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LE MOYEN EMPIRE

Le Moyen Empire, en même temps que l’avènement de nouvelles dynasties, dont les premières remontent à 3000 ans avant notre ère, nous montre celui d’une autre capitale, Thèbes, qui détrône définitivement Memphis.

Depuis longtemps, on peut le supposer, les gouverneurs de Thèbes avaient acquis une certaine indépendance et rivalisaient avec les souverains de la Basse-Égypte. Exposés aux attaques constantes des populations nègres du Sud, ils ne comptaient plus que sur leurs propres forces, levaient des armées, faisaient respecter la frontière, qui, au milieu de l’affaiblissement et des dissensions dans lesquels finit l’Ancien Empire, s’était rétrécie comme autrefois jusqu’à la première cataracte. Ces princes de Thèbes prétendaient d’ailleurs descendre de Papi Ier, et plusieurs d’entre eux prirent le titre de rois, avant que Mentouhotep IV renversât effectivement la dixième dynastie, et réunît sous son sceptre unique les diverses provinces de l’empire.

Tout paraît aussitôt se transformer en Égypte. La suprématie de

Thèbes renouvelle, avec le gouvernement, les usages, les noms de

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famille et jusqu’à la religion. Les dieux adorés autrefois par les

Schesou-Hor dans la vieille capitale de la Haute-Égypte, Ammon et Osiris, remplacent le Phtah de Memphis et le Râ des premières dynasties.

La nouvelle famille royale n’eut pas de peine à s’affermir. Au bout d’un demi-siècle à peine, Thèbes et ses princes dominent sans contestation et entrent dans une période de remarquable grandeur. La douzième dynastie, qui succède alors à la onzième, est la plus brillante du Moyen Empire. Elle préside à un âge de développement artistique et de gloire militaire qui rappelle, quoique sans l’éclipser, l'épanouissement magnifique de l’Ancien Empire sous la quatrième dynastie.

Les noms des Amenemhat et des Ousortesen doivent s’écrire dans l’histoire en traits éclatants comme ceux de grands souverains guerriers et civilisateurs. Ces deux noms, avec des numéros d’ordre divers, sont portés par presque tous les rois de la douzième dynastie. Presque tous aussi associèrent de leur vivant au pouvoir le fils qui devait leur succéder, et cet usage, permettant à l’autorité de se transmettre sans secousse, donna une grande unité à l’œuvre de toute la dynastie.

Cette période de l’histoire d’Égypte est très abondante en documents. Aucune ne vit s’élever plus de monuments publics et privés. La richesse générale permit aux particuliers de construire ces tombeaux couverts de sculptures, qui nous montrent dans tous les détails leurs occupations, leur existence intime et journalière. Quant aux inscriptions officielles, elles ne font qu’enregistrer des victoires.

Amenemhat 1er et son fils Ousortesen 1er rétablirent les colonies égyptiennes de la presqu’île du Sinaï et firent de nouveau exploiter les mines de cuivre et de turquoises. Ils construisirent au delà une ligne de forteresses qui marqua de ce côté la limite de l’empire et le défendit contre les incursions de nomades du désert. Puis ils se tournèrent vers l’Éthiopie. Les populations noires, entre la première et la deuxième cataracte, furent de nouveau soumises. Ousortesen III conquit toute la Nubie d’une façon définitive et inscrivit sur les rochers de la deuxième cataracte un édit qui interdisait aux nègres de descendre le fleuve au delà de cette borne extrême de l’empire égyptien.

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

A l’intérieur, la concorde et la prospérité régnaient. Tous les arts, tous les métiers étaient cultivés : des caravanes allaient chercher en Asie les étoffes brodées, les pierres précieuses, les vases émaillés, le bois de cèdre, les esclaves et les parfums.

Enfin parut Amenemhat III, le Louis XIV du Moyen Empire, l’auteur du lac Mœris, une des œuvres les plus colossales de l’Égypte et du monde.

