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TU

incisée.

Invasion

Art g r é c 0 -

Invasion

Sicuie.

dorienne.

phénicien à

dorienne.

Décor géomé-

Art

XV siècle.

Chypre.

xi" siècle.

trif|ue et na-

indigène.

Décadence

turiste sty-

décor géo-

lisé.

métrique et

Spirale.

naturiste à

Décadence.

xir au i\' s.

Vases

Atliènes.

x= siècle.

Y x' au \\V s.

peints.

Influence

minoenne.

ATTIQLE

COniNTIIE

GRÈCE

IIP période

Sicuie.

Zones

IX" au vir s.

d'animaux.

Intluence

ix" siècle?

phénicienne,

Personnages, viii» siècle?

IV« période Sicuie.

Influence

grecque.

virau vs.

Inscriptions.

Pein-

Influence grec<pie.

Importations corinthiennes

VIT siècle.

ture

Pein-

vir siècle.

noire

ture

rouée

V' période

Cérami([ue in-

grec(iue.

digène du

Lekytos

type corin-

blancs.

thien.

i\ et iir s.

Céramiqu

e au tvpe grec dans toute la Méditerranée orientale

et centrale, sauf dans les Etats carthaginois, m' siècle av. J.-C.

Tableau nionlranl les diverses phases des avis céramiques dans VAsie anlérieure el le bassin méditerranéen, ri leur dérivation hiipothétique

•20/| LES IMiEMIÈRES CIVILISATIONS

peinture, ces deux pi'océdés étant complèlenient indépendants l'un de l'autre.

La solution de cet inléressanl problème repose donc uniquement sur une question de dates ; et personne ne supposera qu'en Europe, ces arts céramiques soient antérieurs à ceux de Phénicie (1), d'Egypte et de Chaldée. La priorité appartient sans conteste à rÉlam, mais le sud de la Cappadoce et la Syrie ont été rapidement ses élèves; dès le quatrième millénaire, les riverains de la Méditerranée étaient instruits de cette industrie. Comment admettre quelle soit disparue pour revenir plus tard dans les mêmes pays, issue d'un nouveau foyer d'invention?

Pour se mieux rendre compte de l'énorme influence ([u'eurent les arts orientaux sur les pays les plus éloignés, il est intéressant de (juitter les côtes d'Asie et d'examiner l'évolution artistique dans les régions lointaines des Portes d'Hercule.

A l'extrémité occidentale du vieux monde, en Espagne, lait de peindre les vases est certainement venu d'Orient; car nous voyons, à partir d'une certaine époque, se présenter dans la péninsule les mêmes procédés techniques et fréquemment aussi les nuMues formes ((ue nous connaissons déjà dans l'Est méditerranéen.

Les recherches en i-^sj)agne ont été jusqu'ici j)eu nombreuses et généralement mal roordoniu'es; aussi ne rencontrons-nous pres(jue ([ue des documents épars, dépourvus pour la plupart de ces certificats d'origine (|ui leur donneraient une si grande valeur. Toutefois, il est dès aujourd'hui possible d'entrevoir les grandes lignes de l'art céramique espagnol.

Je ne parlerai pas de la phase dans laquelle l'aitiste incisait la pâte et remplissait les ornements d une matière blanche (2). Ce j)rocédé est troj) répandu, en Europe comme dans l'Asie occidentale, pour qu'on puisse tirer de sa présence de solides conclusions;

(1) Les divisions oUiiilits poui- la < iramique 270) propose poui- les iléijuts de lu civilisation

paleslinicnne sont les suivantes : I. Indigène chananéenne, la <late approximative de 30(XJ

!H. Vincent) =: pré-israélite arcliaïque (Bliss) av. J.-C. (chananéen ancien 3000 à 1550). Cette

= .\morile (FI. Pétrie); 11. Chananéenne (V.)=: date, à mon sens est beaucoup trop basse en

pré-israélite postérieure (B.) = phénicienne raison du développement que nous constatons

(P.); III. Israélite (V.) = juive [B. I' ); IV. Ju- à cette époque en Egypte et en Chaldée, pays

déo-hellénique (V.) = séleiicide (B. P.). La qui, forcément, se trouvaient en relations

classidcalion adoptée jiarH. Vincent {Canaan. constantes avec la Syrie.

l'.to7, p. 18 et chap. V, p. -297. sq.; est de beau- (2) Cf. Paris, Essai sur l'ail el l industrie de

coiii) la plus judicieuse. R. Dussaud {Revue l'Espagne primilire, t. II, 1904, p. 43, fig. 20

de l Histoire des religions, 1907, I, pp. 349-350, el (vases préhistoriques de la coll. Bonsor). Ilei'ue de l'Ecole d'Anthropologie, 190S. p|). 269-

LASIK ANTKRIEURE ET L'KGVP'I H \NTK-inST<JlUOL ES "200

nous le considérons comme indigène. Je mCn tiendrai à la céramique peinte.

Les premières influences orientales se l'onljCii I-^spagne comme en Sicile, sentir dès les temps fort anciens, et tout i)orte à croire qu'elles sont dues au foyer crétois, ou lout au moins aux mêmes enseignements (1), venus de proche en proche.

Ce n'est cpu» |)lus lard (|u'a|)|)arail Tari niinoen dans son entier dévelo|)pement, au point qu'on serait tenté de croire que bien des spécimens de cette céramique ont été importés de Crète et n'appartiennent pas aux induslries indigènes (2). On y voit l'ornementation géométrifjue, la ligu ration des [)lautes et des animaux (3) par des procédés crétois et mycéniens.

La poterie grecc|ue vint ensuite, i\u septième au cinf|uième siècle, importée de lAtlique ; mais en Espagne elle ne lit pas école comme en Étrurie. L influence phénicienne, prenant vile le dessus, détruisit le peu d'aptitudes arlisli(pies que possédaient les peuples de l'Ibérie.

L'Espagne, tant par sa sculj)ture que par sa céramique, ne semble pas devoir jamais montrer des tendances artistiques indigènes bien élevées. Tout ce quelle [)OSS(''da lui vint de Tétrane-er et, semble-t-il, cette semence tomba dans un terrain stérile.

Mais revenons aux peuples orientaux.

A la question de l'origine des progrès dans la Chaldée et l'Élam vient s'ajouter un autre problème non moins inij)(>rtanl, celui de la découverte de la métallurgie; car nous soyons apj)aj-aître le mêlai vers répocjue où l'homme avait inventé l'écriture, plutôt avant qu'après (/i). Ces divers laits sont intimement liés et c'est leur ensemble qui a élé la cause ])rincipal(> de la supériorité du peuple parvenu le premier à ces connaissances.

Je pensais auliefois (5) que la découverte du bronze était unique et originaire de l'Extrême-Orient, et je crois encoi'e (jue ce centi-e n'a pas été sans grande influence dans le monde, surtout en ce qui

(1) Cf. p. Paris, o/>. i-it., fi^. -21 ù'J^ el 104), surloul If^l i .Musée de Madrid); reprîseiUalion (^^ ' d'oiseau rapi)elant celles de la Crète, de la

(2) Cf. P. Paris, op. cit., fig. 16 (urne de la Syrie el de Chypre.

collection Gil, à Sarafiosse), fig. 99 (fragm. (4) Les signes des métaii.x usuels et pré-

provenanl d'Elche, Musée de Madrid), fig. 101 cieu.v sont au nombre des plus anciens, ce

Mu-sée de Taiagone , lig. 102, 103 (Musée de qui tendrait à prouver que lécrilure ne prit

-Madrid), iig. 169-173 ^. M usée du Louvre), naissance qu'après la découverte de la mélal-

fig. 17.5-170 (Musée du Louvre), (ig. 178 (Musée lurgiellChaldée).

de Saragosse). i^) CI"- J- oii Morga.n-, nech. oikj. peu/des du

(3) Cf P. Paris, vp. ril., fig. 180 à KK) et Otncaxe, -2 vol., 1889.

stations préhisloritiues de la vallée du Nil, entre Koiifl el Louxor.

L'ASIE ANTÉRIEURE ET LÉCVPTE A.XTÉ-HISTORIQL'Ey

concerne les origines euroj)éennes ; niais, en ce (jni regarde les pays chaldéo-élaniiles, je suis aujourtriuii amené à supposer un foyer spécial, silué vers l'est de TAsie anléiieure el dans ses montagnes riches en minerais cuivreux (i).

