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L'ASIE ANTK1UEL1U-: ET L'EGYPTE ANTÉ-IIISTORKJUES

Si les envahisseurs s'étaient heurtés à des populations belliqueuses, jamais l'Egypte pharaonique n'aurait vu le jour.

Quelles étaient les populations qui hajjitaient l'Egypte avant l'arrivée des Asiatiques ?La vallée du Nil était alors très peuplée; car les traces de cette époque sont })artoul (rimo (>xlrèin(> abondance.

Après bien des hésitations et des tâtonnements, je suis aujourd'hui porté à croire que le fond de la poj)ulalion était, dans la vallée, le même que dans les oasis et dans toutes les terres habitables voisines de la Méditerranée ; que cette race était blanche et apparentée aux Berbères de noti'e éj)0(|ue.

Les frappantes analogies qui existent entre les instruments néolithiques de l'Egypte et ceux qu'on rencontre dans tout le nord de l'Afrique, m'amènent à penser que l'habitat de cette race était extrêmement vaste et couvrait presque tout le nord du continent africain.

Est-ce à une réaction anti-akkadienne en Chaldée, aux mouvements violents qui en seraient résultés, que l'Egypte dut son envahissement ; est-ce à la conquête même du pays des deux fleuves par les Sémites? Nous ne le pouvons savoir; mais on serait tenté de le penser, car ces faits prirent place vers l'époque caractérisée par la grande expansion akkadienne. D'après les arts, les industries, les connaissances diverses apportées d'Asie dans la vallée du Nil, il semblerait que les hordes envahissantes fussent composées d'autochtones asiates demi-sémitisés plutôt que de Sémites purs, dont l'influence fit partout périr les arts naissants.

La conquête de l'Egypte ne fut pas un mouvement isolé. Tous les pays de la Syrie, de la Palestine, furent englobés par la colonisation (1) ; et c'est là l'origine des peuplades semi-sémitiques (2)

(1) Les récentes explorations arcliéologiques vingtième siècle et peut-iire bien antérieurs,

en Palestine ont fourni de nombreuses traces Grotte artificielle sépulcrale néolithique de

des peuples qui, occupaient le sol avant les pre- Gezer (Cf. Alex. Mac.^usteu, Oaalerley State-

mières invasions sémitiques. menl, 1902, pp. 353-356 ; 1903, p. 50, sq., 3-2-2 326)

« Chez les pré-Sémites de Palestine, dont entre 4.000 et 2.500 av. J.-C. (H. Vince.nt, Cale concept religieux nous échappe encore, il nuan, 1007, p. 211), incinération des corps, n'y a ni sanctuaire bien déterminé, ni autel. En Palestine, comme d'aillem-s en Chaldée à plus forte raison pas didole. Tout le culh' et dans lEgypte, les origines de la céramique s'accomplit devant un trou creusé à même le peinte ne i)euvenl être datées, même approxisol nourricier ou devant des roches percées de malivement. H. Vincent est d'avis que la pocupules;ony répand, en hommage à ladivinité, terie indigène s'éteignit en Palestine vers le des libations d'eau probablement pure et sim- seizième siècle av. J.-C. (Cf. CaïuKin, p. 19.) Sa pie à l'origine, ou de lait, plus tard de vin et disparition en Susiane comme en Egypte est de sang. » (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 201, beaucoup plus ancienne; elle est, dans la valsq.) Sanctuaires indigènes d'époque néoli- lée du Nil. antérieure à l'époque de Snéfrou, thique il Gezer, Tell Djedeideh, Megiddo (Cf. et en Chaldée voisine du trentième siècle. ll.ViNCENT,Canaa/i,1907, p.92)du trentièmeau (2) Chez les Chananéens, on rencontre en

qui, bien longtemps avant Tarrivée des Araméens, formèrent le fond des populations voisines de la Méditerranée. Ce fut également la cause du départ vers le nord de ces tribus qui, plus tard, «ur le haut Tigre, mélangées avec une nouvelle poussée sémitique, devaient créer l'Empire ninivite (1).

Dès que la Chaldée nous apparaît dans l'histoire, nous la voyons divisée en trois régions bien distinctes : • Au sud-ouest et au sud, le pays de Shoumer avec ses villes principales dont nous connaissons Ourou, Eridou, Bâb-Saliméti, Ourouk, Larsam, Sirpourla.

Au nord, le pays d'Akkad et ses capitales, Nipour, Barsip, Babylone, Kouta, Sippar, Agadé...

A l'est, au pied des montagnes, le pays d'Elam avec Suse et les nombreuses villes de sa j)laine.