Un peu en amont de Memphis, à l’occident du Nil, la chaîne libyque s’élargit et forme à ses pieds une oasis nommée le Fayoum. Amenemhat III résolut de transformer cetle région en un immense réservoir qui recevrait le trop-plein des eaux du Nil, et servirait à régulariser l’arrosage de toute cette partie de la contrée. Les digues qui isolèrent ce lac artificiel, eurent jusqu’à 50 mètres d’épaisseur; leurs débris subsistent encore et s’étendent, comme l’a constaté M. Linant, sur plus de 50 kilomètres. Au centre de ce gigantesque réservoir, que les Grecs appelèrent le lac Mœris, se dressaient, sur deux énormes piédestaux, deux colosses représentant Amenemhat III et la reine, sa femme. Au moment des hautes eaux, les flots yenaient toucher les pieds des deux colosses : c’était le grand Nil subjugué, apportant l’humble caresse de ses vagues à son vainqueur, et se roulant au-dessous de lui avec de doux grondements, comme un grand monstre docile.

Hérodote considérait le lac Mœris comme la merveille de l’Égypte. Amenemhat III y ajouta une autre construction fameuse, le Labyrinthe, le plus vaste palais du monde, qui ne contenait pas moins de trois mille chambres, et dont l’immense façade en calcaire blanc resplendissait au-dessus du lac comme du marbre de Par os.

La prospérité que la douzième dynastie avait fait régner en Égypte fut maintenue par la treizième et par la quatorzième, et dura un millier d’années. Vers l’an 2000 avant Jésus-Christ, l’invasion des Hyksos ou Pasteurs vint y mettre fin brusquement.

Ces peuples venaient du fond de laChaldée, et furent ‘jetés sur l’Égypte par les bouleversements qui ébranlèrent à cette époque les premiers empires établis sur les bords de l’Euphrate. Refoulant ou entraînant les populations nomades de Syrie et du pays de Canaan, ils franchirent, torrent irrésistible, l’isthme de Suez, envahirent le

Delta, s’en rendirent maîtres, prirent Memphis et livrèrent la Basse- Égypte à la dévastation.

Les Égyptiens, qui, de tout temps, avaient eu à lutter contre les nomades pillards, et qui les nommaient Shoas, appelèrent Hiq- Shous, roi des Shous, le chef de leurs terribles conquérants, et, de ce mot, les Grecs ont fait Hyksos.

FIG. 129. — THÉBES. TEMPLE DE GOÜRNAH.

Monument élevé à la mémoire de Ramsès l'r, par son fils Séti (quinze siècles environ avant Jésus-Christ.)

Après quelques années passées à guerroyer et à piller, les Hyksos, ayant affermi leur possession, s’organisèrent, eurent des rois réguliers, qui imitèrent les Pharaons, et qui formèrent jusqu’à trois dynasties comptées par Manéthon comme la quinzième, la seizième et la dix-septième. Leur capitale fut Tanis, dans le Delta, tandis que le gouvernement national se maintenait dans la Haute-Égypte. Pendant cinq cents ans que dura la domination des Hyksos, la contrée fut donc partagée en deux, et le gouvernement de Thèbes conserva

seul, bien affaiblie, la tradition de grandeur et d’indépendance des anciens Pharaons.

Dans le Delta, il se produisit ce qui arrive toujours lorsqu’un

FIG. 130. — THÈBES. COLONNES D’UN TEMPLE CONSTRUIT PAR THOUTMÈS III, A KARNAK.

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

peuple vaincu est plus civilisé que son vainqueur : les sujets firent l’éducation de leurs maîtres. Les conquérants adoptèrent insensiblement les usages, les lois et même la religion des indigènes. Redoutant à leur tour la turbulence de leurs frères nomades de Syrie, ils fondèrent une ville forte, Avaris, sur l’embouchure la plus orientale du Nil, et établirent auprès un camp retranché pouvant contenir deux cent quarante mille hommes.

Grâce à ce déploiement de force militaire et à l’influence des scribes égyptiens, le gouvernement des Hyksos fut à la fois puissant et éclairé, sans jamais atteindre cependant à l’éclat des grandes dynasties égyptiennes. C’est durant sa domination que les enfants de Jacob, les Béni-lsraël, descendirent en Égypte et s’y fixèrent. Le Joseph de la Bible devint le ministre et le favori d’un des rois pasteurs, et ces rois, comme on le voit par le récit de la Genèse, avaient pris le titre de Pharaons.

