FIG. 2'2G
STATUE DE L’ANCIEN EMPIRE, (iv* ou ve dynastie.)
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
Mu-ëü du Louvre.
FIG. 227. — LE SCRIBE ACCROUPI (v* DYNASTIE).
Cette statue, célèbre dans le monde entier, est le morceau le plus remarquable et le plus précieui que possède le musée égyptien du Louvre. Grâce à l'insertion d’une prunelle en cristal de roche au centre de laquelle est planté un bouton de métal, le regard a une intensité de vie qu’aucune statue grecque n’a jamais possédée.
Voici un passage de ce curieux chapitre :
« Je suis celui à qui nul ne fait obstacle parmi les dieux.
« Qui est cela? N
« C’est Toum dans son disque, autrement dit, c’est Ra dans son disque se levant à l’horizon oriental du ciel.
« Je suis Hier et je connais Demain.
« Qu’est cela?
« Hier, c’est Osiris, Demain c’est Ra en ce jour où il détruit les ennemis du Seigneur qui est au-dessus de tout et où il consacre son fils Horus ; autrement dit, le jour où nous fixons la rencontre du cercueil d’Osiris par son père Ra. Il y fait l’acte de combattre les dieux quand l’ordonne Osiris, seigneur de la montagne de l’Amenti.
« Qu’est cela?
« L’Amenti, c’est la création des âmes des dieux quand l’ordonne Osiris, seigneur de la montagne de l’Amenti; autrement dit, l’Amenti, c’est l’excitation qu’offre Ra; chaque dieu qui y arrive livre un Combat. Je connais ce dieu grand qui y réside.
« Qui est cela?
« C’est Osiris, etc. »
Lorsque le mort est suffisamment muni de cette science indispensable, il redemande aux dieux ses membres, ses bras, ses jambes, son cœur, afin de pouvoir combattre les ennemis qui vont se dresser contre lui. Sa prière est exaucée, il se trouve en état de partir pour son expédition mystérieuse :
« On me rend ma bouche pour parler », dit-il, « dn me rend mes jambes pour marcher, mes bras pour renverser mes ennemis. Je ressuscite, j’existe, j’ouvre le ciel; je fais ce qui m’est ordonné dans Memphis. »
Ce qui lui est ordonné, c’est une série de luttes contre des ennemis redoutables, contre des périls sans nombre. Il combat les crocodiles, il échappe au billot infernal, il déjoue les pièges du faux nautonier, il se confie au vrai pilote, et dit sans se tromper tous les noms des différentes parties de la barque mystique. Presque toutes ses victoires sont dues aux formules magiques, qui se trouvent en grand nombre dans le Livre des Morts.
« Ilorus a répété ces incantations quatre fois et tous ses ennemis sont tombés, renversés, égorgés; l’Osiris N... (le défunt) répétera ces incantations quatre fois et tous ses ennemis tomberont, renversés, égorgés. »
Certaines de ces formules magiques doivent être, suivant une indication du chapitre CI, « écrites à l’encre gommée, repassées à la couleur sur une bande de papyrus royal et placées au cou de la momie le jour de l’ensevelissement. Cela étant mis en manière de talisman à son cou, le défunt est parmi les dieux; il s’unit aux serviteurs d’Horus. »
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Grâce à toutes ces précautions, le mort traverse le fleuve infernal et vient cultiver les champs divins d’Aanrou. Pour l’aider dans ce travail, il a les nombreux serviteurs qu’on a peints à cet effet sur les parois intérieures de son tombeau ou qu’on a représentés, par des figurines.
Il comparaît enfin devant le tribunal d’Osiris, prononce la confession négative que nous avons donnée tout au long dans un précédent chapitre. Son cœur, pesé dans la balance divine, est trouvé d’un poids suffisant. Il est alors jugé digne de partager l’existence des dieux, et il devient dieu lui-même.
« Dieux, habitants du ciel, qui voyez l’OsirisN... (le défunt), faites-lui adoration comme au Soleil ; il est le chef à la recherche du diadème, vérifiant ses offrandes, il est Osiris l’unique, le premier de ceux qui sont devant Ra.
