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DakhÙeh

Pays égyptiens et syriens au cours du pliocène moyen (2).

C'est probablement vers la fin du pliocène que s'est effectuée la grande poussée qui fit surgir le plateau iranien et que, par compensation, se sont creusées les deux fosses qui le bordent : la dépression aralo-caspienne, au nord, qui s'approfondit, celle du golfe Persique au sud. Plus loin, entre l'Arabie et l'Egypte, s'ou-

(1) Lacs à Melanopsis Aegijpliaca. Aegy\)\cn<,, in Zeilscli. d. Deulschen Geol. Gesell.

(2) D'après Max Ulanke.nhorn, Zur Géologie lUI. LUI. Urd. :i. .latirg. l'JOl, fig. 15, p. 355.

17/i LES PREMIÈRES CIVILISATIONS

vrait la mer Rouge parallèlement à la brisure nilotique mais tournée en sens inverse (1).

x\insi se trouva constituée l'Asie antérieure, dans ses lignes principales. Les deux grandes dépressions pontique et aralo-caspienne (2) étaient séparées entre elles par le Caucase qui, vaste promontoire, s'avançait dans les pays plats septentrionaux. A l'ouest s'étendait la ^Méditerranée, parsemée d'îles, restes de terres disparues ; au sud, le golfe Persique pénétrait dans l'Asie, et ses eaux venaient baigner le pied des monts du Sindjar, du Kurdistan, du Louristan, peut-être même les dernières pentes de l'anti-Liban. Plus loin, vers le sud, s'allongeait la mer Rouge, sans communication avec la Méditerranée et le golfe égyptien.

Les grandes chaînes du Taurus et du Caucase, alors reliées entre elles par le haut massif arménien, se rattachaient par le plateau iranien à l'Hindou Kouch et aux grandes hauteurs de l'Asie centrale ; tandis ((ue l'Arabie, en pente douce vers sa région septentrionale, se relevait sur ses autres bords pour former, près de ses côtes, d'importantes chaînes volcaniques.

Plus au sud encore, le massif abyssin se reliant aux montagnes de l'Afrique centrale et, par elles, aux plateaux du Darfour, du Kordofàn et aux monts de la Lune, n'est que la continuation des chaînes arabes.

Telle est la conformation de l'Asie antérieure et de l'Egypte, quand apparaît le pléislocène. Dès lors Thumidité s'accentue, le pays se couvre de lacs, de forêts, de prairies dans les parties basses, et l'homme est à même de s'y développer en compagnie des pachydermes et d'une faune très nombreuse.

Mais survient la période glaciaire; toutes les grandes altitudes, peut-être alors plus accentuées qu'aujourd'hui, se garnissent de névés; le Taurus, l'Arménie, le Caucase, tout l'Iran (3), l'indou- Kouch et le centre asiatique se couvrent de glaciers, de champs de neige, et, pendant une longue succession de siècles, de millénaires peut-être, demeurent inhabitables. Quelques îlots glaciaires

(1) Cf. docteur Max Blanckenmorn, Zur Geo- Cf. J. de Morgan, Mission scienlifique en hgie Aegyplenx — IV. Das Pliocân iincl Oiiar- Per.se, l. 111, 19U5. Géol. Stratigr., p. 44, lârzeilaller, in Zeitsch.. d. Deulschen Geolog. Ge- fig. 42.

xellschafU Bd LUI, Heft. 3, Jahig. lyOl. Elude (3) Cf. .1. de Morgan, Le plateau Iranien

fort inttTessanle et très complète sur les der- pendant l'époque pléislocène, ds Rev. de l'Ec.

niers temps géologiques dans l'Egypte et la d'Anlhrop., t. XVII, 1907, p. 213. — Commun i-

yyrig cation à l'Acad. des Inscript, et Delles-Lettn^s

(2) Anciens rivages de la mer Caspienne. du 5 juillet 1907.

LASŒ ANTÉRIEUIŒ ET L'ÉGVPTE ANTÉ-HISTORIQUES 175

se loniient, dans le Liban entre autres ; seule la zone intermédiaire reste habitée.

Puis, après des oscillations restées encore inconnues, arrive la débâcle et ses alluvions. C'est le déluge chaldéen (1) qui détruit tout; forets, animaux et hommes sont engloutis. A peine quelques familles, campées sur les hauteurs, échappent-elles au désastre. L'homme ne survit ([ue grâce à ses bateaux, disent les légendes (2).

Le souvenir d'un cataclysme de cette nature nous a été transmis par les Sémites de Ghaldée (3) ; mais eux-mêmes l'avaient j)eut-étre reçu de peuples plus anciens qu'eux dans le pays, des descendants des tribus pléistocènes.

Chassés de leurs plaines par les inondations, ne sachant à ([uels territoires confier leur existence, les humains durent vivre d'une façon bien errante, en ces temps troublés et si longs que nous n'en saurions évaluer l'étendue.

De grandes vallées se creusent (/i), comme le Bahrbéla Ma (5) pour être de suite abandonnées par les eaux; la terre se couvre de cailloux roulés, là où croissaient jadis de luxuriantes forêts. Après l'eau, c'est le désert, la solitude, l'aridité absolue (6).

(1) H est peiil-Otre téméraire de rapprocher (les cataclysmes qui ont marqué la fin des grands glaciers des légendes chaldéennes, juives, grecques, etc., relatives au déluge. Ce rapprochement laisserait supposer qu'à l'aurore des époques historiques le souvenir des temps pléistocènes était encore vivant et que, par suite, cette période de la fonte des glaces ne serait pas aussi éloignée de nous qu'on le pense généralement.

(2) Cf. P. DoR.ME, 1007, Choix de textes, p. 101.

(:<) Cf. G. Maspero, llisl. anr. p. Or., 1893, p. 147 et sq.; pour la bihiiographie, p. 150, note 1.

CO T. -G. Bonncy (Tiie Kisclion and .Jordan valleys, in Geol. Miii/., décembre l'.)()l. p. 57ri) considère que la vallée du .Jourdain s'est dessinée depuis la formalion du calcaire nummulitiijue, probablement au début de la période glaciaire. Les reliefs des pays voisins étaient certainemerit difrérenls de ce ((u'ils sont aujourd'hui, l'aire d; drainage beaucoup plus vaste.