Cependant la dynastie nationale de Thèbes devait finir par chasser ces usurpateurs et par rendre l’indépendance et l’unité à la vallée du Nil. La lutte dura près de cent cinquante ans. Les Hyksos se défendirent énergiquement. Mais enfin Ahmès Ier parvint à s’emparer de leur formidable camp d’Avaris, et porta le dernier coup à leur domination dans le Delta. Réduits à n’ètre plus que des bandes sans organisation, les Hyksos repassèrent en désordre l’isthme de Suez. Ceux qui demeurèrent dans le pays, et entre autres les descendants d’Israël, devinrent les esclaves des Égyptiens, qui vengèrent durement sur eux leur longue humiliation.

Environ dix-huit siècles avant notre ère, l’Égypte était de nouveau réunie sous un seul sceptre national. Amhès Ier fondait la dixhuitième dynastie, et, après avoir délivré le Nil du joug étranger, il s’occupait à pacifier la contrée, à la guérir des plaies et des ravages d’une lutte énergique et longue, méritant ainsi, comme libérateur et comme rénovateur, les honneurs divins qui lui furent rendus par la suite. Une ère nouvelle s’ouvrait pour l’Égypte; le Troisième Empire allait lui donner une gloire au moins égale à celle des deux premiers. Les Thoutmès, les Amenhotep allaient dépasser en renom les Khéops, les Amenemliat et les Ousortesen.

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

g 4. — LE NOUVEL EMPIRE

La première période du Nouvel Empire, qui débute dix-huit siècles environ avant notre ère, est l’époque guerrière et conquérante de l’Égypte. L’esprit militaire s’est développé chez elle dans sa lutte contre les Pasteurs. Elle prend les armes avec Amenhotep Ier, fils d’Amhès, et ne les pose qu’épuisée enfin au bout de cinq siècles, après avoir usé trois dynasties de rois aventureux.

Les seuls champs de bataille qui s’offraient à l’Égypte étaient l’Asie au nord-est et l’Éthiopie au sud. Amenhotep Ier lui donna cette dernière contrée, vaste comme l’Égypte elle-même. La frontière fut reculée au sud jusqu’à la quatrième cataracte, et les lois, les usages, la langue, la religion des Pharaons s’établirent sur les rives du Nil bleu. Ce fut une colonisation plutôt qu’une conquête proprement dite, mais cette colonisation fut si complète, qu’on aurait eu peine à distinguer plus tard si la civilisation avait remonté le cours du Nil au lieu de le descendre, et que les historiens grecs tombèrent dans l’erreur de voir dans les Éthiopiens les ancêtres et les premiers instructeurs de l’Égypte.

Après la soumission de l’Éthiopie ou Pays de Kousch, comme disaient les Égyptiens, Thoutmès 1er entraîna le premier ses sujets à des conquêtes en Asie. Le grand nombre de petites peuplades qui habitaient le pays de Canaan et la Syrie facilitait l’œuvre de l’envahisseur. Les deux villes fortes, clefs de ces contrées où coulent le Jourdain et l’Oronte, étaient Mageddo et Kadesh. Aussi compte-t-on bien des combats désignés par ces deux noms.

Thoutmès Ier s’avança en vainqueur jusqu’aux bords de l’Euphrate, où il fit dresser des stèles qui rappelèrent son expédition. Les peuples syriens se soumirent à l’impôt. Pas plus d’ailleurs que pour l’Éthiopie, l’assimilation des peuples conquis en Asie ne put s’effectuer. Ce fut la raison pour laquelle l’intervention militaire ne put jamais cesser. Dès que le joug semblait s’éloigner ou s’alléger, les rois soumis s’efforcaient de le secouer et refusaient le tribu. L’œuvre de conquête était toujours à recommencer.

Thoutmès Ier maria ensemble, comme c’était l’usage, son fils

Thoutmès II à sa fille Hatasou. La princesse prit une part effective et prépondérante au gouvernement pendant la jeunesse de son époux et frère. Sa

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