‹ Les premières civilisationsChapitre 32 sur 79 · V. SciiEiL, textes élamites-sémitiques · texte numérisé non relu

V. SciiEiL, textes élamites-sémitiques

Empreinte d'un cylindrecachet portant une inscription hiéroglyphique pur une tablette protoélamite [Ibid.., t. X, fin^.

L'écriture fournit également des renseignements très précieux. On sait que les caraclères dits cunéiformes dérivent d'un système hiéroglyphique (2) qui, probablement lui-même, descendait de la pictographie (3). Or, les fouilles de Suse ont non seulement fourni des exemples de récriture hiéroglyphique < V, niais aussi une

Inscription proto-élamite sur argile (51.

ticMïï

Inscription pndo - élainite (sur pierre) de Knriliou-cha-Chouchinak (fi).

série nombreuse de documents montrant une évolution spéciale de l'écriture, indépendante de celle de la Chaldée (7).

(1) " An seul aspect (les signes on e>l fiappé de la haute anliquilé qu'il faut leur attribuer. Ce sont, semble-t-il, de vrais hiéroglyphes et cependant de tous les objets, outils, animaux, etc., il n'en est pas un que nous puissions idenlifier avec certitude. Le premier à gauche est peut-être un insecte {amilu ?) ; le deuxième, un séran ou un double peigne rabrabit ? ou ak ?] ; le troisième, un homme debout portant quelqHe charge ina-zikara?) ; le quatrième, des grains de blé ; le cinquième, le signe apin (iriisu ■?) et enfin, le dernier signe à droite ne présente rien de bien déterminé. •> (V. ScuEiL, op. cit.)

(2) Cf. J. DE MoRG.\N. Note sur les procédés techniques en usage chez les scribes babyloniens, ds Recueil de Irauaax, t. XXVIL 1005.

— W. HouGHTO.N, On the hieroglypii or pict. orig. of Ibe charact. of the assyr. syllabary. ds Trnnsact. oflhe Soc. of Bibl. arcliaeol., t. VIL

— PiNCHES, Archaïc forms of Babyl. charact, ds Zeilschr. /'. Keilschriflfor.sclnmg, t. H, p. 140-

(3) Cf. W. HoL-tiUTON, op. cil.

(4) Cf. Mémoire.^ de la Délégalion en Perse. t. IL 1000. p. 1-29, fig. représentant un cylindre découvert à Suse, portant un texte hiéroglyphique.

(5) Cf. Mém. Délég. en Peine, t. VL pi- XXI. (tl) CL V. ScnriL, Mém. Délég. en Perse

t. VL textes élainites-sémiliques, pi. II. p- f, sq. xxxvn' s. av. J.-C).

(7) Cf. V. ScuEiL, ds Mémoires de la Délégalion en Perse, t. \1. VMb, p. 59, sq.

i/Asii; \Mi-i!ii;riu-: i;t i.kc.vi'Ii; ANTK-iiisroiîioi i:s

Plus loin vers le nord-ouosl, dans la (lap{)adoce, le ])eu|)le liétéen, probablement apj)ai'enté aux peuples anté-sémilcs de la Mésopotamie, faisait encore, sous les lîamessides (dix-huitième siècle av. J.-C), usage d'hiéroglyphes dont nous ne connaissons j)as encore la ch^f, il est vrai; mais qui [)eut-être sont de même origine que ceux de leurs voisins du sud-est (1 1.

L'Egypte, enfin, semble avoir reçu de l'iVsie les hiéroglyphes on tout au moins les principes de ce procédé graphique (2j; quant à l'Arabie, on n'va pas encore signalé la moindre trace d'écritures figuratives ou hiéroglyphiques. 11 semble donc que les Sémites n'en possédaient pas la notion avant leur arrivée sur les bords de TEuphrate et du Tigre.

Par contre, nous voyons se développer en Élam. dès les temps les plus reculés fénéolithi(jue ou même néolithique), l'art de la

Oy@

Cunéifoi'iiie^^ linéaires (3

Cunéiformes linéaires (4).

peinture cérami(|ne. La figuration de l'homme, des animaux et

des plantes inn)li(|ue, chez ces i)euples, l'idée de la |)ictographie.

M'appuyant sur ces considérations, je crois pouvoir attribuer

aux anté-Sémites Tinvention des hiéroglyphes, que peu à peu leurs

(1) Dernièrement il a éli'- découvert à Ani (Arménie russe), un l'raginenl de polerie portant des signes qui semblent cire des hiéroglyphes. Ces signes, contemporains, d'après les conditions de la trouvaille, de l'époque on les cunéiformes étaient encore en usage, montrent (pie dans ce-> temps relativement très bas (juelques langues du Nord, elles aussi, employaient le système liiéroglyphique. (Cf. Ver- Itandluntjen der Ilerliiier Gexellschaft. f. Anllirop., etc., 1902, p. 230, lig. 18 et 19.)