Les premiers instruniciils niélalli(|ucs, lanl en l-^gyple (ju'à Suse et en Glialdée, sont en cuivre pur (2); mais rapidement intervient le bronze, et c'est en vain que je cherche le lieu d'où provenait Télain que renferme cet alliage. Le milieu chaldéeu de civilisation remonte à une telle antiquité qu'il est bien dillicile dadnietlie, pour lui, des relations comnierciales avec les lointains pays où gît la cassilérite (3).

Dans la Aallée du Nil, I ijidnslric ncolilhicinc avait j)ris une grande extension (Zi) grâce à la ([iialiiccla Tabondancc des inatiè)-es

(1) De toutes les villes de la Glialdée, Suse est de beaucoup celle dans laquelle les fouilles ont mis au jour la plus grande quantité de métal (Cf. Mém. de la Délég. en Perse) ; la statue de la reine Napir-Asou, seule, pèse environ 2. (M) kiloiframmes. ITne si grande abondance de cuivre laisse à penser que l'Elani était un centre i)roducteur important. Les mines se trouvaient probablement dans le massif montagneu.v du Haut Kàroun et du Haut Ab è Diz, là où existent des formations géologiques propres à renfermer des liions cui)rifères. Malheureusement, ces montagnes sont encore peuplées de tribus si peu hospitalières, qu'ai)rès deu.x tentatives infructueuses en 1891 et en 1898, j'ai dû renoncer à leur exploration, (.f . M.)

(■2) Cf. Beuthelot, Comples rendus de l Académie des sciences, t. CXXIV, pp. 1119-1125. — .1. DE MouGAN, Recherches sur les origines de l'Ei/ypte, le Tombenu de Xégadah, 1897, p. 247. — li en est de môme dans toutes les civilisalions métallurgiques primitives des pays méditerranéens.

(3) Cf., dans J. i>e MoncAN, Rech. orig. peuples du Caucase, t. II, carte des gisements d'élain connus dans le monde entier. L€s gisements d'étain de la Malaisie n'ont pas été exploités dans la haute antiquité. — Cf. J . OE MoRCiAN, La géologie et l'industrie minière du royaume de Pérak, ds Ann. des Mines, mars-avril 1886.

(4) Avant mes découvertes et mes publications de 1896 et 1897, sur l'âge de la pierre dans la vallée du Nil, les égyptologues se refusaient à reconnaître l'existence du préhistorique en Egypte. Voici, comment en 1875, s'exprimait à cetégaid P. Pierret (Dic/. d'arch. égyptienne, p. 439, article Pierre), résumant l'opinion générale qui s'est maintenue jusipi'eii 1896: « On a trouvé, à Biban-el-Molouk, (le nombreux silex de forme lancéolée, évidemment travaillés par la main de l'homme ; ilsappartiennentà l'âge hisloriiiue de l'Egypte. On s'y est servi, jusque sous les Plolémées, de silex pour faire des pointes de flèches (nous

en avons au Louvre, salle civile, armoire il), des pointes de lances, dos lames de couteaux emmanchées dans du bois ; c'est avec des instruments en silex qu'on pratiquait l'incision nécessaire pour l'éviscéral^ion des momies el l>our enlever la peau de la plante des pieds. — La constitution du sol de l'Egypte ne permet guère d espérer qu'on y trouve jamais des traces de l'homme préhistorique. >■ Et P. Pierrot cite, à l'appui de ce qu'il avance : Ihdlelin de l'Instilut égyptien, n° 11, pp. 57, 74; Lei>siLS, Zeitschr. /'. JEgypl. Sjirache, 1870, p|i. 89, 113 ; Chabas, f Antiquité historique, p. 389. — Le vicomte de Rougé écrivait, en 189.j (pendant même que je coin])osais le premier volume de mes Recherches sur les origines de l'Egypte): « On doit écarter du débat (sur le> origines) la constatation qu'on avait cru faire en Egypte, comme dans d'autres pays, d'une époque préhistorique, par la découverte de gisements de silex taillés. Les remarques de Mariette, Chabas el d'aulres savants, ont montré que ces instruments avaient été employés pendant toute la durée de l'Empire égyptien (Orig. de la race égyptienne, in Mém. Soc. Antiq. France, t. LIV, 189.^, tirage à part, p. 15). — C'est imbu de ces principes plutôt surprenants que Flinders Pétrie, ayant eu main tous les documents pour établir l'existence de l'âge de la pierre en Egypte, mettait sous presse, en 1S96, son livre I\'ag(idu and Dallas, expliquant par l'intervention d'une New race ses découvertes que la science officielle ne lui permettait pas d'expliquer naturellemenl. Nos deux livres sortirent en même temps ; la Xeti' race rentra dans le néant d'où elle n'aurait jamais dû sortir, et le préhistorique égyptien devint de suite l'objet des études d'une foule d'archéologues heureux d'exploiter un filon aussi riche, qu'ils n'avaient pas su découvrir eu.\-mêmes. Les stations de l'Egypte furent mises à sac, et comme on s'y pouvait attendre, les observations scientifiques furent presque entièrement négligées, les chercheurs, pour la pliqiart, ne s'attachant qu'à la valeur vénale des objets qu'on vit ai"-

LES PHKMIKRP:S r.[\ILlSATlONS

premières que fôuniisseuL ses montagnes (1). Parmi les restes do ces industries, parvenus jusqu'à nous, les slalions du Fayoum (2) sont, à coup sûr, les plus anciennes ; tandis que celles de la Haute Egypte (3) semblent avoir précédé de fort peu, si elles n'en sont contemporaines, le grand événement d'où devait sortir l'Egypte pharaonique {!i).

L'histoire de ce pays nous est mieux connue que celle de tout autre, grâce aux facilités rencontrées par les savants pour son exploration. L'homme y apparaît par son industrie paléolithique (5), puis, après un hiatus compienant les industries archéolilhique et mésolithique (6), nous le retrouvons taillant et jiolissant le silex avec une rare perfection. Enfin, employant les roches dures (7) et atteignant dans la fabrication des objets de pierre un véritable art qui n'a été surpassé dans aucun pays, il creuse des vases dans les matières les plus résistantes, sculpte l'os et Tivoire et possède une superbe céramique, quand le métal fait son apparition.

Entre les stations du Fayoum et celles du Saïd avec leurs nécropoles, leurs débris, leurs lestes d'habitations, est une grande distance, et cependant, malgré l'a ppari lion de formes nouvelles, il semble (jue ces deux civilisations se font suite; la seconde étant fortement (Mnpreinli^ d'innucnces étrangères (8),

parailrc enfouie sur tous les marchés de 1 Europe. L'exposé très complet des discussions survenues au sujet des premières civilisations dans la vallée ilu Xil est donné par E.-A. Wallis Budge dans H;iupt in Ihe neolilliic and archaic period, IWi, chap. I, Tlie predynastic cgyplians.

(1) Le silex égyptien du Saïd appartenant aux étages Turonien et Sénonicn est des plus beaux et des meilleurs qu'on puisse rencontrer pour la fabrication des instruments.

(2) Dimeh, Om el Atl, Kom Hachim.

(3) El'Amrah, Toukh, etc.

(4) Nous n'avons pas encore retrou\é de textes chaldéens faisant mention des premières colonisations asiatiques dans la vallée du Nil; mais la Bible qui, comme on le sait, a tiré toutes ses données historiques des archives de la Babylonic et n'est, somme toute, qu'un reflet des annales primitives, montre Mitzra'im, fils de Cham, quittant la Chaldée lors de la dispersirm des peuples et venant s'établir en Egypte [Genèse, XI, 4). Or, cette dispersion n'eut lieu qu'après la construction lie la tour de Babel, c'est-à-dire à une époque où les Suméro-Alikadiens étaient déjà assez avancés en civilisation pour concevoir et exécuter de grands travaux. C'est donc munis de connaissances avancées que Mitzra'im et ses hommes gagnèrent la vallée du Nil. Ces indications co'incident de jour en jour plus étroitement avec les données fournies par la lin-

guistique et l'archéologie. La dispersion des peuples de la Bible ne serait donc que le souvenir imprécis des émigrations qui prirent place dans une antiquité extrêmement reculée sous la pression de la colonisation sémitique grandissante en Chaldée.

" (5) Cf. J. DE MoR(;.*.N, 1896, Rech. sur les orig. de ÏE<j]jide, iùtje de la pierre el les mélaux.

