OBSERVATIONS
Ces dates proposées par Ed. Meykr et A. ËisENLOHR sont encore discutées.
Menés, env. 4483 av. J.-C. ?
Ouserles en 1111,876 ou 1872 av.J.-C.
Aménophis !«'•, 1.54.5 ou 1542 Thouthmès III, 1.503 à 1450.
Aménophis III, vers 1450.
Aménophis IV, vers 1400.
Chéchonq I, vers 950.
Sabacon, 716.
Mort (le Psammctique I", .589.
Conquête de Cambyse, 525.
Con(iuèle ilAle.xandre, 330.
TÏt la conquête élamite et précéda l'entrée en scène de l'Assyrie, le monde se divisa en deux parties : l'une, l'Egypte et les pays soumis à ses armes et à son influence, tels la Syrie, l'Arabie, l'Afrique ; l'autre, les royaumes indépendants de l'Asie, Elam, Chaldée, Assyrie naissante, Hétéens, etc., dont la politique extérieure, très restreinte, ne comprit guère que des contacts de frontières.
Délivrés de leurs maîtres étrangers et des ambitions impériales, les Chaldéens et les Élamites, ayant en partie retrouvé leurs aptitudes d'antan, accordèrent le principal de leurs soins au développement des richesses naturelles de leur pays. Ce fut une renaissance dans la culture, dans le commerce et l'industrie ; les arts se développèrent, la littérature reprit.
En Chaldée, la langue antique était morte ; mais en Élam, l'anzanite, qui avait encore toute sa force, s'épanouit dans des textes parfois très littéraires (1). La prospérité revint dans ces États; il semblait que, sous les empereurs suméro-akkadiens, le monde eut vécu un mauvais rêve.
^lais cette paix relative, dans la majeure partie de l'Orient les peuples ne la mirent pas à profit. C'est que le monde oriental n'avait qu'une conception très vague des devoirs comme des intérêts d'un gouvernement, et des causes de la vitalité des nations. Régner pour lui était exploiter, recevoir des tributs. Augmenter sa richesse, en accroissant la zone des peuples terrorisés, était conquérir; quant à développer les ressources des territoires acquis, à les administrer avec prévoyance, rarement il y songea.
L'Egypte primitive, la Chaldée, l'Elam avaient, dans les débuts, compris mieux qu'on ne le sut faire plus tard, l'utilité de la prospérité nationale ; leur développement n'est dû qu'à cette pensée, qu'aux eflbrts des princes pour améliorer, pour accroître les revenus de leur patrimoine.
L'arrivée des Sémites en Asie changea du tout au tout ces dispositions. Aux tendances progressistes avaient succédé des appétits de rapine, de pillage, d'exploitation du faible par le fort; et peu à peu les populations heureusement douées se laissèrent entraîner, par l'exemple et par le besoin, dans cette néfaste voie qui devait mener à la ruine le berceau des civilisations.
(1) Cf. V. SciiEiL, Méin. delà Délég. en Perse, textes élamites-anzaniles, t. III, V et IX.
LA PUÉPONDKIIANCE ÉGYPTIENNE 271
L'Egypte elle-même, après avoir souffert des cupidités de l'Asie fut prise de la fièvre des conquêtes et, oubliant ses traditions, son histoire, se lança au dehors, en quête de cette richesse éphémère, <{ui ne lui devait apporter ([ue l'épuisement et la mort.
L'autorité de l'Élam sur la Ghaldée n'avait pas été de longue durée ; elle s'éteignit bien avant ([ue les Ilyksos n'eussent quitté la terre d'Egypte. Koudour Lagamar, l'un des successeurs de Koudour Naklîkhounte, étendit encore le domaine de Suse, aidé de ses vassaux iVmraphel, prince de Sinéar; Arioldi d'El Assar, Thargal, roi des Goutim, etc. 11 envahit la Syrie méridionale, dont il battit les rois ligués contre lui; et obligea les peuples riverains de la Méditerranée à lui payer tribut (1). Plusieurs fois il dut se rendre en Syrie pour réprimer des révoltes et l'un de ses successeurs, Koudour Mabouk, y fit aussi quelques campagnes.
La présence dans les armées élamites du prince d'El Assar montre que, malgré leur exode, les Assyriens avaient été réduits, soit par Koudour Nakhkliounté lui-même, soit par ses successeurs. Le souvenir de cette servitude demeura certainement dans l'esprit des populations du Tigre ; car, lors de l'apogée de leur puissance, elles considérèrent toujours comme ennemi héréditaire ce peuple « qui n'avait pas craint Assour leur Seigneur ».
En s'emparant de l'Asie, les souverains susiens n'avaient pas su l'organiseï- ; ils laissèrent à chaque pays ses chefs, ses institutions et se contentèrent de recevoir le tribut. Aussi, peu à peu, la faiblesse des Elamites aidant, bien des petits États se déclarèrentils indépendants.
Ce fut d'abord la Syrie, province lointaine, qui échappa ; puis les rois de Larsa, ceux de Nipour qui secouèrent le joug; ceux d'Agadê qui, non contents de reprendre leur liberté, accrurent leurs Etats ; enfin Babylone qui, absorbant les principautés voisines, réunit à son sceptre les pays d'Akkad et de Choumir et fonda un premier royaume chaldéen dont la durée fut de trois siècles (2).
Bien que n'ayant plus la vitalité nécessaire pour conserver ses provinces extérieures, l'Elam, de son côté, ne renonçait pas, à ses prétentions sur la Ghaldée. Perpétuellement, il fut en
(I) Genèse. XIV, sq. — G. P.awi.inso.n, The (-2) Cf. Pinciies, Notes on a iicw list of earl
fwegreal monarchies, p. 10-2. — Fr. Lenorma.-st, Babyloniaii Kings, in Proc. of the Soc. of liibl. la Lamjiie primilive de la Chaldée, p. 37-2-379. Archacol., 1881, p. 37, sq.
guerre contre elle ; jusqu'au jour où, devant l'ennemi commun, l'Assyrie, elle s'allia à sa rivale.
Parmi les princes de cette première monarchie babylonienne, le plus célèbre est, sans contredit, l'auteur de cette dynastie, Hammourabi (1), le législateur, qui vivait vers l'an 2000 avant notre ère.
Ce roi était déjà connu par un grand nombre d'inscriptions (2) quand, en 1903, j'ai eu la bonne fortune de découvrir, à Suse, le code entier des lois rédigé par ordre de ce souverain.
