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CONNAISSANCES INDUSTRIELLES DES ÉGYPTIENS

Nous ignorons les détails de beaucoup de procédés techniques employés par les Égyptiens dans leurs industries, mais nous connaissons les résultats qu’ils obtenaient, résultats prouvant que ces industries avaient atteint un degré élevé de développement.

D'après une photographie.

FIG. 202. — RUINES DU TEMPLE DE KERDASEH. NUBIE. (ÉPOQUE DES PTOLÉMÉES.)

Nous sommes beaucoup plus renseignés d’ailleurs sur l’état de l’industrie que sur tout autre point de la civilisation égyptienne. Les bas-reliefs et les peintures des tombeaux nous donnent, ainsi qu’on pourra le constater en parcourant les planches de cet ouvrage, la représentation de nombreuses opérations industrielles, et nous permettent de les comprendre parfaitement. Le court exposé qui va suivre montrera l’importance de plusieurs de ces opérations.

Métallurgie. — Dès la plus haute antiquité connue, les Égyp-

tiens savaient travailler l’or, l’argent, le enivre, l’étain, et l’alliage de ces deux derniers métaux, c’est-à-dire le bronze. Le bronze égyptien possède des qualités toutes spéciales : par sa dureté et son élasticité, il se rapproche de l’acier. Deux mille ans avant J.-C., les Égyptiens savaient le couler dans des moules, et en faire ainsi des vases et des statuettes. A une époque encore plus reculée, ils savaient déjà l’incruster d’or et d’argent.

On discute encore aujourd’hui la question de savoir si les Égyptiens ont connu anciennement l’usage du fer. Quand on examine leurs obélisques, hauts de trente mètres et travaillés comme des bijoux malgré la dureté du granit dont ils sont formés; quand on voit la netteté, la profondeur des hiéroglyphes taillés dans cette pierre qui fausse très vite nos meilleurs instruments, on est tenté d’affirmer que les Égyptiens devaient faire usage de l’acier trempé. S’il ne reste aucun instrument de ce métal ou même de fer remontant à une période un peu éloignée, c’est que, peut-être, la rouille a pu les détruire. On a retrouvé pourtant un morceau de barre de fer encastré dans les assises de la grande pyramide de Gizeh. On a remarqué aussi que, déjà sous l’Ancien Empire, les lames des outils tranchants représentés par les peintures étaient de trois couleurs différentes, les unes noires, les autres rouges et les autres bleues, ce qui paraît indiquer qu’il y en avait en silex, en cuivre et en acier. Dans des peintures moins anciennes, on voit des bouchers affilant leurs couteaux sur des aiguisoirs bleutés qui seraient des aiguisoirs d’acier.

Quoi qu’il en soit, il paraît certain que le fer n’était pas d’un usage bien répandu pendant les premières périodes de l’histoire égyptienne, et des traces cuivreuses retrouvées dans les arêtes des sculptures permettent de penser que ces arêtes furent taillées avec du bronze. Il est possible d’ailleurs que les pierres devenues si dures aujourd’hui ne l’aient pas été autant autrefois.

Les incertitudes qui subsistent sur le travail du fer n’existent pas pour le travail de l’or. Les Égyptiens savaient le fondre, le travailler, l’étirer en fils et en lames. Ils appliquaient des lames d’or avec un marteau sur beaucoup d’objets de bois ou de métal -.meubles, statues, coffres de momies. Ils savaient battre l’or en feuilles assez minces pour servir à orner les vignettes de leurs papyrus, et

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étirer les fils suffisamment pour qu’ils puissent être employés en broderies.

Toutes les espèces de broderies de l’Égypte, même les moins riches où l’or n’entrait pas, étaient fameuses pour la beauté de leurs couleurs et la finesse de leurs dessins.

