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CHAPITRE VIII

L'expansion sémitique.

V Empire sumét'o-ahhadien. — V Egypte pharaonique à i ancien el an Moyen Empire. — La réaction élamite. — Les Hyksos dans la vallée du Nil.

Quand les Sémites eurent étendu leur pouvoir ou leur influence aux pays de la plaine, lorsqu'ils eurent occupé toute la région fertile, depuis les bords de la mer jusqu'au cours moyen des fleuves, jusqu au pied des montagnes iraniennes et à la bordure du désert arabique, il se forma, peu à peu, dans ce milieu d'abord sans cohésion, des centres politiques correspondant aux bourgades les plus avantageusement situées, aux districts les mieux administrés.

Ces villes, grâce à leur puissance relative, accrurent leurs domaines aux dépens des communautés voisines plus faibles, les absorbèrent et réduisirent leurs patésis au rang de tributaires.

Cette période d'incubation politique fut longue; elle dura vraisemblablement })Ius de mille années et, pendant ce temps, les anciennes populations du sol chaldéen se fondirent avec les nouveaux venus. Leur civilisation dénaturée par lesprit étranger adopta une nouvelle voie ; les usages se modifièrent, sadaptant au récent état des choses. L'écriture jadis hiéroglyphique se transforma, j)eu à peu, en cunéiforme linéaire ; on oublia mômejus- <|u"au sens de ses éléments primitifs.

L'EXPANSION SKMITIQL'E 227

L'ail, demeuré entre les mains des aborigènes, mais soumis à la volonté des maîtres, prit un grand essor, si nous en jugeons par les rares œuvres parvenues jusqu'à nos jours.

Dans cette civilisation mixte (1), composée de deux éléments originels distincts et provenant de deux races aux tendances et aux aptitudes très diverses, il est bien difficile de distinguer la part qui appartient aux vainqueurs de celle qui revient aux vaincus. Toutefois, il semble qu'aux Sémites doivent être attribuées les conceptions gouvernementales telles que l'administration, les finances et la guerre ; tandis qu'aux aborigènes seraient dus les arts, l'écriture, les industries, la culture et toutes les branches des. connaissances dérivant des soins donnés à la terre.

Disposant des bras de leurs serfs, les Akkadiens ordonnèreiiL des canaux, assainirent et irriguèrent le pays ; sinsj)irant, en les améliorant, des méthodes employées avant eux. Ils Idilifièreut leurs villes, élevèrent des temples et des palais et réglementèrent la propriété, en vue d'assurer et détendre leur pouvoir avec leurs revenus.

Réunissant les coutumes éparses, propres aux besoins locaux, les adaptant à leurs usages et à leurs intérêts, ils composèrent les premiers recueils de lois qui, comme le fait a lieu pour tous les coutumiers, différaient d'un district à l'autre pour mille détails ; mais demeuraient toujours, d'une part attachés aux nécessités du sol, d'autre part liés aux vues politiques des conquérants.

11 se forma une caste militaire ayant à sa tête, parfois des Sumériens, souvent aussi des Akkadiens, gens de vieille race, dont le concours était assuré aux vainqueurs; les Patésis, qui déjà détenaient l'administration, en furent les principaux officiers. Cette caste était nécessaire au maintien dans l'obéissance des

(1) L'organisation sociale el administrative nauté. En dehors de ce partage, des lots étaient

d'un royaume chaldéen nous est révélée par attribués au roi et aux divers fonctionnaires

les textes, et plus spécialement par ceux trai- civils el militaires, suivant leur grade, avec

tant de la propriété foncière. En tète, se trou- obligation de rapport à la communauté en cas

vait le roi ou le patési ayant pouvoir sur un de cessation de leurs fonctions. (Cf. Ed. Cuo,

certain nombre de tribus. Chaque tribu avait La propriété foncière en Chaldéc, ds Xotw.

son chef (portant souvent aussi le litre de pa- Reu. kisl. de droit franc, et étranger., nov.-déc.

tési), ses administrateurs, ses conseillers, ju- 1906, p. 722, sq.) Cette législation est le reflet

ges-prèlres, scribes el autres fontionnaires. des anciennes coutumes du teniijs où les pré-

Les terres appartenaient à la communauté; Sémites, plus pasteurs et chasseursqu'agricul-

mais la jouissance en était attribuée aux leurs, vivaient sous le régime de la propriété

villes et villages, chacun pour leur part. Lad- collective dans les territoires attribués à

ministration des centres secondaires était or- chaque tribu. Elle montre également de quels

ganisée comme celle de l'Etat. Dans chacune, ménagements durent user les Akkadiens en-

les terres tirées au sort étaient remises en vers les Sumériens lorsqu'ils s'établirent peu

jouissance aux divers membres de la comnui- à peu en mailres dans le pays.

peuples soumis, ainsi qu"à la protection du domaine sémitique contre un retour offensif des autochtones non asservis encore ou à peine vaincus.

Le risc(l), comme de raison, demeura entre les mains des Sémites. Les Akkadiens percevaient les taxes non seulement comme maîtres politiques, mais aussi comme chefs religieux; car cette aristocratie, aussi bien sacerdotale que militaire, s'assurait de toutes les ressources par sa double autorité. La religion avait été transformée, les panthéons des deux races s'étant fondus lun dans lautre ; mais dans presque toutes les grandes villes, les prêtres de rang élevé étaient des Sémites.

La caractéristique de l'esprit akkadien est le défaut complet de morale, la morale étant entendue dans le sens que nos cultures attribuent à ce mot. L'égoïsme régna toujours en maître dans les États fondés par cette race, et si parfois, dans Ihistoire, apparaissent des sentiments généreux chez les souverains, c'est que les circonstances, lintérèt même, les obligeaient à masquer leurs véritables vues.

La cruauté chez les Assyriens, les Arabes, les Chananéens, les Phéniciens, etc., nest quune conséquence de ce principe du mépris de l'intérêt etde la vie d'autrui, sentiment dominant parmi ces peuples. Chez les adorateurs dAssour, toute pitié disparaissait devant lintérèt du dieu, et le dieu nétait que le représentant des appétits de chacun, le masque déguisant l'égoïsme.

(( Les Sémites ont à leur charge deux abominables tares (2), les prostitutions sacrées pour les deux sexes et les sacrifices humains non seulement des prisonniers de guerre, mais des enfants immolés par leurs parents, avec la conviction d'être agréables aux dieux (3). Il est vrai que les courtisanes plus ou moins

(1) Les revenus de lElal en Chaldée se de remparts, etc., qui s'effecluaienl à la cor-

composaient de deux parties distinctes : ceux vée. (Cf. G. Maspebo, Histoire, l, P- J63. -

provenant des terres de lEmpire et ceux pro- Metchmkoff, la Civilisation el les Grands Heu-

duits par les tributs qu'envoyaient les peuples ves historiques, 1889. - Babelon, Science soc,

étrangers soumis. Les impôts intérieurs se I, 3W-351, etc.)

réparlissaienl suivant les produits de lagri- (^2) M. J. Lagrange, Etudes sur les religions

culture et de l'élevage dans des proportions sémitiques, Pans, 1905, p. 445.

variables suivant les districts et les époques; (3) Les sacrifices humams chez les Arabes

en outre c'étaient des métaux, des produits furent d'usage jusqu'à I'hégire.En529,Mundhir,

manufacturés, des esclaves des deux sexes. Le prince de Hira, vassal de Kavùdli, roi sassa-

iribul prélevé sur les peuples étrangers se nide de Perse, envahit la Syrie qu'il ravagea

payait en denrées, produits manufacturés, mé- jusqu'à Antioche. » Celait un payen sauvage,

taux pierres, bois, bétail et esclaves, etc. qui en un seul jour offrit les 4O0 nones d'un

L'intérieur moins taxé que les tributaires, couvent syrien en sacrifice sanglant a la déesse

avait aussi'à fournir des prestations pour les Uzzâ (la planète Vénus). .. (Noeldeke, E/udes

travaux d'intérêt public, tels que création et hisloriquessurlaPerse ancienne, \,rad.O.\\ irlb,

entretien de canaux, construction de digues, 1896, p. 170.)

L'EXPANSION SK.MITIOUE 229

sacrées affluaient en pays grec, mais la prostitution n'y fut jamais regardée comme un acte religieux si ce n'est peut-être à Corinlhe et à Eryx en Sicile, deux points où l'influence sémitique est incontestable.

« Et les Grecs aussi ont immolé des victimes humaines, mais il est très vraisemblable que ces cas sporadiques s'expliquent encore par l'influence des Sémites, par exemple en Arcadie (1), en Chypre (2), dans l'île de I^hodes (3), pays où leur action a été particulièrement sensible.

« Chez les Sémites, au contraire, ces immolations sont enracinées par l'usage. On les trouve en Arabie iZi) et en Aramée (5). Les prophètes ont eu beaucoup de peine à empêcher qu'elles ne prévalussent dans Israël.

« La Phénicie en avait comme le privilège (6), elle le transmit à Carthage qui les pratiqua avec fureur, même après sa ruine politique (7). On vient d'en retrouver au pays de Chanaan des traces évidentes (8). Babylone — moins purement sémitique à ce qu'on prétend — ne paraît pas s'y être adonnée avec la même passion ; cependant les critiques nous paraissent bien exigeants s'ils ne se contentent pas des traces fournies par les inscriptions et par les monuments (9). Ce ne sont point là des faits qu'on se préoccupe de transmettre à la postérité (10). »

Ce n'est pas, en efïet, dans la Babylonie qu'il faut s'attendre à retrouver les traces du véritable esprit sémitique. Là, dans le berceau de leur puissance, devant appuyer leur pouvoir sur des peuples étrangers à leur sang, qu'ils cherchaient à s'assimiler, ils durent faire une large part à la mentalité de l'ancienne population. 11 se forma une religion, des lois, des coutumes mixtes qui décèlent à chaque instant la présence des deux éléments.

C'est dans les régions éloignées de ce foyer mélangé, dans les

(1) Victor Bérard, De lOrujine des cultes ar- (7) Les textes sont nombreux. Pliitarque note cadiens, p. 58. sq. (De supersl., 13) qu'il eiU mieux valu que les

(2) TertulueiM, Apo/. /A. — Porph., De A6a^. Carthaginois n'eussent pas de dieux que de II, 54. leur ofTrir de semblables sacrifices.