(5) Lorsqu'au [jrinlemps de ISDGj'ai visité le Bahr bélà Ma, mon voyage s'est trouvé singulièrement facilité par l'e.xisLence, dans les dépressions, de nappes d'eau résidtant des pluies abondantes de l'hiver précédent. Cette eau légèrement amère était cependant potable pour les chameaux de l'cxiiédilion; mais elle ne l'était pas pour l'homme. En sorte qu'en aucun cas ces régions ne sont habitables et que c'est en grande hâte qu'elles doivent être visilécs. Le Bahr bélà Ma est une vallée de 10 à 25 kilomètres de large, creusée

par les érosions dans les sédiments (horizontaux) éocènes et miocènes, qui s'élèvent en falaises sur les deux bords à tiO et 80 mètres de hauteur. Au fond de cette vallée se montrent partout les couches géologiques avec leurs fossiles uî-és par le vent. Nulle part on ne rencontre la moindre trace d'humus ou de coquilles ayant appartenu à la faune terrestre pléistocène ou moderne. D'énormes dunes, semblables aux vagues de la mer, dirigées du Nord-Ouest au Sud-Est, recou|,ent cette vallée de leurs longues crêtes parallèles. Elles sont distantes les unes des autres de 1.50Û à 2 01)0 mètres et larges de 1.000 mètres environ, laissant affleurer entre elles le sol géologique. En pente douce vers le Nord-Ouest, elles tombent à 45" environ vers le Sud Est. Çà et là, quelques collines bordées de falaises viennent troubler la régularité de cet océan; les sables s'en détournent pour aller s'accumuler derrière elles en monticules énormes. Du sommet des collines la vue découvre une inlinilé de ces vagues parallèles se jierdant à l'horizon. Dans les parties moins encaissées du « fleuve sans eau ■•, les dunes atteignent parfois 50 mètres de hauteur, elles s'avancent au loin dans le désert et semblent être sans fin. Lorsqu'il vente fort, elles se déplacent rapidement au milieu d'une atmosphère presque irrespirable de sable. Ces parages sont considérés par les Bédouins comme exirèmement dangereux; ils ne s'y aventurent ()u'avec la plus grande circonspection Aucun animal n'y vil, aucune plante n'y croit, laridité est absolue. (J. M.) (G) Sur les déserts d'Egypte. Cf. II. -T. Fer-

Mais pendant ce temps, les glaces ayant fondu, l'équilibre s'est établi; les fleuves ont adopté le cours qu'ils conserveront jusqu'à nous, tout en errant encore longtemps, fous, dans les plaines.

Que reste-t-il après ces cataclysmes ? de hautes montagnes encore glacées, des plateaux couverts de lacs immenses, salés ou saumâtres, la mer pénétrant jusqu'au milieu des continents, et ce désert caillouteux qui se refuse à la végétation. Çà et là, en Arabie, en Ethiopie, sur le plateau persan, au Caucase, d'énormes volcans vomissent le feu, les cendres et les laves. Le pléistocène marque pour ces pays une ère de dévastation.

Mais voici que, lentement, la nature va réparer les ruines qu'elle a semées; ce sont les fleuves qui, par leurs incessants apports, vont offrir à l'homme des terres habitables.

Traversant les alluvions, y creusant leur lit, les cours d'eau issus d'Arménie et des pentes iraniennes, du Taurus et du Liban se fraient un passage jusqu'à la mer et, apportant les matériaux des hauts pays, fertilisent leurs rives, créent leurs deltas.

L'Euphrate avait le sien bien au nord de Babylone, à la sortie des falaises qu'il venait de découper dans les alluvions durcies ; le Tigre se jetait à la mer quelque peu en aval de Mossoul. Deltas torrentiels, ou plutôt véritables cônes de déjection, où s'entassèrent d'abord les gros matériaux.

La Diyala, la Kerkha, le Kâroun, l'Ab-è-Diz, le Djerrâhi réduits aujourd'hui au rang de rivières, étaient alors des fleuves. Cent cours d'eau de moindre importance descendant du Zagros, du Poucht è Kouh, des monts Baktyaris se jetaient alors directement à la mer, ils se perdent aujourd'hui dans la plaine. Quant au désert arabique, il ne fournissait aucun apport constant, ne possédant pas même un ruisseau.

Les chaînes bordières de l'Iran, les montagnes d'Arménie, celles du Taurus, couvertes de neige pendant l'hiver, recevant les pluies du printemps, apportaient, comme de nos jours, aux diverses rivières en sortant, des quantités énormes d'eau, très variables suivant les saisons. 11 se produisit des crues violentes qui, entraînant à la mer d'immenses quantités de boues, ont fait, dans les débuts surtout, très rapidement progresser les estuaires (1).

BAR, Some désert fealures, in Geological Mnga- core dans toutes les vallées de l'Asie anlé-

zine, vol. IV, Londres, 1 07, p.4F>9, sq. (J. M.) rieiire, mais elles perdent graduellement de

(t) Ces inondations périodiques existent on- leur importance. Au printemps, les eaux de

i/Asii: a.nti;i!Ii;li!i: kt lkgvpte anti'miistoriques

Peu à peu, bien des lleuves devinrent de simples affluents des grands cours d'eau dont les deltas, avançant toujours, laissaient entre eux de vastes marécages il) et des lagunes j)rès des [)lages.

Avancement de- allusions du Chatl-el-Arab dans le ii^olfe Persique (d'après les

cartes marines) 2 .

Ou a bien souvent essayé d'évaluer les temps écoub^s au moyen des progrès des alluvions '3i. Celte méthode n'est i)as sûre en ce qui concerne les parties hautes des vallées, el ne prend de valeur ([ue du moment où le cours d'eau ne dépose plus que des éléments très fins [h). On peut compter par exemple, en ce (|ui

l'Euphralc, travtr-ianl la plaine prèï- de Bagdad, vieiincnl se joiiulrc à ccl les du Tigre- (J.M.)

(1) Beaucoup de ces terrains marécageux, asséchés depuis lungtemps, oui été livrés à la culture. Dans d'autres, on \oil encore les Unionidés enfoui> dans la t<'rre dans leur position d'existence. (.). M.)