(-2) C'est dans la tombe royale de Négadali que, pour la première fois, nous voyons apparaître les hiéroglyphes et, jusqu'à ce jour, aucune trace de piclographie n'a été rencontrée dans la vallée du Nil. « U semble évident que la connaissance de l'écriture en Egypte dérive d'une source asialiipie ; mais l'écriture égyptienne ne dérive pa>. des caractère linéaires

babyloniens et encore moins des cunéiformes. 11 est probablement plus e.xact d'affirmer que les hiéroglyphes égyptiens et les cunéiformes primitifs ont eu un ancêtre commun dont aucune trace n'a survécu. " (E.-.\. Wai.i.is-Bi i>ge. r-lgijpl . in llip neolilliic and archaïc period, 1902, !>. il ) Quant à la peinture céramique, comme on ne la trouve pas, en t;gyi)te, dans les stations antérieures au métal, j'estime qu'elle est, comme les hiéroglyphes, d'origine étrangère.

{:>.] Sur une tablette de pierre provenant de Vokha (Basse-Chaldée). Cf. Mém. de la Délcy. en Perse, V. Sciieu.. t. II, 1;K)0, te.\tes élamitessémitiipies, p. 130.

(i) Inscri|ition de Karibou-clia-Choucliinak, jiatési de Suse, conlemi)orain de Doungi, roi d'Our (.x-x-wn' siècle av.' J.-C). Cf. 'V. Scueil, Mém. Déléy. en Per.se, t. VI, le.vteS élamiles sémitii|ues, 1900, p. 7.

190 l^I^^ l'UKMIÈRES CIVILISATIONS

vainqueurs ont transformés en cunéiformes linéaires ; alors qu'euxmêmes, développant leurs signes primitifs, produisaient récriture proto-élamite. Ce fait semblerait démontrer que l'Elam, bien que faisant, à tous points de vue, partie de la plaine, conserva plus longtemps que la Chaldée une large part d'indépendance.

Les tablettes d'argile et les textes lapidaires, malheureusement très courts, que nous possédons en ces caractères, montrent une évolution spéciale de l'écriture. Toutes deux, la proto-élamite et la sémite de Chaldée, seraient, semble-t-il, issues d'un même point de départ; mais tandis que l'une, celle des Sémites, s'est développée jusqu'à devenir presque alphabétique (perse achéménide), l'autre s'est éteinte trois mille ans environ avant notre ère.

Aucune trace d'écriture proto-élamite n'a été rencontrée jusqu'ici dans la Chaldée })roprement dite ; il nest donc permis de formuler que deux hypothèses : ou bien la Chaldée a été conquise longtemps avant la découverte de Pécriture pictographique, alors c'est en Elam que les Sémites auraient piis l'écriture à son origine ; et le développement se serait fait parallèlement sous deux formes, l'une en Elam (pré-élamile), l'autre en Chaldée (cunéiforme) ; ou bien les Akkadiens auraient apporté avec eux l'écriture cunéiforme archaïque déjà constituée. Si cette dernière supposition correspondait à la réalité des faits, si l'Elam lui-même avait reçu les cunéiformes tout formés ; nous ne trouverions pas, dans les ruines de Suse, des textes hiéroglyphiques et surlout les traces d'une évolution des signes indépendante de celle des Sémites, rappelant des formes plus archaïques que celles qu'on rencontre en Chaldée. De ces deux hypothèses, la seconde semble être la moins rationnelle.

L'Elam, inventeur des hiéroglyphes en même temps peut-être que les pré-Sémites de Chaldée, les aurait dévelo[)pés pendant de longssiècles; alorsquelesSémites qui les connaissaient également, soit par contact avec TElam, soit par les peuples qu'ils avaient subjugués, développaient ce système indépendamment de l'Elam (1). Suse, par les conquêtes des empereurs sémitiques, fut appelée à faire usage de l'écriture de ses vainqueurs; et lors(|u'elle reconf{uit son indépendance, ses caractères nationaux étaient depuis long-

(1) Bien des auteurs, admettant une invasion l'écriture. (Cf. J.Oppert, Rapport à S.E, le mille la Chaldée par les Suméro-Akkadiens, sup- nislre de l'Inst. pubL, mai 1856, p. 11, sq.) posent qu'à leur arrivée ils connaissaient

L'ASIE ANTÉUIKUUE KT L'ÉGVPTi: A.M K-HISTORIQUES

temps oubliés. Elle mit les signes sémitiques au service de la langue anzanite.

