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L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTÉ-HISTORIQUES

qu'elles occupent, en général, des laps de temps échappant à la vulgaire observation; parce que les faits humains se précipitent par rapport aux phénomènes naturels et que les termes de comparaison sont em[)runtés à notre courte vie ; mais les grands mouvements de la nature se poursuivent toujours, imposant leurs lois aux hommes avec une implacable ténacité.

C'est au cours des périodes tertiairesquel'Orient méditerranéen dessina les formes qu'il affecte aujourd'hui. Ce ne fut d'abord qu'une esquisse du sol que nous foulons; mais, par des modifications successives, les reliefs et les dépressions s'établirent, les vallées se creusèrent, les plaines alluviales se formèrent ; et l'homme put contempler enfin le berceau qui devait abriter l'enfance de la grande civilisation.

Certes ce domaine n'est pas resté stable, môme au cours des époques humaines ; il s'est modifié et se modifiera encore. Demain peut-être les ruines de Babylone, de Ninive ou de Suse seront abîmées sous les mers, comme l'était le sol qui les porte, au début des temps tertiaires.

A l'époque lutétienne (éocène), la mer couvrait toute l'Asie antérieure et le nord de l'Afrique. C'était une sorte de Méditerranée, comprise entre des continents européen au nord, africain au sud et asiatique à l'est. Grandes terres émergées, dont la surface égalait presque celles de nos jours ; mais qui ne ressemblaient en rien à celles qu'aujourd'hui nous désignons par ces noms. Quelques îles, le Caucase, l'Arménie, la Macédoine, peut-être aussi l'Anatolie, émergeaient çà et là de ce grand lac aux eaux salées. L'oligocène ne semble pas avoir apporté de grands changements à cet état de choses ; ce n'est qu'au vindobonien (miocène) que sortirent des mers l'Egypte, l'Arabie, une grande partie de la Perse et de l'Asie Mineure. Un bras de mer traversait alors l'Asie antérieure, se prolongeant en un golfe profond jusqu'aux confins orientaux de l'Iran, rejoignant presque la mer des Indes, prolongée vers le Nord; alors qu'une autre mer salée s'étendait au delà du Taurus, du Caucase, de l'Elbourzet de l'Ilindou-Kouch.

Le plateau iranien n'était pas encore soulevé, ses terres se tenaient près du niveau des eaux. De grandes émergences dont le relief est inconnu couvraient l'Asie Mineure, le Caucase, le sud de la Transcapienne et l'Arabie, jointe à la Perse méridionale et à l'Egypte tout entière.

Les temps sarmatiens et pontiens (miocène supérieur) virent se créer de grands lacs saumâtres dans la dépression située au nord du Taurus, du Caucase et de l'Iran. Des mouvements de l'écorce terrestre s'étant opérés, les uns fermèrent les communications entre la mer et ces fosses, les autres surélevèrent toute l'Asie antérieure, par compensation de la dépression qui venait de s'accentuer dans le Nord.

Vers cette époque, la majeure partie des pays qui nous intéressent était occupée par de grandes nappes d'eau salée sans issue. Ces lacs ont laissé d'épaisses couches de marnes et de gypses; on en rencontre les traces depuis l'anti-Liban jusqu'au centre du plateau persan, depuis les déserts de l'Arabie jusqu'au pied des montagnes arméniennes (1). Ils couvraient une surface d'un demi-million de kilomètres carrés au moins.

C'est en ces temps que s'est constitué le bassin fluvial de la mer Morte et du Jourdain (2). 11 semble qu'alors les fleuves de Palestine formaient l'extrémité d'un vasle système fluviolacustre comprenant le Nil, les grands lacs d'Afrique, les affluents supérieurs du Zau)bèze et peut-être aussi la mer Rouge (3).

La configuration du sol était donc toute diflerente de ce qu'elle est aujourd'hui. La Méditerranée n'existait encore que partiellement ; la mer Rouge et le golfe Persique faisaient partie des continents. Les chaînes du sud de l'Iran, se rejoignant avec celles de l'Arabie par la région d'Hormuz, formaient le bord d'une vaste cuvette, probablement basse, où s'étendait le grand lac syro-iranien. Au loin, sur la côte orientale d'Afrique et d'Arabie, étaient des terres dont Sokotra semble n'être aujourd'hui qu'une ruine. Quant à l'Afrique, elle se trouvait soumise à un régime hydrographique régulier de fleuves et de lacs.

Dans le nord, au-delà du Taurus et du Caucase, déjà depuis longtemps formés en partie, s'étendaient les vastes lagunes sarmatiques ; puis le continent européen.

Le plaisancien (j)liocène supérieur) n'a guère altéré le tracé des côtes; mais les altitudes se modifièrent, s'accroissant dans le

(1) J'ai observé les afQeiiremenls de ces enfin dans tout le pays compris entre Delr el

conciles gypseuses dans le LoiiiisUin cenlral, Zor, Palmyre et Damas.

en Arabislan près de Siise, au pays des Bak- (2) Tristam, The Flora and Fauna of Pales-

yaris. dans le Pouciit k Kouh, à Zohàlj Une, 188i.

i.CL Misaion xcienlifique en l'erse. Eludes ttéo- (3) A. DE Lapparent, Traité de Géologie^

lo>::i(pies\ en Chalilén. à I!iU sur lEuplirale, Vl" rdil , Paris, lOifi, p. 1915.

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