(3) PoRPH., Cod. loc, sacrifice à Kronos. (8) A Gezer; voir les rapports de M. Maca-

(4) L'histoire de saint Nil, les captifs immo- lister ; Pn/ expl. Fund. Stal., Id03, p. 17,33, lés à el-'Ouzza (Noeldeke, Tabiin,p. 171.) — 223, 224. Des faits analogues ont été relevés à PoRP»., De Abxt., II, 5G. — Procope, liell.pers.. Ta'annek.

II, 28. — EvAGRE, Hint. ecl, VI, 22. (U) CL Jeremias, Das aile Teslamenl im Lichle

(5) De lie syrià, LVIIL— Lampride, Vie dHé- des Allen Orients, p. 276.

lioyabale, 8. — Cf. Chwoi.son, Die Ssahier und (10) Les inscriptions phéniciennes sont com-

der Ssabismus, II, p. 142, sq. — D'après Cler- plètement muettes, et les auteurs grecs em-

mont-Ganneau, Recueil, 11, 66, le jeune Neteiros. ploient volontiers dans ce cas des périphrases

(C) PoRPH., De Absl., II, 56. mystérieuses.

pays où, comme nombre, l'élément non sémitique était sans importance, dans les survivances jusqu'à nos jours au milieu de populations presque pures, qu'il faut aller chercher les tendances réelles de la race sortie d'Arabie.

Cet égoïsme féroce n'est d'ailleurs pas la caractéristique des Sémites seuls; on le retrouve en Extrême-Orient, dans la Chine, en Amérique, où les gens de sang rouge offraient constamment à leurs dieux des hécatombes humaines ; dans presque toutes les sociétés primitives, même indo-européennes. Mais, chez cette dernière race, il ne résista pas au progrès ; tandis que, chez les Sémites, on en rencontre d'abondantes traces en plein temps de civilisation philosophique.

C'est dans un esprit de domination personnelle que les premières organisations sociales suméro-akkadiennes furent fondées. Le temple, demeure des dieux des deux races, où le peuple apportait ses offrandes et sa dîme, était en même temps le trésor, Farsenal, le bureau administratif des Patésis. C'est là que se passaient tous les actes, sous la protection de la divinité locale et, par suite, sous la surveillance de l'État. Les scribes, très peu nombreux alors, presque toujours Sémites, étaient des gens d'État et rien ne se faisait sans eux. Dans les édifices sacrés les devins, les sorciers exerçaient leur métier et le bas peuple, très attaché à ses vieilles croyances divinatoires (1), se trouvait encore lié de ce coté. C'est ainsi qu'il oublia si vite sa nationalité, le parler de ses ancêtres et jus({u'à ses intérêts vitaux.

Quanta la langue, les Akkadiens imposèrent la leur; tous les actes, tous les écrits, quelle qu'en soit la nature, se faisaient en sémitique; c'est au point qu'à Suse même aucun document en langue indigène ne fut rédigé pendant l'occupation chaldéenne. Dans la Mésopotamie le sumérien, devenu l'idiome de la servitude, s'oublia peu à peu parce qu'on avait tout intérêt à parler la langue des maîtres.

En Élam, pays où les Sémites étaient moins nombreux que dans les districts de l'Euphrate et du Tigi-e, où par suite la puissance absorbante des vainqueurs était beaucouj) iiioindie,

(1) Ce n'est pas seulement en ChaUU'e que mal avait deux causes : lune nalurelle, contre

la divination était en honneur, elle l'a toujours laquelle on administrait des médicaments,

été chez tous les peuples primitifs. Les pra- l'autre surnaturelle, produite par les esprits

tiques médicales comportaient en Egypte des malfaisants. (CLPapijrusdeLeijde, 1,34?, verso,

formules conjuratoires qui n'ont rien à envier pi. Xlil, I. 5-G, jd. IV, 1. 9-10. Pi.evte, E/iH/e.*

au.x phrases divinatoires des Chaldéens. Le é<jyptoloyiquex,l. 1, pp. 61-62, 14.V146.)

L'EXIWNSION SK.MITIOLK

l'anzanite ne mourut pas coiuino le sumérien ; les documents sémitiques sont, dès l'origine, l'emplis de noms propres indigènes, et un système d'écriture spécial se développa même, dans les débuts; en sorte qu'au jour où les événemenls politi(|ues, où les circonstances permirent aux Susiens de secouer le joug étrange)-, l'Islam ■était encore élamite.

L'écriture, dont j'ai déjà parlé au précédent chapitre, aucun do- -cument positif ne permet d'en attribuer la découverte aux autochtones plutôt qu'à leurs vain([ueurs. Je dirai plus, tous les textes archaïques étant rédigés en sémiticfue, on serait tenté de croire à son origine akkadienne. Cependant, nous avons vu que bien longtemps avant la conquête, les peuples de F Asie antérieure ■connaissaient la peinture, la gravure, la représentation des objets réels, et que par suite ces populations possédaient le sentiment ■de la figuration.

Dans ces conditions, n'est-il pas plus rationnel de penser que, peu à peu, en se perfectionnant, les aborigènes ont fait pailer leurs images et sont ainsi parvenus à la figuration •des idées ; plutôt que d'attribuer cette invention à une race, fort bien douée par ailleurs, mais dépourvue du sentiment artistique.

Le foyer chaldéen des hiéroglyphes, issus de la pictographie, n'est d'ailleurs pas unique, nous en connaissons trois autres principaux : celui de l'Amérique centrale pour lequel les développements nous échappent; celui d'Extrême-Orient (1), dans lequel révolution fut guidée par une toute autre pensée que celle qui prévalut en Occident; et enfin celui qu'on a récemment découvert dans lile de Crète, mais pour lequel, quant à lorigine indigène, il peut subsister des doutes ; car celte île avant, dès les

Hiéroglyphes a r c 11 n ï q u e' s (^'ou II dynastie) (2).

(1) L'écriture chinoise, pictographique à l'oriîïinc, devint peu à peu hiéroglyphique et, par suite du grand nomhre des formes «lialeclales <lu parler, suivit des courants divers, éloignant de plus en plus les dérivés des signes primitifs. L'unification de l'écriture fut faite par She Chuu, ministre de Suen Wang, souverain de la dynastie chuu, vers s-20 av. J.-C. Reprenant les signes à leur origine hiéroglyphique, ShcChou s'appliqua, non pas à leurdonncr une valeur phonétique, mais bien un sens idéographique capable de les rendre compréhensibles, quelle que soit la prononciation qu'ils suggèrent, dans les divers dialectes. Celte conception de l'écriture est toute différente de celle

qui domina le monde occideulal, où l'idéogramnic^fut vile remplacé par des signes n'offrant plus qu'une valeur phonétique. .\u quarantième siècle av. .L-C. déjà.en Egyplecommc en Chaldée.la proportion des idéogrammes dans les textes est fort restreinte. Toutefois, leur usage persista tant que druèrent les hiéroglyphes égyptiens {vers-210ap. .I.-C.^el les signes cunéiformes (premier siècle ap. J.-C). 11 disparut complètement devant l'usage des caractères alphabétiques.

^2) Graves sur un vase de pierre dure découvert dans les sépultures royales d'.Vbydos. Cf. J. DE MoROAN, liecli. uriij. Egypte. 1897, p. 211, fig. 81-2.

temps très anciens (IV Dynastie?), reçu crÉgypte les principes de sa culture industrielle et artistique, peut aussi bien en avoir acquis en même temps la notion de l'écriture hiéroglyphique.

Quelques autres tentatives de figuration de la pensée, efforts dont nous ne possédons que de vagues traces, semblent aussi

T'i'i=>;^- f^fi^/T'^

Ecriture chypriote (1).

Inscription hiéroglyphique d'Ani (Transcaucasie) (2).

n'être nées que du contact avec les peuples en possession des hiéroglyphes. LHétéen d'une part se serait simplifié dans l'écriture chypriote (3), d'autres auraient peut- être fourni aux peuples du petit Caucase les éléments de leurs inscriptions.

Nous savons qu'en Chaldée l'hiéroglyphe a été l'origine des cunéiformes; les écrits de l'antiquité l'affirment et nos travaux de Suse ont matériellement prouvé l'existence de cette conception. Nous retrouvons les hiéroglyphes en Egypte dès les premiers temps dynastiques (4}, plus tard chez les Météens (5). Il semblerait que ces trois systèmes d'écriture fussent nés de la pictogra-

(1) Inscription hypriole (W. Wright, P. Le Paoe-Renolf et Pu. Bkrger, Proc. Soc. of Bibl. Arch., déc. 1886, fév. -mars 1887.— Cf. Ph. Berger, Comptes renJux Acad. inscript., 1887, p. 187-198. — Clermoist-Gan.ne.\u, i<J., p. 198-

(2) Inscription figurative ou hiéroglyi)liifnie sur lin fragment de vase trouvé à Ani. (Cf. Arch. Forscli. in Transkauliasien. Ivaiserlicti russiclie Arch. Commission im 1900, in Verhandl. der BerUner Gesellschafl fur Anthropologie, Ethnologie iind Urgeschichte, 1902, p. 236, ■fig. 19.)

(3) L'écriture chypriote (Cf. Trans. Soc Bibl. \rch. — H.vMiLTO.\, L«/i;/., t. I. 1872, p 116. s(|. — G. S-viiTH, id., p. 129, sq. — S. Birch, /(/., p. 14E, sq. — Breal, Journ. des Savants, aoùlscpl , 1877) est syllabique. Son origine est certainement asiati(iue ; j)eut-élre hétéenne . Les documents que nous possédons d'elle sont tous en langue grecque. Cette écriture vécut parallèlement avec le^ alphabets grec et phénicien jusqu'audeuxiéme siècle avantnolre ère. L'inscription la plus imporlaiile est celle de Dali, gravée sur bronze, ayant trait au l'ôle joué par la ville d'Idalion au cours des guerres médiques (Cf. Bibliotliètpie nat., Paris, don de Luynes).

(4) Sous la I'= dynastie, bien que le système

hiéroglyphiipie fût déjà définitivement établi, les inscriptions montrent par les hésitations qu'elles trahissent, comme par le désordre frécpient des signes, que ce mode d écriture en était encore à ses débuts. (Cf. Fl Pétrie, iîoy. Tombs ofthe firsl Lhjn. I, pi. IV à X.) Ces textes sont très brefs et ne contiennent en général que les formules du protocole royal.