(2) Cf. J.de Mni'.o.w, Mrm. I)rh->i. en Perse, t. I, 1900.

(3) L'irrégulariti- de l'axanceinent des deltas est un fait jnijourd'liiii reconnu. Kn ce

(pii concerne l'avancement du P6. Cf. Sulle récente transformazioni del delta del Po, (1893- 1904), in Riv.Geoijv.ll., 1897, fasc. .\. Pour celui du Danube, Cf. Semicnoii, Tian-Clianski Véniainine k voprousou onarostanii delty Dounaia, in Izcest. lousskauo geoijr. obstcliesU'a, XLI\', 1908. p. Kil et cartes.

1 4) I.a pro])orli()n des Itoues charriées par les cours d'eau est extrêmement variable. Le Khône porte à la mer 1 : lO.OOO du volume total de ses eau.x; le Danube 1 ; 2.40<t; le Mis

LES PHEMIKRES r.IMF.ISATIONS

concerne le Chatt el Arab, que, depuis Korna jusqu'à l'ao, les terres ont progressé de 1.700 mètres environ par siècle (1). Au delà, en amont, les évaluations basées sur ce phénomène seraient téméraires.

D'ailleurs, ces causes de modifications des rivages n'ont pas été les seules ; car l'écorce terrestre n'est pas demeurée en repos. Depuis les temps modernes, le fond du golfe Persique, comme celui de la mer Rouge, s'est sensiblement relevé (2); tandis que le delta du Nil, au contraire, s'enfonçait (3). Nous ne saurions dire si ces oscillations se continuent de nos jours.

La Chaldée, nouvellement née, se trouvait alors divisée en une foule d'ilôts et de presqu'îles, bordées de roseaux, couvertes d'arbres et de prairies où vivaient les animaux sauvages les plus divers (ù) : l'hippopotame (5), le sanglier (6), les bovidés (7), le cerf (8), le lion sans crinière 9^, etc.

sissipi 1 : 1.700; le Gaiiii»' 1 : 4-28. Jévaliir pour le Chatl el Aiab à 1 : 1.000 la propoilioii de^ limons renfermés dans ses eaux. Mais pour le même fleuve ces proportions varient suivant les saisons et suivant aussi que les essais sont pris à la surface, au fonii, au milieu, ou sur les bonis du cours d'eau. (J. M.)

(1) Cf. LoFTUs, Chaldiiea (ind Susinna, \i. 282. — J. DE Morgan, in Màn. Déléij. en Perse. t. I. p. 1, sq.

(2) Dans la péninsule Sinaïtiquc j'ai observé (18%) des cordons corallins relevés de 10 el de 12 mètres. A Perim (1904), au nord de l'ile, j'ai visilé une |dage relevée de 30 à 35 mètres. Dans la baie d'Obok (1004), j'ai remarqué des exhaussements de 30 à 50 mètres. Le Geological Survey of Egypl (1897-9ft) a observé des piaffes soulevées pléislocènes sur les cotes de la mer Rouge ; les [dus élevées sont à 24 mètres au-dessus du niveau actuel de l.i mer. La faune qu'elles renferment est franchement indo-pacifique et composée d'espèces actuellement vivantes. Dans le golfe Persique, lile entière de Bcnder Bouchir est due à une émersion, de même que les falaises de grès coquiller, qui s'élèvent sur la rive droite de l'Euphrale, près de Féloudja (1900), à plus de 50 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer. (.1. M )

(3) Toutes les villes ruinées du lac Menzaieh montrent aujourd'hui des constructions par 3 ou 4 mètres de fond ; ea sorte qae l'avancement du delta sur la mer se trouve en partie compensé par l'immersion lente du delta lui-même. (J. M. 1906.)

(4) Il semblerait que l'éléphant vécut encore au di.Y-septième siècle avant notre ère, dans le pays des Routonous situé à l'est et au pied de l'Anli-Liban, depuis le Haurànjusqu'à la hauteur «l'Antioche Ce pachyderme est plusieurs fois cité dans les textes hiéroglyphiques et, jiarnii les tributs qu'envoient les

Hétéens aux rois assyriens, on voit figurer des meubles d'ivoire et îles défenses d'éléphant. Certainement ces défenses ne venaient pas de l'Afrique centrale. <• Prés de Nii, dan-; la Cœlesyrie ou la Syrie du Nord ■> (Cf. G. Maspero, Hial. anc. peiip. Orient, V' édit., 1893, p. 200), Thoutraes III donna la chasse aux éléphants et en massacra cent vingt. Un éléphant figure au tombeau de Rekmaru n Thèbes, parmi les tributs des Routonous l Syrie); et la chasse aux éléphants est raconlée dans l'inscription il'Amenemhabi, 1. 22, 23. (Cf. G. Maspero, op. cit., p. 200, note 4.) Toutefois, on est en droit de s'étouaer (le sa présence dans une région aride, dont le climat n'a certainement pas changé depuis ce temps. Halévy {Mél. de cril. eld'hisl. relatifs iiiix peuples sémitiques, p. 27, note 2) transporte Nii dans la Nubie méridionale.

l'i) Disparu depuis les temps historiques.

(6) On rencontre encore parfois dans ces pays des troupes de 150 à 200 sangliers. Cf. .).L)E Morgan, Mission en Perse, Etudes géographiques, 1895, t. Il, p. 192.

(7) Vn vase archaïque de pierre, trouvé à Suse, représente des bovidés sculptés très finement en relief, et certaines peintures céramiques de Tépéh Mouçian fournissent des représentations du même animal qui vivait encore à l'état sauvage à l'époque des rois d'Assyrie. Chasse à l'Urus sur un bas relief uinivile(Cf. L.vyard, The Monumenl.t ofNineueii, t. l,pl. II).

(8) Le cerf moucheté {Cervus dama L.), abondant encore aujourd'hui dans les forêts de l'Ab è Diz, en aval de Disfoul. (J. M.)

(9) Encore fréquent dans les pays broussailleux situés à la frontière de la Perse, entre la Kerkha et le Tigre, vers les marais deHawizèli ; se présente quelquefois aux environs do Suse. (.1. M.)