(6) La station, aujourd'hui disparue, d'Hélouan doit peut-être se ranger dans les temps (|ui précédèrent, en Egypte, l'usage de la pierre polie. La collection la plus importante de cette station ^e trouve dans les galeries du Musée Kircher à Rome; on y remarque de grandes analogies avec l'industrie archéolilhique de l'Afrique du Nord (Tunisie, Algérie).

(7) L'usage des roches dures, pour la confection des haches, n'apparaît en Egypte que fort peu avant l'arrivée (les métaux si ce n'est en même temps.

(8) Les relations très anciennes de l'Egypte avec l'Arabie sont, suivant le professeur Schweinfurlh (De l'orig. des Egyptiens, Bull. Soc. Khédiv. Géogr., W' série, n"> 12, 1897),prouvées par ce fait tjue les arbres sacrés de l'Egypte, le Persea et le Sycomore, cultivés dès la IV<^ dynastie <t avant, appartiennent à la flore spontanée de l'Arabie Heureuse et de l'Abyssinie du Nord. Cette déduction du savant botaniste allemand ne semble pas justifiée; car il se peut que ces espèces fussent

L'ASIK AMKIUEURE ET LÉC.VPTE ANTÉ-IIISTORFOUES

tandis ((iie la première semble être fraiicheinent africaine (1).

L'industrie énéolithique d'Egypte montre une céramique ornée. Comme en I*]lam, ces peintures représentent des hommes, des animaux, des plantes, des barques et cent objets inconnus aujourd'hui. Elle apparaît subitement avec le métal; c'est une révolution complète dans l'industrie de la vallée du Nil.

J'ai fourni jadis bon nombre de preuves de l'origine asiati(|U(' ['2) de la civilisation i)haraonique (3). Il semble utile de les reprend le sommairement aujourd'hui que le préhisloj-i(|ne égyptien a été plus étudié et que, pendant ce temps, j'ai moi-m(''me fait de nombreuses observations en Chaldée, en Élani et dans la majeure partie de l'Asie antérieure.

Longtemps avant mes découvertes relatives au préhistorique égyptien, les égyptologues les plus éminents, de liougé (/j), Lepsius(5), Maspero (6) et d'autres (7), bien des assyriologues (8), s'ap-

jadis l)caucoup plus répandues, et que les points où elles croissent aujourd'hui ne soient que les témoins d une flore beaucoup plus étendue et en grande partie disparue par suite des changements de climat.

(1) Les types de Fayoum se retrouvent avec quelques variations jusqu'au sud de l'Algérie et dans le Maroc ; leurs gisements sont continus au travers de la Tripolitaine, de la Tunisie et du sud algérien.

(2) Cf. Genèse, chap. X, V, 3-6. Misraïm, fils de Kham, frère de Koush l'Ethiopien et de Canaan, se fixa sur les bords du Nil avec ses enfants. Loudini, l'aîné d'entre eux, personnifie les Egyptiens proprement dits. — G. Mas- PEHO, Hisl. anc. p. Or., 1893, p. 14. — Pline, Hist. nul., VI, c. 29, attribue à des Arabes la fondation dUéliopolis. — G. de Morlillel (Cf. Matériaux, 1884, p 119) considère la civilisation égyptienne comme d'origine africaine, se basant sur ce que : 1° l'usage du bronze i)arait avoir manqué en Afrique; or, on le rencontre en Egypte, largement représenté; 2° la domestication des animaux, que nous voyons florissante en Chaldée et en Elam dès les temps les plus anciens et qui peut avoir appartenu aussi bien à la vallée du Nil qu'à celle de l'Euphrate-Tigre; 3» sur ce que cette domestication s'appliquait à des espèces africaines, le chat, le chien, l'anlilope, l'âne, etc.; or, rien ne prouve que le chat, le chien et l'antilope ne fussent pas également à l'état sauvage dans l'Asie antérieure. Quant à l'âne, il vit en bandes dans le grand désert de Kirman. Le bœuf vivait en Asie comme en Afrif|ue et, d'ailleurs, il se peut que les procédés de domestication eussent, en Egypte, été ap])li(]ués aux animaux de la région sans que pour cela la domestication elle-même y ait été découverte; i" sans le fer, la civilisation égyptienne n'aurait jamais pu atteindre le haut degré de développement où elle est parvenue. Les rociics d'Kgypte sont fort dures, le fer était in-

dispensable pour les tailler. Or, les récentes découvertes tant en Egypte qu'en Chaldée montrent que ces roches dures étaient déjà finement ouvrées dès les premiers temps du cuivre pur ; on est donc bien loin encore de l'usage du fer. L'absence d'un état du bronze dans l'Afrique, si elle est réelle, montrerait simplement que les populations extra-égyptiennes n'ont connu que tardivement le fer et sont directement passées à son usage en sortant de l'état néolithique, tout comme le fait eut lieu dans la Finlande.

(3j Cf. .1. DE Morgan, Recherches sur les oriyines de l'Eijypte, 1890-1897.

(4) E. DE HoL'GÉ, Rec/i. s. les monum. qu'on peut attribuer aux six prem. dijn. de Manelhon, 18()G, p. 2-

(5; Lepsius accordait aux Khamites une origine asiatique; Schweinfurlh les suppose issus de l'Arabie méridionale et leur attribue un développement spécial aux conditions africaines, tandis que les Sémites, « leurs congénères sauraient évolué suivant celles de l'Asie. Cette hypothèse repose sur la conception de l'iioinme primitif unique. Il semblerait plus rationnel de sujjposer que le type khamilique n'est que le (iroduit d'im mélange des races africaines avec celles de l'Asie antérieure méridionale, mélange effectué par contact dansles régions voisines de la mer Rouge.

(6) G. Maspero, //«?. nnc, p. 10.

(7) Vicomte J. de Roucé, Origine de la race égyptienne, ds M(hn. Soc. anliq. France, t. LIV, 1895 — E.-A. Wallis Bi'dge, E(jijpt in the neolithic and archaic period, 1902.

(8) Fritz Ilommel {Ancienl Orient, 1895) pense ((ue longtemps avant l'an 4000 av. J.-C, mille ans |)eut-étre auparavant, les ])remiers émigranls bal)yloniens seraient arrivés sur les bords du Nil. 11 aflirme que la moitié des mots égyi)tiensde l'ancienne jiériode sont de racine sumérienne et cite, à rapi)ui de son hypothèse, une longue liste d'hiéroglyphes démontrant

210 LES PREMIÈRES CniLISATIOXS

puyaiit sur des données linguistiques, avaient conclu à l'origine asiatique des Egyptiens pharaoniques. Voici comment ils s'exprimaient :

« La race égyptienne se rattache aux peuples blancs de l'Asie antérieure par ses caractères ethnographiques ; la langue égyptienne se rattache aux langues dites sémitiques par sa forme grammaticale (W Non seulement un grand nombre de ses racines appartiennent au type hébréo-araméen ; mais sa constitution grammaticale se prête à de nombreux rapprochements avec l'hébreu et le syriaque (2). » Et « s'il y a un rapport de souche évident entre les langues de l'Egypte et celles de l'Asie, ce rapport est cependant assez éloigné pour laisser au peuph' qui nous occupe une physionomie distincte » (S).

((■ Les Egyptiens appartiendraient donc aux races proto-sémitiques. N'enus d'Asie par l'isthme de Suez, ils trouvèrent établie sur les bords du Nil une autre race probablement noire, fju'ils refoulèrent dans l'intérieur (Zi). »

A ces opinions, basées sur l'étude approfondie des langues, viennent s'ajouter une foule d'indications concordant toutes avec les conclusions des linguistes (5).

J. Oppert ((>) a remarqué que l'évaluation du temps, chez les Egyptiens et les Chaldéens, est basée sur le même point de départ; car les deux cycles, sothiaque (égyptien) et lunaire (chaldéen\ se rencontrent en l'an 115^2 av. J.-G. (7); ce qui tendrait à indicjuer une origine commune.

Or. ces appréciations, basées sur des faits d'ordre général, se trouvent appuyées par une foule de détails dont l'intérêt néchap pera pas.

Les mesures de longueur dans les deux pays concordent exactement (8 .

d'après lui 1 identité des deux systèmes idéo- (5) A. Thomson et D. Randall Me Iver,

graphiiiues. The anc. races of Ihe Thebaïd. [Anlhrop. <■ Lon-

(1) Benfrey, Ueber das Verhaeltntss der dres, 1905.