(ô) Ce système d'écriture s'est éteint avec le peuple qui en faisait usage, et ses textes ont, jusqu'ici, résisté à toutes les tentatives d'interprétation. Sayce croit voir dans les caractères chypriotes une survivance de ce système simplifié et aiq)li(]né à la langue grecque. Cf. H. Sayce, on the Hamalhile inscriptions, in Trans. of Ihe Soc. of Bibl. Arch., t. V, p. 31, sq. ; t. Vil, p. 278, sq. — Conder Hamath. Inscriptions in Palestine expl. f. Quart. Stnt., 1883, p. 133. sq.; 189, sq. pense à des analogies avec les hiéroglyphes d'Egypte. — Halévy (Introd. au déchiff. des inscr. pseudo-hitiites ou anatoliennes, in Beu. .sémitique, 1. 1, p.56,sq. ; 126, sq.) j)ropose de remplacer le nom de Héléens, Hittites, par celui d'Anatoliens. — Jensen (Orundlagtui fiir eine Entzift'erung der Halischen oder cilicischen Iiischriften, in Z. d. D. Moryenl. Ges.. l. XL Vin ) propose de voir dans la langue hétéenne celle des tribus ciliciennes.

phie, découverte quelque part dans l'Asie antérieure, et qu'ils se soient développés indépendamment les uns des autres, évoluant suivant les conditions locales, les aptitudes et les besoins des peuples qui les ont adoptés et nous les ont transmis.

Certainement le cunéiforme linéaire n'existait pas en Clialdée lors de la venue des Sémites ; la preuve s'en trouve dans la double évolution en l^]lam et sur les bords de TEuphiale. Il n'est pas non plus venu d'Arabie avec les Akkadiens; car la Chaldée, seule au monde, impose récriture sur argile parla nature de son sol. C'est donc après la conquête (jue, développant une découverte sumérienne, les Sémites ont établi le système cunéiforme, afin de répondre aux besoins de leur administration et du progrès dans les transactions. De grands Empires n'auraient pu se fonder sans le secours de l'écriture.

Les arts, ne trouvons-nous pas leur enfance dès le néolithique et l'énéolithique ? dans les poteries peintes de Mouçian et de Suse. non loin du j)ays où se développa l'art chaldéen le plus pur ?

En Egypte, nous voyons la culture artistique évoluer à partir de l'époque de Menés (Négadah) (1). Pendant la première dynastie, la grande sculpture, celle qui nous est révélée par les stèles d'Abydos, est encore grossière; tandis que les arts réduits atteignent une incroyable perfection (2). La peinture (3), la bijouterie {II) sont formées, peut-être même a-t-on déjà découvert l'émail sur terre cuite (5).

En Chaldée, et mieux dans l'Élam, nous assistons aux mêmes

(1) A l'époque du roi Mènes, tous les inslru- Tombx, II, 1901, pi. VI, fig. 3-4) fournit un

monts étaient encore faits de silex; ce n'est que bel exemple de ces essais primitifs.

plustar(l,soussessuccesseursdelaI"dynastie, (4) La perle d'or trouvée dans le tombeau de

que le cuivre devint d'un usage courant. (Cf. Négadah (Cf. J. de MoriOAN, liecli. Orhj., 1897)

J. DE Morgan, /îec/i. On'»/., 1897. — Amelineau, est le bijou le plus ancien connu jusqu'à ce

Fouilles à Abydos, 1896-18-J7. — Fl. Pétrie, jour. L'usage de l'or élait d'ailleurs courant

Royal Tombs, 1900-1901.) dès la I" dynastie. (Cf. Fi.. Petiîie, lioy .

(i) Les spécimens les plus anciens connus Tom^.s II, lWl,pl. IX.)

jusqu'à ce jour de la sculpture égyptienne (5) On trouve en Egypte des indices de

sont les figurines animales découvertes dans l'usage de la terre émaillée dès les débuts de

le tombeau de Menés à Négadah (Cf. J. de la monarchie. (Cf. Fl. Pétrie, A^ydo.s-. remenos

Morgan, Rech. orhj., 1897), et celles provenant of Osiris, 1902, pi. LUI, fig. 7-11, 19-22 ; Temp.e

de la sépulture du roi Zer-ta, à Abydos (Cf. l'.)03, pi. IV, VII, XI.) Mais ces objets, n'ayan

Fl. Pétrie, Royal Tombs, II, 1901, pi. VI, point été rencontrés dans des sépullurcs,

fig. 3 et 4). sauraient être datés d'une manière précise. —

(.3) L'art de la peinture se montre en Egvpte Analyse des porcelaines égyptiennes par H Le

dès les temps antéhistoriques. (Cf. .LE. Qui- Chatellier (A/m. c/i/m., 1907, p. 3t;3 : Silice,

BELL et F.-W. Green, Londres, 1902, Uivrukon- 88,6; alumine, 1,4; o.xyde de fer, 0,4; chaux,

/)0//.s,parl. II, pi. LXXV-LXXIX.)Les couleurs 2,1 ; soude, 5,8 ; oxyde de cuivre, 1,7.) H. Le

employées sont : le rouge, le jaune, le gris et Chatellier a reproduit les pâtes en mélangeant:

le noir. La composition désorilonnée et l'e.xé- verre bleu, 40; sable broyé, 55; argile blanche,

culion barbare montrent combien ces premiers 5 ; le verre bleu ayant été obtenu par la fusion

essais sont voisins des origines. La sépulture dun mélangedcsable,6G; carbonaledechaux,8;

du roi Qa, de la \" dynastie (Fl. Pétrie, Royal carbonate de soude sec,22; o.xyde de cuivre, 4.

-23/l LES PREMIÈRES CIVILISATIONS

débuts, aux mêmes efforts ; mais par suite de la rareté des matériaux durables et de qualité, nous ne rencontrons qu'un très petit nombre de grandes œuvres. Je citerai cependant la stèle des Vautours de Telloh et quelques pièces archaïques découvertes à Suse.

Mais les goûts artistiques ne se donnèrent pas carrière de même façon; dès les débuts, l'Egypte enferma son style dans des lois rigoureuses, tandis que l'Asie conserva toujours une grande liberté dans la composition comme dans l'exécution.

L'Arabie, malheureusement, est encore bien peu connue ; quoi qu'il en soit, aucune sculpture très ancienne n'y a encore été signalée, aucun objet n'en a été rapporté par les marchands musulmans qui la parcourent en tous sens. J'ai fréquemment interrogé les hommes du pays les plus à même de me renseigner à •cet égard et tous m'ont affirmé qu'il n'existe rien de semblable dans la péninsule.

C'est donc aux Sumériens que nous devons attribuer l'honneur d'avoir fondé l'art asiatique ; sinon à. ces autochtones eux-mêmes, du moins à quelque tribu, leur parente, habilant vers la même région, car l'Egypte n'a pas agi sur l'Asie dans ces temps très anciens, c'est elle-même qui a subi l'influence artistique préchaldéenne.

L'aire des arts primitifs asiatiques semble s'être étendue depuis les derniers contreforts de l'Iran jusc[u"aux pays méditeri-auéens et depuis le Taurus jusqu'à la vallée du Nil. Il y a dans tous ces pays une homogénéité dans les tendances qui ne peut être l'eflêt du hasard; d'autant que ce groupe est unique au monde (I). Plus loin vers l'ouest se développa plus tard une civilisation dite égéenne, qui ne fut pas sans puiser largement <lans celle de l'Asie, mais n'eut certainement aucune influence sur les débuts orientaux. Ajoutons aussi que, dès les temps les plus reculés, peut être même dès le néolithique, tous les pays méditerranéens ont reçu de la vallée du Nil bien des notions ('2).

La première organisation politique de l'Egypte se fit comme en Chaldée, par l'établissement d'une foule de principautés indépendantes les unes des autres (3), correspondant probablement aux

(1) Dans l'Amérique centrale et au Pérou, méridionale on trouve, ilès l'élat néolithique, •des arts céramiques analogues à ceux de l'Asie bien des traces d influence orientale, antérieure sont nés sur place. {Cf. Musée du (3) Ces principautés se sont conservées dans ïrocadéro, à Paris.) la suite sous le nom de nômes ou provinces.

(2) A Chypre, dans l'ile de Crète et en Italie Chacun se composait dune ou plusieurs villes

LEXPANSION SKMITIOUE

territoires des anciennes tribus. Les conquérants les conservèrent dans leurs grandes lignes et, pendant bien des siècles, cette division du pouvoir contraignit ri*]gypte à se développer sur elle-même, sans ambitions militaires extérieures.

Le premier de ces princes qui, dit la tradition, sut concentrer •en ses mains le gouvernement de l'Egypte entière fut Mini (1), le Menés des Grecs (2). Les légendes égyptiennes lui attribuent des améliorations et des progrès ([ui certainement furent l'œuvre de bien des générations; il aurait réuni sous son sceptre tous les princes de la vallée, construit des digues, creusé des canaux, fondé Mempliis, codifié les lois, fixé la religion. L'imagination des Orientaux se plaisait en Egypte, comme en Asie, à r«;porter sur un seul nom tous les événements d'une longue période.

Bien que les prêtres égyptiens eussent atli'ibué à Menés la formation de l'unité pharaoni(jue, il n'en est pas moins vrai que les princes dépossédés, réduits au rang de vassaux, si ce n'est de simples gouverneurs, ne supportèrent que difficilement leur déchéance. Après la mort de Menés des révoltes éclatèrent sur bien des points, des dynasties illégitimes se fondèrent même ; et les noms de leurs rois, parvenus jusqu'à nous dans les listes pharaoni({ues, ne sont même pas cités par Manéthon.

La première dynastie sombra dans une révolte et dans des troujjles ; il est donc fort probable que les 550 ans attribués à

et d'un territoire très restreint (Cf. A. Bruosch, Vieogr. Insclir., t. I, p. 03, sq.) grand parfois <-omme notre département de la Seine. Le noml)re de ces divisions varia suivant les époques (DioDoiîE DE Sicile, I, 41. — Strabon, XVII, 1. — PthNE, Hisl. nal., V, 9-9. - Ptolé- MÉE, IV, 5) entre 36 et 47. Les listes piiaraoniques en comptent 44, dont 2-2 pour la Haute- Egypte, 2-2 pour la Basse. H. Brugsch, (jeogr. Inschr., t. I, p. 99.) Contrairement à ce que nous voyons en Clialdée, dans l'Egypte antique le sol est propriété du roi, les habitants n'ont que la possession que le pharaon veut bien leur accorder, à la condition de i)ayer certaines redevances ou de supporter certaines charges, celles du service militaire par exemple. (Cf. Bouché-Leci-erco, Hisl. des Lagides, t. in, 190(3, p. 178.)