Le prophète Ézéchiel, condamnant la mollesse de Tvr, dit à cette ville fastueuse :

« Le lin fin en façon de broderie apporté d’Égvpte a été ce que tu étendais pour te servir de voiles. »

« J’ai suspendu mon lit, » dit Salomon, « et je l’ai couvert de courtespointes d’Égypte en broderies. »

L’or et l’argent servirent de bonne heure pour les échanges en Égypte, mais sans être encore une monnaie proprement dite. On estimait leur valeur au poids, et ils circulaient sous forme de lingots ou de poudre.

La balance existait chez les Égyptiens dès le commencement du Moyen Empire. Elle fut de plus en plus délicatement construite; les derniers modèles ressemblent à nos balances à fléau, à plateaux et à colonne.

L’histoire des frères de Joseph, qui retrouvèrent dans leurs sacs le prix du blé qu’ils avaient acheté, montre un usage de l’or et de l’argent bien rapproché de l’usage monétaire. Vers cette époque, c’était sous forme d’anneaux d’un poids déterminé, et non encore sous celui de pièces, que la richesse métallique était représentée. La monnaie légale, consistant en pièces marquées d’une empreinte spéciale émanée du gouvernement, ne se rencontre pas en Égypte avant la conquête perse.

Travail des pierres précieuses. Fabrication des émaux et des pierres précieuses artificielles. — Les Égyptiens connaissaient les pierres précieuses, telles que la turquoise, l’améthyste, le lapislazuli, le jaspe, la cornaline, etc., et savaient les enchâsser dans l’or. Il est fait allusion plusieurs fois à ces bijoux dans les parties les plus anciennes de la Bible, telles que l’Exode. On peut voir au Musée du Louvre des bagues avec un chaton servant de cachet ressemblant tout à fait à nos bijoux modernes. Tel était l’amour des Égyptiens pour les joyaux, que, suppléant à leur rareté, ils en fabri-

quèrent des imitations remarquables. Dès le début des temps historiques ils ont connu le verre, et, par la coloration de cette substance au moyen d’oxydes métalliques, ils obtinrent des pierres artificielles imitant le rubis, l’émeraude, le saphvr, l’améthyste, etc., au point de tromper l’œil des connaisseurs. Ils imitaient également les perles. On a retrouvé dans les tombeaux de ces imitations, qui, aujourd’hui encore, feraient illusion.

Les Égyptiens fabriquaient des émaux dont les couleurs sont absolument inaltérables. Ils en recouvraient les vases et les statuettes de terre; ils en cloisonnaient les métaux; ils s’en servaient pour leurs mosaïques. Les plaques de faïences émaillées ornèrent de bonne heure l’intérieur et l’extérieur de leurs palais. On a retrouvé de ces plaques jusque dans la pyramide de Saqqarah, la plus ancienne de l’Égypte; on a pu déchiffrer sur elles le nom d’un roi de la me dynastie.

Ces faïences émaillées, vertes et azurées, qui recouvraient les palais égyptiens devaient leur donner un aspect dont on ne peut se faire une idée que lorsque l’on a vu certains monuments de l’Orient recouverts de briques émaillées, tels que la mosquée d'Omar à Jérusalem, la façade du palais de Gwalior*dans l’Inde, la grande mosquée de Lahore, etc. L’aspect est autrement séduisant pour l’œil que les façades grisâtres de nos maisons européennes.

Travail du bois. Ameublement. — L’intérieur des habitations de l’Égypte antique, surtout à partir de la xne dynastie, présentait tous les raffinements d’un luxe recherché, servi par un goût très délicat et par des procédés industriels très perfectionnés.

Les faïences émaillées revêtaient les murs, alternant avec des plaques d’albâtre; des vases de bronze, d’or, d’argent, de porphyre, d’albâtre, de faïence, découpés, incrustés, cloisonnés, recouverts de glaçures vertes ou bleues — de cet admirable bleu d’Égypte qui resplendit après les siècles aux vitrines de nos musées — surmontaient les degrés, les tablettes, les stèles. Des meubles en bois précieux,

* Représentée dans une des planches en couleur de notre ouvrage : Les Civilisations de l'Inde.

