OMBOS RUINES DU TEMPLE
et instruits, accourus en foule pour étudier de près, avec enthousiasme, l’antique et merveilleuse civilisation égyptienne.
Cette civilisation brillait d’ailleurs encore d’un vif éclat. Les grandes constructions,' qui furent en Égypte le sceau et le legs de tous les règnes heureux, s’élevaient de nouveau, non moins admirables que par le passé. A Memphis, Amasis fit construire un temple à la déesse Isis; à Sais, il orna le temple de Neith de
magnifiques propylées, où l’on arrivait entre une double rangée d’énormes sphinx, et où il fit apporter à grands frais des carrières de la Haute-Égypte plusieurs obélisques. et une chapelle monolithe en granit rose.
Ce. furent les derniers chefs-d’œuvre dus aux Pharaons d’origine égyptienne. Les armées de Cambyse arrivaient à travers l’Asie, pour venger une offense faite au grand roi par Amasis, ou plutôt pour achever le cycle des conquêtes de Cyrus.
Le dernier grand souverain de l’Égypte ne vit pas sa ruine. Il mourut comme les Perses arrivaient à Péluse. Son fils Psammétik III essaya vainement de résister. Une seule bataille renversa son pouvoir et asservit la vallée du Nil (527 ans avant J. -G.). Cambyse laissa d’abord Psammétik exercer le gouvernement en son nom, mais comme il apprit que ce prince conspirait contre lui, il le fit mourir et le remplaça par un Perse, Aryandès. La vieille terre des Pharaons ne fut plus qu’une satrapie au sein de l’immense empire des Perses. Jamais dans la suite des siècles elle ne devait recouvrer sa liberté.
La liberté, du reste, telle que nous la comprenons, l’Égypte ne l’avait connue à aucun moment de son histoire. Quel que fût le pouvoir qui la gouvernait, religieux ou militaire, indigène ou étranger, ce pouvoir fut toujours despotique. L’indépendance individuelle, familiale ou communale, telle que nous la demandons pour nous-mêmes ou telle que l’ont obtenue et exercée les cités antiques, les petites républiques italiennes ou les villes libres du moyen âge, ne fut jamais désirée ni seulement rêvée en Égypte. Cette race, qui nous apparaît si altière dans ses grandioses monuments, n’est politiquement et d’instinct qu’une esclave, et toujours elle fut ainsi. Mais c’est une esclave qui conquiert ses maîtres, qui les domine et qui les plie à son génie. Ses traits physiques et moraux, élaborés pendant de longs siècles, sont gravés d’une si forte empreinte que nulle influence extérieure n’a pu les effacer.
Depuis Cambyse, l’Égypte a subi bien des jougs divers; elle a senti sur son front courbé le pied brutal de bien des maîtres. Les Perses, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Turcs, ont possédé successivement sa belle vallée. Sans se soucier du nom de ses vainqueurs, elle leur a obéi à tous avec la même docilité passive acquise sous le
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
sceptre de fer des Khéops et des Ramsès. Et toutefois elle est restée elle-même. Sous les Ptolémées, comme sous César, nous la retrouvons imprimant à toutes ses œuvres son caractère propre et traçant encore sa même antique pensée en hiéroglyphes mystérieux. Les Arabes seuls, avec leur puissant génie civilisateur, sont parvenus à lui imposer leur religion, leur langue et leurs arts, mais ils n’ont pas pu transformer sa race. Nous la reconnaissons encore aujourd’hui sur le visage dë ses fils, la vieille race obstinée, avec ses épaisses lèvres au douloureux sourire et ses longs yeux au regard pensif et profond. Elle n’a plus l’énergie d’autrefois, elle s’est alanguie dans son lourd esclavage, mais quel charme on éprouve à la voir errer encore, comme son propre fantôme, à travers les débris de ses gigantesques tombeaux. Avec une surprise émue le voyageur suit de l’œil au bord du Nil la femme du peuple qui, la cruche sur la tète, s’avance avec la grâce impérieuse et douce de la reine Nitocris ; ou bien il observe aux pieds des Pyramides quelque humble fellah, qui semble, par la similitude du visage, un vieux Pharaon descendu de son piédestal de granit.
g 5. — l’égypte sous les dynasties étrangères.