Aegypi. Sprach. z. Sernitisch. Sprwlisl , Leip- (6) J. Oppert, Congrès de Bruxelle< . 1872,

zig, 1844. — ScnwARTZE, Dus Aile Aegypi, t. 1, p. 162.

p. 2003, sq. — E. DE RouGÉ, Recherches sur les (7; Celle date, 11&42 av. J -C.^ prise comme

monuments, pp. 2-4 — Lepsios, Zeilschrifl, indication de relations entre \a Chaldi'e et

1870, pp. 91, 92. — Maspero, Hisl. anc. peup. l'Egypte, n'aurait rien qui doive surprendre;

Or., 1893, p. 17. elle laisserait une période de quatre à cinq

(2» G "Maspeho, Ilisl. anc. f/eu]>les de rOrient, mille ans pour la phase d'incubation de la

V« éd., 1893, p. 16. royauté pharaonique. Mais si elle doit être

(3)E. DE RouGÉ, Recherches sur les monu- prise en considération, elle n'implique pas f.jr-

menls, p- 3.— Cf-HoMiiEi., Die Seniilischen Vol- cément des relations chaldéo-égypliennes à

ker und Sprachen, t. I, p. 9i, sq. ; 439, sq. — cette époque: car il se peut que le système chro-

Maspero, Hisl. peup. Or., V«éd., p. 17. nomélrique ne soit venu que plus tard dans

(4) Lepsius, Zeitschrift, iS'O, p. 92.— Mas- la vallée du Nil, de Chaldée où il existait déjà.

PERo, id., p. 17, (8) Cf. C. Mauss, lEylise Sainl-Ji-rcmie à

L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTK-IIISTORIQUES 211

L'usage du cylindre cachet (1), la culture du blé (2), originaire de Chaldëe, l'emploi de la faucille armée de silex (3), l'usage de la brique crue (4), les arts céramiques, la taille des pierres dures (5), la figuralion sur les vases des bateaux et des étendards de tribus (6), le sentiment artistique guidant la sculpture des menus objets (7), enfin l'incinération des sépultures (8), l'analogie dans les idées religieuses, sont tous caractères communs aux deux pays. Ainsi bien des observations se réunissent à l'aj)pui de l'hypothèse supposant l'origine asiatique de la civilisation dans la vallée du Nil.

Certainement le panthéon égyptien (9) diffère notablement de celui de la Ghaldée au point de vue des formes qu'il revêt, surtout dans les temps historiques ; cependant nous rencontrons là encore des traces d'origine commune (10). Les divergences ne sont dues qu'à des mélanges et à des développements indépendants, sous Tinfluence de clergés guidés par des intérêts divers.

Dans les deux pays l'origine politique repose sur la théocratie. Puis le pouvoir se sépare des prêtres ; mais les souverains conservèrent toujours un caractère sacerdotal, voire même divin (11).

Dans les religions de l'Asie antérieure et de l'Egypte se mon-

Abou-Gosch. Mesure Uiéorique des piliers de Tello, 1894.

(1) Cf. G. Jeouier, tls J. DE Morgan, 1897, Bech. ori(j. Egypt.; Tombeau royal de Néyadah, p. 2-29, sq , fig. 78i-7, 816-821, elc.

;2) Cf. Mastabas de l'ancien empire à Saqqarali.

(3) Cf. Fl. Pétrie, lllahun. Kahun <ind Gurob, pi. Vil, fig. 27. — J. DE Morgan, Rech. oriy. Eyypjte, 1897, p. 95, fig. 266-273. Méni. Déléy. en Perse, 1900, t. I, fig. 404-408.

(4) Cf. J. DE Morgan, Recli. oriy. E</;/p/e, 1897, p. 194. L'usage de la i>rique crue chez les Chananéens de même qu'en Egypte est sans aucun doute d'origine clialdéenne. Quant à la brique cuite elle ne semble pas avoir été employée dans la vallée du Nil antérieurement à l'époque romaine. Nous ne connaissons en Ghaldée (ju'un seul e.temple de construction en pierre appareillée, dans les murs du temple d'Eridon, déblayé par Taylor en 185'i. La matière employée est un conglomérat coquillier, de formation récente, très abondant dans les collines arabiques, bordant la vallée de 1 Euphrate. De nombreux fragments de cette pierre tendre se rencontrent dans toutes les ruines chaldéennes; on n'en trouve que très rarement à Suse.

(5) Cf. J. DE Morgan, id., 1897, p. 74 et sq.

— Fl. Pétrie, 1895, Naqada and Ballas, elc.

— E. DE Sarzec, Découverles en Chaldée, pi. XXVL

(6) Cf. J. DE Morgan, id., 1897, p. 92. — Fl. Pétrie, Diospolis, pi. XX, 8; Neqadah and

Ballas, pi. XXV, XXVI, etc. Les mêmes représentations se montrent sur la céramique susienne.

(7) Entre autres, la figuralion du lion (Cf. J. DE Morgan, Tomb. Boijal. Nèyadah, 1897, p. 192, fig. 698, 699. - G. Lampée, ds Mem. de In Déléy. en Perse, 1906, t. VHI, p. 159 et sq.), pieds de vases et de meubles en forme de jambe de taureau, fréquents dans l'Egypte archaïque et en Susiane, gravures sur pierre et sur os, etc.

(8) L'usage d'incendier les .sépultures, reconnu dans les tombes de Négadah et d'Abydos (rois thinites de la I" dynastie) se retrouve en Chaldée (Cf. R. Koldewey, Zeilschr. f. AssyrioL, vol. II, pp. 403-430), à El Ilibba et à Zerghoul.

(9) Sur le polythéisme et le fétichisme chez les anciens Egyptiens, Cf. G. Maspero, Bibl. éyyplologique, 1893, t. 1, p. 127, sq. — Lepage Renouf (Hibbert Lectures, 1879, p. 99) dit que le mot Xuter — Dieu n'a jamais été un nom propre, mais est demeuré toujours nom commun.

(10) Fritz Homme! {Ancienl Orienl. 1895) croit pouvoir affirmer une identité parfaite dans la généalogie des divinités égyptiennes et babyloniennes, identité qu'il retrouve dans les noms mêmes. —.1. Gaunier, Worship of llie dead; or, oriy in and nature of payan idolalry upon early hisl. of Eyypt and Babi/lonia, Londres, 1904.

(11) Cf. A. Wiede.mann, le Roi dans Cancienne Eyyple.

trentles traces de deux conceptions (1) primitives : du culte sidéral qui semble appartenir aux Sémites (2), et de celle des éléments et des facultés de la nature, qui paraît être l'héritage des Asiatiques non Sémites (3), si elle n'appartient pas aux couches anciennes de la population égyptienne.

Pour des causes politiques les deux cultes se mélangèrent en proportions diverses; de là ces nombreuses difterences qui feraient croire à des religions complètement indépendantes les unes des autres [h]-

Dans son remarquable ouvrage sur les religions sémitiques, le P. M. J. Lagrange (5) reconnaît, dans les concepts de la Chaldée primitive, ces deux éléments bien distincts, le naturisme et le culte sidéral (6) et, les attribuant tous deux aux races sémitiques, se préoccupe de rechercher l'antériorité de l'un sur l'autre. ^lais il me semble que ce serait là le cas de faire entrer en ligne le dualisme ethnique des Sumériens et des Akkadiens, dualisme dont nous ne possédons ((ue des traces archéologiques vagues, parce qu'il remonte à des époques très lointaines.

Ces deux éléments se retrouvent dans les notions religieuses parvenues jusqu'à novis. Aux Sumériens revient le naturisme, aux Akkadiens le culte astral (7). C'est ainsi, par la superposition des deux systèmes, que serait née la religion suméro-akkadienne ; les anciennes races conservant leurs divinités locales, les envahisseurs gardant pour leurs dieux le rang suprême.