Magistralement déchiffré et traduit (3) par V. Scheil, ce code, aujourd'hui à la portée de tous, est le plus ancien et le plus important document d'ordre moral que nous ait légué l'antiquité (/i). Certainement il ne renferme pas la première rédaction des lois chaldéennes ; les empereurs avaient déjà fait compiler les coutumes antiques, mais les écrits des temps primitifs n'ont pas encore été retrouvés.
Le code d'Hammoural)! fut rédigé pour tout le royaume babylonien et l'exemplaire que nous possédons, gravé pour la ville de Sippar, enlevé comme trophée par Choutrouk Nakhkhountè lors de l'une des nombreuses razzias qu'exécutaient les Elamites en Chaldée, a été rapporté à Suse et c'est ainsi qu'il est parvenu jusqu'à nous.
D'autres copies furent également transportées dans la capitale élamite, nous en rencontrons fréquemment les fragments dans nos travaux; mais elles ont été mises en pièces, probablement par les soldats d'Assour, lors du sac de la ville.
Ce n'est pas ici la place d'analyser ces lois ; cette étude a été faite déjà par d'éminents juristes (5). Je ne citerai donc en passant
(1) D'après H. Sayce et Vigoureux, Hani- nou, qu'on avait cru d'alionl remonter au mourabi ne serait autre qu'Amraiiliei, roi de quinzième siècle av. J.-C, les indianistes Senaar, qui ligure avec Chodorlahoniar (Kou- paraissent aujourd'hui d'accord pour la pladour-Lagamar), roi des Elamiles, dans le ré- cer tout au plus au onzième siècle. La precit de la guerre de la Pentapole (Genèse, \l\'). mièrc rédaction du code chinois serait de la
(2) Cf. Fr. Delitsch, Die Spraclie der Kossàei', même époque. Le seul code de l'antiquité qui Leipzig, 1884, p. Gl-75. — J. Men.^.nt, Inscript. pût être contemporain de celui d'Hammourabi de Hammourabi, 1863; Bec. des Irai'., i. Il, i>. li^t, est le code égyptien qui, au témoignage de sq. — Amiaud, Bec. Irai'., t. I, p. 181, sq. ; Diodore, était composé de huit livres (R. Da- Journ Asial., 188-2,1. XX, p. 2o1-244. reste). Aucune loi de l'antiquité, sauf le code
(3) V. SciiEiL, Mém. de In Délég. en Perse, d'Hammourabi, ne nous est parvenue en te.xte t. IV, 1902, textes sémitiques, p. 1-162, pi. I original; nous n'en possédons que des copies à XV, et la Loi de Hammourabi, in-8, 1903. relativement récentes et dont par suite la va-
(i) » La loi de Hammourabi est de beaucoup leur est sujette à caution,
le plus ancien texte législatif connu. Moïse a (5) Cf. R. Dareste, Le code babylonien
vécu cinq siècles plus tard, la loi Gortyne de }iainmoiirub\, in Journal des savants, ocl. el
n est guère plus ancienne que le cinquième nov. 1002. siècle avant notre ère. Quant à la loi de Ma-
LA PRKPONDERANCl:: KGVPTIEXNE
que les principaux enseignements se dégageant de leur examen.
Renfermant les idées de deux races très diflérentes comme tendances, elles sont empreintes d'une part de ce caractère vindicatif du talion, d'aulie pari d'une mansuétude qui, certainement, tient au vieux fond de la ])opulation. Elles réglementent les travaux des champs (1) ; mais d'autre part ne négligent pas les intérêts du gouvernement (2). La femme (3) y occupe parfois une situation très supérieure à celle que lui ont faite les Sémites ; ailleurs elle est traitée en esclave. Certainement ces différences proviennent du mélange des vieilles coutumes sumériennes avec celles des Akkadiens ; car en Elam, pays ayant mieux que la Chaldée conservé ses traditions, nous voyons la femme occuper un rang bien supérieur à celui que lui réservent en général les Orientaux.
La rédaction de ces lois est entièrement dégagée de toute formule, presque de toute pensée religieuse ; fait surprenant pour
(1) « Ce qui dislingue surtoul la loi babylonienne, c'est l'étendue et l'importance des dispositions relatives à l'agriculture, au louage des terres et des maisons, au louage d'ouvrage et à l'industrie sous toutes ses formes. Aucune autre loi ancienne ne fournit sur ce sujet des renseignements aussi complets et aussi précieux. i> (R. Dareste.) En Chaldée, comme plus tard à Rome, la propriété est antérieure à l'Etat. Le roi respecte la propriété des tribus qui le reconnaissenlpour chef. S'il veut créer des apanages au profit de ses enfants, si, à la suite d'une guerre heureuse, il veut donner des terres pour récompenser les services de ses vassau.x, il doit traiter avec la tribu à qui la terre appartient et lui payer une indemnité préalable. C'est là une tradition constante chez les rois Chaldéens ; on peut la suivre jusqu'au quarantième siècle avant notre ère (Manichlou-Sou). (E. Cuo, La propriété foncière en Chaldée, ds Nouv. Rev. Iiixl. du droit français el étranger, nov.-déc. 190G, p. 720.) Cet usage est la conséquence de la formation lente des Etats chaldéen el romain. Il était de bonne politique de respecter la propriété foncière chez les tribus nouvellement annexées. En Egypte, au contraire, où tout le sol appartenait au roi, les indigènes furent dépossédés parce que la conquête se fit en une seule campagne et par des moyens plus énergiques qu'en Chaldée.
(2) La situation des hommes d'armes nécessaires à la stabilité de l'Etat est particulièrement favorisée. C'est là, d'ailleurs, le seul indice que nous possédions au sujet des castes privilégiées ; car les lois ne parlent pas des relations entre la population et les pouvoirs sacerdotal et royal. U existait certainement un autre code qui n'a pas encore été retrouvé celui que nous possédons n'ayant eu
pour but que de régler les intérêts privés et d'assurer au pouvoir royal la perception des impôts par la richesse et la sécurité des peuples gouvernés.
