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FIG. 161. — DÉTAILS D’ARCHITECTÜRE DU TEMPLE D’EDFOU

ment dite; en temps de paix, les soldats revenaient à la vie civile. C’est après l’expulsion des Hyksos, et sous les grands rois conquérants, que l’armée fut constituée et peu à peu organisée jusqu'à devenir permanente.

Par le fait seul qu’un homme appartenait à la classe militaire, il avait droit à une terre, dont les revenus lui servaient à s’équiper; car il devait se procurer ses armes et se tenir toujours prêt. Le roi

s’entourait d’une garde personnelle de deux mille hommes renouvelés tous les ans et qui, durant leur douze mois de service, étaient nourris sur le Trésor. Les mercenaires étrangers ne possédaient pas de terre, mais recevaient leurs armes et leurs costumes nationaux. D’abord peu nombreux dans l’armée égyptienne et méprisés par les indigènes, ils prirent de plus en plus d’importance et furent particulièrement favorisés par Psammélik et ses descendants.

Hérodote divisait tous les soldats égyptiens en deux groupes, les calasiries et les hermotybies, et évaluait leur nombre total à quatre cent dix mille hommes. « Il ne leur est pas permis, dit-il, d’exercer d’autre métier que celui de la guerre; le fils y succède à son père. »

Il en était ainsi, en effet, au temps de l’historien grec,; depuis la grande époque guerrière de l’Égypte, l’armée s’était constituée en caste de plus en plus séparée de la nation.

Entre autres privilèges, les guerriers avaient celui de ne pouvoir être emprisonnés pour dettes; la raison en était qu’ils appartenaient au roi et ne pouvaient être empêchés de répondre à son appel.

On commençait l’éducation militaire dès l’enfance. L’exemple de Sésostris et de ses petits compagnons, cité par Diodore, n’est nullement une exception.

« Tout en fournissant abondamment à tous leurs besoins, on les habituait à des exercices continuels et aux fatigues du corps. 11 n’était permis à aucun d’eux de prendre de la nourriture avant d’avoir fait cent quatre-vingts stades — « environ 18 kilomètres » — à la course. »

Les enfants de troupe égyptiens gagnaient ainsi bien péniblement leur modeste repas. Pour les rendre habiles à l’arc, on ne leur donnait parfois leur déjeuner que lorsqu’ils l’avaient délogé à coup de flèche de quelque endroit élevé. Tous ces exercices continuaient pour les soldats en temps de paix. On les entraînait constamment par des manœuvres de toutes sortes, des petites guerres, des sièges simulés.

L’armée se composait de grosse infanterie et d’infanterie légère, de grosse cavalerie et de cavalerie légère. Par cavalerie, il faut entendre les hommes montés sur des chars, car c’est seulement vers les derniers temps que l’Égypte eut une cavalerie proprement

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

dite. Cependant Moïse célébrant le passage de la mer Rouge, dit en pariant de l’armée de Pharaon :

« Le Seigneur a précipité dans la mer le cheval et son cavalier. »

La force de l’armée égyptienne était ses invincibles phalanges d’infanterie armées de lances et de grands boucliers. Un de ces carrés, qui se trouvait dans l’armée de Crésus, ne put être réduit par les Perses, et Cyrus, malgré sa victoire, se vit forcé de composer avec les soldats qui le formaient.

Les guerriers égyptiens constituaient donc une armée puissante bien instruite et bien exercée. Elle était, en outre, munie des armes offensives et défensives les plus parfaites du temps : casques, cuirasses, boucliôrs, lances, épées, javelots, arcs et flèches, massues, frondes. Elle avait comme instruments de musique la trompette et une sorte de tambour. Sur le front de chaque régiment était porté au bout d’une hampe l’enseigne de son chef, véritable étendard, confié au plus brave et toujours défendu avec acharnement. C’était une figure d’animal ou quelque objet symbolique, qui fait penser aux signes héraldiques des Croisés de notre moyen âge. Le roi avait de véritables bannières, que des princes du sang portaient autour de lui, non seulement en guerre, mais dans les grandes cérémonies, avec les fLabella , longs éventails en plumes d’autruche.

L’Égypte n’avait pas, à proprement parler, de marine guerrière. Les flottes qu’elle équipa dans les derniers temps furent montées par les soldats de terre.

Comme nous l’avons vu, toute la population civile était divisée en corporations. A des titres différents, celle des scribes et celle des agriculteurs étaient les plus importantes. L’Égypte apporta toujours la plus grande intelligence et les plus grands soins à l’agriculture, dont tous les secrets dépendaient des caprices du Nil. Le roi accordait la plus vive sollicitude à cette source inépuisable de richesses. On le voyait parfois donner l’exemple et mettre un instant la main à la charrue.

Les fermiers n’avaient jamais la propriété éminente de la terre qu’ils cultivaient; ils n’en étaient les maîtres que moyennant une rente payée au titulaire, roi, prêtre ou guerrier.

Les bergers, les bateliers du Nil, formaient aussi des classes notables. Le fleuve est, en Égypte, la seule voie de grande commu-

nication. De là l’importance des bateliers, parmi lesquels comptaient surtout ceux qui, du fond de la Haute-Égypte, faisaient descendre jusque vers la mer les monolithes énormes, les gigantesques obélisques.

Bien que les métiers ne fussent pas rigoureusement héréditaires en Égypte, l’usage s’y établit de plus en plus pour les enfants d’embrasser la profession de leur père. Diodore admire cette cou-

FIG. 162. — PORTIQUE DU TEMPLE D’EDFOU (ETAT ACTUEL.) Le portique restauré est représenté page 288.

tume qui développe l’habileté spéciale de chaque corporation. « Aux connaissances héritées de leurs pères, dit-il, ils ajoutent de nouveaux perfectionnements. » Dans le même chapitre, l’historien grec nous signale une loi qui défend aux artisans de s’occuper de politique. Yoici les curieuses réflexions, intéressant tous les États et toutes les époques, qu’il émet sur ce point :

« L’Égypte, ajoute-t-il encore, est le seul pays où il ne soit pas permis à un ouvrier de remplir une fonction publique ou d’exercer un autre état que celui qui lui est assigné par les lois ou qu’il a reçu de ses parents ; par cette restriction, l’ouvrier n’est détourné de ses travaux ni par la jalousie du maître

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