La longue durée de la civilisation babylonienne, sa grande supériorité intellectuelle sur la culture des populations voisines, furent les causes de l'expansion de son influence qui s'infiltra jusque parmi les plus pauvres nomades de l'Arabie (8). Toutefois, la péninsule conserva plus pures ses traditions astrales et c'est

(1) En Chaldée, la triade suprême, Anoii. (4) Rien ne nous permet de dire ce qu'é-

Bèl et Ea, est issue d'un couple antérieur: talent au début ces divinités, si les Egyp-

Anchar, élément mâle symbolisant la totalité tiens les apportèrent toutes de leur patrie

des choses célestes et Kichar, élément fe- primitive, ou si beaucoup d'entre elles naqiii-

melle, symbolisant celle des choses terres- rent sur les bords du Nil. Au moment où

1res. (Cf. P. DnoRME, 11K)7, C/(o/x de ?ex(es, etc., nous les rencontrons pour la première fois,

introd., p. xvni.) leur forme s'était modifiée profondément au

(-2) Le dieu principal des Sémites était le So- cours des siècles, et ne renfermait plus tous

leilqu'ilspla(;aientau-dessusdetouslesautres les traits de leur nature première. (G. Mas-

dieux. Ils réunissaient en une même personne pero, Hisl. une. p. Or.. 189o, p. 25.)

les principes mâle et femelle, Anou-Anat, Bel- (5^ Lagrange, op. cit., ]>. 448.

Beltis. MardoukZarpanit, etc. Cf. Sayce, T/iC (6) A. Jere.mias, Da^i allé Tetilamenl, p. 23.

Ancienl Empires of //ig Efi.s/, pp. 389-390. (7) Saturne (Ninip), .Jupiter (Mardouk),

(3) A la religion, il convient d'ajouter, pour Mars (Nergal), Vénus (Ishtar), Mercure (Na-

la Chaldée, les superstitions magiques, qui bon).

sernblent être l'apanage de toutes les popu- (8) Winckler. lations primitives.

LASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTÉ-HISTORIOUES 213

en Chaltlée, centre du mélange originel, que le naturisme laissa le plus de traces.

A quelle phase se trouvait la religion babylonienne quand rÉgypte fut envahie par les croyances orientales? Nous ne saurions le préciser; mais il est aisé de retrouver dans le panthéon égyptien les dieux astraux d'origine sëmili(fuo, et de les séparer des divinités locales (1). Chaque nome possédait son protecteur, élément terrestre déifié (2). Quant au culte des forces reproductrices du genre humain si répandu dans toute l'Asie (3), il est rationnel d'en attribuer l'origine aux Sumériens j)lulàl (|u'aux Akkadiens.

En Egypte comme en Chaldée, les divinités sidérales occupent le premier rang, parce qu'elles sont celles des maîtres; mais, dans la vallée du Nil, les planètes ne sont pas, con)me en Asie, toutes divinisées; parce qu'en Egypte l'influence sémitique fut moins intense.

Malgré cette apparente confusion, on peut aisément i-econnaîlre dans Ra en Egypte, Chamach en Chaldée, Javeh f/i), Kamoch (5), Melqarlh (6) chez les Ghananéens, le soleil et ses manifestations, astre que nous retrouvons sous forme de dieu secondaire (7), chez les Ourarthiens non Sémites, sous le nom cVArdinich (8) et qui n'était entré dans le panthéon de ce peuple que par influence étrangère. Quant au grand dieu susien Choiichinak, il semble être indépendant de toute idée astrale.

Dans les deux pays, chaque ville, chaque tribu avait son dieu

(1) Sib (la terre), Notit (le ciel), Non (l'eau primordiale), etc. Les dieux des morts, Sokari, Osiris, Isis, Anubis, Nephthis semblent également correspondre à des croyances antérieures aux Sémites.

(-2) En Egypte, Sib, Nout, Tonen, dieux des éléments, semblent avoir été délaissés de bonne heure.

(3) Cf. M.-J. Lagrange, op. cil., p. 450, note 3.

(4) La religion du bas peuple d'Israël ne différait pas sensiblement, à l'origine, des autres religions chananéennes. Elle reconnaissait des dieux de nature diverse : dieux domestiques (teraphim), particuliers à chaque famille (Cf. Histoire de Racbel,6'c/iè.se, XX.XL 19-38 ; Juyes, XVIH, 15. sq.; Samuel, XIX, 13, sq.); dieux des astres et du ciel, dont le plus important s'appelait Javeh. (G. Maspeuo, Ilixl.nnr. dex peupleA de l'Orient, 5' édit.. ls;»3, p. 343,1. Le mot Javeh doit appartenir au vieux fond sémitique (Schradeh, Die Keilin.schriften und dus aile Te.'ilamenl, 1883, p. 23, sq.); l'origine et le sens n'en sont pas encore bien assurés ; certains criti<|ues sont

portés cependant à croire qu'il fut le dieu des Kénites avant de devenir le dieu d'Israël. (TiELE, Ven/elijkende (ie.tcliiedeni.f, pp. j58, ')W ; Stade, Geschichle des Volkex Israël, pp. 1:30-13-2.) Ses emblèmes étaient des images (éphod) d'homme, de taureau, de serpent en métal ou en bois, des pierres lirutes. des colonnes. (Cf. G. Maspeuo, op. cil., 1893, p. 34i et notes.)

(F>) Dieu de Moah.

ftî) Dieu de Tyr.

(7) Bien des conceptions religieuses asiatiques ont survécu jusqu'aux temps de l'antiquité classique. Cf. Fiîieu DEi.rrzscu, The babylonian origin of the greek cuit of Dcmeter and Persephone, Athenwum, l'.)04. II, p- S'ri.

(8) Khaldich est le grand dieu de l'Ourar- Ihou ; les dieux secondaires ou enfants de Khaldich sont extrêmement nombreux : Teichbach (maiire de I air et des cieux). .Vouich (l'eau), .\yach (la terre), Ardinich (le soleil), Silardich (la lune), etc. Les dieux sidéraux semblent n'être entrés dans le |)anthéon vannique que par contact de l'Ourartliou avec les Sémites.

principal, supérieur pour elle à tous les autres (1), même aux dieux ])riucipaux des peuples voisins, qu'il rejetait au second rang (2).

En agglomérant les divers districts, les conquérants réunirent aussi leurs dieux. C'était dune politique judicieuse; car, bien que sémitisés, les clans avaient conservé pour leurs divinités d'antan un attachement tel que chez eux l'idée de patrie se confondait avec leur culte (3).

Cet indice de nationalisme est surtout remarquable chez les Chananéens, qui, séparés du tronc sémitique dans des temps fort reculés, n'ayant pas éprouvé les vicissitudes de leurs congénères, s'étant développés librement, accordèrent à leur dieu principal un& importance prépondérante. Dans l'esprit de chaque tribu, le dieu national devint celui qui devait asservir l'univers entier, parce qu'il personnifiait ses intérêts, ses traditions, son désir de domination. Ne serait-ce pas là l'origine du dieu unique des Hébreux, du Dieu juif contempteur des autres divinités, comme ses adorateurs haïssaient tout ce qui n'était pas eux ? On aurait tort de rechercher, à ces époques, les origines du monothéisme dans des idées philosojihiques dont des pauvres nomades demi-sauvages sont incapables (/i).

Plus tard, ce principe domina, à Texclusion des panthéons multiples que leur complication même conduisit à la ruine (5). 11 fut d'abord exploité par les Assyriens, par les Hébreux et beaucouj) d'autres dans un sens exclusif; puis celte idée suivant le progrès, devint, chez une élite d'abord, puis chez les Aryens, la base lie toute la philosophie qui régit encore le monde. Si les Chananéens n'avaient pas quitté la Chaldée, s'ils ne s'étaient pas affranchis du joug des polythéistes, s'ils avaient, comme leurs congénères, accepté pour leur dieu un rang secondaire, le monothéisme n'aurait peut-être jamais vu le jour dans l'antiquité ((3).

(1) En Egypte, comme en Chaldt'-e, les dieux de l'Asie antérieure, le dieu disparaissait

siiivircnllesdestinées polili(|ues de leur ville. comme dieu devant son caractère national ;

Sin eut la suprématie tant que dura l'omni- aujourd'hui encore, dans tout 1 Orient, la reli-

potence dOurou ; il en fut de même à Lar- gion tient lieu de race et de nationalité,

sam pour Chamach, à Thèbes pour Ammon, à (5) Le polythéisme est la base de toutes les

Uéliopolis pour Râ, à Ninive pour Assour. religions sémitiques. En ce qui concerne la

(i) En Egypte, le même nôme pouvait avoir, Chaldée, « revenditiuer pour elle le culte d'un

en même temps, ses dieu.x solaires, ses dieux dieu unique ne peut être que le résultat

des éléments et ses dieux des morts, c'est-à- d'une illusion occasionnée par les elTorts d'un

dire trois classes divines, ne provenant cer- syncrétisme tardif». (P. Dhorme, op. cit., in-

laincment pas de la même origine. trod., p. xvu.)