(3) Cf. Ed. Cuq, le Mariaye à Dabiilone d'aprèx les lois de Hammourabi, Paris, 1905. Bien (pi'il reste encore dans les lois de Hammourabi des traces de l'ancienne coutume de l'achat de la femme (la Tirkhalou), elle jouit dans la société chaldéenne d'une situation très supérieure à celle qui lui est, en général, attribuée par le monde oriental moderne. Avant le mariage, si son mari est chargé de dettes, elle peut se faire promettre qu'elle ne sera pas saisie par les créanciers (art. 151). Elle conserve la capacité de s'obliger, car le mari n'est i)as tenu des dettes qu'elle a contractées avant son entrée dans la maison (art. 151). Durant le mariage, la femme a la capacité juridique (art. 162, 163). Elle est libre de disposer de ses esclaves (art. 146, 147). Elle peut être témoin d'un acte juridique. (S. Daiches, Allbabylonische Rechlsurkiinden, «us der Zeil der Hanimurabi, 1903, I, .32, 63, 72, 79. — B. Meissner, Deilriiye :uni Allbabylonischen Privatrecht., 1893, p. 14.) En cas d'absence du mari, la femme d'un militaire, dont le fils est en bas âge, est chargée de la gestion d'une partie de ses biens (art. 29). Enlin elle peut, dans le cas prévu par l'article 142, refuser de cohabiter avec son mari et rentrer dans la maison paternelle; et, en cas de dissolution du mariage par le prédécès du mari, la femme exerce la puissance paternelle. (B. Mkissner, op. cit., n" 56 el p. 136.) Elle dirige la maison et ses enfants ne peuvent se soustraire à son autorité sans la permission du juge. Quant au mariage par achat de la femme. Ed. Cuq démontre, avec la grande autorité (|u'on lui connaît en pareilles matières, qu'il n'existait plus à répo(iue de Hammurabi.
ces époques, où chez tous les autres peuples la législation ne fait qu'un avec les préceptes du culte.
Ces lois, complétées par les textes juridiques que nous possédons en langue élamite et sémitique, donnent une haute idée de la morale des peuples qui habitaient l'iVsie antérieurement à la venue des Akkadiens. Elles ont été largement utilisées dans la rédaction de la loi mosaïque (1), qui en a pris les bons comme les mauvais côtés, replaçant la divinité dans ce milieu législatif d'où Hammourabi, ou ses prédécesseurs, avaient su l'écarter.
Nous ne possédons pas les codes assyriens ; mais certainement, comme celui des Hébreux, ils devaient faire jouera la divinité un rôle important, si nous en jugeons par les actes de ce peuple,
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^'Asie Antérieure à lépoque des campagnes égyptiennes en Syrie (2).
et par ses tendances à toujours faire intervenir Assour comme prétexte de sa conduite. Laisser le droit dans la légalité profane eût été lui conserver son caractère de justice; faire intervenir la divinité, c'était autoriser et couvrir l'arbitraire.
Celte dynastie babylonienne, re^^renant les traditions, semble
(l)Cf. Fred. DEUTzscH,Ba6e/ u/iJ -B!6e/(conlérence faileà Berlin le 19 janvier 1902). Le savant professeur allemand constatait, en s'appuvant sur les textes chaldéens, que non seulement les Juil's avaient forgé leur propre histoire à l'aide de documents assyriens et babyloniens, mais que leurs lois étaient en grande partie calquées sur celles de Babylone. Présentée sous une forme absolue cette thèse ne saurait être acceptée ; car tous les codes po-
sitifs présentent des analogies, parce que tous se fondent sur le droit naturel, à fortiori lorsqu'ils prennent naissance dans des sociétés voisines et contemporaines. Les emprunts faits aux codes chaldéens par les Hébreux sont certainement très importants ; mais ils ne portent sûrement pas sur l'ensemble de ta loi mosa'ique.
(3) {D'après G. Maspero.)
LA PRÉPONDKIUNCE ÉGYPTIENNE
s'ètio suitoul préoccupée du développeuieul des richesses uaturellos du pays. Elle creusa des canaux, nettoya les anciens, rectifia le cours des fleuves, ré[)ara les monuments, en construisit de nouveaux.
Pendant ce temps, TElam, dëgao-é, lui aussi, des |)réoccu|)alions extérieures, désabusé dans ses ambitions impériales, organisait et administrait son bien, tout comme la Chaldée (1). Il semble ((u'à cette époque, il s'était formé en Asie des groupements ]>ar nationalités, chacune étant |)lus (bjsireuse de progresser sur soi-même que de soitir de ses frontières pour dominer ses voisins. Ce fut un temps de repos.
Mais si l'Asie demeurait en paix, il n'en était pas de même du côté de l'Egvpte. Là, les Pharaons, à peine sortis des dil'licultés (|ni suivirent b^ départ des Hyksos, pris d'un désir de con{juêtes(2) bien étranger au caractère de leur race, entraient en campagne (3),
(1) Rois de la U' dynastie de Babylone (Cf. PiNCHES. Noie on a new list of early babylonian kings, Proc, 1880-81, t. III, p. 2-2, 42-43. — Id., The babylonian kings of llie second period., Proc, 1883 84, l. VI, p. 195. — Fr. Dei.iTzscH, Assvrische Miscellen, in Berichle, Acaci. Se. Saxe, 1893, t. II, p. 184.) :
Aiiman Iloiimailou] 2082-2022
Ki;innibi lUi-llori-Nibi] 2022-1967
DamUiliciiou 1967-1931
Iclikil.al 1931-1916
Choiiclichi (frère du précédent) 1916-1889
Goulkichar 1889-1834
Koiirgalalamma 'fils du précédent). 1834-1780 Adarakalama (fils du précédent)... 1780-1756
Ekouroulanna 1756-1730
Melamkourkourra [^Melammatati'.. . 1730-1723 Eiigamil :Eâgâ] 1723-1714
[2) L'existence d'expéditions de rEgyi)le des la VP dynastie dans les pays asiatiques est fort douleuse. R. Weil (l'Asie dans les textes égyptiens de l'ancien et du moyen Empire, w'Sphinr, Vlll, 1904, p. 179, sq., LX, \Mb, p. 1-17, b3-t)9) a groupé les textes relatifs à cette question ; mais J. Lévy publie une élude [Sphinx, 1905, p. 70-86), dans laquelle il tend à localiser Lofanu Lolan (nom sous lequel sont désignés les pays asiatiques) à la région du Sinai, reportant à la XVIIl' et la XIX' dynasties l'époque d'entrée en contact des Egy- (itiens avec les populations syriennes. Cette manière de voir est d'autant ])liis rationnelle qu'en Palestine les traces égyptiennes les plus anciennes parvenues jusqu'à nous (Gezer. Mageddo; datent du vingt-cinquième siècle environ et semblent être dues à des influences indirectes. Nous savons aussi que, sous la XH' dynastie, quelques caravanes asiatiques s'aventuraient à trafiquer dans la vallée du Nil (fresque d'Abicha, tombe de Kbnoumhotep à Béni Hassan -- G. Maspero, ///.s/., 1, p. 468, sq.). Les Egyptiens de l'ancien et du moyen Empire, qui nous ont transmis avec tant de soin
la nomenclature de leurs expéditions vers la Nubie et le Siiia'i, n'eussent pas man(|ué de laisser quelques souvenirs de leurs incursions en Syrie, s'ils s'y étaient aventurés. Le récit romanesque des aventures de Sinouliit chez le cheikh sémite Ammiânsi (MuLLER,vl.s/e/i, p. 38, sq. — G. Maspero, Hisl., I,p. 471, sq.) viendraità ra|)pui de cette opinion que, pour les Egyptiens de ces époques, tout ce qui se trouvait au nord du Sina'i était un pays étranger avec lequel Mem|jhis n'entretenait que des relations commerciales d'abord qui, se resserrant peu à peu, amenèrent plus nombreux les Sémites dans la vallée du Nil et causèrent plus tard l'invasion des pasteurs.
