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FIG. 110 — OMBOS. RESTITUTION DE LA FAÇADE DU TEMPLE

Romains. Auguste fit construire le propylône du grand temple de Dendérah; Tibère, un temple à Philæ; Antonin, le mur d’enceinte et les propylées de Médinet-Abou. Les sculptures d’une partie du temple de Dendérah sont dues à Trajan et à Antonin. On retrouve d’ailleurs les noms des principaux empereurs romains écrits en caractères hiéroglyphiques sur les temples qu’ils firent restaurer ou compléter. Ceux de Tibère, Néron, Yespasien, Marc-Aurèle, Antonin se rencontrent fréquemment. L’empereur est toujours représenté en costume de Pharaon faisant une offrande aux dieux égyptiens. Les légendes égyptiennes qui accompagnent ces représentations

affectent également le style pharaonique, et les noms des empereurs sont toujours associés à ceux des dieux de l’Égypte. C’est ainsi qu’à Dendérah une inscription gravée sur le propylône construit sous Auguste dit que « pour la conservation de l’empereur « César, fils du dieu César, dieu libérateur, les habitants de la « métropole et du nome de Tentyris élevèrent ce propylône à Isis, <' déesse très grande, et aux dieux adorés dans le même temple, la « trente et unième année du règne de César, au mois de thôth. » Les inscriptions analogues sont fort nombreuses. Sur un monument l’empereur Claude est nommé « l’éprouvé des dieux modéra- « teurs, seigneur de la région haute et basse du monde, le fils du « soleil, seigneur des chefs. » Néron a des titres analogues, .il est appelé « l’ami de Phtha et d’Isis, le dominateur bienfaisant des « régions supérieures et inférieures, le seigneur du monde, l’éprouvé « des dieux modérateurs, le fils du soleil, seigneur des seigneurs. » Cette assimilation des souverains grecs et romains aux dieux égyptiens contribue à mettre en évidence un des faits les plus caractéristiques des premières civilisations, un de ceux qui les différencient le plus des civilisations qui devaient les suivre. Les dieux du monde antique étaient innombrables; chaque peuple, chaque cité même avait le sien propre; mais ces dieux étaient généralement respectés partout; le plus souvent le vainqueur même les adoptait.

11 ne faut pas nier sans doute les services que le christianisme a pu rendre, mais il ne faut pas méconnaître non plus que c’est lui qui introduisit l’intolérance dans le monde. Les guerres de religion qui ensanglantèrent tout le moyen âge et rendirent cette période si sombre, les sociétés antiques ne les connurent pas, et n’auraient pu les comprendre. Les dieux pouvaient bien lutter entre eux pour montrer leur puissance, mais les hommes étaient trop peu de chose devant eux pour avoir la prétention de leur être de quelque utilité en les défendant. Il a fallu des époques de barbarie pour amoindrir à ce point le rôle des divinités que le secours des hommes leur fût nécessaire pour maintenir leur règne. Jamais le monde antique n’eût entrepris des guerres comme les Croisades - pour conquérir une ville et aider un dieu à en chasser des infidèles que ce dieu ne pouvait pas expulser lui-même. Bien des différences séparent la civilisation antique de celle du moyen âge; une des plus profondes peut-

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

être est la conception de la divinité. Il est bien difficile de prouver ce qu’admettent pourtant tous les historiens, l’infériorité du polvtéisme à l’égard du monothéisme. Mais on peut dire de cette première forme de la pensée religieuse qu’elle enseigna aux hommes la tolérance pendant de longs siècles, alors que le triomphe de la seconde introduisit dans le monde le règne d’une impitoyable intolérance, dont il commence à peine à sortir.

On voit par ce qui précède qu’il n’y a aucune raison de faire cesser à la conquête perse l’histoire de la civilisation égyptienne. Cet oubli de mille ans d’histoire s’explique d’autant moins, qu’il est facile de préciser le jour exact où disparut cette civilisation. Sans doute sa décadence fut préparée par deux ou trois siècles d’anarchie et par l’invasion progressive de l’influence chrétienne; mais les dieux, la langue et les arts vivaient encore. Ils disparurent violemment, l’an 389 de notre ère, alors que l’empereur Théodose, pour faciliter la propagation de la religion chrétienne, ordonna de détruire tous les temples de l’Égypte. Des monuments, qui avaient échappé à cinq mille ans de luttes et d’invasions, périrent au nom d’un dieu nouveau, impitoyable et jaloux. Il ne resta debout que ceux que les faibles mains des propagateurs de la nouvelle foi ne purent renverser, se bornant alors à marteler sur des murs indestructibles les images des anciens dieux.

Les historiens chrétiens ne parlent guère de cet acte de vandalisme ; ce fut pourtant un des plus sombres enregistrés par l’histoire : immonde entier s’écroulait sous la main des barbares. Cinq mille ans de civilisation s’évanouissaient du même coup; car, en même temps que les dieux étaient proscrits, les temples renversés, les écoles fermées, les prêtres et les savants dispersés, la langue égyptienne était oubliée, et oubliée à ce point que pendant quatorze siècles le sens des hiéroglyphes fut entièrement perdu.

La domination chrétienne des empereurs d’Orient dura 250 ans : ce fut pour l’Égypte une période de nuit noire.

Elle n’en fut jamais sortie peut-être si, en 640 de notre ère, elle n’eût été envahie par les Arabes. Ces nouveaux conquérants furent salués comme des libérateurs. Aux vieux descendants des Pharaons, écrasés sous le joug de maîtres ignorants et cruels, ils apportaient une langue nouvelle, une religion nouvelle, des arts nouveaux. Sur

les bords du Nil s’éleva bientôt une civilisation, moins brillante peut-être que l’ancienne, mais qui devait cependant jeter un vif

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D’après Lepsius.

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