‹ Les premières civilisationsChapitre 3 sur 189 · FIG. 9 — SPHINX A TÊTE DE HOI · texte numérisé non relu

FIG. 9 — SPHINX A TÊTE DE HOI

(Musée du Louvre).

esquissé il y a déjà quelques années par M. Littré, et d’une façon suffisamment exacte dans ses grandes lignes pour que je le reproduise ici.

« D’abord se présente », dit- il, « en commençant par le haut de l’échelle, les nations civilisées de l’Europe et celles qui en sont issues, et qui sont établies en Amérique et en Australie. Mais il s’en faut bien que tout le reste ait atteint le même niveau de développement.

« Au second plan sont les nations musulmanes, dont l'histoire a un grand nombre de liaisons avec l'histoire des nations chrétiennes

« Au troisième plan, on mettra les Indiens, les Chinois, les Tartares et les Japonais, nations considérables, fort développées à certains égards, mais qui sont restées polythéistes.

« Le quatrième rang appartient aux empires, présentement détruits, des Mexicains et des Péruviens, mais dont la destruction est trop récente pour qu’on ne les fasse pas figurer dans cette énumération.

« Au cinquième degré nous rencontrerons les peuplades nègres, qui forment, dans l’intérieur de l’Afrique, des sociétés non sans importance.

« Au sixième je place les tribus des peaux-rouges d’Amérique.

« Enfin, au septième et dernier rang, les misérables sauvages de la Nouvelle-Hollande. »

Sans parcourir ainsi la terre entière, on peut dans une seule contrée, contrée spéciale par son étendue, sa situation, son histoire, voir en peu de temps tous les degrés de cette échelle des peuples. Cette contrée est l’Inde. Qui l’a visitée, comme nous l’avons fait nous-même, depuis ses repaires de sauvagerie jusqu’à ses cités splendides, peut dire qu’il a traversé cent mille ans dans le temps et qu’il a vécu successivement à toutes les époques préhistoriques et historiques. En effet, il aura pu voir, parmi les inextricables forêts de l’Amarkantak, des peuplades kholariennes, noires de peau, hideuses de visage et plus près du singe que de l’homme, vivant dans les cavernes, n’ayant ni habitations, ni gouvernement, ni lois, ni famille, et ne possédant comme armes que des flèches en pierre taillée; au nord, dans les montagnes de l’Assam, les Nazas, les Khasias, dont la forme sociale est le matriarcat et qui pratiquent la polyandrie; au sud, sur la côte de Malabar, les Naïrs, qui pratiquent aussi le matriarcat, mais qui sont beaux et intelligents et occupent déjà un degré plus haut de l’échelle; sur les ravissantes montagnes des Nilghirris, les Todas, peuple pasteur, polygame et polyandre, dont l’unité politique et sociale est le village; vers le centre, les Bhils, qui arrivent à la constitution du clan; puis les États rajpouts, qui représentent l’époque guerrière et féodale; au-dessus, les États musulmans, et enfin le maître Européen civilisé. Il faut de tels voyages pour bien comprendre la progression merveilleuse des races, ..et saisir sur la nature au lieu d’avoir à l’étudier dans les livres, cette loi formidable de l’évolution qui régit toutes choses : les dieux, les mondes, les empires et les hommes.

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