(3] En Egypte, Hator à Dendérah, Nil à (G) C'est contre le cuite sidéral, dont l'im-

Saïs, Nekiiah à El Kab, Râ à Uéliopolis, porlance allait grandissant, que les prophè-

-Vmmon à Thèbes, etc. tes eurent le plus à lutter. (J.-M. Laorange,

(4) Dans l'antiquilé, chez tous les peuples op. cit., p. 4y(.i.)

LASIE ANTÉKIEURK ET L'EGYPTE ANTÉ-IIISTORIQUES 215

lui l>gy|)te (1), comme en Chaldée (2), nous voyons les animaux jouer un rôle important clans les concepts religieux (3). Ils devienuenL rincarnalion ou remblème des divinités, croyance sûrement étrangère à la famille sémitique, mais dont l'acceptation était destinée à concilier les idées anciennes avec celles des nouveaux venus.

Nos connaissances des religions primitives de TAsie antérieure sont encore trop imparfaites pour qu'il soit possible d'entreprendre leur élude comparée ; malgré cela, comme on le voit, il est aisé de se rendre compte du mélange qui se produisit lors de la concjuète akkadienne de la Chaldée et de celle de TÉgypte par les peuples asiatiques [fi).

A quelle époque s'est passé le départ des tribus mésopotamiennes vers l'Egypte et par quelle voie sont-elles parvenues dans la vallée du Nil (/i) ?

Les émigrants connaissaient le métal (5) et l'écriture hiéroglyphique ou tout au moins figurative. Ils possédaient l'art de peindre les vases, de sculpter des figurines. Ceci nous reporte au lem[)S où se déposèrent les couches du tell de Suse aujourd'hui situées entre 25 et 28 mètres de profondeur; c'est-à-dire à cinq milléniums avant notre ère, peut-être même avant.

Ce mouvement des tribus, depuis les bords de l'Euphrate jusqu'aux rives du Nil, se fit avec lenteur ; si toutefois ce sont les mêmes peuplades qui, parties de basse Chaldée, arrivèrent en Egypte. Il est plus naturel de penser que les hordes se chas-

(1) Tolli (ibis ou cynocéphale), Hor (épervier), Sovkou (crocodile), Amou (oie), Aniibis (cliaca!), Fiitah (bœuf)

(2) Les Koudourroiis cosséens fournissent une liste très importante des emblèmes divins. (Cf. J. DE MoiiGA>, Mém. Déléij. en Perse, l. I, l'JOO, pp. 165-16-2; t. VU, l'.)05, pp. 137-153.)

(3) Parmi les animau.x momifiés de l'ancienne Egypte, le docteur Lortel et M. C. Gaillard (/« Faune momifiée de l'ancienne Egiiple, Lyon, l'K)r>) ont reconnu : SZ/iye-s : Papio hamadryas (Linné), P. Anubis (F. Cuvier), Cercopilhecus grisco-viridis (Desni.j ; Chiens et Charal.s: Canis familiaris (L.), C. aureus (L.); Chais : Felis maniculata (Cretzs )ou F. l.>bica(Meyer), id. var. domestica (Fitz.); Insectivores : Crociduragiganlea (GeolT.),C.religiosa (Geoff.); /îojiyeiir.s : Acomys cahirinus (E. Geoff.), Mus .\le,'sandrinus(.ls. Geoff.); Bovidés : Bos Africanus (Fitzing); Anlihiies: Bubalis buseiaplius /Pallas) ; Gazelles : Gazella dorcas (Linné), G. Isabella (Gray.) ; Moulons : Ovis longipes (Fitz.), race palœotegyptiacus,

O. plalyura (Wag), race .Egyptiaca (Fitz.) ; Mouflon à numcheltes : Ammotragus tragelapbus (Cuvier) ; Chèvres : Hircus mambricus (Linné); H. tbebaicus (Dcsm), H. reversas (Linné) ; Oiseaux : :^8 espèces ; /?ep/i7es .• 3 espèces ; Poissons : Lates nilolicus.

(4) Il semblerait qu à Eridou (H. Rawlinson), il se soit formé une école de monothéisme. Mais celle doctrine, si jamais elle a existé, s'éteignit sans laisser de lraces.(A.-lL Sayciî, The Ancient Em/iires, p. 3H1.) M en fut de môme de la conception du dieu unique, dans la philosophie grecque et pour l'unité divine d'Ammon Ihébain imaginée par les grands prêtres dans un but politiiiue.

(d) L'anthropologie signale en Egypte, dès les temps néolithiques et énéolithi<iues la présence de deux races juxtaposées, l'une autochtone (.') sous mésatiréphale, l'autre envahissante (?) dolichocépliale. (E. Chamre, Congrès de Paris, 2-!» aoiH lîtOO. Bec. Ecole Anthrôii., liKXi, t. VIII, p. 287.)

LES PREMIÈfŒS CIVILISATIONS

sèrent les unes les autres, et que celles qui parvinrent au Nil n'étaient pas toutes les descendants de celles qui avaient bu l'eau du Tigre ou de l'Euphrate.

En route, de proche en proche, ces hommes se perfectionnèrent et, partis peut-être avec la pictographie pure ou l'hiéroglyphe rudimentaire, il se peut qu'ils soient arrivés avec un système tout constitué d'écriture, indépendant de celui qui s'était formé en Chaldée après leur départ.

Le tombeau de Menés (l), à Négadah, qui peut être placé vers les débuts du quatrième millénium av. J.-C. (2); ne doit pas être considéré comme contemporain de l'invasion, bien loin de là. Des siècles se sont écoulés entre l'arrivée des premiers envahisseurs et la fondation d'une monarchie. 11 fallut se trouver en nombre, subjuger les premiers occupants du sol, s'établir dans le pays, s'emparer des foyers de résistance, centres de la richesse, enfin reunir les éléments d'un pouvoir politique (3). Cette période d'incubation de la monarchie pharaonique est celle des dynasties divines ou des serviteurs d'Iiorus; l'Egypte elle-même nous en a transmis le souvenir dans ses légendes (1).

Par quelle voie se fit cette invasion ? Nous l'ignorons parce que nous ne connaissons pas l'état des routes d'alors. L'Arabie n'était peut-être pas infranchissable comme de nos temps, et la mer Rouge oflrait peut-être des passages.

Si les conditions naturelles étaient les mêmes qu'aujourd'hui, ce qui semble probable, la migration, remontant l'Euphrate (5),

(1) Les seuls métaux alors connus étaient le cuivre et l'or. O. Montelius (Soc. d'Anlhrop. et de Géoijr. de Stockholm, 18 sept. 1885) déclarait qu'on ne possédait alors (1885) aucune preuve certaine de l'emploi du fer en Egypte avant l'an 1500 av. J.-C. et, depuis, aucun fait nouveau n'est venu contredire cette assertion. En 1883, M. G. Maspero (.Soc. d'.An;/!rop. de Puri.s-, 15 nov. 188rl), se basant sur des découvertes de viroles de fer dans la pyramide noire de Dahciiour qu'il pensait être de l'ancien empire, émettait l'opinion que le fer, quoique très rare, était en usage dès la IV' dynastie. Mais, d'une part, il a été démontré que la pyramide noire de Dahciiour ne remonte qu'à la XIP dynastie ; d'autre part, le site e.xact dans lequel furent trouvées ces viroles n'ayant pas été observé scientinquement, celle trouvaille n'infère en rien les assertions de M. O. Montelius.

(2) Suivant FI. Pétrie (Royri/ Tombs, part. II, p. 4), la tombe royale de Négadah ne serait pas celle de Akha, mais celle de Nit-Khetep, femme de Menés. Mais celle opinion ne

semble pas devoir être acceptée par les égyptologiies. (Cf. BoRCHARDT, in Sitzungsberichte der Kônig. Preugs. Akad. der Wissenschaften zu nerlin Ges., v. 25, nov. IB'JV, p. 1054, sq. Ein neaer Kùnigsname der Erslen Dijnitstie. — E.-A. Wallis Budgl-, .1 Ilistory of Eyypt, vol. 1, 1902, p. 174. sq.)