L'ASIE ANTÉRIEUilE ET I.r:(;M>Ti: ANTK-ll ISTOIÎKJUES 179

A l'orient, s'élevait le massif ii-anien, aride, désolé; à peine échappé aux glaces et aux neiges, pour se couvrir de lacs et de plaines salés, sans populations autres que l'ours (1) et la chèvre (2) dans ses montagnes; (|ue l'àne sauvage (3) et la gazelle sur les plateaux ('i).

Dans le désert voisin du pays des deux fleuves, les gazelles (5) et les autruches (6) côtoyaient les bords de cette immense plaine marécageuse où abondaient le gibier et le poisson (7).

En Chaldée, le sol d'une richesse extrême et perpétuellement humide, couvert de tamaris, de saules, d'acacias et de dattiers, oflVait des fourrés impénétrables et de vastes clairières où se développaient les graminées parmi lesquelles le froment, l'orge, l'avoine dont ces pays sont la patrie originelle.

Les marais, peu profonds, vaseux, entourés d'une ceinture d'énormes roseaux, large parfois de plusieurs kilomètres, encombrés de plantes aquatiques, nourrissaient le poisson en extrême abondance et des nuées d'oiseaux d'eau (8).

C'est là, dans ce pays privilégié, entouré de toutes parts de déserts, que l'imagination des Orientaux a placé le paradis terrestre. C'était en effet le district le plus plantureux de toute l'Asie antérieure, et, quand on y a vécu, il est aisé de se représenter ce qu'il devait renfermer de richesses spontanées, alors que lliomme ne l'avait point encore dévasté par ses querelles.

Cet homme (9;, il était déjà en Chaldée, sur les collines, au bord des rivières, près des sources, dans ces mille petites oasis

(1) Ursus arclos (L. ) dans les montagnes rein, en même temps que des objets d'ivoire

du nord, U. syriacus (Henip. et Ehr) dans cl de cuivre (Cf. Th. Be.nd, ,4//ie?i((eum, 6 juil-

celles du sud. letlHSO}. Le sceaud'Ourzana, roi de Mouzazir

{•1) Ovis Cyloceros (llulton) dans le sud, (Musée de La Haye. Cf. J. Menant, Cal. nj-

O. Gmeliiii (Blyth.V dans le sud du Bélout- lijndres orientaux du Cab. r. des médailles de

chistan et la Mésopotamie. Ln llaije, pi. VH, n" 32), porte deux autru-

(3) Equus hermionus (Pall). Ce (|uadrupèdc ches (huitième siècle av. J.-C); au temps de est encore très abondant dans les plaines sa- Julien H, cet oiseau vivait encore sur les lées du Kirmân. rives ilo l'Euphrate (Ammien Marcellin).

(4) Cf. A. vo.\ Kremer, in Aunland, 1875, :"} Dans toutes les rivières de la Chaldée n"^ 1. 2, 4 et 5. — Fr Hommkl, Die Xainen <ler et de l'Elam, le poisson extrêmement abondant Sœugelhiere bei den Siidsemilischen Voelkern, atteint parfois des dimensions énormes. L;i 1879, s'appuyant sur des analogies le.xico- Kerkha en fournit (dits poissons de Tobie) de logiques dont beaucoup sont combattues par ■?. mètres de longueur, et à Poul è Teng, JoH. SciiMiDT, Die Urheimalh der Didoç/erma- dans la même rivière, j'en ai vu qui certainenen, ISÏK), pp. 7-9. — Cf. S. Reinach, l'Origine ment avaient i mètres de la (pieue à la tète. des Aryens, iddi, p. 62, sq. (8) Encore aujourd'hui, ces pays abondent

(5) Gazella subyullurosa (Giildenst), G. en gibier d'eau: cygnes, oies, canards de Bennetii (Sykes); (?) G. Dorcas (L.) ; G. fusci- plusieurs espèces, sarcelles, bécassines, nomfrons (\V. Bl.). breux écbassiers, etc. (J. M.)

(6) J'ai fréquemment rencontré dans le tell (9) CA. A. Ovpev.t, Eludes .■iumériennes,çç.ii'i~ de Suse des fragments d'oeufs d'autrnche ; 8.^. — Fr. Lenorma?(t. la Magie chez les Chalon en a trouvé dans les sépultures de Bah- déen.s et les Origines accadiennes, p. 315, sq.

Li:S l'UKMIKHES (;i\ ILISATIONS

(jui s'étaient formées de suite après les grandes inondations (Ij. Il suivit pas à pas les progrès des limons sur la mer, occupant ce sol nouveau dès qu'il ne trembla plus sous ses pas. D'abord chasseur et pêcheur, il devint plus tard agriculteur et éleveur, se concentra dans les parties riches du pays, abandonnant aux bêtes sauvages toute la région désertique ^j.

La Basse Chaldée et l'Elain ;i l'époque de l'expédition mariiimede Sennachéi'il), en (J99 av. .I.-C. (d"ap. .1. de Mohcan, Mém. Délég. en Perse, l. I, 19<i'i, fii;. C).

On a cru pouvoir reconnaître dans les non-Sémiles de la (Uialdée des peuples d'origine nordique, voire même sibérienne (;> qui, occupant d'abord le plateau iranien, seraient descendus dans la plaine des deux (leuves. Cette erreur provenait d'une fausse interprétation de la nature ethnique des JNIèdes considérés à tort comme Anaryens ( Vi et dont, par suite, la migration

(]) On rencontre fréquennneul près des sunrces et des ruisseaux, dans les vallons des derniers contreforts de l'Anti-Liban el de l'Iran, des stations néolithiques et énéolilliiques: Erek, Soukhna (Cœlesyrie"), Tépéli Goulam, ïéprli Aliahad, etc.' Poucht è Koidi). (.1. M.)

(i) Pour la zoologie de la Perse, Cf. \V.- T. Blan'ford, Easlev Persia, Londres, 1h7<V. t. II, Ihe Zoology and Geology.

(3) Cf. G. Maspero, Hist. anc. peiipl. Or.. 1893, pp. 127 et 137.

(1) .1. Oppeut, le l'euple el la Langue îles Mède.-<.