(3) A;i sortir de l'Egypte, les armées suivaient la Cote, passaient par Raphia, Gaza, Ascalon, Jafa, traversaient le Carmel, arrivaient à Taanak et atteignaient Magidi où généralement les attendaient leurs adversaires, puis, traversanl le Tbabor, gagnaient, près de Tyr, la rivière deNazana dont elles remontaient la vallée jusqu'à Tibekhat, i)rès de sa source, franchissaient le Liban et se trouvant dans la vallée de l'Oronle la descendaient jusqu'à Kadesh, près du lac de Iloms, prenaient Hanialli, Karkar, tournaient à droite à la hauteur (1 Antioche, passaient par Khaloupou, Gargamish et abordaient l'Eiiphrate. (G. Maspero, Hisl. anc. de.s peuples de l'Orient, \' éd., 1893, p. 191, sq.) Cette route était fort dangereuse à cause du passage du Carmel, du Thabor et du Libm, mais elle avait l'avanlage de traverser, à partir de Gaza, des pays riches en a|)provisionnements. Une autre route bien plus facile etaujourdhui encore suivie par les caravanes suit la cote orientale de la mer Morte, remonte le.Jourdain jusqu'au lac de Tihériade gagne sur la droite le désert, passe par Damas et, de là, permet d'arriver en quelques jours -au lac de Homs; mais la jilupart, dulemi>selle traverse des pays arides. (J. M.)
s'emparaient de la Syrie (1), de la Phénicie et, dans ces pays, organisaient le tribut avec toute l'imprévoyance des empires
asiatiques, des pasteurs dans r Egypte ellemême (3) ; ne
bonis de l'Euphrate. (E.
DE RouGÉ, Annales de Tout mes, III, p. 17.) Thoiitmès II y réprima quelques révoltes.
Tlioulmés III fil trois campagnes et porta ses armes jusqu'aux pays situés enire l'Oronle et l'Euphrate. (Cf. E. de RouGÉ, Annalesde Toulmès m, p. 8, sq.; 28, sq. — H. BiiUGSCH, Geschichle Aeyyptens, p.
294-305. — G. Maspero, Recueil, t. II, p. 48 sq ; 139, sq.). Ameiihotep II ravagea les hauts districts du Jourdain et une partie de la Syrie révoltée. Cf. CuAMPOL- Lio.N, Notices, t. II, p.
185, sq. — G. Maspero, Notes sur quehiues points, dans Zeitschrift, 1879, p. 55, sq.) Puis ce furent Tlioulniès IV (Lepsius, Denkm., III, pi. LXIX, e, /■.), Amenhotep m, les pharaons de la XIX' dynastie.
(2) D après G. Maspero, Hi'^l- <""■■ peuples de lOrienl classi(iue, t.
II, p. 5).
(3) Le gouvernement pharaonique des possessions asiatiques se réduisait à loccupation de quelques centres importants au moyen de garnisons suffisantes pour se maintenir, mais incapables de réprimer de grandes révoltes. Les officiers royau.x n intervenaient que très rarement dans la vie intime des petits royaumes placés sous leurs ordres, se contentant de recevoir les tributs imposés à chacun (contributions, présents, pierres précieuses, femmes destinées aux harems royaux, esclaves, etc.), assistance aux troupes, leur entretien, etc. Ils surveillaient la sécurité des courriers, des caravanes, prélevaient des otages, fils de chefs,
C/l E<ncrrrL\dti
La Syrie à l'époque chaldéenne (2).
(1) Thoulmès I" est le premier souverain d'Egypte qui entra en Asie ; il s'avança jusqu'au nord de la Syrie (Lepsius, Denkm., III, 5} et laissa des stèles triomphales sur les
comprenant pas que les circonstances qui, dans leur patrimoine, avaient été favorables à la libération du territoire, devaient se tourner contre eux s'ils les laissaient se reproduire en pays conquis j)ar It'ui-s ai'ines.
Tous les districts, depuis le Sinaï jusqu'aux sources de rOronte, furent asservis ; mais chaque chanorement de rèo-ne, chaque signe de faiblesse de la part de la Métropole devenait une cause de révolte et, en ({up1(|ii. «s jours, l'Egypte perdait le fruit de ses victoires, de ses efforts pendant de longues années ; les conquêtes étaient à recommencer.
Ce qui se passait en Syrie avait également lieu dans le pays de Pount l . lArabie, envahie par les armées de la reine Hatasou (21, dans le pays des nègres sur le haut Nil Z\ Les troupes égyptiennes étaient sans cesse en mouvement dune frontière à lautre.
Si la politique extérieure des Pharaons était inhabile, celle des Egyptiens à l'intérieur était plus déplorable encore. Ce n'étaient que compétitions religieuses ou civiles, agitations inutiles, apportant mille complications dans la conduite des affaires.
Les souverains de la XVII1« dynastie se succédèrent, douésd'une même énergie, animés d'une même pensée : faire régner l'Egypte sur l'Asie, sur l'Arabie, sur l'Afrique ; rapporter à Thèbes et à Memphis les trésors du monde.