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sculptés, peints, dorés, étaient dispersés cà et là. L’ébénisterie, la marqueterie, la vannerie fournirent en Égypte des produits tout à fait achevés et charmants. La richesse du bois employé et la finesse

Bonus DU NIL A KONOSSO, P1USS DE LA PREMIÈRE CATARACTE.

des incrustations donnaient leur prix aux objets d’ameublement, plus élégants généralement que commodes. Le fond de beaucoup de sièges était fait de sparterie; les lits étaient simples; la tète s’y appuyait sur un soutien de bois ou d’ivoire, dont il nous reste plusieurs modèles.

Les bois les plus employés en Égypte, pour l’ébénisterie, étaient l’acacia, le sycomore, le mimosa, le tamaris. On y appréciait pardessus tout l’ébène et le cèdre, qui formaient des objets d’importation ou des tributs fournis par des peuples vaincus.

Fabrication des étoffes. — L’Égypte n’était pas moins habile à tisser les étoffes qu’à travailler le bois, la pierre et les métaux.

La beauté de couleur, la finesse de ses tissus étaient célèbres dans l’antiquité. Les étoffes légères et transparentes, qui formaient les robes des femmes ou les vêtements des prêtres, étaient de lin. Les tissus plus lourds étaient de laine. Il est probable que l’Égypte a connu et tissé le coton. C’est sans doute la matière textile que les historiens grecs nomment byssus. Cependant on n’a retrouvé aucun fragment d’étoffe fabriquée avec cette substance..

Les Égyptiens possédaient des artisans fort habiles dans l’art de la teinture et du blanchiment des étoffes. Les principales substances employées pour la teinture étaient la pourpre, l’indigo, la garance. Pour blanchir, on faisait des lessives avec des cendres de plantes.

Les Égyptiens paraissent avoir connu l’art de fixer les. couleurs au moyen de mordants. C’est du moins ce que nous pouvons inférer du passage suivant de l’histoire naturelle de Pline :

« En Egypte, on teint les vêtements par un procédé fort singulier. D’abord on les nettoie, puis on les enduit, non pas de couleurs, mais de plusieurs substances propres à absorber la couleur. Ces substances n’apparaissent pas d’abord sur les étoffes ; mais en plongeant celles-ci dans la chaudière de teinture, on les retire, un instant après, entièrement teintes. Et, ce qu’il y a de plus admirable, c’est que, bien que la chaudière ne contienne qu’une seule matière colorante, l’étoffe qu’on y avait plongée se trouve tout à coup teinte de couleurs différentes, suivant la qualité des substances employées. Et ces couleurs, non seulement ne peuvent plus être enlevées par le lavage, mais les tissus ainsi teints sont devenus plus solides. »

Fabrication du papier. — Les Égyptiens fabriquaient leur

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papier avec un roseau de la famille des cvpéracées, nommé papyrus, qui servait également à faire des cordages et des voiles pour leurs embarcations. Cette plante célèbre a disparu de l’Égypte. Sous la domination romaine, le gouvernement, voulant s’en réserver le monopole, n’en permit la culture que dans certains nomes et la détruisit systématiquement dans tous les autres. Plus tard, quand le parchemin, puis le papier de coton, eurent prévalu, on abandonna la culture du papyrus, et la plante disparut définitivement de l’Égypte.

Pour fabriquer le papier, les Égyptiens découpaient en lames minces la tige du papyrus, longue parfois de dix à douze pieds. Ils étendaient ces lames les unes à côté des autres, puis en formaient une seconde couche ayant ses lames à angles droits avec celles de la précédente. Ils superposaient ainsi plusieurs couches, recouvertes chacune d’un léger enduit de gomme arabique; puis ils pressaient le tout pour lui donner la consistance voulue et le moins d’épaisseur possible. Ensuite ils polissaient la surface. Ils écrivaient avec deux sortes d’encre, la rouge et da noire. L’une et l’autre manquaient de fixité et pouvaient se laver lorsqu’elles étaient fraîches, ou, plus tard, se gratter facilement.