« Il est Ra lui-même, disposant les rames pour le service de Noun. »
Presque tous les chapitres du Livre des Morts sont accompagnés de vignettes, — illustrations naïves, où la simplicité, la raideur du trait s’exagère plus encore que dans les dessins ordinaires, pour mieux donner l’idée des êtres mystiques qui circulent dans la « divine région inférieure ». On y voit le mort, précédé de son âme qui vole devant lui, le dieu Ra assis dans une barque que dirige le défunt, toutes les scènes de la culture des champs d’Aanrou, etc.
Tel est ce fameux Livre des Morts, plus important au point de vue du jour qu’il jette sur les idées religieuses des Égyptiens, sur leur conception de la vie, de la mort, des devoirs de l’homme, de l’éternité et des dieux, qu’au point de vue purement littéraire.
Quelques hymnes d’une inspiration élevée, quelques belles images empruntées à la marche du Soleil ou bien au cours majestueux du Nil, c’est tout ce qu’un poète retirerait de ce fatras cabalistique, où l’obscurité, la bizarrerie des formules magiques, les ■ nombreuses répétitions n’ont rien de la simple beauté qu’on rencontre généralement dans les écrits religieux des peuples antiques, dans les Védas, les Psaumes ou le Livre de Job.
On peut en dire autant de quelques autres ouvrages analogues au Livre des Morts, et que l’on a retrouvés également dans les tombeaux. Ce sont entre autres : « Les Lamentations d'Isis et de Nebt-kat » et le « Livre de ce qui est dans V hémisphère inférieur. »
Ce dernier raconte la marche et les aventures du Soleil alors qu’il est descendu au-dessous de l’horizon, tandis que le Livre de ce qui est dans V hémisphère supérieur décrit son cours glorieux pendant la durée du jour. C’est dans ces deux livres qu’on a retrouvé les notions les plus rapprochées du panthéisme et presque ! du monothéisme que l’Égypte ait conçues ou du moins exprimées. Le Soleil était, nous l’avons dit, sa principale divinité. Elle voyait en lui comme un principe caché, animant et pénétrant toutes choses, comme le créateur et l’âme de l’univers.
Dans un hymne copié par M. Brugsch sur les murailles du temple de l’oasis El-Khargeh se trouvent ces paroles :
« Dieu qui est immanent en toutes choses,
Ame de Schou dans tous les dieux.
Il est le corps de l’homme vivant,
Le créateur de l’arbre qui porte les fruits,
L’auteur de l’inondation fertilisatrice.
Sans lui rien ne vit dans le circuit de la terre. »
«... Il voyage dans la nuée Pour séparer le ciel de la terre,
Et ensuite pour les réunir,
Caché en permanence dans toute chose,
Le Un vivant
En qui toutes choses vivent éternellement. »
Il est curieux de rapprocher ce passage de certains hymnes à Agni (le feu) contenus dans le Rig-Véda :
« Agni, dit le recueil sacré des Hindous, a fait entendre sa voix qui est celle du tonnerre. Sa langue touche et lèche le ciel et. la terre; il enveloppe la ramée. A peine né, à peine allumé, il sépare ce ciel et cette terre , et brille au milieu d’eux.
« Étendard du monde entier, à peine sorti du sein de sa mère, il a rempli la Terre et le Ciel.
« ... Adorable Agni, ta forme est au ciel, sur la terre, dans les plantes, dans les ondes. Cette.lumière éclatante que tu as jetée sur l’étendue de l’air se développe comme un océan. Elle forme l’œil du monde. Agni, tu t’élèves dans la mer du ciel, etc. »
Cette mer du ciel , c’est le Noun des Égyptiens, c’est l’Océan primordial.
Ce rapprochement est intéressant, mais il ne tend à rien dé-
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montrer, sinon que l’esprit et les conceptions de l’homme, à un degré semblable d’évolution, se rencontrent toujours sur certains points, et aussi que des données élevées comme le monothéisme ou le panthéisme n’ont pu être que des éclairs isolés dans le chaos des cosmogonies primitives, et se sont toujours liés à quelque
notion primitive, telle que l’adoration du feu, le culte du Soleil ou celui des morts.