L'existence en Elam d'un |)eu|)le non sémite est également prouvée par l'anthropologie qui signale les restes d'une race dolichocéphale, apparentée aux négritos, parmi les populations actuelles de TArabistan (1).

Ces observations se confirment par ce fait que sur les bas-reliefs les plus anciens (2), trouvés à Suse comme en Chaldée, on voit fréquemment figurer des

Fragments de lahleUe découverte à Ninive, fournissant l'explication, en caractères cunéiformes, des liiéroglyphes primitifs (3).

personnages répondant au type négrito . La stèle triomphale de Naram Sin (4) , entre autres (trente -huitième siècle avant J.-C), montre ce souverain, de type sémitique, marchant à la tète de ses neuf vassaux qui, presque tous, présentent les caractères de la race signalée par l'anthropologie.

Les négritos, comme on le Uevzey deSai^zec, DécouvertesenChaldée, sait, sont des populations fort aii-

pl. IV ter, fig. 2. . ' . . n,

ciennes, apparentées a 1 homnii' pléislocène de l'Europe, l'éparties de nos jours dans des habitats

Fragment du texte de la stèle dite des Vautours, du rci Eannadou.

(1) Cf. l'Acropole de Suse, par M. Dieulafov, IS90. Appendice par Frédéric Houssay.

(2) Cf. D"' PiNCHEs, in Journal of Ihe Roijal Axtatic Socielij, janvier 190<), pp. 87-93.

(3) (Cf. HoLGHTON, On the hieroglyphic or piclure origin of the characters of Ihe assyriari syliahary, in Transactions, I. VI, p. i5i.

— Fu. I.ENOUMANT, llist. ancienne de l'Orienl 1881, 9' édit., I., I p. 420. — .J. Menant, Lero^s d'épi(jrapliie assyrienne, 1873, pp. 49 el 50. — G. iVIaspero, Histoire ancienne de l'Orienl cltissique, 1895, t. 1, p. 727.)

(i) Cf. Mémoires de la Déléijalion en Perse, t. I, 19O0, pp. 14i-l.^)8, pi. X.

\i)-) Li-:s phi:mières civilisations

sporadiques, on les ont cliassés les invasions successives des ])euples de civilisalion supérieure occupant aujourd'hui leurs anciens territoires.

Sans ])nrler des nc«-i-itos de la .Mëlanésie et des îles de la Sonde, ni de ceux de Tlndo-Cliine que j'ai visités à Malacca(l), je citerai ceux qu'on rencontre aujourd'hui confinés dans le centre (h' l'Inde ; alors que toute la péninsule appartient à des races de venue relativement récente.

Il est ])ossihle qu'aux temps qui nous occupent l'Indo-Ghine, l'ilindoustan, le versant méridional des monts de Perside, lElam el la Chaldée eussent été peuplés de ces négritos dont nous rcirouvons les traces en Arabistan et dans les Indes, ou tout au moins d'une descendance des races (juaternaiies. Un objectera (|ue les négritos étudiés juscju'à ce jour sont tous brachycéphales ou sous-dolichocépliales, tandis que les types reconnus en l-]lani sont dolichocéphales comme les nègres d'Afrique, comme les hommes pléistocènes (h> ri^uroi)e occidentale. Mais il n'existe pas de raisons pour i-ejeter Thypothèse dune parenté éloignée entre les pré-Sémites de Chaldée et les Africains ou les Européens quatei-naires (2). Je dirai plus, il importe peu (|ue les crânes tle ces pré-Sémites appartiennent a une forme ou h une autre; le fait, surtout, qu'ils ont existé intéresse l'histoire (3).

Si les Sémites ont été maîtres politiques en Elam pendant deux mille ans environ, ce n'a jamais été aussi complètement qu'ils le furent en Chaldée. Leur domination ne vint probal)lement à Suse (pie bien longtemps après la conquête du pays des deux fleuves; c'est pourquoi les ]-:lamites. subissant moins fortement l'influence des conquérants, ayant conservé libres leurs territoires montagneux et là un reste d'indépendance nationale, ont gardé leur

(1) Cf. DE MoiiGAN. Bull. Sur. normande de saut sur la distribulioii géographique des di-

Géoqraphie, 1881). - 1d.. l'Homme, 188.-,. verse- e^>èce<, aclucUes de Lémuriens el des

ii) Les iiaturalisles. IVapiiés des analogies races nègres el négritos (rien ne prouve d'ail-