(1) Jusqu'au.^ découvertes de Négadah cl d'Abydos, on avait considéré les princes des <leux luemières dynasties comme « de simples fantômes presque au-;si insaisissables que ces douteux serviteurs dllor, dont les chroniqueurs égyptiens peuplaient le monde primitif ». (G. Maspero, Ilist. (inc. des peuples de rOrienl, V<^ éd., 1893, p. 49.) Krall {Die Composilion, p. 16-18) les considérait comme ayant été sinon inventés, du moins ordonnés arbitraire-

ment par les prêtres égyptiens du nouvrl empire.

(2) Bien que la tradition ail attribué à Menés l'unification du pouvoir dans la vallée du Nil, nous ne pouvons, d'après les récentes découvertes, voir dans ce prince autre chose qu'un dynaste local. La Haute-Egypte semble avoir été gouvernée, juscju'à l'époque du dernier roi de la première dMiasIie, par de noinbreu.v princes. Il se lit abu's une première tentative d'unincation. Mais celte unité, encore toute précaire, fut rompue lors de la deuxième dynastie, ])our être réformée à nouveau par le roi Perabsen. Menés ne joua certainement pas le rôle qui lui fut ■attribué dans la suite. Son nom, tel (|ue nous l'entendons comnuinémenl, personnifie les elTorts de la royauté, pendant plusieurs siècles, pour établir l'unité pliaraoni(iue, mais, en celtt; qualité, ne répond cerlainenient pas ;i la réalité. Il suffira, pour se rendre coiMple (lu désordre qui régnait encore en Egypte au cours des premières dynasties, de consulter le beau travail de IL Gai:- Tiu^w (Le livre des rois, ds. Mém. del'Insl. Fr. d'Arrh.Or.daCaire,VMS) où tous les noms princiers de ces épocpics sont repris en faisant usage des documents fournis par h-s dei-nières découvertes archéologiques.

Tablette d'ivoire du trésor

la durée des deux premières suites de souverains furent uniquement consacrés à Fasservissement de la noblesse, à la consolidation du trône.

11 semblerait qu'en Egypte, contrairement à ce (jui se passa en Chaldée, l'adaptation du pays au réprime royal ne se fit que

longtemps après l'établissement des Pharaons ; tandis que l'Asie, dès longtemps préparée, se serait soumise presque de suite à l'autorité des empereurs chaldéens.

C'est à Négadah, non loin d'Abydos etdeThinis, que j'ai découvert la sépulture de Menés (1), et la nécropole d'A-

royal de Khemaka, représen- bydos elle-même a fourni les tombes tant le roi Ten dansant de- ,, , i i •

vant Orisis (Semti, I" dyn., "^ "^^ g^'^nd nombre de princes ses sucvers 4266 av. J.-C.) (3 \ cesseurs (2). C'est donc dans la Haute- Egypte, dans le Saïd, pays dorigine princière de leur famille, que les premiers pharaons établirent d'abord le siège de la royauté unique (4).

Ces sépultures, bien que détruites en grande partie, renfermaient encore une foule d'objets présentant de grandes analogies avec ceux de la Chaldée et de FElam dans les temps les plus anciens; il semble donc certain que les deux développements résultent des mêmes influences originelles. Le tombeau de Menés lui-même, qui, par son architecture, rappelle les monuments chaldéens, est complètement étranger à ce que nous connaissons de la construction égyptienne dans les temps postérieurs (5). Ce style s'atrophie déjà dans les tombes archaïques d'Abvdos (6), pour ne plus laisser de traces dès le règne de Snéfrou (7), à la fin de la troisième dvnastie.

(1) Cf. J. DE Morgan. Recli. sur le.'< orig. de l'Egypte. Le tombeau de Xégadah, Paris, 1897,

(2) Cf. E.-A.\Vallis Budge, A Ilist.of Egijpt, vol. I, Egijpt in tlie neoUthic and archnic periods, 1!HJ2, p. 177 à 22-2.

(3) E.-A. Wallis BiDGE, Egijpl in Ihe neoUthic and archair periodx, 1!102, p. 195.

(4) Les tombes royales de la I'' dynastie se trouvent toutes concentrées dans la région d .\bydos. (Cf. J. de Morgan, liech. orig. Le tombeau de Ve;/'/'/a/i, 1897. — Amelineau, Foui/les à Abgdon, 1890-1897. — W.-M. Fl. Pétrie, The rtoijal Tombs of Ihe firsl Dtinastg, 1900- 1901. — in., Abydos, 1902-1904.)

ô) Comparer l'architeclure du tombeau de

Menés (.1. DE MoR(.AN. op. cit., 1897, fig. 518biij avec celle du palais de Goudéa à Sirpourla (Telloh) (E.DE S.\RZEC, Oécouuerte.'i en Chaldée. pi. L; pi. LUI, flg. 1.)

(6j Les sépultures archaïques d'Abydos sont creusées dans le sol; il en est de même pour une autre qui, à Négadah, se trouve près de celle de Menés. (t:f. .J. de Morgan, o/j. ci7.,1897, fig. 513 [tombeau spolié").

(7) Les mastabas de la III' dynastie à Dalichour (au cartouche de Snéfrou) sont tous construits en briques crues, matériaux dont l'usage décroît pendant la IV" dynastie et qu'on rencontre rarement ensuite, sauf dans l'aichileclure militaire (El Kab,\ où il semble

Les sépultures des premiers temps royaux sont énéolithiques, c'est-à-dire que le métal (le cuivre pur [1]) sy montre en même |.emps que le silex taillé; or, la phase énéolilhicjue n'a pu remplir

N éCROPOLE '\DU MOYEN EMPIRE

Temple de Sétùi^ \ T^nnU d/OsiriS

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iklhramiâe , £l-Ar'aheJv^% ,-,,--~,JZd^ >l Ji

Echelle de 1 Mille El-Kh£rbe}o ""

Nécropole royale d'Abj dos, d'après Fl. Pétrie (T/ie Royal Tonibs, l:)00, pi. III)

et les notes de l'auteur.

en Egypte la longue période qui s'est écoulée entre la première apparition des Asiates et la seconde dynastie.

n'être maintenu que pour donner plus de mas- ces, 19 août 1896. IJ. dans J. de Morgam, Reclu ses aux fortifications. :iur les orig. de l'Egypte, 1896, p. 223, note 1.

(1) Cf. Bertiielot, Comptes rendus Acad. Scien-

Nous devons donc admettre, ou bien que les envahisseurs ont établi la royauté presque de suite après l'invasion, ce que les récentes découvertes ne permettent plus d'accepter, ou que la conquête s'est produite graduellement, en plusieurs phases. La première partie de l'occupation par ces peuples s'étant faite à l'état néolithique correspondrait à la période des « serviteurs dllorus », et la seconde efïectuée par des tribus énéolithiques aurait apporté le germe du régime royal.

D'une part les dynasties divines ne peuvent être considérées comme autochtones, sans quoi la lutte du bien contre le mal, les fables d'Osiris, d'Hor, de Thot l'inventeur de l'écriture, seraient l'écho de faits antérieurs à la conquête asiatique, ce qui ne peut être admis, les nouveaux maîtres de l'Egypte n'ayant eu aucun intérêt à perpétuer les souvenirs historiques des populations asservies. D'autre part les traditions j)lacentle mythe d'Osiris dans la Haute-Egypte et son sanctuaire à Abydos, c'est-à-dire dans le pays même où se fonda la royauté. Il existe donc une étroite liaison entre les serviteurs d'Ilorus et les premiers souverains.

Une première partie de l'invasion très ancienne, dont le point de départ reste encore inconnu; mais qui ne peut être indépendante des mouvements dont l'issue fut la royauté, aurait envahi la vallée du Nil et s'y serait installée, créant ou régularisant un système de principautés analogue à celui de la (Hialdée, et apportant peut-être les éléments de l'écriture. Dans une seconde migration, d'autres Asiatiques apparentés aux premiers venus, en possession des métaux, profitant des résultats déjà a((|uis j)ar leurs prédécesseurs, auraient fondé la royauté pharaonique après une période plus ou moins longue de guerres. En ce cas, les serviteurs d'Horus seraient les chefs asiatiques des ])remiei's clans ; et l'on s'explique fort bien le prestige religieux attaché à leurs souvenirs.

Nous devons observer toutefois, en ce qui regarde l'(''ci'iture, qu'il n'a pas été trouvé jusqu'à ce jour, dans la vallée du Nil, la moindre trace d'essais hiéroglyphiques ou d'écriture figurative, les plus anciens textes connus, ceux de Négadah, montrant le système graphique déjà complètement fixé. Par suite, nous sommes, jusqu'à plus ample informé, autorisés à penser que l'écriture ne s'est pas constituée surplace; mais aété importée peu avantl'époque de Menés. En Chaldée, non plus, là où nous connaissons le pas-

Hiéroglyphes archaic[ues. Impression d'un cylindre sur des eônes d'argile fermant les^ vases dofîrandes du tombeau de Menés à Négadah (1).

sage du signe hiéroglyphi(jiie au cunéiforme, nous navons encore rencontré aucune trace des tâtonnements qui prirent sûrement place entre la figuration et lidéographie. Cette remarque fait j)enser, soit (jue les tâtonnements n'ont pas eu lieu dans les sites explorés jusqu'à ce jour, soit qu'ils ont été de très courte durée, soit enfin que nos investigations sont encore trop imparfaites.

Ces origines sont bien confuses, malgré les nombreuses recherches dont l'Egypte et la Chaldée ont été l'objet ; elles l'étaient plus encore avant les découvertes relatives au préhistorique égyptien. Il est à peine concevable que ces questions d'origine n'eussent pas été élucidées longtemps auparavant; alors que depuis plus d'un siècle les savants les plus éminents de l'Europe étaient venus étudier le sol égyptien (2). Quoi qu'il en soit, il

apparaît clairement aujourd'hui que l'Egypte et la Chaldée se sont développées parallèlement et dans des conditions semblables. Toutes deux ont droit à l'honneur d'avoir civilisé le monde ; mais tandis que l'Egypte, enfermée dans ses sables, ne pouvait étendre son influence au delà de certaines limites imposées par la nature, la Chaldée, pays ouvert sur toutes ses frontières, entourée de tous côtés de dangers et de menaces, était appelée à s'accroître et à fonder le premier grand empire dominateur.

