‹ Les premières civilisationsChapitre 80 sur 189 · FIG. 222 ET 223. — SÉPA ET NÉSA, LES PLUS VIEILLES STATUES DU MONDE · texte numérisé non relu

FIG. 222 ET 223. — SÉPA ET NÉSA, LES PLUS VIEILLES STATUES DU MONDE

Ces deux statues en calcaire, qu’on voit sur le palier du premier étage du Musée égyptien du Louvre, ont été sculptées sous la il* ou la ni* dynastie, c’est-à-dire il y a plus de 6000 ans. Ce sont, avec les statues de Ra Hotep et Nefert représentées dans notre 3e planche photographique, les plus anciennes statues du monde entier. Sépa avait la dignité de « prophète et prêtre du taureau blanc ». — Sur la légende de la femme on lit: « Sa royale parente Nésa. » — J'ai déjà donné plusieurs statues égyptiennes. En y joignant celles des pages suivantes, le lecteur aura sous les yeux la collection des plus remarquables statues égyptiennes existant dans les musées d’Europe et d'Égypte. Afin de ne pas altérer l’expression des physionomies, j’ai fait reproduire les plus intéressantes par la phototypie ou la photogravure.

« Mon âme s’est comme fondue au son de sa voix. Mais je le cherchai, et je ne le trouvai point ; je l’appelai, il ne me répondit point. »

« Je vous conjure, ô filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, de lui dire que je languis d’amour. »

Il n’y a guère qu’un passage de vrai et poétique amour dans tous les romans égyptiens, et encore l’héroïne n’est pas une fille de la vallée du Nil. C’est une étrangère, une Syrienne. Le fils du roi d’Égvpte, nous dit « le Conte du prince prédestiné », étant parvenu à escalader la fenêtre de cette jeune fille, celle-ci touchée sans doute des efforts qu’il a faits pour parvenir jusqu’à elle et obtenir sa main, veut l’épouser, mais elle se heurte contre le refus obstiné de son père. Et la jeune fille s’écrie : « Par Phrâ-Harmakouti, si on me l’arrache, je ne mangerai plus, je ne boirai plus, je mourrai sur l’heure. » Le messager alla répéter tous les discours qu’elle avait tenus à son père; et le prince envoya des gens pour tuer le jeune homme, tandis qu’il était dans sa maison. La princesse leur dit : « Par Phrâ! si on le tue, au coucher du soleil, je serai morte; je ne passerai pas une heure de vie plutôt que de rester séparée de lui. »

Le sentiment le plus vif chez l’Égyptien, le seul qui le fasse sortir de sa froideur et renoncer à l’arrangement compliqué des mots et des syllabes pour faire entendre quelques paroles sincères et émues, c’est l’amour pour sa contrée natale, pour cette vallée du Nil qu’il appelle toujours la « Terre entière », comme si en dehors d’elle il n’y avait plus rien.

C’est ce sentiment qui a produit le plus joli passage — à mon gré — et le seul vraiment touchant de toute la littérature égyptienne. On le trouve dans une autobiographie remontant à la xne dynastie, dans le récit des exploits et des succès de l’aventurier Sineh. Cet homme, exilé de l’Égypte, par suite d’une fausse accusation, s’est enfui en Syrie. Il a prospéré; il est devenu le chef d’une tribu, le père d’une famille nombreuse et prospère; il possède d’immenses richesses. Mais, au faîte de la puissance et du bonheur, il sent en lui-même un ver rongeur qui empoisonne ses joies : c’est le regret de la patrie. Et voici comment il l’exprime :

« J’ai quitté mon pays nu, et je suis vêtu de fin lin. Après avoir été un transfuge sans subordonnés, moi, je possède des serfs nombreux. Ma maison est belle, mon domaine large, ma mémoire est établie dans le temple de tous les dieux. Et néanmoins, ô roi! je me réfugie toujours en ta bonté. Remets-moi en Égypte, accorde-moi la grâce de revoir en corps le lieu où mon cœur passe son temps! Y a-t-il de l’opposition à ce que mon corps repose au pays où je suis né? Y revenir, c’est le bonheur. Son cœur souffre à qui s’est sauvé pour

LA CIVILISATION EGYPTIENNE

vivre sur la terre étrangère; y a-t-il un tous les jours pour lui? Lui. il écoute la prière lointaine, et il part, se dirigeant vers le pays où il a foulé la terre pour la première fois, vers le lieu d’où il est venu. »

Voilà les lignes les plus vraiment humaines que j’aie rencontrées dans toute cette littérature égyptienne, aux contours fixes, raidis, comme les arêtes des Pyramides, au sens obscur et mystique comme le sourire des sphinx. La littérature et l’architecture d’un peuple ont toujours le même aspect : le rêve écrit ressemble au rêve de pierre. Nous l’avons montré ailleurs pour l’Inde — débordante de détails, touffue, passionnée, grandiose, dans ses sanctuaires comme dans ses poèmes. Et nous éprouvons encore cette impression dans la vallée du Nil, lorsque, relevant nos yeux fatigués par la monotonie des phrases hiératiques s’alignant sur les papyrus, nous les reportons vers les lignes impassibles et éternelles des pylônes et vers la face des colosses où séjourne le reflet d’un immuable et paisible songe.

Un poids d’une infinie lourdeur vient alors accabler notre âme : le poids de ces cinq mille ans d’histoire laborieuse, d’activité résignée, le poids de toutes ces pierres entassées en monceaux effroyables, de tous ces hiéroglyphes alignés à l’infini, et d’où ne se dégage- pas un seul cri d’amour, pas une plainte, pas un sanglot, rien de ce qui fait frémir à l’unisson, à des siècles de distance, les fibres secrètes du cœur. Ces masses énormes, ces édifices — les plus gigantesques qu’ait construits une race humaine, — sont moins éloquents et moins humains que la simple parabole de Y Enfant prodigue , par exemple, contée à un groupe de pêcheurs galiléens, ou que ces profondes réflexions de YEcclésiaste :

« La mémoire du sage ne sera pas éternelle, non plus que celle de l’insensé; et les temps à venir enseveliront tout également dans l’oubli; l’homme savant meurt comme l’ignorant. »

« C’est pourquoi la vie m’est devenue ennuyeuse, considérant que toutes sortes de maux sont sous le soleil, et que tout n’est que vanité et affliction d’esprit. »

Nous allons étudier maintenant dans leurs détails les principaux ouvrages que l’Égypte nous a laissés. Ils ne forment assurément qu’une bien faible partie des milliers de livres qui s’entassaient dans les bibliothèques des palais. Sur certains sujets, — les connaissances scientifiques, par exemple, — il ne nous est presque rien resté.

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