(pii e.Yislenl entre rAfrii|ue el l'Asie méridio- leurs que ces deux races huitaines soient ap-

nale au point de vue zooiogiqiie, ont cherclié i)arentéesi. Il en est de même, d'ailleurs, pour

à les expliquer |)ar la supv.osition de l'e.xis- les autres mammifères, car l'Afrique centrale

knce d'une terre aujourd'hui di-parue. La el méridionale, dune f.art, et l'Inde, de 1 autre,

>. Lcmurie» de Hœckel aurait été un vaste con- forment, au point de vue de la faune, une re-

lincnt, situé à hi place de 1 actuelle mer des gion naturelle. (Cf. A. Murr.w, The Geogr. dis-

Irules, reliant 1 Oueslde l'Inde à l'i-lst de lAfri trib. of mammah, 18G(;.)

(pie. C'est là que Ha-cUel place le l.erceau de ('3) 11 esl fort probable que les autochtones

llmmanité. Le nom de Lémurie élanl tiré de de l'Asie antérieure appartenaient à plusieurs

celui des Lémuriens, famille de siMi;esdont le familles .anllirppolùgiL|ues et linguistiques, et

naturuliste allemand fait descendre Ihomme. ipie les peuiiles du Nord étaient entièrement

G. de jMortillet {Malériaux, 188Lp. Uli accepte différents des négritos du Sud. fJ. M.) I li>pothèsf de l'existence de cette terre, se ba-

LASIE ANTKHŒUIU-: ET L'EGYPTE A.NTK-llISTOiUOUES 193

langue, leurs usages et plus tard à mrnu^ de reprendre leur entière liberté.

L'ElamforniaiL prol)ablement déjà un véritaljle Etat quand les Sémites l'occupèrent. Seul, un peuple constitué est capable d'uu mouvement de rèaclion comme celui (|ui prit place vers la fin du troisième millénaire, sous la couduile de Koudour Naklikhountè l'Ancien ; tandis qu'en Chaldée, assemblage sans cohésion de petites tribus, l'asserx issement fut rapide et définitif. Si les Sémites ont soumis l'Elam, ce ne fut (|ue pour écraser un ennemi qui menaçait leur empin» ; mais ils ne colonisèrent pas sur les bords du Kàroun et de la Kerkha, comme ils l'avaient pu faire sur les rives de l'Euphrate et du Tigre,

Quant à la cause qui porta les Akkadiens à (|uitler leur patrie d'Arabie, elle nous échappe. La migra Lion ne fut d'ailleurs que partielle; la péninsule demeura peuplée de Sémites. Elle fut très importante ; en eflet non seulement elle couvrit la Chaldée, mais aussi elle essaima en Egypte, enSyrie, sur lehaut Tigre, etfit rayonner son influence jusque dans les îles de la Méditerranée. Devons-nous l'attribuer à des éruptions volcaniques rendant certains districts arabes inhabitables (1) ; à l'immersion de terres autrefois peuplées ; à des modifications climatéi icjues, transformant en déserts arides des provinces jadis riches ; ou à des guerres, à des luttes entre tribus, obligeant les vaincus à s'expatrier .' Il n'est pas nécessaire, je crois, daller chercher si loin les causes de ce mouvement. Comparée à l'Arabie, la Chahb^e était un pays privilégié ; les colons y affluèrent, tentés par ses richesses, lentement d'abord et par groupes isolés; puis en j)lus grand nombre, Jusqu'à imposer leurs volontés aux indigènes. Ne voyons-nous pas dans l'histoire cent exemples de semblable pénétration lente ?

Le premier départ des Sémites d'Ai-abie remonte siuemenl a une très haute antiquité, à cincj ou six mille ans au moins avant notre ère; en sorte qu'au moment où débute pour nous l'histoire, vers ùOOO avant J.-C, les premiers habitants de la Chaldée étaient déjà absorbés (2).

Il ne faudrait pas, comme ou Fa lente, s'appuyer sur \o manque

(i;Lapliiparldesvolcans<leriitliiopieclaioiit lieu i)rès do Mcdiiie en l-25t). (Cf. Holdas,

viicore en feu à Tépoque des Ptolémées (m' à Comptes rendus Acad. Se, t. CXXXVHI, p. 415.')

i"s. av. J.-C. )el quelques cônes, sur les bords (i) L'absorption d'un peuple par un autre

de la mer Rouge, en Arabie, n'ont que depuis n'exige pas un temps aussi long que bien des

peu cessé d'être en activité. Une éruption eut auteurs sont tentés île le penser. Ouel(|ues

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LES PIŒMIÉRES CIVILISATIONS

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