I/ASIR ANTl'r.IKURE I:T L'KriVPTK ANTH-IIISIORK KES

a été reportée bien des inillénaiies plus haut quelle ne remonte en réalité ; mais justice a été faite de cette opinion (l).

D'ailleurs, mes recherches dans le Caucase ('2), l'Arménie et le nord de la Perse 3j montrent d'une façon péremptoire que ces pays n'ont jamais été habités antérieurement à l existence d'une industrie des métaux déjà fort avancée et relativement récente (/i), u'avaul lien de commun avec celle de la Chakh'e.

Itinéraire d'un voyage de l'auteur en (llialdée. (J. M. 1899.)

Aucune migration très ancienne ne semble avoir traversé ces régions jusqu'aux invasions aryennes. Nous devons donc, en ce qui concerne les pré-Sémites de la Mésopotamie, penser qu'ils étaient les descendants des hommes pléistocèues de l'Asie antérieure, de ceux ([ui avaient connu les temps glaciaires et le déluge. Les observations anthropologiques concordent pleinement, à cet égard, avec les données archéologiques et linguistiques que nous possédons.

En Chaldée, surtout dans le bas pays voisin de la mer, la distribution naturelle du sol en districts séparés entre eux, ne se prè-

(1) Uelaiue, le Peupla <■/ IKinphe des Mrileii, Bruxelles, 1883.

[i) J. DE Morgan, Mission scienlifique au Caucase, i vol., 1889.

(3) J. iJË Moi'.GAN, Mission scientifique en Perse, t. IV. Recherclies archéologiques.

1" pallie, p. 13, sq. — H. de Morgan, in Mémoires de 1(1 Délég. se en PerAC, l. VHI.

(4) n serait exagéré de faire remonter l'antiquilé «les dolmens ilu bronze dans le Nord Iranien an ilclù du XXV' siècle avant noire

LES TMIKMIÈRES CIVILISATIONS

tant pas a la vie nomade, imposa aux tribus les règles de leurs premiers établissements, des usages qu'ils développèrent plus tard. Les hommes se groupèrent pour se protéger en commun des ennemis qui les entouraient, animaux féroces contre les- <|uels leurs combats furent incessants (1).

« La maison sainte, demeure des dieux, en un lieu saint n'était ])as faite ; aucun roseau navait poussé, aucun arbre nétait j)roduit, aucun fondement n'était posé, aucun moule à briques n'était construit, aucune maison n'était faite, aucune ville n'était bâtie, aucune ville n'était faite, aucune agglomération n'existait; Nippour n'('tait ])as faite, È-Kour n'était pas bâti, Erech n'était pas faite, E-Anna n'était pas bâti, etc. (2i. »

Chaque groupe s'établit dans une terre, île ou presqu'île, grande assez pour subvenir à ses besoins. 11 se forma par la force des choses des agglomérations sédentaires, qui bientôt construisirent de petites villes (8), centres où il était plus, aisé de se défendre Ti. de se nourririons ensemble (5). Des gouvernemenls locaux s'établirent, chaque ville eut ses croyances, son dieu ou ses dieux dont un, plus grand que les autres, la j)rotégeait plus spécialement. Anou était adoré dans ()iirouk\ Bel à Nipoui\ Sin à Oiivoii, Mai'dniik à Bahi)lont\ Chouchinak à Suse.

Les lois, chaque district avait son cou tumier, tous se ressemblant; car les besoins de la vie étaient les mêmes pour toutes les tribus.

(I) Les cylindres archaïques de la Cbaldée el de l'Elain représentent, pour la phiparl, des scènes d'animaux sauvages lultaiil entre eux, et d'hommes conil)attant le lion et le taureau.

Ci) Cosmogonie chaldécnne ( 1' . DiioiiME , 1007, Choix de textes, p. H\i).

(3) Dans la haute antiquité, chez tous les jxuiples, la ville n'était qu'un leluge de très modestes dimensions, où les habitants du voisinage mettaient à l'ahri, en cas de nécessité, leurs hiens el leurs personnes. On est surpris par l'e.xiguïté de ces réduits, dont quelques chiffres permettront de juger. A Tell el Hesy, la ville occupait une surface de tout au plus G hectares et l'acropole moins d'un demi-hectape (Bliss, A Mound,p. 18, sq., pi. 1); à Tell Zakariyà, la ville est de 3 hectares et demi, l'acropole d'un quart d'hectare (Bliss et M\calistei;, Excurfdionx. p. 13 et pi. I et II); à Tell es Safy. la ville couvre environ 5 hectare-; et demi {op. cit., p. 29, j.l. VIU) ; à Tell Djedeideh, 2 hectares et quart {op. rit., p. 45, pi. X}; à Ta'annak, 4 hect. 80(Sei.un, Tell Tn-annak,j). 53); à Tell cl Moiité'sellim, 5 hect.02 (Schumacuek, Milllieil. u. Nnchr. de.f D. P. Vereins, l'.t04, p. 36).

(i) A Suse, les premiers rempaits, ceux dont

nous rencontrons les vestiges à 25 mètres de profondeur, étaient .simplement faits de terre pilée. Il en fut de même dans toute la Chaldée et dans les pays plus occidentaiu: de Canaan. (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 29. — Bliss, A Mound, p. 18. — Bliss el Macalis- TEH, ExcuiK,\). 15. — Macalister, 0 S., 1903, p. 113 et 22i; 1904, p. 110, sq.200j. R. VVeil {Journ. asial., liK30, p. 82) estime qu'antérieurement à la XII« Dynastie les Asiatiques possédaient une science de fortification bien supérieure à celle que révèlent les types égyptiens de la même époque.

(.5) Le texte suivant, l'un des plus anciens de la Chaldée, montre combien les premiers souverains étaient adonnés aux œuvres de la paix. U se lit sur une tablette de pierre provenant de Tello (f) et est certainement antérieur au quarantième siècle av. J.-C. » Urnina roi de Lagacli, fils de Gounidou, fils de Goursar, constiuisit le temple de Nina, creusa le canal X et voua ce canal à Nina... construisit l'A-edin (?), construisit le Ningar f?), construisit l'Epa ('?), construisit l'enceinte de Lagach, fabriqua la statue de Lougalourou, rassembla des bois dans... la montagne » (F. Thdreau-Dangin, les Inscr. de Sumer el d'Akkad, 1905, p. 13).