(3) L'école memphite comptait 770 ans pour la durée des trois premières dynasties pharaoniques et pla(;ait le règne de Snéfrou vers 3998 avant noire ère. Ce calcul donnerait pour l'époque de Mènes 4777 ans av. J.-C., évaluation d'ailleurs vraisemblable.

(4) Le professeur Sergi, dans sa Mediterranean Race, p. 91 (cité par E.-A. Wali.is BuDGE, A History of Eyypt, vol. I, 1902, p. 34, sq.), soutient l'origine africaine des anciennes races d'Egyi)te, au point de vue anthropologique. Je partage sa manière de voir en ce qui concerne le fond de la population dans la vallée du Nil ; mais cette constatation ne louche en rien à l'origine asiatique de la civilisation pharaonique. (J. M.)

(5) D'après les données certainement fan-

L'ASIE ANTÉRIEURE ET L EGYPTE A.NTÉ-lIiSTOaiOUES 217

gagna le Jourdain par la Cœlésyrie, descendit sa vallée jusqu'à la mer Morte et Édom et de là soit par le Sinaï, soit par le désert voisin de la côte méditerranéenne, parvint à la limite orientale; du golfe Nilothique, aucune autre voie ne lui étant ouverte. Mais comme conséquence forcée de ce mouvement, la Syrie et la Palestine reçurent des colonies mésopotamicnnes (1).

Le souvenir de cette invasion et probablement aussi d'autres qui se sont succédé, était resté vif en Chaldée ; car le même chemin fut suivi, à Ijien des siècles de là, par les llyksos d'abord et par les Hébreux ensuite.

En quel état les envahisseurs trouvèrent-ils l'Egypte ? Le Nil, toujours désordonné, ne déposait pas encore ses limons comme il le fait de nos jours. Des bancs de galets, situés à quelques mètres de profondeur près de Gebel-Abou-Fodah, m'ont appris que le temps n'est pas encore très éloigné où, tout au moins dans le Saïd (^2), ce fleuve avait encore, sur bien des points de son cours, un réo-ime torrentiel.

Sept mille ans avant nous, le Nil, couvrant le fond de sa vallée de galets, laissait çà et là de longs bancs de gravier et de sable. Changeant sans cesse son cours, abandonnant des bras morts de tous côtés, renversant un jour ce qu'il avait édifié la veille, il parcourait toute la haute Egypte et une partie de la moyenne sans laisser de limons en quantité appréciable (3). Son lit, couvert de broussailles dans les parties asséchées, de plantes d'eau dans les marais et les bras morts vieux de quelques années, laissait à droite et à gauche deux bandes de terres fertiles, inondées au moment des ciues {f\). Plus bas, les eaux s'étant calmées, les limons se déposaient

taisisles de l'école memphite, la durée des temps légendaiies en Egypte aurait été de 17.870 ans, se décomposant comme suit : I" dynastie divine, 12.300 ; II' 1.570; III' 3.650 ; IV» "(rois de This.), 350. Les trois premières dynasties historiques auraient donné une période de 779 années (1" dyn., 263 ans ; II', 302 ans ;III% 214 ans). Ce qui rapporterait à 18.649 ans avant Snéfrou (3.998 av. J.-C.), à 22.647 ans avant notre ère, les débuts de l'incubation en Egypte delà civilisation pharaonique. Inutile de dire combien ces nombres sont e.xagérés, surtout en ce qui concerne la période légendaire.

(li Depuis la hauteur de Bagdad ( Féloudj a) ju iqu'à la Commagcne, les émigrants remontant l'Euplirate ne rencontrèrent certainement pas une grande résistance ; car ces pays sont incapables d'une population nombreuse, les

terres cultivables se bornant à deux étroites

bandes (de quelques centaines de mètres au plus) à droite et à gauche du fleuve, limitées par des falaises caillouteuses. Ils durent même parcourir rapidement celte région trop pauvre pour les nourrir. Ce n'est ([n'en Syrie, pays fertile, qu'ils rencontrèrent les premières tribus assez fortes pour résister ([uelque peu à leur invasion. (J. M., Voyatje de V.m de la Chahh'e à la Si/rie.)

(•2} .lai donné dans Hecli. oriy. Eyijple, 1896, chap. I et II, une étude détaillée sur le creuseiiieiit de la vallée du Nil et sur la formation du sol fertile actuel de l'Egypte. (J. M.)

(3) Dans ces lits caillouteux gris, j'ai trouvé à .Malanah (Haute-Egypte) un éclat de silex finement relouché semblant appartenir à l'état néolithique. (J. M.)

(4) On peut se faire idée de ce qu'était l'allure de la vallée du >Jil à celte époque, en la comparant à ce qu'est aujourd'hui la haute

comme de nos jours et, surélevant le lit du lleuve, formaient des digues naturelles, laissant sur les bords du désert de longs marécages. Une végétation luxuriante se développait alors grâce à la grande humidité de ce pays sans hivers (4).

Le delta n'existait pas encore, le Nil rejoignant le golfe non loin du site actuel du Caire, yia'is ce golfe, naturellement peu profond,. se comblait peu à peu, laissant émerger çà et là des bancs de vase à peine durcie, bordés de roseaux gigantesques, couverts de gazon,, de broussailles, entremêlés de troncs d"arbres, de branchages arrachés par le fleuve aux forêts d'amont, chariés par le courant et rejetés par les vagues.

L'hippopotame, le crocodile habitaient ces îlots boueux et les. rives du fleuve, le sanglier vivait dans les fourrés ; des milliers d'oiseaux d'eau volaient en tous sens, quittant un marais pour s'abattre dans un autre. L'antilope, l'autruche, bétes du désert,, se tenaient sur sa lisière et, dans le bruit confus de tant d'animaux, le rugissement du lion jetait la terreur.

A droite et à gauche de ce vaste oasis, s'étendait le désert, avec ses immenses solitudes desséchées ; celui de l'ouest, se perdant à l'infini, couvert de dunes de sable, mobiles comme les vagues de la mer ; celui de l'est, balayé, dénudé, semé de galets brunis et brûlés par le soleil.

Mais, chaque année pendant plusieurs mois, le Nil sortant de son lit obligeait à fuir tous les hôtes de sa vallée. Habitants de

vallée tle l.i Loiie, en amonl de Nevers. Toutefois, en Egypte, les proportions du phénomène élaienl hien plus grandes, et les débordements annuels.

(1) Le docteur G. Schwelnfurlli qui, comme on lésait, fut l'un des premiers explorateurs du haut Nil, compare l'état dans lequel se trouvait jadis l'Egypte à ce qu'il a vu en amonl du confluent des deux fleuves. » Veuton se faire une idée de ce qu'était la vallée nilotique, avant l'introduction de la civilisation basée sur la cuit ure des céréales ? On n'a qu'à établir une comparaison entre le Nil supérieur, en amonl de Kharthoum, et le lleuve bleu du Senuaar, dans leur étal actuel. Des forêts épaisses d'acacias, de palmiers doûms et un certain nombre d'arbres à larges feuilles couvrent les îles et les plaines accessibles aux inondations et aux crues. Des taillis impénétrables, des bosquets épineux, des festons de lianes superbes comblent les lacunes entre les gros arbres. Parfois, s'offrent à nos regards do vastes clairières couvertes de prairies, tout aussi infranchissables, grâce à l'énorme végétation des hautes herbes qui y dominent. l.e cours du lleuve,

nullement réglé par des digues, marque,, selon l'importance des crues, entre de nombreux îlots, une certaine indécision de branches et de canaux. De nombreuse s lagunes,, des arrière-eaux se forment isolées pendant l'étiage et se dessèchent. Ailleurs, dans le& dépressions abritées pendant la crue, des infiltrations donnent naissance à des maraisconstants. Les bras du fleuve, arrêtés par des obstructions causées par la végétation aquatique, se remplissent de papyrus et d'îlots flottants. La région entourant cette vallée, si richement dotée d'une végétation permanente, donne lieu souvent aux conliastes les pluséclatants. Dans r.\frique équatoriale du Nord, les forêts riveraines, qu'on classe parmi les plus épaisses du monde, forment des bandes relalivemenl étroites, qu'entourent des prairies desséchées pendant huit mois de l'année, et qui n'ont même pas souvent la moindre feuille verte. Dans les régions du Soudan oriental, ces forêts riveraines sont moins nombreuses et ont moins de continuité. Le désert gagne partout du terrain. » (G. ScuwEiyFvimi, Bull. Khédiv. Géoyr., IV" série, n» 12, le Caire, 1897.1

L'ASIE ANTERIEURE ET L ÉGVPTE ANTÉ-IIISTORIOLES

tout genre gagnaient alors le désert, ou se tenaient dans les broussailles encore découvertes (1).

