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LA LITTÉRATURE ÉGYPTIENNE

§ 1er. — ANCIENNETÉ ET IMPORTANCE DE LA LITTERATURE ÉGYPTIENNE

Les livres de l’Égypte sont les plus vieux du monde.

Le papyrus Prisse, que possède la Bibliothèque nationale do Paris, est bien antérieur aux poèmes d’Homère et aux plus anciens livres de la Bible. Il date de la xne dynastie, c’est-à-dire qu’il porte des caractères tracés depuis cinq mille ans, et ces caractères sont pour la plupart des copies d’œuvres plus anciennes encore : ils reproduisent en effet la fin d’un traité de morale composé par un certain Kaqimna, sous le règne du roi Snéfrou, de la me dynastie, et les Instructions de Phtahotep, qui remontent à la ve dynastie.

Nous pouvons donc lire des œuvres authentiques dont les auteurs virent s’édifier les pyramides.

Les ouvrages d’époques postérieures : traités de médecine, de science, de religion, etc., contiennent des passages que les auteurs assurent avoir recopiés sur des papyrus datant des premières dynasties, et même dé cette époque antérieure à Ménès où les dieux régnaient sur l’Égypte.

Nous avons des preuves que dès le début de son histoire l’Égypte possédait des collections d’ouvrages assez nombreux. On a retrouvé, en effet, dans un des tombeaux de Gizeh, parmi l’énumération de titres qui suit le nom d’un grand personnage de la vie dynastie, celui de « gouverneur de la maison des livres » du Pharaon. c’est-à-dire bibliothécaire royal. Quel prix l’Égvpte d’il y a sept mille ans n’attachait-elle pas déjà aux œuvres littéraires pour qu’il existât dans les bâtiments royaux une « maison » destinée à

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

renfermer les livres, et pour qu’un haut fonctionnaire s’ennorgueillit d’en prendre soin!

Le goût des livres alla d’ailleurs toujours en grandissant dans la vallée du Nil. La culture des lettres conduisait en Égypte aux situations les plus hautes. Les examens qui donnaient le titre officiel de scribe, ouvraient la voie de toutes les carrières brillantes, dans l'armée, dans le sacerdoce et dans la vie civile.

Sous la xne dynastie, le scribe Douaour-se-Kharda, dans ses instructions à son fils Papi, après lui avoir décrit les misères de tous les métiers, ajoute :

« J’ai vu les métiers en action et je te fais aimer la littérature, ta mère ; je présente ses beautés devant ta face. Elle est plus importante que tous les métiers, elle n’est pas un vain mot sur cette terre. Celui qui s’est mis à en tirer profit dès son enfance est honoré; on l’envoie remplir des missions. Celui qui n’y participe point reste dans la misère. »

« Certes, en te conduisant à Ivhennaï *, certes j’agis par amour pour toi ; car si tu as profité un seul jour dans l’école, c’est pour l’éternité; les travaux qu’on y fait sont durables comme les montagnes. C’est ceux-là, vite, vite, que je te fais connaître, que je te fais aimer. »

Ce n’était pas seulement pour ce monde que l’étude était profitable. La connaissance des mystères religieux et des textes sacrés faisait triompher l’âme dans les épreuves qui suivaient la mort et lui ouvrait enfin les demeures célestes. Le Livre des Morts contient une multitude de prières et de formules, sans lesquelles le défunt ne pouvait échapper aux tourments éternels de l’enfer.

Voici comment se terminent la plupart des chapitres de ce livre fameux :

« Etant su ce chapitre, on sort le jour de la divine région inférieure, on entre après être sorti. Celui qui ignore ce chapitre n’entre pas après être sorti ; il ne peut sortir le jour. »

« Étant su ce chapitre, le corps n’est pas endommagé, l’âme ne se sépare pas de son corps, en vérité. »

L’Égypte, qui appréciait tellement les livres, en a composé une quantité prodigieuse. Il nous en reste un grand nombre qui nous permettent des jugements d’ensemble sur la pensée écrite du

* Ville de la Haute-Égypte, célèbre par ses écoles lilléraires.

peuple des Pharaons. Cette pensée a parcouru tous les domaines et ses œuvres sont de toutes sortes : livres religieux, poèmes, correspondances, annales, histoire proprement dite, traités de science, instructions morales ou judiciaires, documents statistiques, romans même, on trouve tout cela dans les papyrus égyptiens. Il faut y ajouter en outre la littérature des monuments, les innombrables inscriptions, souvent fort étendues, qui ajoutent aux légers rouleaux des bibliothèques leurs majestueuses pages de granit.

Toutes ces œuvres, qui fourmillèrent en Égypte, eurent, comme chez tous les peuples, leurs périodes classiques d’éclosion. Ces pé-

L\ \ t riodes sont les mêmes que les grandes époques

'§ ° d’art et de civilisation générale. Elles sont repré-

sentées pour le Moyen Empire par la xnc dynastie; pour le Nouvel Empire, par les xvnf et xix' dynasties. Cette seconde grande époque littéraire s’inspira d’ailleurs de la première. Les écrivains qui brillèrent sous la xne dynastie restèrent toujours les modèles littéraires de l’Égypte.

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