L'Asii: .\NTKiur:ui5K i;t i/k<;vi'Te antk-histoiîiques

Ces dieux locaux, raélaugés aux divinités des Sémites, formèrent le panthéon chaldéen; ces coutumes, codifiées plus tard, furent les lois de Ilfimmoiirahi et prol)ablement aussi celles de ses prédécesseurs.

La langue était, à peu cl(^ chose près, restée commune parce (ju'elle descendait d'une seule souche et aussi parce que les diverses tribus n'étaient pas sans communiquer entre elles ; mais elle disparut rapidement, tout au moins dans les relations officielles, faisant place à celle d'envahisseurs (1).

Mais j'aborde une question d'origines qui a été l'objet de controverses passionnées (-2;. L'existence de pré-Chaldéens (Sumériens), niée et combattue par les uns, admise et soutenue })ar les autres, entraîne à sa suite le grand problème de l'origine de l'écriture (3) et, par suite, de la civilisation que certains auteurs attribuent aux Sémites (Akkadiens); tandis que d'autres en repoilent l'honneur sur les vieilles races autochtones [h).

Aussi loin que nous j)uissions remonter dans l'histoire basée sur des inscriptions, nous ne rencontrons, pour la haute antiquité, <jue des documents écrits en langue sumérienne et dans lesquels <et idiome est mélangé de <iuelques traces de sémitisme. Comme la Chaldée ])roprement dite, l'Elam nous fournit des textes sumé-

(1) Les textes archaujues en fournisscnl cependant d'indéniables traces. Cf. .\.-Il. S.xyce, The Archeologij of the Ciineiform Inscriptions, 1908, p. 67, sq.'

(2) Cf. J. Oppeiît {Rap. à S. E. M. le Ministre de rinslr. publ., mai 1856, p. 11, sq.) démontre l'existence d'une langue non sémiti- (|ue dans la Clialdéc primitive. — Cf., contre cette théorie, J. IIalévv, Rech. crit. sur l'origine de la civilis. babylonienne, in Jonru. (isial., 1874-1876. — Etude snr les documents philologiques Assyriens. 1878. — Les nouvelles inscriptions clidldêennes el la question de Sumer et d'Accad., 188-2. — Obs. sur les noms de nombre sumériens, 188,3. — Docum. relig- de l'Assijrie et de la liubi/lonie, 1883. — La théorie de J. Oppert a été généralement adoptée, sauf par J. Halévy, qui, en 1905, publiait une bi-ochure intitulée ; Encore l'inventeur du critérium sumérien (E,. Leroux, Paris).

(3) Dans les textes les plus anciens de la Chaldée (d'épo<pie antérieure à Narani-Sin/ on se trouve en présence non de deux langues, mais de deux sj'stc mes d'écriture, l'un plionétique qui semble appartenir aux Sémites, l'autre idéographique dont, comme de juste, nous ne pouvons retrouver la langue. En sorte que c'est probablement aux Akkadiens qu'est dû le passage de l'idéogramme sumérien aux signes phonétiques. La présence, dans les anciens textes, de noms propres non séniiliques serait due à ce que ces noms furent ren-

dus par les Akkadiens par des signes ayant une valeur phonétique alors qu'autrefois piobablement ils n'existaient qu'à l'état d'idéogrammes. Le phonétisme paraît avoir été dégagé de l'idéographisme, dès une très haute antiquité, par les habilantsde la Babyloniedu Nord. Je citerai par exemple l'inscription entièrement linéaire publiée par WinklerfFor.s-c/î. VL p. 544). Ce document contient déjà des termes écrits phonétiquement. Un texte provenant de .\bou-Habba et appartenant à une époque moins ancienne, mais encore antérieure à Sargon l'ancien, présente un système jjhonétique plus développé. Avec les rois d'Agadé, le phonétisme se complète et la domination de ces souverains parait avoir eu pour effet l'introduction partielle et momentanée du système phonétique dans la Babylonie du Sud. (F. Tmuke.vu-Dangin, Tubleltes chaldéennes inédites. Paris 1897, p. 6, sq.)

(4) Le travail le plus récent el le plus complet au sujet des Sumériens, est celui du professeur A. -H. Sayce. Dans The Archeology of the cuneiform inscriptions, 1908, pp. 67-10(J, chap. in.The Sumerians, l'auteurse prononce nettement (Cf. p. 68). » Les premiers habitants civilisés de la plaine alluviale de Babylonie n'étaient ni des Sémites, ni des Aryens; mais ils parlaient une langue agglutinante et c'est à eux que sont dus tous les éléments de la culture babylonienne des derniers jours. »

iSli LES PREMIÈRES CIVILISAHO.NS

riens mélangés de sémitismes, et des textes sémites mélangés de suméiismes. Mais dans ce dernier pays, on voit apparaître très anciennement un troisième élément linguislique, des noms propres ni sumériens, ni sémitiques (1), appartenant à une langue (2) appelée indifléremment par les savants, anzanite, siisicnne ou simplement élamite, qui, dominée pendant des siècles, renaît tout à coup vers 1500 avant J.-C, en même temps que se reconstitue rindéj)endance du peuple susien.

Ainsi, en Elam, plusieurs éléments se trouvaient en j)résence dont Tun, l'élamite (ou anzanite) semble être plus ancien que les autres; mais dont il ne reste, aux plus anciens temps, que des traces. En Ghaldée, au contraire, l'élément le plus ancien domine au début et le nouveau n'existe qu'à létat d'inclusions, d'influence.

Quant aux langues sémitiques (3), elles constituent une famille fort bien étudiée {k) que les linguistes divisent en deux sections principales : celle du nord comprenant l'akkadien, l'araméen, l'assyrien, l'hébreu et le [)hénicien; celle du sud dans laquelle on range l'himyarite, l'arabe, etc. ('.es diverses langues ne procèdent pas les unes des autres; mais r<'pon(lent à des évolutions parallèles. Il semblerait, d'après l'cHude comparative de leurs éléments constitutifs, que cette famille fût originaire de TArabie.

