FIG. 225. — STATUE DU ROI KHÉFREN, FONDATEUR DE LA DEUXIÈME PYRAMIDE
Cette statue en diorite, matière plus dure que le porphyre, a été retrouvée il y a quelques années en déblayant le temple placé auprès du grand sphinx. Elle est vieille d’environ soixante siècles. Son moulage figure au Louvre. Celle que nous donnons a été faite pour cet ouvrage d’après une photographie de l’original, exécutée au Musée de Boulaq, au Caire.
taire et pratique. Le principe le plus élevé qu’il propose comme base de la conduite, c’est la docilité, le respect pour l’ordre établi. L’obéis-
sance filiale, envers son père, quand on est jeune, et plus tard envers le roi, qui est le père de son peuple, constitue le premier devoir.
« Le fils qui reçoit la parole de son père », dit ce doyen des écrivains du monde, «deviendra vieux... L’obéissance d’un fils envers son père, c’est, la joie... Il est cher à son père et sa renommée est dans la bouche des vivants qui marchent sur la terre. »
« Le fils docile sera heureux par suite de son obéissance; il vieillira, il parviendra à la faveur. »
« Je suis devenu ainsi un ancien de la terre; j’ai parcouru cent dix ans de vie avec la faveur du roi et l’approbation des anciens, en remplissant mon devoir envers le roi. »
Phtahotep donne également la recette du bonheur en ménage :
« Si tu es sage, munis bien ta maison ; aime ta femme sans querelles, nourris-la, pare-la, c’est le luxe de ses membres. Parfume-la, réjouis-la le temps que tu vis; c’est un bien qui doit être digne de son possesseur. Ne sois pas brutal. »
Les livres religieux de l’Égypte ont tous été retrouvés dans les tombeaux. On en faisait des copies dont on munissait les morts et qui devaient leur servir comme de passeports et de talismans pour traverser heureusement toutes les épreuves qui précédaient dans la vie future le jugement d’Osiris et la béatitude finale.
Le Livre des Morts n’est pas le seul de ces recueils, mais c’est de beaucoup le plus important et le plus fameux. C’est aussi celui dont il reste le plus grand nombre d’exemplaires. Presque tous les papyrus de nos musées en présentent des fragments et il en existe plusieurs copies complètes, soit en caractères hiéroglyphiques, comme celles du Musée de Turin et de la Bibliothèque nationale, soit en caractères hiératiques, comme celle du Louvre.
Le vrai titre de l’ouvrage, c’est le Livre de la sortie au jour, ce qui indique bien l’idée que les Égyptiens se faisaient de la mort. Pour eux, descendre au tombeau, c’était entrer dans une nouvelle vie, plus glorieuse que la précédente, et où le jour divin, la lumière céleste se découvraient aux yeux du défunt qui en était trouvé digne.
« La vie c’est l’enveloppement du soir, » dit le mort dans un chapitre L’enveloppement du soir, c’était la mort comparée au
LA CIVILISATION EGYPTIENNE
coucher du soleil, et c’était aussi le début de la vie supérieure et
véritable.
Le Livre des Morts ne fut pas composé tout d’une pièce. Los hymnes, prières, descriptions, dissertations et formules magiques qu’il renferme sont de date très différentes. On en découvre dans les tombeaux à partir de la xie dynastie, mais c’est sous la xvni* seulement qu’apparaît un exemplaire complet.
Suivant le livre lui-même, un de ses chapitres, le CXXX, aurait été composé par Horus pour son père Osiris, et trouvé miraculeusement dans la grande salle du palais de Hesepti, roi de la irc dynastie. Un autre chapitre, le LXIY, aurait été découvert à Hermopolis, sur un cube de pierre écrit en bleu sous les pieds du dieu Thot, et la trouvaille remonterait au temps du roi Menkéra ou Mvkérinus, constructeur de la troisième pyramide. Nous ne pouvons être aussi affirmatif quant à ces dates, ni surtout quant à la façon miraculeuse dont fut opérée la trouvaille, mais il est certain que plusieurs parties du Livre des Morts remontent à une très haute antiquité.
Nous avons indiqué, dans notre chapitre sur la Religion des Égyptiens, le rôle important du Livre des Morts . Grâce à ses formules mystiques, le défunt était assuré de conquérir une immortalité bienheureuse. Les prêtres récitaient les chapitres du Livre durant les cérémonies des funérailles; et, à certains anniversaires la famille se réunissait dans une des salles du tombeau pour en lire des passages. Le mort, toujours présent par son double à côté de sa momie, devait finir par les posséder ainsi sûrement et pouvait s’en servir pour vaincre les obstacles de sa vie d’outretombe. Par surcroît de précaution, on inscrivait les plus importants passages sur les bandelettes de la momie, sur les figurines funéraires qui remplissaient son sarcophage, et sur le scarabée, symbole de la vie éternelle, que l’on plaçait dans sa poitrine.
Il résulte de ces usages que nous possédons une multitude de copies et de fragments du Livre des Morts. Le texte définitif n’en est pas plus facile à établir pour cela, à cause des fautes nombreuses commises par les copistes et des variantes intentionnelles qu’ils multipliaient comme à plaisir.
Parmi les égyptologues, les uns voient dans le groupement des chapitres une suite régulière, un plan voulu. Les autres n’y aper-
çoivent qu’une collection faite sans harmonie, sans marche ascendante vers un but déterminé. Le but, en effet, qui serait l’apothéose du mort, semble être atteint dès le milieu du livre, tandis que le jugement de l’âme par le tribunal d’Osiris, qui devrait amener cette récompense suprême, ne se place qu’à la fin.
Cette dernière objection ne me paraît pas fondée. Ce n’est pas seulement sur les actes accomplis durant sa vie terrestre que l’homme est jugé devant le tribunal d’Osiris; c’est aussi sur la conduite qu’il a tenue dans la région inférieure , c’est-à-dire dans ses pérégrinations après la mort. Le jugement d’Osiris et l’admission dans la barque du Soleil, terminent cette série d’épreuves.
Voici, d’ailleurs, en quelques mots, le plan que l’on peut suivre dans le Livre des Morts.
Dans les premiers chapitres se placent des invocations, qui forment la partie la plus réellement littéraire de l’ouvrage. Ces invocations sont adressées soit à plusieurs dieux pour les prier en faveur de l’âme qui monte vers eux, soit au Soleil, dont la splendeur se révèle à cette âme dégagée des voiles de la chair. Nous avons cité dans notre chapitre sur la religion les plus beaux passages de ces hymnes.
L’utilité de la science métaphysique est hautement proclamée ensuite; le mort ne peut espérer la félicité éternelle s’il ne connaît pas tous les mystères de la cosmogonie et de la religion, s’il n’a pas approfondi dans leur plus secret principe la nature des dieux et celle de l’univers. Cette science mystérieuse est développée dans un très long chapitre, le XVIIe, sorte de résumé de la mythologie égyptienne. Chaque nom y est suivi d’une explication, et souvent de plusieurs explications, suivant les divergences des principales écoles théologiques.