Pour suppléer au papyrus, qui coûtait fort cher, on se servait parfois, pour écrire, de peaux d’animaux préparées, de tablettes de bois vernis, ou même de plaques de faïences.

Fabrication du verre et des poteries. — L’art de fabriquer le verre fut poussé très loin chez les Égyptiens. Ils savaient le recouvrir de filets et de rubans de couleur qui rappellent la verrerie de Venise. Ils en fabriquaient des coupes, des gobelets, des colliers et toute sorte de verroteries.

Leurs poteries, nues, ou vernissées avec une glaçure d’émail colorée, faite de sable, de soude et d’oxydes métalliques, étaient également fort remarquables, non seulement par le travailla fabrication, mais par l’élégance des formes, qui rappellent les plus belles productions de l’art grec auxquelles elles sont antérieures pourtant de bien des siècles. On les façonnait avec le tour à potier.

Fabrication du vin et de l'huile. — Les Égyptiens extrayaient

le vin du raisin au moyen du pressoir. C’est avec le même instrument qu’ils retiraient l’huile des fruits. L’huile était une richesse pour l’Égypte et servit longtemps comme monnaie, en ce sens qu’on échangeait des marchandises contre un nombre déterminé de mesures d’huile. Les plantes oléagineuses dont ils faisaient usage (olive, sésame, lin, ricin, etc.), étaient nombreuses. Ils se servaient d’huile pour les usages culinaires et pour alimenter leurs lampes.

Art de V embaumement. — La conservation des cadavres

FIG. 204. — CROQUIS INDIQUANT LES FORMES DES DIVERS TYPES DE COLONNES EMPLOYÉS DANS LES TEMPLES ÉGYPTIENS.

constituait pour les Égyptiens une préoccupation fondamentale ; aussi l’embaumement fut-il poussé chez eux à un degré de perfection qu’aucun peuple n’a atteint. Les momies égyptiennes sont restées intactes pendant plus de cinquante siècles. Celle de Sésostris, retrouvée de nos jours, conserve fidèlement encore les traits du grand conquérant (V. p. 356). Il n’est aujourd’hui aucun souverain qui puisse espérer, pour sa dépouille mortelle, une pareille conservation.

Les détails relatifs à l’embaumement ne nous étant connus que par la description d’Hérodote, nous nous bornerons à reproduire cette description.

« Il y a en Égypte », dit l’historien grec, « certaines personnes que la loi a chargées des embaumements, et qui en font profession. Quand on leur

apporte un corps, ils montrent au porteur des modèles de morts en bois, peints au naturel. Le plus recherché représente, à ce qu’ils, disent, celui dont je me fais scrupule de dire ici le nom « — Osiris — ». Ils en font voir un second, qui est inférieur au premier et qui ne coûte pas si cher. Ils en montrent encore un troisième, qui est au plus bas prix*. Ils demandent ensuite suivant lequel de ces trois modèles on souhaite que le mort soit embaumé. Après qu’on est convenu du prix, les parents se retirent : les embaumeurs travaillent chez eux et voici comment ils procèdent à l’embaumement le plus précieux :

« D’abord ils tirent la cervelle par les narines, en partie avec un ferrement recourbé, en partie par le moyen des drogues qu’ils introduisent dans la tête ; ils font ensuite une incision dans le flanc avec une pierre d’Ethiopie tranchante; ils tirent par cette ouverture les intestins, les nettoient et les passent au vin de palmier; ils lee passent encore dans des aromates broyés; ensuite ils remplissent le ventre de myrrhe pure hrovée, de cannelle et d’autres parfums, l’encens excepté; puis ils le recousent. Lorsque cela est fini, ils salent le corps en le couvrant de natron pendant soixante-dix jours. Il n’est pas permis de le laisser séjourner plus longtemps dans le sel. Ces soixante-dix jours écoulés, ils lavent le corps et l’enveloppent entièrement de bandes de toile enduite de gomme arabique, dont les Égyptiens se servent ordinairement comme de colle. Les parents retirent ensuite le corps; ils font faire en bois un étui de forme humaine, ils y renferment le mort et le mettent dans une salle destinée à cet usage ; ils le placent droit contre la muraille. Telle est la manière la plus magnifique d’embaumer les .morts. »