Schrader (5) suppose que le groupe sémitique du nord se sépara le premier pour venir essaimer eji Ghaldée (akkadien); puis cju'à son tour il se divisa, les Araméens puis les Hébreux se dirigeant vers l'ouest, les Assyriens vers le nord ()).

A l'époque où écrivait Schrader, son système ne reposait ([ue sur une hypothèse; mais aujourd'hui, depuis les récentes découvertes de Ghaldée et de Susiane, cette supposition prend corps, s'appuyant sur des déductions archéologiques et épigraphiques.

(1) Mémoirede hi DéléyalionenPerseipassim). moabite) se ressemblent tellemenl eiilic eux

(2) Celle langue esl de la forme de celles qu'on peul les considérer comme les fracqu'on esl convenu de nommer louraniennes, lionnemenls d'une même langue. Les Sémites appellation vague, dont il ne faut retenir que ont donc vécu ensemble dans une union plus ce fait quelle n'est ni sémitique, ni aryenne. étroite que celle que nous font connaître les

(3) Fritz Hommel (Die Nanien der S;iuge- documents écrits. (M. J. Lagisange, Relig. lliiere, Leipzig. 1879, pp. xx et 480. — La patrie .semi'/., 1905, p. 12.) Et il en esl de même pour originaire des Sémites, in Alti del IV Con- les peuples parlant des langues dites aryengressodegli orienlalisli, Firenze (1878). 1880, p. nés. Quant au.\ autres groupes linguistiques, 217, sq., place le berceau des Sémites dans la leurs origines sont encore confuses.

vallée du Tigre, à l'ouest de Uolwan. Celle (5) Schradek, Die Abstammung der Chal-

opinion esl aujourd'hui complètement aban- daeer und die Ursitze der Semiten, in

donnée. Zeil.srh. d. d. Mon/enl. Ges., t. XXXVU.

fi) L'assyro-babylonien, l'araméen, l'arabe, Leipzig, 187.'^.

l'éthiopien et le cananéen (hébreu, pliénicien, (G) Bekose, Fragin, édil. Lenormaut.

I/ASIK W'I l-IÎIKUnE ET i;K(iVl'Ti: A.MIMIISTOIUOUKS ISÔ

La Chaldéo à elle seule ne foiiiiiil ([iie l)ien peu de rcnseignenienls sur rinvasion sémitique; c'esl clans des parlieularités linguisli(|ues, déjà savamment exploit(''es, et dans les légendes chaldéenues, (|ue sont les meilleures sources.

Des traditions antiques, recueillies par Bérose (1), l'ont \euir ces premières invasions de la péninsule arabe i'I), des îles du golfe Persique (3) et des côtes avoisinantes.

Le nord de l'Arabie était alors ce (ju'il est aujourd'hui : un désert semé de rares oasis où les caravanes ne s'aventurent guère ('i). 11 formait une barrière entre la (Uialdée et les pays habités de la presqu'île; mais au sud s'ouvr;iit le golfe Persique et la voie maritime. Les Sémites des côtes s'y aventurant, trouvèrent au fond du golfe des terres fertiles, des habitants encore plongés dans la sauvagerie, et s'établirent parmi eux, leur enseignant ce (ju'ils savaient eux-mêmes, profitant des notions qu'ils rencontraient chez eux et enfin, se trouvant |)eu à peu en giand nombre, ils les absorhèrent. Ainsi ce n'est pas du centre de l'Arabie qu'il convient, semble-t-il, de faire venir l'invasion sémitique; mais bien du sud, des pays d'Oman, de Hahrein ! 5 , etc.

Ces faits, que la tradition énonce, tous les témoignages scientifiques viennent jusqu'ici les contrôler. Cette tradition se rapporte à la légende d'Oannes qui, arrivé par la mer, civilisa les peuples vivant jusqu'alors sans règle, à la manière des animaux. Un second être fabuleux, Annèdolos, sortit encore des flots après une première dynastie dont .4 /d/'os, Ala/xiros et Amillaros sont les types et qui gouverna pendant un nombre considérable d'années (92.800 ans, suivant Bérose) (O). Puis les Oannes, sous divers noms, se succèdent à intervalles irréguliers; de sorte <iu'en tout six apparitions, venues du golfe Persique, guidèrent la conduite

(1) Cf. SpRENOEH, Lc'/f/i ((. 1. élire d. Muluun- (4, Demis jours, lo courrier jiralx' qui |ii(rl<mad, l,3H, <,q. — Id. Aile (ieoijr. Anihienx, p\\. la poste ciilie Ba<i(l;id et Damas parcoiiit 293-295, note p. -29 . — Sciii'.adeiî, Zeils. d. ccUe distance i/^OO kilomètres) en neuf jours Morg. Gesell., t. XXVII. — G. Maspeuo, Ilist. sur nn cliameau, cl dans la >aison scclie (inc. p. Or., lf<93,p. I.'ÎT. ne rencontre ipie trois points d'eau. La roiilo

(2) Hérodote (VII, «•) place à IJahrein l'ha- traverse \Vadi Haoïiràn. W. Kl Gheira el bital primitif des Phéniciens. Amloud el (Jhonmar. J. M.)

(3) 11 semblerait que les Sémites fussent, iTii I.ile lic Balirein renferme uiir mulliliide dès leurs débuts en Chaldée, divisés en trois de tombeau.x antiques; mais jus(pi'ici nous ne branches, l'une habitant le Djéziret (pays pouvons leur assigner une époque. (Cf. .\. situé entre les deu.K neuves), les Suméro-Acca- .Iolan.mn, Les lumuli de nalircin, ds Méni. diens; une autre plus au sud, vers les déserts t/c ht Dclr;/. en Perse, l. VIII, !iK)5, p. 1 1'.»arabiques, les Araméens ; el enfin une troi- l.'iT.)

sième sur les côtes et dans les îles du golfe (tJ) Berose, Fra/jm. I.\, X, XI. édit. Lcnor-

Persiqiie. Cf. Fr. Deutzsch, U'o lag dus Para- niant. dies ? pj). -JI^T-^il, ibl, S(|.

des hommes pendant la période de 691.200 ans qui précéda le grand déluge.