Les territoires asiatiques, nouvellement conquis, étaient soumis plutôt au régime du protectorat qu'à celui du gouvernement direct. Les chefs et rois conservèrent leurs titres et une partie de
qui recevaient à Thèbes ou à Memphis une éducation égyptienne les préparant à gouverner suivant les vues des maitres. Le pouvoir local demeurait aux mains des roitelets indigènes et les populations conserAaienl intactes leurs mœurs, leur religion, leur langue. Dans la plupart des cas même, les officiers égyptiens n intervenaient d'aucune manière dans les querelles des petits rois entre eui. Les pharaons ne se montraient que fort peu soucieux d'égyptianiser les pays conquis par leurs armés. (Cf. G. Maspero, Histoire, II, p. 271 — ZimtERs-WiycKLER.Keilinsch, p. 193, sq. — Nie- BLR, Die Amarna Zeit ; Aegyplen a. Vorderasien um IVjOv. Ohr., p. 6. sq. — Winckler, Die Thontafeln v.-el Amarna. — Selun, Tell Ta'annek. (1) Pays de Pounit connu des Egyptiens dès la V< dynastie. ;Cf. Maspero, Rev. crit.. 18&1, t. II, p. 177-179.) Pays compris entre Massaouah et Souakin ou mieux de Suez au cap Guardafui, sans compter la côte asiatique de Irt mer Rouge.
(2) Cf. Temple de Deir el Bahri, où sont énumérés et figurés la plupart des produits rapportés d'Arabie par lexpédition ordonnée par la reine Halasou.composéede cinq navires Cf G. Maspero, De quelques navigations des Egyptiens, dans Rev. hisl., t. I.\, p. 12, note 1'. qui toucha toutes les côtes de la mer Rouge et poussa jusqu aux environs du cap Guardafui, où elle rencontra des peuples apparentés aux Nubiens et aux gens de lArabie. Cf. G- Maspero, ///.</. anc. peup. Orient. 5' édit , 1893, p. 195. — Dlmichen, Die Flotte einer Aegpti.^chen Kœnigin et Hi.<t Inschriften, t. IL — G. Maspero, Rev. histor., t. IX. p. 1, sq. — IIoMMEL. Die semitischen Vôlker, t. I, p. 136, sq. — E. Naville. Deir el Bahri.,
13 Expéditions de Thoutmès II! i G. .Maspero. Hi-^t. anc. des peuples de l'Orient, 5« édit. 1893, p. 197 , d'.\menhotep II (Lepsius. Denkm.. III, pi. LX\n, d'.\menhotep III Lepsics. Den/i/n.,' IIL pi. LXXVII\ de Séti I Lepsius, Denkm., III, 121), de Ramsès I.
t>78 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
leurs prérogatives ; au-dessus d'eux se trouvaient des Égyptiens de race, gouverneurs, préfets de villes et de districts et inspecteurs chargés de la surveillance pour le compte des gouverneurs et du pouvoir central. A Khoutnaton (Tell el Aniaina) (l), sous les yeux du roi, se trouvaient des « bureaux asiatiques » chargés de la correspondance, tant avec les protectorats qu'avec les cours étrangères.
On n'entretenait pas partout des gouverneurs égyptiens; le plus généralement le pouvoir, héréditaire avec l'autorisation royale, était confié à des dynastes indigènes sur lesquels le Pharaon pensait, à tort ou à raison, pouvoir appuyer sa domination. Ces chefs et roitelets étaient en nombre infini; chaque vallée, chaque boui'gade avait le sien ; et c'est cette division même qui rendait la tâche plus aisée aux gouverneurs des grands centres ; soutenus par des garnisons plus ou moins importantes, ils étaient généralement k même de maintenir dans l'obéissance les districts placés sous leurs ordres.
La correspondance des fonctionnaires égyptiens nous échappe en partie, parce qu'elle était souvent rédigée sur papyrus en langue pharaonique ; nous possédons surtout celle des indigènes, tracée sur argile suivant l'usage chaldéo-assyrien. La langue de leur rédaction est le chananéen, dialecte sémitique très pioche parent du parler de la Mésopotamie ; mais présentant cependant des formes et des termes spéciaux, montrant par leur présence que les Cliananéens avaient depuis de longs siècles quitté leur pays d'origine.
Dans certaines lettres le chaldéencst plus pur ; mais il ne faut pas oublier que, si la masse de la population était chananéenne, il n'en existait pas moins d'autres tribus sémitiques qui, comme les Ammonites, nouvellement venues de Chaldée en même temps que les Hébreux, étaient demeurées dans le bassin de la mer Morte, alors que leurs congénères gagnaient la vallée du Nil ; que ceux-là parlaient encore le chaldéen pur ; que, bien certainement, il exista toujours des relations étroites entre les gens de Chanaan et
(1) Les lettres d'El-Amarna datent approxi- on à ses fonctionnaires; l'autre renferme les
mativement du quinzième siècle, elles sont minutes des lettres expédiées d'Eî.'yple en
postérieures par conséquent àl'arrivée desHé- Asie, elles ont été ]uibliées par Winckler et
breux en Egypte el antérieures à leur exode. Abel, Der Thonlafelfund v. El-Amarna, 1«89 9(),
Elles se divisent en deux classes : les unes et par C. Bezold, The El-Amarna tablets, in
émanant des rois d'Alactiiya, deKhatti, deMi- The Drit. Mus., 189-2) et V. Scueil {Mém. de la
tanni, de Babylonie, d'Assyrie el d'une foule Mission du Caire. VI, p. 297-312 et Bullel . de
de chefs syriens, sont adressées au pharaon l'Inst. franc, du Caire, II. p. 110-118).
LA PRÉPONDKRANCE KG Vl'TlKNNH '279
ceux de la Babylonie et que ces relations entretinrent, pendant bien des siècles, la pureté du langage officiel.
Les gouverneurs indigènes étaient responsables du liibiil (|ii ils levaient sur la jjopulalioii, aliu de salisfaire aux exigences du Pharaon et de ses fonctionnaires en Asie, à l'entretien des troupes, aux nécessités administratives et à leurs propres besoins. C'étaient des denrées, du bétail, des chevaux, des chars, des hommes, des femmes, des esclaves, des l)()is j)i-éci(Mi\ ou utiles, des pierreries, des métaux. Aucun fonctionnaire n'était rétribué, cluicun faisait valoir ses prétentions ; il existait des coutumes les réglementant.
Le contribuable attardé ou fautif augmentait de son plein gré ses taxes, afin d'obtenir son pardon; ils'imposait lui-même, envoyait au Pharaon ou à ses fonctionnaires ses biens, ses filles pour conserver son poste; quitte à s'enrichira nouveau aux dépens de ses subordonnés.
Ce mode d'administrer n'était pas seulement en vigueur dans la Syrie ; il était appliqué par les Égyptiens h toutes leurs possessions, que ce soit dans le Pount ou dans les terres du haut Nil.
Dans l'Asie antérieure, tous les districts ne faisant pas partie d'une métropole étaient exploités de la sorte ; on en retrouve l'assurance dans les textes assyriens et babyloniens. Cette méthode qui, plus tard, fut celle des Achéménides, des successeurs d'Alexandre, des Sassanides et du monde musulman, je l'ai vue appliquée encore dans bien des pays de l'Orient.