Les historiens qui traitent de l’histoire de l’Égypte ancienne ont pour habitude de la terminer à la conquête perse par Gambyse, voulant sans doute montrer ainsi qu’à partir de cette époque la civilisation égyptienne proprement dite est finie. En fait rien n’est moins exact, car cette civilisation dura mille ans encore. Cette lacune de mille ans était peut-être justifiable à l’époque où l’histoire ne consistait guère qu’en généalogies de souverains et en récits de batailles : les rois d’un pays disparaissant, son histoire s’arrêtait.
Nous avons aujourd’hui d’autres méthodes. Ce fut précisément pendant les mille ans qui suivirent la conquête de Cambyse que la civilisation égyptienne montra le mieux toute sa vitalité. Elle la fit paraître en absorbant des conquérants aussi avancés que les Perses, les Grecs et les Romains, qui, à mesure qu’ils mettaient le pied sur le sol égyptien, adoptaient les usages, les arts et les dieux
des vaincus. Elle la manifesta encore en élevant des monuments splendides dont un grand nombre sont toujours debout. Si l’on excepte Thèbes, les Pyramides, les hypogées royaux et quelques débris sans importance, la plupart des œuvres architecturales que le voyageur admire aujourd’hui sur les rives du Nil appartiennent précisément à cette époque que les historiens ne jugent pas utile de mentionner, et dont ils semblent d’ailleurs ne pas soupçonner l’importance.
Au point de vue exclusivement politique, l’histoire de l’Égypte après la conquête perse l’an 527 avant notre ère, peut être résumée en quelques lignes. Pendant trois siècles, cette contrée est gouvernée par des Perses. Alexandre renverse leur empire, et alors la vallée du Nil est soumise pendant trois autres siècles à la dynastie grecque des Ptolémées. La dernière reine de cette famille, Cléopâtre, meurt pour ne pas obéir à Auguste, et pendant quatre cents ans l’Égypte vit sous la domination romaine. Ce fut dans les derniers temps de cette période que l’invasion des influences chrétiennes commença à porter à la vieille civilisation égytienne des coups qui devaient rapidement l’anéantir.
Jusqu’au triomphe du christianisme, la politique de tous les souverains étrangers de l’Égypte, Perses, Grecs et Romains, fut de s’assimiler la religion, la langue et les arts de cette contrée. Ils édifièrent de nouveaux temples, se firent représenter dans les sanctuaires, présentant, dans le costume des Pharaons, des offrandes aux dieux égyptiens. En fait les souverains avaient changé, mais la civilisation égyptienne n’était pas modifiée. C’est à peine si dans son architecture d’alors un œil exercé peut observer quelques innovations légères dues à des influences grecques.
Les rois perses laissèrent l’Égypte comme elle était, et construisirent peu. Les temples qu’ils édifièrent ou restaurèrent, tel que celui qui fut élevé par Darius à Ammon, sont fort rares. C’est sous la dynastie fondée par Ptolémée, un des généraux d’Alexandre, et qui dura trois siècles, que l’Égypte se couvrit de beaucoup de monuments nouveaux : de très remarquables subsistent encore. On peut citer parmi eux les temples d’Ombos, d’Esneh, de Dendérah, d’Edfou, de Philæ, en Égypte; de Dakkeh, de Debout, de Dandour, en Nubie. Jamais la civilisation égyptienne ne fut plus florissante
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
que sous la domination des Ptolémées. Au point de vue scientifique et littéraire elle était représentée par la brillante école d’Alexandrie.
Les empereurs romains continuèrent la tradition des Ptolémées, mais ils se bornèrent à restaurer les temples et ne construisirent plus guère. C’est sous le règne des derniers que, grâce à des dissensions religieuses perpétuelles dues aux influences étrangères, commença la décadence. Le triomphe du christianisme devait la rendre définitive.
Plusieurs monuments égyptiens furent élevés cependant par les
D’après la Commission d'Egypte.