aucun musée, nous pouvons observer aisément sur place les étapes successives que l’intelligence de l’homme primitif a dû traverser pendant le cours des siècles. Noùs n’avons en effet qu’à suivre le développement de l’intelligence chez l’enfant. L’embryologie nous enseigne que l’être humain, pendant son séjour dans le sein maternel, passe par toute la série des formes animales successivement revêtues pendant les âges géologiques par la longue série de ses aïeux, et résume ainsi le développement progressif de toute sa race. Durant les premiers mois de la gestation, l’embryon de l’homme est tour à tour semblable à celui des poissons, des amphibies, et bien plus tard à celui des mammifères, en commençant par les plus inférieurs. Après la naissance, la plupart des organes ont atteint leur forme définitive, mais le cerveau, et l’intelligence, continuent à évoluer encore. La constitution mentale de l’enfant passe alors par toutes les formes successives qu’ont présentées celle de ses ancêtres, depuis les temps de la barbarie primitive. En suivant son développement intellectuel, on a donc l’image du progrès de l'humanité.

Qu’il s’agisse d’Européens ou de sauvages, les phases primitives du développement, — mais ces phases primitives seulement, — sont toujours identiques. C’est précisément parce qu’il en est ainsi que nous voyons les enfants des nègres élevés avec de jeunes Européens les suivre d’abord sans difficulté dans leurs classes. Arrivés à une certaine phase de développement, le cerveau du blanc continue à évoluer pour atteindre au niveau de celui de ses ancêtres adultes, pendant que celui du nègre, parvenu à la limite que ses ancêtres adultes ont atteinte, ne saurait la dépasser et reste stationnaire. Alors seulement apparaît l’abîme immense qui existe entre les deux races, et qui ne pourrait être comblé que par de lentes accumulations héréditaires continuées pendant des siècles.

En suivant donc avec attention l’évolution de l’intelligence et des sentiments de l’enfant, on peut arriver à comprendre la genèse et l’évolution de l’intelligence et des sentiments de

l’homme des temps primitifs. Avec sa nature impulsive, son égoïsme, son absence totale de moralité et sa férocité naïve, l’enfant ressemble beaucoup aux sauvages les plus inférieurs. Avec la force en plus et des passions à satisfaire, la ressemblance serait complète.

L’étude de la psychologie de l’enfant suffirait donc, à défaut

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