A partir d'Aménophis IV (Khouenaten), une révolution religieuse survint (1), provoquée par les menées and^itieuses des prophètes de l'Ammon thébain ; elle préoccupa plus les esprits que les intérêts vitaux de la nation. Après ce souverain, des désordres éclatèrent et la XYllI" dynastie s'éteignit dans les troubles.
Malgré cela, sous Khouenaten encore, les princes d'Asie étaient, pour la plupart, demeurés dans l'obéissance ; nous avons vu qu'ils envoyaient à la cour des lettres et des rapports, en caractères cunéiformes, dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous.
Les débuts de la XIX" dynastie rétablirent, en même temps que le culte national d'Ammon, l'ordre dans l'intérieur et la do-
(1) Cf. G. Maspei.o, Bull, (k- la religion (lerEgypte.dans/îey.t/e lliisl. des religions, 188-2, l. V. p. 99.
minatioii à l'extérieur. Enfin, avec Séti I, commença Fère de la véritable grandeur de l'Egypte au dehors. Toutes les anciennes possessions furent reprises ; mais, au nord de la Syrie, les Pharaons se heurtent contre la puissance des rois hétéens, qu'en dépit de leurs inscriptions triomphales (1) ils ne purent vaincre, et avec lesquels ils s'accordèrent après plusieurs expéditions (2).
Ce traité, dont fort malheureusement nous ne possédons que le texte égyptien (3), et qui avait été écrit dans les deux langues (4), est la plus ancienne pièce diplomatique connue. Ses clauses révèlent, de la part des deux chancelleries, des concep-
(3) On Iroiivern la IraducUon complète du Irailù entre l'Egvple et le Kliéla (d'après le texte égyptien), dans les Hétéens, de A. -H. Sayce, trad. J. Menant, IftH, p. 24, sq. (Cf. Trad. de Rongé, dans Egger, Etudes liis loricines sur les traités jiublics chez les Grecs et les liomains. Le le.xte a été publié ])ar Champoi.uo, Xol. mnn., t. II. — Bnucscn, Monuments, l. I, pi. XXVIII cl par Lepsiiis.)
(4) Sur la langue des lléléens Cf. 1VIE^•A^T, Etudes liétéennes, ds Recueil de Intvaux relatifs à lu philolotjie el à l'archéologie étfjjptienne et assijrionne, vol. XIII, 18!)0. — Id., Elude sur Karkemich, in Mém. Acad. Inscr. et Ilelles- Leltres, t. XXXU, 2' partie, 18110, p. 201. sq. — S.vYCE, les Hétéens, trad. fr. par J. Menant Paris, iwn.
Les inscriptions liétéennes se distinguent de celles des autres pays i)ar des caractères spéciaux; les hiéroglyphes y sont toujours taillés en relief el non en creux sur les monuments; tous se lisent horizontalement et sont boustroi>hedon, système qu'on ne rencontre ni en Egypte, ni en Chaldée, ni en .\ssyrie, ni en Phénicie; mais qu'on retrouve dans les plus anciens textes grecs (Thera, osselet de Suse), ce (lui indique des liens entre les usages hétéens et ceux des Grecs du début. D'autre part, les hiérogl\phes eux-mêmes sont entièrement indéiiendants de ceux de l'Egypte. Us ont bien certainement été inventés dans l'Anianuset la Cappadoce ; mais peut-être ce système graphique a-t-il été, dans son ensemble, inspiré par le mode d'écrire usité en Egypte.
(5) D'après G. Maspero, Hisl. anc. peuple.'i de l'Orient classique.
L'Egypte vers l'époque de:- Ramessides (5).
(1) A la bataille de Kadèch, le roi Ramsès (1383 av. J.-C. date discutée) dut donner de sa personne ; c'est sur cet acte de courage personnel qu'a été édifié tout le poème du Penlaour L'armée égyptienne avait lâché pied et tout porte à croire qu'elle subit un échec; l'empressement avec lequel le pharaon traita est éloquent à cet égard. — (Cf. A. -H. Sayce, A Forg. Emp., éd. J. Menant, p. 23.)
(2) Séti II (Cf. CiiAMPOLLio.N, yot. man., t. II. p. 96), Ramsès II.
LA PRÉPONDtnANCE ÉGVPTIENNK
lions qu'on est fort surpris de rencontrer à cette époque: paix éternelle entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, conditions spéciales pour assurer la justice et les facilités commerciales au profit des résidents d'un peuple chez Tautre, extradition des criminels et des transfuges, restitution des sujets passés sans autorisation d'un territoire dans l'autre. C'est entre Ramsès II, roi d'I'^gypte, et Khitisar, fils de Môroussar, roi des Khiti, que fut passé ce contrat mémorable (1).
Ainsi deux grands peuples, appartenant aux anciennes races, possédaient déjà, sur le droit international, des principes qui, de nos jours encore, ne seraient pas désavoués par la diplomatie. En Chaldée, en Egypte et chez les Hétéens le sens de la justice était donc encore très développé. Il fallait, pour le malheur des hommes, que l'Assyrie surgît et réduisît à n(''aut ces progrès issus de tant de siècles de labeur.
Les Khiti (Hétéens) (2) étaient des autochtones, apparentés plus ou moins étroitement aux anciens peuples de l'Asie antérieure (3). Leurs congénères habitaient encore toute l'Asie Mineure, le Taurus, l'Arménie jusqu'au Caucase (^), la majeure partie des monts
(1) Champollion, \ol. nian., t. II. — Lepsius, Denkm., III, 46. — Brcgscii, Monuments, l. I, pi. XXVIII. — TradiicUons : E. de Rongé, dans Eggeb, Etude sur les traités publics, p. 243. — Chabas, le Voijaye d'un Eijijptien, p. 322, sq. — GooDwiN, Treaty of peace belween Ramses II and the Hiltiles, in Records of Ihe past., t. IV, pp. 25-32. La minute de ce traité avait été rédigée en langue héléenne et gravée sur des laines d'argent. Ce texte hétéen s'est perdu, nous n'en possédons que la traduction égyptienne gravée sur les murs du temple du Ramesséum à Thèbes.