Hérodote décrit ensuite les deux méthodes d’embaumement moins coûteuses. Elles consistent en injections opérées dans le corps sans l’inciser et suivies d’un bain dans le natron pendant soixantedix jours. Il ajoute un détail de mœurs assez caractéristique.

« Quant aux femmes de qualité», dit-il, « quand elles sont mortes, on ne les remet pas sur-le-champ aux embaumeurs, non plus que celles qui sont belles et qui ont été en grande considération, mais seulement trois ou quatre jours après leur mort. On prend cette précaution de crainte que les embaumeurs n’outragent les corps qu'on leur confie. »

L’embaumement ne s’employait pas seulement pour conserver les cadavres humains, il s’appliquait aussi aux cadavres d’animaux considérés comme sacrés, tels que le chat, le crocodile, par exemple. En fait, au-dessous de l’Égypte qu’arrose le Nil, il y a une autre

* L’embaumement de la première façon coûtait un talent d’argent ou 5,560 francs de notre monnaie; celui de la seconde, vingt mines ou 1,840 francs; et celui de la dernière, one somme très modique.

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Égypte souterraine habitée par les millions et les millions de momies que la piété d’un] peuple y a entassées pendant 5,000 années.

« Sans entrer», dit le docteur Guérard, « dans les milliers de grottes sépulcrales dont sont criblés les flancs de la double chaîne qui, des pyramides de Giseh, se prolonge jusque par delà Philœ; sans aller jusqu’à Thèbes, où les serpents, les crocodiles, les singes, dorment par milliers à côté des rois, jusqu’à Touneh-el-Gebel, aux portes de la chaîne libyque où se trouve une ville souterraine, à rues larges, élevées, taillées au ciseau, bordées de niches pleines de singes, et de chambres latérales que garnissent d’énormes pots de terre, scellés avec du plâtre, et cachant dans leurs flancs des milliers d’ibis et d’œufs d’ibis; sans pai'ler de Beni-Hassan, où Champollion a vu des momies de chats plus ou moins magnifiques, couvrant une surface de plusieurs milliers de mètres; et sans nous arrêter, enfin, aux immenses dépôts de chiens, de chacals, etc., montons avec M. Pariset sur le sommet de la grande pyramide, et mesurons des yeux la vaste plaine qui part du pied de ce monument et s’étend au nord, au couchant, au midi ; écoutons l’Arabe qui dit en montrant de la main cette immense étendue : « Tout cela est momie, » et reconnaissons enfin qu’il est impossible de ne pas voir dans ces immenses catacombes la preuve de l’universalité de l’embaumement appliqué chez les anciens habitants de l’Égypte à tous les êtres du règne animal, depuis l’homme jusqu’au moindre oiseau, depuis le caïman jusqu’à la sauterelle. »

Parfumerie et objets de toilette. — L’art de la parfumerie était très cultivé en Égypte. Les pommades, les onguents, les teintures pour les sourcils, les paupières, les lèvres, jouaient un grand rôle dans l’industrie égyptienne. Les petits flacons d’émail colorés contenant ces divers produits, étaient innombrables dans le cabinet de toilette des dames de qualité, ainsi que les miroirs de métal aux manches gracieusement sculptés.