Ainsi, c'est dans ces deux vallées jouissant de conditions naturelles analogues, peuplées de races pacifiques, aux mêmes aptitudes, que se formèrent les deux premiers foyers civilisateurs. Les facilités de la vie enfantèrent les progrès initiaux qui. peutêtre, se développant sur eux-mêmes, eussent donné au monde une culture toute difterente de celle que nous possédons aujourd'hui : si l'élément sémitique, doué d'un génie gouvernemental et administratif spécial, n'était venu, pendant trois ou quatre mille ans, dirisfer cette évolution, lui donner une tendance à la domination inconnue avant lui spécialement en Egypte, et qui, probablement aussi, eût été sans lui ignorée en Chaldée. L'autochtone

(1) Cf. J. DE Morgan, Bech. oriy. Eyijple, Cuneijorm inscriptions. Londres. 1908, p. 101. Iû97, p. 168, fig. 558. Chap. IV. The relation of Babylonian lo-

2) Cf. A.-H. S.wcE, The archaeoloyij o/ Ihe Egyptian civilisation.

devint la main de cette civilisation hybride, dont le Sémite fut la tête.

Lhistoire des Patésis chaldéens nous est encore presque inconnue; à peine savons-nous quelques-uns de leurs noms attachés à leurs œuvres de paix; quant à leurs expéditions militaires, tant pour la conservation du trône que pour l'extension des frontières, nous nen connaissons rien.

Ourou,Eridou, Ourouk, Larsa, Sirpourla (Lagach), etc., et enfin Suse et Anchan semblent avoir été à l'origine les principaux centres chaldéens. Il y régnait des princes plus ou moins puissants suivant les temps, parfois soumis et réduits à la situation de feudataires par leurs voisins plus forts, souvent aussi maitres euxmêmes, imposant leurs volontés.

On comprend aisément quun tel état politique chez un peuple ambitieux, par tempérament, de richesses et de pouvoir, amenait de perpétuels conflits entre les principautés et faisait souvent changer de mains la prépondérance relative des petits États.

Dès une très haute antiquité, Zi.OOO ans au moins avant notre ère, les rois-prétres (1) de Kich, Manichtousou et autres, étendirent au loin leur domination, faisant peser leur joug sur les pays d'Akkad et de Choumir et sur la Susiane même. Nous n'avons jusqu'ici retrouvé d'eux que quelques-unes de leurs constructions, dont les ruines sont éparses dans les pays jadis soumis à leur sceptre. Les autres Patésis, ceux des villes asservies, avaient conservé leurs titres, leurs prérogatives et une grande partie de leur pouvoir, mais sous Paulorité de Kich.

Ce premier royaume, sans frontières définies, ne modifiait guère les conditions politiques du début ; ce n'était encore que le régime des principautés étendu, à peine centralisé entre les mains d'un seul prince. D'ailleurs, à la suite de ce premier essai d'un gouvernement couvrant de son autorité l'ensemble des pays chaldéens, le régime des petites principautés indépendantes fut restitué pour un temps.

Cependant l'extension de la puissance de Kich devait enfanter l'Empire. Elle ne fut qu'une première tentative, mais prépara l'esprit

(1) Les patésis et souverains les plus anciens Suse, dOur, d'Isin, de Larsa et d'Ourouk. Ces dont les noms soient parvenus jusqu'à nous villes dont, pour beaucoup, nous ne connaissent ceux des villes de Lagach, de Gichhou, sons pas l'emplacement, semblent avoir été de Chouripak, de Kisourra, de Nippour, de les premiers foyers de la culture chaldéenne, Kich, de Gouliou, d'Hourchilou, de Louloubi, peut-être même sumérienne. d'Achnounak, de Dour-llou, de Kimach, de

L'EXPANSION SKMITIOUE 'IM

des peuples à coopérer aux grandes vues politiques des souverains de l'avenir. Sargon 1, dit l'Ancien, roi d'Agadè, détrônant son oncle et maître (vers 3800 av. J.-C), soumit toute la Clialdée, lElam, les rives du golfe Persique, les îles, les peuplades à l'orient du Tigre jusqu'aux montagnes. Il porta ses ai-mes en Syrie, à Chypre même, dit-on.

Sargon n'élait pas le premier des empereurs ; mais il fut le véritable fondateur de l'empire. Deux petits royaumes, ceux de Larsam et d'Apirak, conservèrent toutefois leur indépendance ; il la leur laissa, soit qu'ils eussent contribué à l'établissement du pouvoir suprême, soit pour toute autre cause qui nous échappe.

Sargon n'était plus un Patési, plus puissant que les autres, imposant son joug à ses proches voisins, mais bien un véritable empereur féodal, tel que plus lard les invasions des barbares en ont établi en Europe, tel que nous en voyons encore de nos jours un frappant exemple de l'autre côté du llhin. Non seulement les populations suméro-akkadiennes furent réunies sous un même sceptre ; mais les armes d'Agadê se tournèrent vers les peuples étrangers, reculèrent les frontières sémitiques et établirent la première grande domination d'un seul.

De nos temps, cette politique a pris le nom d'unité de races ; mais, de même que dans l'antiquité, elle cache simplement un désir de conquête, un appétit de domination. A six mille ans de distance, les mêmes cupidités se traduisent par les mêmes iniquités.

Le centre du pouvoir se trouvait alors dans les pays, dès longtemps sémitisés, delà Chaldée et du golfe Persique; mais déjà des colonies s'étaient établies sur le haut Euphrate, sur les côtes et dans les montagnes de Syrie et de Palestine, vivant côte à côte avec les tribus d'origine plus ancienne. C'est de cet ensemble que Sargon fit son Empire, sans que ses armes se fussent jamais tournées vers l'Arabie, pays d'origine de ses ancêtres, dont il avait plutôt à redouter Tàpreté qu'à convoiter les biens.

Cette conquête ne se fit pas sans ébranler l'équilibre établi depuis des siècles dans 1 Asie antérieure ; des migrations eurent lieu, les unes concentrant dans les monlaguesdu Nord et de l'Est les populations autochtones, les autres chez les Sémites eux-mêmes, qui, suivant la seule route ouverte, s'avancèrent jus(|u'à la presqu'île (lu Siiiaï. ^lais là, elles se licurtèrenl à la puissance <''gyp-

IG

tienne qui, depuis longtemps déjà, occupait militairement cette barrière de ses domaines, fermant ainsi la porte par laquelle elle était venue. Là, pendant, des milliers d'années, les nouveaux arrivés, vaincus, étaient traînés en esclavage sur la terre du Nil, où les

La presqu'île du Sinaï au temps de l'empire Memphite (1;.

Pharaons les employaient aux grands travaux dont ils nous ont laissé les ruines.

On a pensé que la possession du Sinaï importait aux Egyptiens à cause des mines de cuivre que renfermerait cette presqu'île. Cette opinion se basait sur une erreur commise par Lepsius qui^

(1) D'après G Maspero, Hisl. anc. des peuples de l'Orient classique, t. I, p. 349.

LEXl'AXSIOX SKMITIOUE

confouJaiit des minerais naturels de manganèse avec les scories résultant de la métallurgie du cuivre, crut à une immense exploitation minière. Les gisements du Sinaï contiennent de la turquoise, et non du métal en (juantité industrielle ; leur richesse naturelle neiilrait donc pour rien dans les vues j)oliti(jues des Pharaons.

Cest uniquement au point de vue de la défense de ses intérêts vitaux que rEgyj)te occupait le Sinaï, repaire de nomades toujours prêts à fondre sur les riches contrées du Delta. Ses efforts étaient d'ailleurs largement compensés j)ar la quantité des esclaves quelle capturait dans ce district asiatique.

Le désert syro-arabi([ue constituait une excellente frontière entre les deux empires d'Asie et d'Afri({ue, empêchant leur contact. Tandis que les Pharaons se l)ornaient à conserver le Sinai\ les Suméro-Akkadiens ne descendaient pas vers le sud ; leurs hordes, pour gagner la Syrie, remontaient lEuphrate et se trouvaient amenées ainsi vers l'Oronte, plutôt que dans la Phénicie méridionale.

Les dix premières dynasties (1) sont généralement appelées memphites, parce que c'est à Menés qu'est attribuée la fondation de Memphis, et aussi parce que les sépultures de la plupart des souverains de la 111% de la IV** dynastie et des suivantes s'y trouvant, on supposait que celles des trois premières dynasties s'y élevaient également et que, dès les débuts, le centre du pouvoir avait été établi dans le nord du pays. Manéthon, toutefois, désigne sous le nom de Thinites les deux premières suites des Pharaons.

(1) E.-A.\Vallis Biidge [Egijpl in Ihe neolilhic and arcliaic periud, 190-2, chap. II, Egyplian chronology. fip. lU-ltJl) donne avec beaucoup de clarté les résullals de loules les évaluations clironoloffiques tentées jusqu'ici en ce qui concerne l'Egypte et les empires asiatiques. Jusqu'à la XVIIP dynastie (Amenophis JV, <; 1400 <C 1450) aucune date n'est certaine dans la chronologie égyptienne. Les dates de Lepsiiis ont été soumises à une attentive et ingénieuse révision, notamment par M. Ediiard Meyer (Aegyptische Chronologie. Berlin. 190'*, ds Ablinndlungen der K. pr. Akademie der Wisxenschaften, 1904). Les anciennes estimations pour les époques antérieures à la XVIII'' dynastie sont sensiblement réduites. Ainsi la XII' dynastie est classée de l'an 2000 à 1788 ; la XIII', de 17^8 à 1660. La domination Hyksos n'a duré qu'un siècle environ, de 1660 à 1580. C'est l'époque d'anarchie qui vit les dynasties contemporaines et non successives, classées

sous les n" XIV-XVII (Cf. R. Du.ssald, Rev, École anlhrop.. 1908, p. 268). Ces nombres sont très différents de ceu.x adoptés jusqu alors (G. Maspero,FI.,Petrieetc.); on considérait la XII» dynastie comme s'élendant de3î60 à .3248 pour les uns, de 2778 à 2565 pour les autres. Les calculs de Ed. Meyer reportent l'invasion des Hyksos à une époque où, aucune grande révolution ne s'étanl opérée en Asie, il devient difficile d'expliquer son origine. D'après les Iroi.s systèmes de FI. Peirie, Evans et E Meyer, le premier palais de Cnossos (Minoen moyen II) daterait de 3460 à 3248 (FI . Pétrie) ; 2500 à 2200- (Evans) et 2000 à 1800 (Ed. Meyen. De ces trois é]ioques. celle supposée par Evans m'apparait comme la plus rationnelle et correspondant le mieu.x aux événements dans le monde oriental. Il n'est pas irrationnel d'ailleurs de placer vers la fin du troisième millénaire I apogée de la civilisation Cretoise.

nii

Mais les découvertes de Négadahet d'Abydos iiioiitreiit, au contraire, que les premiers rois eurent le siège de leur pouvoir dans la Haute-Egypte, et ce n'est, sem])le-t-il, qu'avec la IIP dynastie (I) que le centre polititfue fut reporté vers le nord (2).