(2) Les Hétéens doivent être considérés comme les premiers maîtres des grossières populations de l'occident de l'Asie Mineure. Ils leur apportèrent une civilisation dont les éléments leur avaient été inspirés parles Babyloniens, et ils y joignirent une écriture dont les indigènes tirèrent ensuite, selon toute probabilité, le système graphique qu'ils se sont approprié. (A.-II.Sayce, les Hétéens, éd. J. Menant, p. 77, sq.) Avec les fouilles des Allemands à Boghaz-Keu'i, l'histoire des Hétéens entre dans une nouvelle phase, ou mien.\, commence enfin. (On prépare la pul)licalion de ces documents.)
(3) Il est évident qu'il faut voir dans les I ribus héti'ennes les restes d'une race |irimilivement établie dans les chaînes du Taurus, et qui s'étaient hasardées à se fî,\er ensuite dans les plaines et les vallées brûlantes de la Syrie et de la Palestine. Ces tribus appartenaient originairement à lAsic Mineure et non à la Svrie. Nous devons considérer comme un nom
national cette appellation d'Héléens, qui les désignait comme un peuple distinct des autres races du monde oriental. (A..-H. S.wce, les Hétéens, éd. .1. Menant, p. 51, sq.)
(4) Tout porte à croire que les peuples caucasiens de nos jours sont les derniers représentants de cette famille qui, avant la première invasion sémitique (akkadienne), couvrait toute l'Asie antérieure depuis les déserts de l'Arabie jusqu'à la mer Noire et de la Méditerranée jusqu'au plateau iranien et peutêtre au delà C'est à cette race qu'appartenaient les Hétéens, les gens du Nairi, de lOurartou, duNamri,de rElam(?) et peut-être aussi les Cosséens. De leurs langues, nous ne connaissons que l'élamile et le vannique ; cette dernière montre une parenté avec le géorgien. Les langues caucasiennes sont agglutinantes et possèdent ce caractère au point d être capables de faire entrer toute une phrase dans un seul mot. Seul legéorgien est une langue liUéraire possédant récriture depuis la conversion du Caucase au christianisme ; les autres ms'écrivent pas, on les divise communément en deu.x groupes, celui du Nor<l el celui du Sud. Le groupe septentrional comprend: le lesghien, l'avare, le kazi-koumoukli,le kourine, le tchouch, l'onde, le Iclielchenze, etc., etie tcherkesse lui-même très subdivisé. Le groupe méridional ou karthwélien comprend legéorgien, le mingrélien, le laze, l'imérilhien, le souane,elc. Bien que pos-^édant des traits communs, la plupart de ces idio.ncs ne présentent entre eux que des i)arentés originelles, beaucoup même sont irréductibles par rai)port aux au-
LES PREMIÈRES CIMIISATIONS
Cardiiques et FÉlam (?). Leur patrimoine se trouvait situé entre le golfe d'Alexandrette et l'Euphrate, entre l'Amanus et les sources de rOronte ; mais, comme tous les grands souverains asiatiques, le roi des Khiti avait, à l'époque des Ramessides, une foule de vassaux et d'alliés. Son influence s'étendait jusqu'à la mer Noire au nord, jusqu'à la pointe de l'Asie Mineure à l'ouest et jusqu'au lac de Van à l'est, à la vallée de l'Araxe et peut-être aussi jus-
L'Einpire liétéen vers l'époque des Ramessides.
qu'à l'extrémité orientale du Petit Caucase. Ses troupes occupaient tout le bassin de l'Oronte. C'était un puissant souverain (1).
Mais les succès égyptiens en Asie devaient être de courte durée ; déjà, du temps de Menej)htah, les provinces syriennes avaient échappé aux Pharaons et, du vivant de Séti II, l'anarchie
1res. Au Caucase, on compte 120 langues el flialecles; il semblerait que ces montai^nes ont conservé quelques trilius de chacun de ces peui)les,qui jadis occupaient l'Asie Antrrieure, peuplades qui, tour à tour, y seraient venues chercher un refuge contre les envahisseurs. Au Lazislan, plus particulièrement le nombre des tribus étrangères les unes au.x autres est considérable. (Cf. Klaproth, Voymje au Caucase. — .1. DE M0RG-4N, Mission sc.au Caucase, t. II, 1889.)
{l)Les monumenlshéléens, rencontrés dans toute l'Asie Mineure, prouvent par leur pré-
sence la grande étendue de cet empire. Cependant, quelques-uns semblent dus non pas au.xllétéens eux-mêmes, maisà leur influence, tels ceu.x d'iberez, sur lesquels le dieu el son adorateur présentent un type sémitique bien différent de celui des l)as reliefs de Karahel, du mont Sipyle, d'Hnmath, de Karkemich,etc., qui sont dus aux Hétéens eux-mêmes. Pour les caractères hiéroglyphiques, l'unité est frappante dans tous les textes parvenus à notre connaissance. (Cf. A. -H. Sayce, A forijot. Emp., trad. J. Menant, p. 78 )
LA PRKruXDKlIANCE ÉGYPTIENNE -283
régnant clans la métropole empêchait le gouvernement de songer aux possessions extérieures. Les princes des nomes révoltés se mirent à guerroyer entre eux et contre ce qui restait de l'autorité royale,
La politique intérieure et extérieure des Pharaons commettait toujours les mêmes fautes. Que de fois n'avait-on pas vu déjà, depuis trois mille ans, les feudataires se révolter à la faveur des moments de faiblesse de leur suzerain; et cependant, aucun pharaon, même des plus puissants, n'avait abaissé cette aristocratie féodale, cause d'une telle instabilité dans le pouvoir central. Les fauteurs du désordre étaient punis, privés de leur principauté ; mais ces fiefs remis entre d'autres mains n'en demeuraient pas moins un foyer de révolte. L'Egypte ne sut pas, |)aniii ses centaines de rois, trouver un Louis XI.
Cette révolution, qui couvaiL depuis longtemps, éclata soudain €t, après la mort de Séti II, l'Egypte connut tous les désastres de l'anarchie. Des dynasties usurpatrices se disputèrent le pou- A'Oir. Les princes, indépendants à nouveau, se donnèrent tour à tour aux unes et aux autres ; la guerre civile s'étendit depuis les frontières de Nubie jusqu'à la Méditerranée.
Menephtah avait encore entretenu des relations diplomatiques avec le roi des Hétéens et conservé les garnisons de Syrie ; mais peu à peu les troupes durent être rappelées, si toutefois elles ne se retirèrent d'elles-mêmes pour venir peser dans la balance en faveur de l'un ou de lautre des prétendants.
C'est à l'époque de Menephtah ou de Séti II qu'il convient de placer le départ des Hébreux d'Egyj)te ; fuite d'une bande d'esclaves, dont les Pharaons s'inquiétèrent bien peu, au milieu des graves préoccupations qui, de tous côtés, assaillaient le trône.