La fabrication des perruques occupait toute une classe d’artisans, car la coutume des Égyptiens, du moins pour les hommes, était de se raser la tête, à cause de la chaleur, et de porter perruque les jours de cérémonie. On a retrouvé des rasoirs égyptiens, dont l’un, entre autres, est au musée du Louvre; la lame est en bronze et très tranchante; la forme est identique à celle des rasoirs anglais.

L’art de fabriquer des fleurs artificielles était aussi répandu en Égypte que de nos jours en Europe. La mélancolie de l’imagination, les gigantesques conceptions de l’art n’excluaient dans cette contrée

ni la fantaisie, ni la délicatesse, ni la grâce. Une puérilité charmante y sourit parfois à côté de la morne rigidité des sphinx et de l’austérité des pyramides. On a retrouvé des jouets d’enfants dans les tombeaux : des pantins mus par des fils, de petits animaux articulés, de petits ustensiles de ménage où des instruments aratoires en miniature. La vieille Égypte aimait l’enfance; mille indices concourent à nous le prouver.

Quel côté généreux ou intéressant de la nature humaine manquait d’ailleurs à ce peuple, un des mieux doués peut-être de tous ceux qui ont existé? Cette activité prodigieuse de l’Égypte, cette multitude de métiers, cette perfection dans les procédés et dans les produits , cette recherche du luxe, cette délicatesse d’invention, de fabrication, étonnent chez une race sérieuse et pensive qui éleva tant de tombeaux et qui vécut toujours avec l’idée de la mort devant les yeux. Mais c’est que, pour elle, cette idée n’engendrait nul effroi.

La mort, dans la croyance de l’Égyptien , n’était pas la cessation de la vie. La demeure funèbre du vieil ancêtre disparu depuis des siècles, était aussi gaie, aussi élégante, charmante et futile d’ornements que la maison nouvellement parée pour recevoir de jeunes époux.

Ce n’est pas dans leurs habitations ravagées par le temps et par

20ti.

MOMIE DE HAMSES II (SÈSOST1US).

Cette momie du grand Sésostris, retrouvée dans des fouilles récentes après avoir été cachée pendant 33 siècles, figure aujourd'hui au musée de Boulaq. Chaque touriste peut y contempler maintenant, la face de ce roi des rois qui couvrit l’Egypte de ses monuments, traîna prisonnier derrière son char de nombreux souverains de l’Asie et remplit toute l'antiquité du bruit d’une renommée que dépassa à peine celle d’Alexandre.

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les guerres, c’est dans leurs tombeaux cachés au sein des montagnes que nous avons retrouvé l’existence complète et véritable des anciens Égyptiens, avec tous les objets qui charmaient et embellissaient cette existence. Près de la momie glacée, raidie, effrayante d’ombre, de silence et d’antiquité, nous avons vu, disposés ' dans leurs jolis flacons d’émail, dans leurs boîtes d’ébène incrustées d’ivoire colorié, les parfums, les fards, les bijoux ciselés, les fleurs peintes, dont, vivante et jeune, la morte aimait à se parer — il y a quatre ou cinq mille ans — pour courir à quelque fête. A côté de ses parures, il y avait ses bibelots précieux, ses livres préférés, tous les instruments de ses occupations les plus chères. Tout cela gracieusement arrangé, pour que l’âme errante, en revenant se reposer dans ce sanctuaire, eût le sentiment de l’affection des siens et de toutes les douceurs de l’existence.

Et si elles reviennent encore, les âmes des momies de la vieille Égypte, visiter la profondeur silencieuse de leurs hypogées, pourraient-elles s’indigner de ce que l’inquiétude du passé qui nous tourmente nous en a fait profaner le mystère. Le respect plein d’ad*

, miration avec lequel nous recueillons leurs reliques ou nous déchif- I frons leurs manuscrits vaut bien la muette caresse éternelle de la nuit dans leurs tombeaux. C’est nous seuls, après tout, qui pouvons rendre au peuple des Pharaons cette vie dont il était si avide. jSes longs siècles de labeur se réveillent et recommencent devant les yeux éblouis de la nouvelle humanité.

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