Les rois de toutes ces villes portaient le titre de patésis ou princes héréditaires sacerdotaux ; sous eux gouvernaient d'autres roitelets, chacun dans sa ville de second ordre.

Ce régime montre les dernières traces du morcellement en ■clans dans la ^lésopotamie pré-akkadienne. Plus tard, des rois

foule lies preuves de leur origine chaldéenne, par la langue, par les connaissances céramiiiues, architecturales, glyptiques ; par les ■croyances religieuses ils montrent n être qu'un rameau des peuples sémitisésdes deux lleuves.

La divinité revêtait deux formes principales: l'une masculine figurée par le Ba'al (Phallus), l'autre féminine personnifiée dans l'Aslarté de l'Elam et de la Chaldée. Le concept général ■était la fécondité. Plus lard, des dieu.x secondaires vinrent se joindre à celte idée primitive, soit pour satisfaire à des hesoins locau.v, soit pour répondre au.v exigences de maîtres étrangers. La divinité principale elle-même obéira dans sa forme à des influences extérieures changeantes et très diverses.

Les sanctuaires chananéens de Gezer et de Megiddo (du xx"' au x\" s. av. J.-C.) déblayés •depuis peu (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 102, sq ) présentent de grandes analogies avec celui de Seràbit el Khadim (Sinai) reconnu, malgré ses nombreuses transformations égyptiennes, comme d'origine sémitique (iv< millénium av. J.-C.) ; avec la représentation de bronze découverte à Suse (xr s. av. J.-C); avec quelques sanctuaires très anciens de l'Abyssinie. Ils sont, aux débuts, à ciel ouvert et ornés de monolithes plus ou moins grossièrement taillés : une simple caverne leur lient lieu d'adijlum et de trésor, aucune antre construction, palais ou demeure des prêtres ne les accompagne.

.Sur l'autel les sacrifices sanglants prennent de plus en plus une place prépondérante et ies sacrifices humains deviennent fréquents.

L'offrande des premiers nés dans les sanctuaires, l'immolation de victimes humaines pour la fondation ou l'achèvement d'un édifice par exemple, montrent à quel degré le Chananéen primitif a le sens de la suprématie divine et de sa propre dépendance vis-à-vis de celte force redoutable il'oij émane toute vie el qui régit la mort. (IL Vincent, Ca/J<ia;j, 1907, p. 203.

En ce premier stade de la religion cliananéenne, si une influence extérieure est saisissable, elle vient plutôt de l'Orient babylonien que d'aucun autre point du monde antique. La Babylonie, l'iilam ou la Susiane fouinissenl les meilleurs répondants pour les éléments aujourd'hui saisissables du culte de Canaan. (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p 202.)

Pendant la période chananéenne, les sépultures se faisaient généralement dans des tombes à puits rappelant [)ar leur forme celles de l'ancien et du moyen Empire égyptien (sauf toutefois celles des premières dynasties à Négadah, Abydos, etc ), inhumation des corps accompagnés d'offrandes.

La deuxième période céramique (chananéenne), dans la Palestine, s'étend du seizième siècle environ jusque vers le douzième-onzième siècle I' Les éléments spécifiques, en tant que distincts de la culture antérieure, nous demeurent fort obscurs; mais elle est caractérisée à ce moment par la fusion qu'elle introduit entre les éléments locaux qu'elle s'est appropriés et ceux qu'elle reçoit du dehors, se laissant pénétrer par le grand courant égéen si puissant alors. » (H. Vincent, Canaan, 1907, p. 19.)

(1) Genège, X, 11-12.

L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'ÉGVPTE ANTÉ-IIISTORIOUES 2iZ

conquérants vinrent, partant d'Agadê ou tl'autres villes, soumirent ces peuples divisés à l'infini el en formèrent leurs •empires. Mais la division administi'ative demeuia la môme ; les patésis, jadis indéj)endanls, devinrent Iribulaires et ainsi se créa ■ce vaste système féodal qui régit la Ghaldée pendant des siècles. 11 en fui de même en l']gypte, où ces divisions primitives (1), continuées jusqu'aux temj)s romains pendant (|uatre mille ans, sont ■connues sous le nom de Nômes.

Bien des siècles après l'installation des Akkadiens dans la Chaldée, mais encore très loin avant l'histoire, les envahisseurs, iiyant affermi leur puissance, organisé le premier gouvernement •de ce pays, écrasé, absorbé ou chassé les tribus sumériennes, songèrent à éloigner d'eux les dangers dont les menaçaient sans cesse leurs voisins non-sémites de l'Elam, du Zagros, des montagnes qui séparent ces deux pays, et du haut cours du Tigre. Des guerres acharnées furent certainement le résultat de cette lutte pour la conservation de l'indépendance, mais l'histoire ne nous «n a pas laissé de traces.