Peut-être devons-nous voir une nécessité polititjue dans ce transport du siège du gouvernement. De Memphis, bien mieux que de la Haute-Egypte, les Pharaons étaient à même de surveiller la seule frontière dangereuse de leurs Etats, celle de lAsie, qui probablement servait de passage à des migrations plus ou moins importantes que les rois d'Egypte avaient souci, sinon d'arrêter, du moins de surveiller.

Les premiers Pharaons memphites tournèrent jjien certainement de suite leurs regards vers le Sinaï ; car on voit dans ces montagnes, à Wadi Maghara, la stèle triomphale de Sozir (3), celle de Snéfrou, dernier roi de la IIP dynastie (Zi), relatant une prise de possession de la presqu'île par les troupes égyptiennes. Si ces campagnes ne sont pas les premières, ce sont du moins les plus anciennes dont la trace se soit conservée jusqu'à nous. D'autres monuments montrent com])ien les Pharaons de tous les âges attachaient d'importance à leur frontière asiatique. Cette attention se soutint pendant toute la durée du moyen Empire (5)

(1) En ITOl, J- Garstang découvrit à Bel kliallaf, près «le Girgeh, les tombes îles roi Henneklil et Tchéser de la III' dynastie ; c'est donc au cours de cette dynastie que le pouvoir central se déplaça pour venir se fixer à Memphis.

(-2) En dehors des monuments de Négadah et d'Abydosqui, sans contredit, sont les plus anciens des temps pharaoniques, les égyi)tologuesontcru pouvoir attribuer à la IP dynastie quelques-uns des monuments découverts dans la nécropole memphite; tels sont: le tombeau de Thothpou à Saqqarah, la grande stèle de Shiri (Cf. G. Maspero, Guide du uisiteur au Musée de Boalaq, p. 31), les statues de Sapi (Cf. E. DE RouGÉ, Notice dex monuments égijpl. du Louvre, 1855, p. 50) ; mais ces attrihulions sont loin d'être prouvées, car ces monuments [leuvent aussi bien être reportés à la III' dynastie, de même que la pyramide à degrés de Saqqarah (Sozir) et la grande enceinte rectangulaire située à l'ouest de cette pyramide (Cf. J. DE Morgan, Plan de la nécropole memphite, Caire, 1897). La chose semble même plus vraisemblable, car nous ne connaissons dans la nécropole memphite aucun monument appartenant sûrement à la IP dynastie. Les plus anciens, portant un cartouche royal, sont jusqu ici les mastabas de Dahchour, contemporains du roi Snéfrou (Cf. J. de Morgan, Fouilles à Dahchour en 1895; qui, par leur grand nombre, semblent prouver que la sépulture

du roi se trouvait également dans ces pai-ages.

(3) Le roi Sozir, dont le tombeau se trouvait à Saqqarah (i)yramide dite à degrés; et dont la stèle triomphale se montre sur les rochers de Wadi Maggarah, au Sinoï (Cf. ii.Benedite, Recueil, t. XVI, 1891, p. loi;, appartient à la IIP dynastie.

Ci) Sur cette stèle, Snéfrou écrase de sa masse un nomade (Mention) terrassé. L'inscription dit : « Le roi des deu.x Egyiites, le seigneur des diadèmes, le maître de justice, ! Ilorus vainqueur, Snéfrou, le dieu grand. » Ce roi, afin de protéger ses frontières de ce côté, fonda une série de forteresses dont une, Shê-Snofrou (l'ouadi de Snéfrou), existait encore au Moyen Empire. — Cf. LEPsius,I'e/iA-m., IL 2. — J. DE Morgan, Recherches sur lesorig. de l'Egypte, 1896. — Chabas, les Papyrus de Berlin, p. 91. — E. de Bougé, Recherches, p. 90. — G. Maspero, Hisl. anc. des peuples de lOrient, V« éd., 1893, p. 59. .

(5) Les expéditions des pharaons contre les nomades du Sinaï (Mention) sont nombreuses au cours de lancien et du moyen empire. Après Snéfrou (Illi^dyn.), Cheops (IV»), puis Sahouri (V-), Ousirounri-An. (V<^), Dadkeri (V) (Cf. Lepsius, Denkm., Il, pi. 39 a, 152 a, 39 d. — BiRCH, Zeitsch., 1869, p. 26. — Ebeiîs, Durch Gosen zum Sinaï. p 536. — J . de Morgan, liech. s. les oriy. de l'Egypte, 1896). Pépi I" (Vp) (Cf. G. Maspero, Hisl. anc. des peuples de l'Or., V* éd., 1893, p. 81) envoya son ministre Ouni

L'EXPANSION SKMITIOUE

jusqu'au jour où, les armées égyptiennes se trouvant écrasées par un (lot humain, la vallée du Nil fut envahie.

On a pr(''teu(lu que, sur la fin de ses jours, Sargon aurait pénétré dans la presqu'île du Sinaï (Magan), rappelé par des révoltes, et qu'il y auiait renversé Kastouhila, roi de Kazalla (1).

Si les Sumc'ro-Akkadieus s'élaieul avancés jusqu'au Sinaï, ce n'est pas un roi indigène qu'ils y auraient rencontré, mais bien les garnisons égyptiennes. De plus, comment le Sinaï aurait-il pu se révolter contre Sargon alors (piil appartenait à l'Egypte ? Ces deux invraisemblances eussent dû suffire pour faire écarter l'identification du pays de Magan avec le Sinaï.

M'appuyaut sur un grand nombre de textes anciens et sur des considérations tirées de la géologie, j'ai prouvé (21 que le pavs de Magan était situé sur le Khabour, affluent de l'Euphrate. C'est donc sur la route de Syrie, déjà conquise, que le roi d'Agadé alla précipiter du trône le prince révolté Kastoubila, et non dans les montagnes du Sinaï.

La légende met au compte de Sargon l'Ancien toutes les grandes améliorations de son époque; il est le Menés de la Chaldée. Les traditions et les vieux écrits sacerdotaux furent compilés, traduits en langue sémitique et coordonnés, les augures, les ouvrages d'astronomie, de mathématique (3), de médecine, de magie, de législation (/i), rédigés primitivement en sumérien, furent aussi traduits et commentés. Un autre ouvrage donnait les règles des deux grammaires sumérienne et akkadienne. Tous ces documents furent réunis dans le grand temple d'Ourouk où, quinze cents ans plus tard, Assourbanipal les fit copier. A ces travaux.

soumettre les Anioii et les Hiroii-Shaitou de la presfiu'ile (Cf. Maspero, o/<. cit.. p. 82 ; d'autres tribus au pays de Tobi, toujours dans le Sinaï (Cf. Maspéko, Zeilschrijl, 1888, p. 6i). furent également vaincues par une expédition marilime. MirinrijVP) (cf. E.de Rougé, liech. sur les monum., p. 80 sq. - Erman, Comm. z. inschr. d. Una., in Zeilschr., 188-2, pp. 1-29. — Lkpsil-s, Denkm, II, pi. 116 a.), Entouf IV (XI") (cf. BiRCH, T'ap. Ahholt, p. 11-12.) Les souverains de la XII' dynastie restaurent la ligne de forts construite sous l'ancien empire et reliant la mer Rouge à la Méditerranée, la muraille qui barrait l'entrée du Ouadi Toumilat (cf. Chabas, tes Pnpi/rus hiérnliques de Berlin, pp. 38-31». 81-82, 91)' e\, défont les Sliasou et les Menlou (Cf. .1. de Morgan, /•ou///e.s à Diihc/iour, peclorau.\ royau.x).

(1) G. Maspero, Uisl. anc. des peuples de rOrienl, V' édit. p. 158.

(-2; Cf. Méin. de la Déléy. en Perse, t. I, 1900; Recherches archéologiques, p. 3i, sq.

(3i Dès l'époque de Sargon l'Ancien et de Naràrn Sin, les connaissances mathématiques en Chaldée permettaient de relever des plans exacts. (Cf. F. Tuureau-Dangin, Un cadastre chaldéen, ds Rev. d'Assi/r. et d'Arch. orientale, vol. IV, n°l. 1897, pp.l3-'27. — IIeuzev, Comptesrendus Acad. Inscr., t. XXIV, p. 128.)

(4) L'obélisque de Manichlousou, découvert à Suse et portant un long litre de propriété, prouve que déjà vers 3800 avant notre ère les coutumes relatives à la propriété étaient codiliées. Il est permis d'en conclure qu'à cette époque, déjà, tous les rapports des hommes entre eux étaient réglementés par des lois. Ce document est relatif à des domaines situés près de la ville de Kich en Chaldée. (Cf. V. SciiEiL, Mém. Déléy. se. en Perse, t. II, textes élamiles sémitiques.)

attribués à Sargon, il convient d'ajouter de nombreuses constructions de temples et de palais, le tracé d'une foule de canaux.

Certainement cette œuvre ne fut ni celle d'un jour ni celle d'un seul homme (1); mais c'est vers cette époque, au moment de la fondation de l'Empire, que s'accomplirent ces progrès ; qu'un pouvoir central fut à même de coordonner les connaissances du passé, et d'en faire ce tout qui, pendant des milliers dannées, régit la Chaldée, et dont, pour bien des choses, l'effet se fait encore sentir de nos jours. •

Déjà la civilisation égyptienne était alors très développée; mais il lui manquait l'ambition des conquêtes et l'organisation militaire de l'Asie. Pendant toute la durée de l'ancien et du moyen empire, elle n'eut qu'une politique extérieure restreinte, se contenta de naviguer dans la mer Egée et d'opérer des razzias sur le haut Nil ; et lorsqu'après l'invasion des Hyksos, elle entra sur la scène du monde, les idées sémitiques de domination avaient fait leur chemin, gagnant l'Assyrie, la Phénicie, la Judée, toute l'Asie antérieure. Avec l'énorme développement qu'elle possédait à tous les points de vue, l'Égyjjte eût été la maîtresse incontestée du monde si elle avait su conquérir, comme les Akkadiens, les Assyriens et plus tard les Perses.