Dans ce « grand déluge », on ne peut voir les inondations qui ont marqué la fin de l'époque glaciaire ; car, en ces temps, la Ghaldée n'existant pas, l'Arabie n'y pouvait venir coloniser. 11 ne peut donc y avoir que rappel du souvenir d'un cataclysme d'importance secondaire, quoique mémorable, dont nous ne possédons pas de traces géologiques (1). Il demeure, toutefois, deux faits dominants, la direction de l'invasion et, bien que très exagérée, la longue durée de l'influence sémitique, souvent renouvelée avant l'absorption définitive.

Cette conquête ne fut pas, à proprement parler, une invasion : les Sémites occupèrent d'abord pacifiquement les points maritimes et de là, de proche en proche gagnèrent lentement tout le pays. S'il y eut des guerres, elles furent de peu d'importance ; car la population se trouvait alors politiquement très divisée. Seul un peuple, habitant une région plus facile à défendre, résista (2) jusqu'à rétablissement de Tempire (3) suméro-akkadien, ce fut celui d'Élam ; d'autres peuplades moins fortes émigrèrent plutôt que de se soumettre.

Ce que nous savons des anté-Sémites de l'Asie antérieure montre (|u'avaut la conquête, ces pays étaient occupés par des populations parlant des langues, dites sumériennes, d"un dévelo|)pement bien moins avancé que l'akkadien.

L'élamite aujourd'hui mieux connu, grâce aux beaux travaux de Y. Scheil, se montre sous cette forme primitive. Ses racines

(1) Dans CCS pays il se produit, parfDis de 1er- trouve relatée et chantée la défaite du roi ribles inondations. Les vieillards d'Arabistan d'Elam et lasservissenienl de son pays, m'ont narré que, dans leur jeunesse, la Kerka Khoumbasitir fut aussi roi d'Ëlani ; mais nous avait débordé de telle manière que toute la ne possédons que son nom. Koudour-Koukoul>laine était couverte d'eau et que les ruines mal (également roi d'Elam), plus heureux que de Suse formaient une ile. D'autre partj'ai vu, Khoumbaba, prit et dévasta Babylone; les le 18 mars 1904, la rivière de Douéridj, au armes élamites avaient alors vaincu celles de Poucht-é-Kouh, généralement large de lu ou Chaldée; c'est tout ce que nous savons jusqu'à 1.") mètres, s étendre en moins d'une heure, ce jour sur la première guerre d'indépendance il la suite d'un orage, sur toute la plaine large élamite. (.1. M )

en cet endroit de plusieurs kilomètres, entrai- (3) Le premier patési <le Susedonl nous con-

nant tout dans son lit, bestiaux, gibier, arbres naissons l'existence est Our-ilim (nom dou-

et broussailles. Un pareil phénomène se pro- teux); il vivait au temps de Charrou-oukin qui,

duisant dans des grands fleuves est de nature au commencement de son règne, avait soumis

à laisser dans l'esprit des liabitants 1 impres- l'Elam et est indique dans les textes comme

sien d'un déluge universel. (J. M.) étant le père de Naram-Sin qui, suivant Na-

(2) Klioumbaba (roi d Elam), comme son nom bonide, vivait eu 3750 avant notre ère. Or, nous l'indique, personnifie, sans aucun doute, la savons que c'est vers â-280 que Koudour-Napuissance élamite dans sa lutte contre la con- khounte secoua le joug sémitique; c'est donc (|uètede l'élément sémitique. Dans l'épopée (lu 1.500 ans environ que dura l'occupation suhéros national misopotamicn Ghilgamech, se méro-akkadienne de l'Elam. (J. M.)

L'ASIF ANTKIUEURK ET LKC.VPTi: AXirMIISTOIUOUES

monosyllabiques s'agglutinent et, si les mots en résultant sont susceptibles de flexions simples, c'est que la langue piimitive agglutinante a subi rinniieiice d'un parler plus («levé, lui empruntant ridée de la flexion sans toutefois s'en aj)proprier les formes.

Il en est d(> môme du vamiique, langue parlée dans TArménie à l'époque ass\ riciiiic et qui n'a rieu de commun avec les idiomes sémitiques.

De toutes les langues de l'Aslt» aMléri<'ure, ces deux seulement nous ont laissé des documents écrits; je ne parle pas du hittite, (|ui, probablement, aj)partiei)t au môme groupe quant à sa forme; mais dont les hiéroglyphes ïi'ont pas encore été déchifl'rés (1).

?) cv.

Inscription hiéroglyphique hétéenne de Djerahlus (d'ap. Wright, The

Empire, pi. X).

Quand je dis groupe, je n'entends pas affirmer que ces diverses langues soient parentes, loin de là; mais je réunis ces peuples, non .sémites et anaryens, comme ayant fait le fond de la population dans l'Asie antérieure et comme |)a riant des langues moins développées que celles des envahisseurs. Les nombreux dialectes karthweliens (2) seraient aujourd'hui les derniers représentants

(1) Les récentes fouilles allemandes à Bopliaz-Keuï ont mis à jour un «^rtind nombre de tablettes écrites en caractères ciinéifonnes dans l'idiome de-^ Hétéen s, et, par certains mots, Winckler se croit autorisé à reconnaître dans cette langue des indices indo-européens. Dans ce cas, les llétéens seraient les [)remiers avantcoureurs des migrations arvennes ; mais ces affinités linguistiques sont encore trop vagues liour qu'on puisse les faire entrer en ligne.

(2)« La première tentative faite en vue d'analyser scientilîquemenl la langue géorgienne se trouve dans un article de J.-A. Gattcyrias (dans la liev de linyuiftliqite el de p/iilologr. comparée, XIV, juillet 1S81, pp. '275-:ill). En lisant celte étude, il est impossible de ne pas être frappé de la ressenii)Iance des résultats obtenus par M. Galteyrias avec les faits grammaticaux des inscriptions vanniques. » {.V.-H. SAvcr;, The Cuneifonn inscr. of Van. \k H1.)

LES prp:mièri::s cimlisations

de cet ensemble, parlé par des peuplades auxquelles certains auteurs ont donné le nom vague de blancs allophyles.

Développement d'un cylindre hiéroglyphique trouvé à Suse. Cf.

Méin. Délég. en Perse, l. II, 19U0.

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