Au sud-ouest et à l'occident, les déserts arabiques et svroarabiques constituaient une frontière naturelle sûre et n'offraient à la cupidité aucune tentation ; c'est donc vers le nord et lorient seulement que se tournèrent les regards des Akkadiens.

Mais aussi, la conquête du pays des fleuves, l'asservissement <le ses anciens habitants, l'établissement définitif des Sémites •dans la plaine basse, étaient pour les Etats voisins un avertissement; et si les Akkadiens redoutaient un retour oflensif des peuples autochtones, les autochtones eux-mêmes craignaient d'être subjugués un jour.

Dans cet antagonisme, l'Elam lui aussi succomba. L'Akkadien vainqueur domina, étendit les limites de sa puissance sur toute la plaine, s'avança peut-être même jusqu'à la ^léditerranée et imposa dans tout le sud de l'Asie antérieure une dynastie d'empereurs qui dura plus de mille ans. Ainsi le premier grand empire ne naquit pas de l'ambition d'un peuple de réunir sous un même

(1) La céramique peinte de l'Egypte énéol- iand Rallas, etc.) A Suse, nous avons trouve

Ihique fournil un grand nombre de représen- (Cf. Méin. de la Déléy. en l'erse, l. 1, 1900, fig.

talions de barques qui, toutes, sont ornées 337, p. 135) un fragment de poterie arcliaïque

d'emblèmes, sortes d'étendards désignant dont l'ornenientalion incisée et remplie d'une

certainement les tribus. (Cf. J. de Morg.\n, pâle blancbe représente également une bar-

liecher. s. les oriy. de l'Egypte, t. H, 1897, fig. que munie de son étendard. iJ .M.) 240-204, p. 93. — Flinders Pétrie, Naqada

sceptre toutes ses tribus afin de lutter en commun plus sûrement pour la vie, mais de la cupidité d'un homme, d'une famille qui asservit tous les peuples civilisés d'alors. Seuls les soldats de cet autocrate furent ses sujets, les autres hommes n'étaient que ses esclaves. Quel abîme sépare les conceptions gouvernementales d'alors de celles des sociétés modernes !

L'Elam, important encore bien que politiquement sémitisé, formait dans son territoire, comme d'ailleurs tous les Etats du monde à cette époque, une monarchie féodale. Suse était la plus populeuse de ses villes, mais Anchan, x4damdoun (llatamti) et bien d'autres bourgades, portant le titre de villes royales, étaient gouvernées par des patésis, dynastes moins asservis que ceux de la Chaldée propi"ement dite, si même ils n'étaient entièrement indépendants. Sharoukin, ou Sargon l'Ancien, ne fut probablement pas, des princes suméro-akkadiens, le premier qui devint empereur ; peutêtre fut-il précédé par ^lanichtousou et d'autres rois de Kich ; mais il est celui sur le règne duquel se sont concentrées toutes les légendes relatives à celte grande révolution : or, il vivait au trente-huitième siècle avant notre ère.

Si nous sommes juslifiés à placer vers la seconde moitié du cinquième millénaire, au j)lus tard, la concjuête des pays élamites époque qui correspond, dans le pays des ])haraons, aux dynasties divines, ce serait donc mille ans au moins après l'envahissement sémitique de l'Elam que la Chaldée se présenterait à nous par ses monuments et ses textes. Est-il dès lors surprenant que nous n'ayons, jusqu'ici, retrouvé aucune trace précise des jiopulalions qui couvraient autrefois le sol de la Mésopotamie?

Ces évaluations, basées sur de simples approximations, n'ont rien de la rigueur scientifique. 11 n'en est pas moins vrai que nous connaissons la succession des faits, des mouvements accomplis, des évolutions; et (|ue l'idée que nous pouvons nousfaii*e du temps qu'ils exigèrent ne doit pas être très éloignée de la vérité. Les questions traitées dans ce chapitre laissent subsister une foule de doutes que l'avenir éclaircira certainement; mais nous entrevoyons nettement quel était l'état du monde au moment où va commencer l'histoire.

En Chaldée, l'Akkadien domine sur tous les anciens peuples. En Egypte, la race autochtone, subjuguée par une migration asiatique, voit s'étal^lir la royauté pharaonique.

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