Fils et successeur de Sargon, Naràm Sin (vers 3750 av. J.-C. [2]) continua l'œuvre de son père. Sans cesse en campagne, il parcourut la Syrie, le pays de Magan, s'avança peut-être jusqu'à Diarbékir, guerroya dans les montagnes et visita l'Elam a(in d y afTermir l'autorité akkadienne.

Le seul danger pour l'empire était celui qui devait plus tard sortir de l'Est; car là se développait, à l'abri des atteintes chaldéennes, une puissante civilisation autochtone qui, s'aidant des progrès suméro-akkadiens dont elle s'inspirait, devenait de jour en jour plus menaçante. Mais, contre ce danger, la Chaldée ne pouvait rien militairement; une bonne administration intérieure, une politique étrangère judicieuse eussent seules pu écarter d'elle le péril,

(1) Les souverains (suzerains) les plus ds Rev. SéiniliqLie janvier 1909, p. 110.

anciens dont les noms soient parvenus jus- (2) Nabonide dit avoir fait pratiquer à Sip-

qu'à nous ont régné dans l'ordre suivant: par une tranchée de 18 coudées de profondeur

1° Charrou oukini ; 2° Manichtousou; 3° Ourou pour retrouver la pierre de fondation du teni-

mououch (lous trois rois de Kich) ; 4° Char- pie de Chamach placée par Naràm Sin, 3200

gani-charri et 5° son fils, Naràm Sin, rois ans avant lui. (Cf. Schrader, Keilinsch. Di-

d'Agadè (V. 3750 av. J.-C.) Cf. J. Halévy 6//o;/î., IIL 2, p. 102, sq.}.

L'EXPANSION SI:MITI0LE O'jT

on coiisei'vaiiL à l'empitc, avec sa vitalilé économique, la force de résislcr à l'orùge.

Entre 3750 et 2300 av. J.-C, époque tic la réaction an/anile, nous ne connaissons que peu de chose des événements qui prirent |)lace; l'empire continua d'exister sous les rois de la j)re mière dynastie d'Our, Our-Engour, Doungi, etc. ; mais vivant sur lui-même, administrant tant bien que mal son avoir, réprimant de son mieux les révoltes, n'entreprenant plus de contjuètes. Il semblerait (|ue les successeurs de Sargon et de Naràm Sin, prolitanl ■des efforts de leurs ancêtres, fussent lombes dans l'insouciance; que, peu à peu, cette vaste organisation militaire, se désagrégeant, soit devenue si faible que la première secousse la devait renverser; que, presque tous les princes féodaux sétant affranchis, il y eut encore, dans bien des provinces, retour au régime des Patésis indépendants. N'en a-t-il pas été toujours ainsi des grands États orientaux ? n'ont-ils pas tous péri par linsouciance des descendants de leurs créateurs ?

Sous Narâm Sin, le régime était toujours féodal. Le roi marchait en personne à la guerre entouré de ses neuf vassaux. Les armées se composaient, en dehors des troupes d'Agadê, des contingents tirés des grands fiefs, dont tous les chefs n'étaient pas des Sémites, loin de là ; mais, par crainte ou par intérêt, ils obéissaient au roi et le secondaient dans ses entreprises. 11 faisait bon, en effet, de guerroyer avec un chef aussi puissant et de recevoir sa part dans les dépouilles des vaincus.

Cette époque est celle de l'apogée des arts en Chaldée. Aux grandes conquêtes, à l'opulence, correspondent presque toujours les grandes œuvres de goût. Les monuments au nom de Naràm Sin, ceux de l'Empire, sont d'une composition et d'une exécution remarquables, supérieurs même, comme conception, à ce que nous a laissé l'Egypte ; mais cet art souple et majestueux devait entrer rapidement en décadence, dans un milieu où les préoccupations matérielles dominaient chaque jour de plus en plus. Quant à la sculpture provinciale, elle avait conservé la rudesse archaïque.

Pendant ce temps, l'Egypte poursuivant sa destinée, se développait sur elle-même en dehors de la scène du monde. Quelques troubles intérieurs, quelques expéditions contre les nomades du Sinaï, des côtes de l'Erythrée, quel(|ues campagnes au sud dans les pays des nègres, vinrent seuls troubler l'harmonie de cette

évolution si homogène et si suivie. Les arts se développèrent au point d'enfanter des merveilles dans tous les genres, œuvres très spéciales d'ailleurs, d'un style qui, pour manquer de souplesse,

n'est pas sans une extrême élégance.

Le sol se couvrit de digues, de canaux, de villes et de villages, de temples et de palais; la richesse devint immense en esclaves, en métaux, en biens de toute nature; la population s'accrut dans d'incroyables proportions.

Le pouvoir central avait plusieurs fois changé de siège; de Memphis il était remonté dans la Haute - Egypte, j)uis il redescendit vers le nord avec la Xil»- dynastie. La Nubie fut conquise, tandis que du côté de ri\sie les Égyptiens ne dépassèrent pas le Sinaï, souvent envahi par les nomades asiatiques ; mais que les Pharaons gardaient avec vigilance. Les souverains pressentaient que, de l'Asie, viendraient un jour des hordes barbares portant la ruine sous leurs pas.

La Nubie au temps de l'Empire égyptien (1).

(1) D'après G. Maspero, Ilist. anc. des peuples de lOrienl classique, l. I, p. 177.

L'EXPANSION SKMITIOUE '2!i9

Ceitainemciil rÉgyptc se tint à l'écart pendant les quatorze premières dynasties qui la gouvernèrent ; mais il ne faudrait pas croire qu'elle soit demeurée sans communication avec l'Asie. Le chemin entre l'Euphrate et la vallée du Nil, connu de toute antiquité, était sans cesse parcouru par les caravanes, et les Pharaons n'étaient pas sans savoir ce qui se passait en Chaldée ; peut-être même les marchés du Delta recevaient-ils bien des produits asiatiques (1). Avec les peuples de la Méditerranée, les relations commerciales étaient constantes; y doit-on voir la source des quantités énormes de métal que renfermait l'Egypte dans un temps où elle ne possédait de district minier que sur le Haut-Nil ? Je suis porté à le croire.

Les vaisseaux égyptiens, dès la IV" dynastie, s'aventuraient déjà dans les îles de la mer Egée, alors à peine peuplées (2), sur les côtes de Candie, où les Cretois reçurent de la vallée du Nil tous les principes de leur civilisation, en Chypre, pays de cuivre.

Peu après l'époque où les empereurs chaldéens fondaient la bibliothèque d'Ourouk, les Pharaons encourageaient les lettres; quelques-uns même, dit-on, composèrent personnellement des ouvrages. Dès la VI'' dynastie, un haut fonctionnaire porte le titre de (( Gouverneur de la Maison des livres». C'est qu'en Egypte, les moyens de fixer la pensée étaient autrement aisés que jamais ils ne furent en Chaldée ; le papyrus permettait d'écrire comme on le fait de nos jours sur papier, et son usage se perd dans la nuit des temps. Rapidement l'écriture hiéroglyphique avait produit un système plus cursif, l'hiératique (3), tandis qu'en Mésopotamie l'argile seule se prêtait à recevoir les signes (i .

De quels ouvrages se composaient les bibliothèques de l'ancien

(1) C'était déjà de l'Asie (XII« dynastie) qi:e (3) L'usage de l'écriture liiératique est fort l'Egypte tirait les esclaves, les parfums dont ancien, on en connaît des exemples dès l'ancien elle faisait une si grande consommation, le empire. L'un des plus beaux manuscrits en bois et les essences du cèdre, les vases émail- cette écriture parvenus jusqu'à nous est le lés, les pierreries, le lapis et les étoffes bro- Papyrus Prisse de la XI' dynastie. — Dans dées ou teintes dont la Chaldée se réserva les constructions de la XII' dynastie à Dalile monopole jusqu'au temps des Romains. chour, toutes les indications techniques ins- {G. 'M.KSPEno.Hist. anc. des peuples de I Orient, crites sur les matériaux sont en caractères éd. V, ISy.S, p. 101.) hiératiques et non en hiéroglyphes. La dernière

(2) « Les Cyclades n'ont pas été habitées à de ces écritures était réservéeaux inscriptions l'époque néolithique, ou du moins quelques et aux textes religieux, tandis que la première familles suffisaientpourexploiterlesgisements était courante et servait à toutes les transacd'obsidienne de l'île de Milo et pour approvi- lions privées.

sionner un commerce restreint. L'usage des (4) Si les Chaldéens avaient écrit s-ur parcouteaux en obsidienne s'est développé à chemin, les signes ciméiformes n'auraient pas l'époque énéolithique et s'est perpétué pen- pris naissance. Ct ne fut que plus tard que dant tout l'âge du bronze. » R. Dlssaud, Bull. l'introduction de laraméen permit d'abandonelMém. Soc. Anlhrop., Paris, 1896, p. 110. ner l'argile.

Empire égyptien ? Nous l'ignorons ; mais d'après les indications sommaires parvenues jusqu'à nous, il est à croire qu'elles renfermaient des traités de médecine (1), de sciences mathémati-

Écriture hiératique.

Première page du Traité de Morale du prince Phtah-

Holpou écrit à la fin de la V= dynastie.

ques (2) et astronomiques, peut-être même d'histoire mais surtout des livres religieux (3) et philosophiques {^).