C'est dans ce milieu que s'était dévelo])pé 1 lioninie d'Egypte aux temps préhistoriques. Isolé du monde par les solitudes qui l'entouraient, attaché à sa terre et à son fleuve aux(|uels il devait tout, n'ayant d'autres ennemis ([ue les animaux féroces, nombreux alors, mais trouvant en abondance le gibier, le poisson et les végétaux comestibles (2).

Cependant il ne pouvait, lui non plus, habiter en tout temj)S la vallée d'une manière fixe. Chassé par les crues, il devait gagner les sables ou tout au moins se tenir sur les bords des terrains inondés. C'est là, en efl'et, qu'on trouve les restes de ses habitations, des enclos où il réunissait les troupeaux pour la nuit (3); quant aux traces de ses campements provisoires, dans les terres soumises à l'inondation, elles ont disparu sous les limons.

Si le fleuve nourrissait l'honime, il lui imposait aussi ses exigences ; lors des débordements, toute la terre étant couverte par les eaux, on ne tiouvait plus sa subsistance au jour le jour ; force fut donc de s'approvisionner à l'avance. C'est ainsi que rEgy[)tieii devint éleveur et agriculteur; que, semparant des bétes du désert et de la vallée (û), il en fit ses troupeaux, auxquels il joignit plus tard le bétail importé d'Asie (5) ; qu'ayant choisi les plantes les

(1) On a pensé que lea marais du delta constituaient alors un obstacle infranchissable pour une migration venant d'Asie par l'isthme de Suez, sans songer qu'à l'ouest du délia, entre Tell el Kel)ir et Suez, est un large passage quelque peu surélevé, composé de conglomérats coquilliers et de sables, et que celte langue de terre n'a jamais été couverte par les eau.x du Nil. (.1. M.)

(2) Entre autres, le lotus, dont les graines demeurèrent, jusqu'à l'époque romaine, un comestible recherché, le dattier et le doum, dont les fruits se rencontrent souvent comme offrandes dans les tombes pharaoniques.

(3) Les troupeaux égyptiens, à l'époque des kjœkkenmœddings de "Toiikh, se composaient de moutons {Ovix longifien, Fitzingcr). de mouflons à manchettes (Ammolra<ius Inigelaphiix, Cuvier), de chèvres (Hircuf; thebdiriis. Desm.), cl probablement aussi d'antilopes (liubniis buselaphus, Pallas), el de gazelles (Odzella dorcns, Linné; G. Isabella, Gray.). (Cf. docteur Lohtet,/(i Faune momifiée de tancienne Egijpte, Lyon, lîMJô)

(il Les mammifères dont j'ai retrouvé les re-; les dans les kjœkkenmœddings sont : Rox laurus, D. bub'ilus, Cnpra liircux, Gnzellit Isabelln, Hippolrmjux liakeri, Sua Srrofi, Canix Ittmiliaris.

(5) D'après le docleurUlrichDurst^/i/eyîinf/cr

von Babylonien, Assyrien unJ Eyypten, Berlin. 1899), le Bos macroreros des monuments égyptiens l'Cf. Wilkinson, Tlie Ancient Eyyplian.s, vol. I, i)p. 249 et 370) aurait été importé dans la vallée du Nil par une race humaine primitive qui, venant du Nord de l'Inde, à une époque très reculée, aurait traversé la mer Rouge pour se répandre sur toute l'Afrique orientale. Le docteur Lortet {In Faune momifiée de l'ancienne Eyypie, Lyon, 1905, p. 07) ne partage pas cette opinion : « La vallée du Nil, dit-il, ainsi que le centre de r.Vfrique, a joui probablement depuis l'époque crétacée des mêmes conditions climalériques qu'elle présente aujourd'hui Dans un tel milieu, d'une stabilité si constante, races humaines et races animales ont dû acquérir des caractères tout à fait spéciaux, en harmonie avec les influences climatériques si remarquables. ■> .le ne partage pas l'opinion de mon savant ami au sujet de la permanence des conditions climatériques de lEgyple, depuis les temps crétacés ; car, au pliocène, entre autres, le relief de ces pays était tout différent de ce qu'il est aujourd hui, de même que le régime des eaux. l'.L M.)

i< Le mouton préhistori<]ue d'Eg>pte n'est pas iin mouton indigène, comme on l'a prétendu. 11 a été importé probablement de l'.Vsie, aussi bien que Bas brachyceros, dont on

plus utiles de son pays, il en sema les graines; qu'à peine eut-il connu le blé, il en fit son principal aliment (1).

Au nord, non loin de l'embouchure du Nil, sur sa rive gauche, était une grande dépression, aujourd'hui le Fayoum, jadis, prétendon, le lac Mœris, beaucoup plus étendue à l'époque anté-historique qu'elle ne l'est de nos jours (2). Là, l'homme avait placé ses stations (3) tout autour de cette nappe d'eau merveilleuse par sa richesse en poisson (Zi).

Jamais rien ne variait dans ce monde à part, où régnaient la quiétude et l'abondance ; les peuples y prirent ce caractère doux et insouciant qu'on voit encore chez le fellah de nos jours, après sept ou huit mille ans de civilisation.

Il suffit de jeter les yeux sur les bas-reliefs de l'ancien empire (5) pour vivre de la vie de ce peuple au début de l'histoire. Partout on ne voit que représentations de scènes de chasse et de pèche, de navigation et des travaux de la campagne. Toujours des œuvres de paix ; c'est un monde à part qui semble n'avoir connu que bien tard les horreurs de la lutte, les calamités de la guerre. Ce milieu, les émigrés asiatiques l'envahirent aisément et ils en firent un grand empire.

Il est à présumer, d'après les indications que fournit l'archéologie, que l'avant-garde des Asiatiques, apparaissant dans la vallée du Nil, fut le premier trouble jeté parmi les populations autochtones. Jusqu'à ce temps, les Égyptiens étaient en droit d'ignorer qu'il y eut au monde d'autres hommes qu'eux. La douceur de leurs mœurs fut cause de leur malheur d'abord, de leur grandeur ensuite.

trouve les ossements dans les Kjœkkenmœddings (le Toukh •> (Cf. Gaillaru, le Bélier Je Mendè.t, Lyon, l'JOl, p. 22), « et que Balfelus antiquus, et de nomi>reuses gazelles. Mais, en présence de sa grande réi)arlilion dans le Nord de l'Afrique, à l'âge de la |)ierre polie, on se demande si la souche sauvage de ces races de moulons n'est pas arrivée en Afrique avec les ruminants cités plus haut, à une époque hien plus ancienne, au moment de la grande extension glaciaire, lorsque les mammifères des régions tempérées de l'Asie et de l'Europe furent détruits ou chassés vers le ?ud, par ces modifications du climat et par l'arrivée dans les mêmes régions des espèces de la faune horéale » lid., p. 3i). M. Piètrement (les Chevaux dans les temps préhisloriques et Bull. Soc. Aulhrop., Paris, 1906, p. 658) reconnaît, dans l'âne d'Egypte, une espèce africaine, mais pour le mouton, la chèvre et le bœuf, il démontre l'origine asiatique.

(1) La grande usure des dents chez les Egyptiens pharaoni()ues prouve que non seulement les céréales étaient consommées sous forme de farine mais aussi à l'état naturel ; et sans cuisson.

(2) Les fonds d'anciens lacs, avec leurs ossements de poissons et leurs mollusques, s'étendent au loin; autour du lac actuel, j'en ai observé à 40 mètres environ au dessus du niveau des eaux. {J. M.)

(3) Les stations néolithiques de Dimeh, Om El Atl, etc., se trouvent à plus de 30 mètres au dessus du niveau actuel des eaux du lac. On ne rencontre pas, au Fayoum, de traces de palafittes. (J. M.)

(4) Le Birket-Karoum, encore très poissonneux, fournit à la ville du Caire une énorme quantité de poissons (carpes, perches, silures, anguilles, elc ). (J. M.)

(5) Tombeaux de Ti.de Méra,de Kabin, etc., à Saqqarah.

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