Ce que nous connaissons de la littérature égy})tienne montre

à' 'i.]àXi^

Théorème de géométrie d'après le papj rus mathématique du Musée Britannique

(XlX-'dyn.) (5).

un peuple rapportant toutes choses à la divinité, et attachant à ses croyances une importance telle qu'elles dominent au point d'effacer

(1) Les sciences médicales, si toutefois on peut donner le nom de science aux pratiques usitées chez les Égyptiens, sont aussi anciennes que la royauté, peut-être plus même. Le premier traité connu jus((u'à ce jour est attribué au règne de Clu'ops, les autres datent des rois Menkeri 'Cf. G. Ebers, Pdpijros Ebers, Leipzig, 1875; Cn.\B.is, Délenninalion d'une date certaine, Paris, 1877), IlousapaïU (Cf. Brugsch, Rec. monum. EijijpU, l. M, p. 101-1-20, pi. LXXXV-CVII. - Chab.^s, Mel. Eiji/plol., 1" série, pp. 55-79). Ces deu.x traités e.xistaienl encore à 1 époque romaine (GAr.i.iEN, De compos. medic. Sec. (jen , V) et ([ueUpiesuns des remèdes qu'ils indiquaient font aujourd hui encore partie de noire pharmacopée. Comme tout en Egypte, la médecine avait pris un caractère divin et le médecin qui s'écartait des prescriptions sacrées était passible de mort comme assassin (DionoiiE de Sicile, L 8-2). On conçoit aisément quel genre de progrès dut faire celle science, en dépendance de la religion, pendant la durée des temps pharaoniques.

(2) Les connaissances mathématiques en Egypte remontent à la plus haute antiquité,

si Mcius en jugeons par les travau.x exécutés dè> la IV'' dynastie. Malheureusement nous ne possédons rien des traités primitifs Le plus ancien document mathématique parvenu jusiju'à nous est le papyrus Rliina, du Musée Brilannique. (Cf. A. Eisenlohr, Ein mathemalisches Handbuch der Allen JEgijpler, i'èll.)

CX] Parmi ces livres, il en était de contemporains de Menés et même d'antérieurs. Celui des morts remonte à l'antiquité la plus reculée ; le chapitre LXIV fut, dit-on, découvert sous Housaphaiti ou sous Chéops. Toutefois les tombes archaïques de Négadahetd'Abydos n'en renfermaient aucun fragment.

(4) I-a philosophie est aussi ancienne que l'Egypte. Le plus ancien traité connu {Papijrux Prisse, Bibl. nat. de Paris), écrit au début de la XII' dynastie, renferme deux ouvrages : l'un composé sousla IIP dynastie (Snéfrou), l'autre sous la V'' par Ptahhotpou, fils d'un des rois de cette époque. (Cf. Ciiabas, Pieu. Archéol., 1= série, t. XIV, p. 1, sq.)

(5) Cf. EisENLOiin, Ein niathematisches Handbuch der Allen y'Egypter (Papyrus Rind des British Ihiseum), 1877.

LEXPANSIOX SÉMITIOUE 251

presque les autres sujels. L'honmie songeait, toute sa vie duraiil, à se construire un tombeau, ne niédilait que sur la survivance.

La vallée du Nil a fourni une innombrable quantité de textes écrits sur pierre, sur bois, sur papyrus, e til en est bien peu qui présentent un caractère profane. Les indications historiques, généralement perdues dans l'encombrement des formules rituelles, sont souvent bien vagues et difficiles à retrouver. C'est que la croyance à la vie future absorbait l'Kgyptien au point de lui faire négliger niill<^ choses de la vie sur terre ; que son histoire même avait pour lui moins d'attrait que ses espérances d'outre-tombe, et que les prétreslentretenaient dans cetétat d'esj)rit afindeconserver sur lui un ascendant absolu (1). Tant que l'Egypte vécut en dehors du monde, tant cju'elle n'eut pas senti le besoin de luller pour l'existence, l'idéalisme fut le seul mobile de tous ses actes privés et publics. Elle n'était ^ ^^^ ^

pas un royaume de la terre. t/ "> -^ ^

En Chaldée, au contraire, les Sémites /T' '^ !t\ al

moins croyants, plus positifs, plus orgueil- 1J2 1,1\ ^ ^

leux, plus ambitieux des biens de ce monde, J^ ^^^^^ i* ont sude bonne heure, tout en rendant hom- ^it''^^ >C /.i mage à leurs divinités, séparer les faits des iX ^TT t\ "^

formules, étudier les sciences sans y mélan- «tC ^ \} ^

ger les dieux, narrer les hauts faits, rédiger ^^ ^ '^ u des lois en les déofag-eant des idées et des 5* â iZ %

formules religieuses. p^jA tu-r ~y

Ces deux états d'esprit s'expliquent aisé- JY ^r\ ^ ^^'i

ment par la nature même des lieux où vi- "^

vaient les deux peuples, par leur éducation. Fragment du manusnit T .,% .• . . 1 r.^ . < c • hiératifiue de Sineli

L Egyptien n ayant pas grand efïort a faire ;papy,us de Berlin; de

pour conserver son patrimoine, protégé qu'il la Xll» dynastie (2). était de tous côtés par des déserts, avait tout

loisir de se livrer aux spéculations iinaginatives ; le calme de la nature et la régularité de la vie l'y portaient, de même que ses dispositions naturelles et ses croyances traditionnelles. Tandis que les Sémites ardents à la con(|uête, toujoui's assoiffés de richesses

(1) Les prêtres qui veillaient sur les sépul- of DtbI. ArcheoL, t. Vil, p. 6, sq.) Ce fui une

tures étaient gt'rants des biens fin tombeau des principales causes de l'immense richesse

■que l'Egyjjlien donnait de son vivant par con- du clergé.

Irai régulier afin d'assurer après sa mort le (-2) La disposition de l'écriture hiératique en

service des offrandes. (Cf. G. Maspero, Egypt. colonnes verticales semble cesser avec le

docum. relat. to the dead, in Trans. of llieSoc. moyen Empire.

252 Ll'^ PREMIERES CIVII.ISATlttNS

et de jouissances, ayant perpétuellement à lutter contre de dangereux voisins, envisageaient la vie sous un jour plus réel. Ils faisaient aux dieux leur part dans leurs inscriptions triomphales, au début et à la fin des textes; mais tout le cours du récit conservait son caractère profane. Dans la pratique, ils se servaient du nom de leur divinité pour couvrir leurs iniquités; car, il ne faut pas l'oublier, les dieux n ont jamais été, surtout entre les mains des Sémites, que des instruments de haines, de vengeances, de rapines.

Certainement les empereurs chaldéens durent user des procédés que nous voyons plus tard employés par 1" Assyrie où, au nom d'Assour, se commirent tous les crimes ; mais ils étaient tenus à certains ménagements envers le vieux fond de la population, assez nombreux encore pour adoucir, dans une certaine mesure, la cruauté et l'injustice naturelle de ses maîtres.

Pendant que se développait l'Egypte sous ses premières dynasties, que s'établissait la ])répondérance sémiticjue dans l'Asie antérieure, de grands mouvements de peuples s'opéraient dans le Nord. Les Aryens, fuyant devant le froid, avaient depuis longtemps ([uitté leur patrie originelle et, lentement, s'étaient avancés vers l'ouest et le sud. Les plaines de la Transcaspienne, celles de la Russie étaient déjà occupées, peut-éti"e même les avant-coureurs sétaient-ils avancés déjà jusqu'en Europe centrale. En Extrême- Orient des migrations analogues, mais plus confuses encore pour notre esprit, jetaient les bases de ce qui fut plus tard l'Empire chinois. Les hordes tartares et turques prenaient leurs positions dans la Sibérie et l'Altaï, pa^s abandonnés par les Aryens.

De ces mouvements, nous ne connaissons rien de précis encore; mais la suite de l'histoire les fait pressentir. Ils s'imposent, et si j'en parle en traitant du quatrième millénium, c'est que bientôt nous verrons paraître, dans laire historique, les premiers Aryens.

Ces hordes du Nord n'étaient point encore parvenues jusqu'à la mer Méditerranée où, sous l'influence bienfaisante des navigateurs égyptiens, les vieilles races se développèrent et acquirent, de bonne heure, une civilisation digne d'entrer en ligne avec celle de leurs maîtres.

Ce n'est que vers la IV'' dynastie que l'influence égyptienne se fit sentir en Crète, foyer d'une culture intellectuelle nais-

LEXl'ANSION SÉMITK »l E

saute (1). Auj)aravant, jiis(|irà la III" dynastie, le centre du pouvoir et j)ar suite de la richesse et de l'énergie, se trouvant, en Egypte, éloigné de la mer de mille kilomètres environ, le nord du pays était (jii('l(|ut> peu (Udaissé et ses navigateurs, encore barbares, ne s'aventuraient ^\ ^^^-(•.-j-^ pas loin des cotes. I l i.1 '

Le transj)orl du pouvoir à Memphis ('2) 1 1 j vi/.-^^ "^ M 1 1 procura la richesse et la force aux gens ni \ 1^ ^ i i n du délia. Arrêtés par les sables et les nomades pillards, aussi bien du côté de l'Asie que de celui de la Lybie, les commerçants s'élancèrent sur le chemin de la mer et, dès la H" dynastie, nous rencontrons des traces de leur passage.

La Crète était en jadmirable position pour développer la culture qui lui était enseignée ; entourée d'eau de toutes parts, elle n'avait à redouter que la piraterie, dont ses habiles marins la protégeaient dès les temps néolithiques. Grande assez pour subvenir à ses besoins en toutes choses, elle ne l'était pas de telle sorte qu'il s'y put développer de grands pouvoirs absorbants. Indemne de toute invasion, elle était habitée par une race homogène parente de celle des

Inscriptions Cretoises sur argile, découvertes à H. Triada (3).

(1) R. Dussaud (BuU. el Mém. Soc. Anlhrop., Paris, r.>06, p. 112, sq.) ilonne, d'après M. Evans, la classification chronologique des anti(iiiilés nouvellement découvertes en Crète.

1. Minoeii ancien I. — Enéolithiqiie que IM. Evans croit contemporain de la V' dynastie égyptienne.

i. Minoen ancien II. — Vases de pierre, armes de bronze, cachets, figurines, or el argent, mobilier présentant de grandes analogies avec celui de l'Egypte à la IV« dynastie.

I. Minoen ancien III.— Objets divers, signes ^pictographiques d'un type primitif.

II. Minoen moyen I. — Plein âge du bronze, polychromie dans la céramique; l'écriture pictographique prend la forme hiéroglyphique.

il. Minoen moyen II. — Premiers palais de Cnosse et de Phaestos. Belle époque des vases de Kamarés. — Xll» dynastie. Vingtième à dix-neuvième siècles.

II. Minoen moyen III. — Deu.ïièmes palais de Cnosse et de Phaestos. Premières sculptures. Ecriture linéaire en même temps (jue hiéroglyphique. — XIIP dynastie.

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