Depuis longtemps l'Egypte possédait une multitude de serfs appartenant à toutes les races de l'Asie et de l'Afrique. Ils se révoltèrent; et les étrangers libres habitant le pays, presque tous des Asiatiques, se joignirent à eux. A la guerre civile venait s'ajouter une lutte plus terrible encore, celle des oj)primés contre leur maître. L'infiltration lente avait amené, au comii- même de l'Egypte, une armée étrangère.
Les rebelles occupèrent le Delta pendant douze ans ; c'étaient les restes des pasteurs, des tribus sémitiques du sud de la Syrie, du Sinaï, des Libyens, des esclaves. Les révoltés choisirent pour capi-
28li LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
taie Avaris, ce site de l'ancien camp retranché des Hyksos, dont ils espéraient restaurer la royauté et les déprédations. N'est-ce pas même l'issue de ces événements qu'attendirent les Hébreux pendant quarante ans dans les gorges du Sinaï: leur sort ne dépendait-il pas du succès ou de la répression de cette tentative ?
Pendant ces troubles surgit une dynastie nouvelle, la XX^ de Manéthon.Son chef, Nakhséti, rétablit Tordre, chassa les révoltés, renversa, non sans peine, le chef syrien Irisou et reprit la majeure partie de l'Egypte. Il était réservé à son fils Ramsès 111 de chasser les Bédouins de l'est du Delta, qu'ils occupaient encore en dépit de leurs défaites, d'expurger la péninsule sinaïtique des pillards qui l'infestaient, et de refouler les Lybiens dans leurs territoires de l'Ouest. Peut-être doit-on voir, dans l'expédition de Ramsès III au Sinaï, la cause du départ de Moïse et de ses tribus vers le Nord?
La Syrie était perdue pour l'Egypte; mais, fait bien plus grave, son allié du Nord, le roi des Hétéens, avait vu s'écrouler la majeure partie de sa force et ses rêves de puissance. D'une part, l'Assyrie grandissant avait déjà vaincu et asservi bien des peuples du Naïri et du Khoummoukh inféodés aux Iletéens ; d'autre parties Aryens, nouveaux venus en Asie ^Mineure et sur les côtes du Pont-Euxin, avaient formé une puissante coalition contre les royaumes d'Asie, et les alliés s'avançaient vers le Sud.
Vaincus en même temps que leurs congénères, les Hétéens furent entraînés parle flot qui, descendant en Syrie, vint briser ses forces vers Péluse (1) contre l'armée de Ramsès III.
La Libye menaça encore le Delta ; elle fut repoussée et quelques expéditions heureuses ramenèrent, pour un temps, dans l'obéissance les anciennes possessions de l'Asie et de l'Arabie.
C'est à cette époque que les Philistins furent cantonnés par Ramsès en Syrie et que les Tyrséniens et les Shardanes, n'ayant plus de patrie, s'éloignèrent, dit-on, vers l'Occident sur leurs vaisseaux; les uns se seraient établis au nord de l'embouchure du Tibre, les autres auraient colonisé la Sardaigne.
L'Egypte et la Syrie étant toutes deux épuisées et personne ne voulant plus la guerre, les règnes des Ramessides se passèrent en paix. Les Egyptiens avaient assez à faire pour remettre en
(1) Sur la marche des peu))les du Nord, et la quelques lestes hiéroolyi>lii(|iies. dans VAlhehataille de Raphia-Péluse, Cf. Greene. Fouil- iieum français, 1855. — Ciiabas, Etudes salles à Thèbes, 1855. — De Rougé, notice de iantiquilé historique, pp. 250, 288.
LA PIUiPONDKUA.NCK ÉGYPTIENNE 285
ordre leur pays ; ([uanl aux Syriens, les appréhensions que leur causaient les progrès rapides de l'Assyrie étaient autrement graves que la crainte des Pharaons.
Ainsi livrée à elle-même pour plusieurs siècles, la Syrie entra dans une com[)lète anarchie; et c'est ce désordre même, ce manque de surveillance de la part des grands États, qui permit aux Hébreux de s'installer en Palestine. En tout autre temps, ils eussent été arrêtés par les troupes ninivites ou égyptiennes, détruits ou refoulés dans le désert arabique et se seraient fondus avec ces Bédouins sans histoire qui, de tout temps, ont erré dans ces plaines.
Gomme il en advient toujours à la suite de longues périodes guerrières, l'élément égyptien de la population, dans la terre du Nil, avait diminué dénombre; mais il s'était trouvé remplacé par une foule d'étrangers appartenant à toutes les races (1) qui, venus comme esclaves, s'étaient vite afTranchis et, adorateurs des dieux du pays, comptaient pour de vrais Egyptiens dont ils n'avaient ni le caractère, ni les aptitudes, ni l'énergie. En petite proportion, ils se fussent mélangés à la masse, sans aflaiblir sa vitalité ; en grand nombre, ils vicièrent le sang indigène.
Il en fut de même à Thèbes qu'à Rome, qu'à Constantinople plus tard; un amalgame de tous les peuples s'étant peuà peu substitué à la race des maîtres, le patriotisme, les qualités guerrières (2) et administratives s'évanouirent.
Cette paix, heureuse en apparence, fut pour rEgyj)te une ère de misère et de malheur. Les bras manquant pour la culture, il y eut de terribles famines (3); les travaux d'utilité publique furent délaissés (û), des bandes armées parcoururent le pays et, l'administration se relâchant, les nécropoles furent pillées.
Le souvenir des trésors ravis par les pasteurs dans les sépultures antiques était encore présent à la mémoire de tous; et les
(1) Etrangers au service de l'Egypte (Grecs) fermer dans la caserne, etc. » {Papyrus XVin» dvn. Sayce. Academii, 189-2, I, p. 164. — Ana.slasi, III, pi. V. 1. 5 ; pi. VI ; 1. 2 ; IV, pi. Les Sicules = Shakalsha (Sayce. Acaci., 1891, I, IX, 1. 4 ; pi. X, 1. I. — E. dr Rougé, Discours p. 222-2-23). — Sous Setil" (Cf. Fl. Pétrie, — d'oucerlure, p. 34-35.— G. Maspero, Du yenre Kaliun,Garob and Hawara. p. 3'5,.38,40), Tur- cpislolaire, \k il-i3.)
sha=: Thyrsénien. (3) Cf. Lieblei.n-Chabas, Deux papyrus
(2) L'aniimilitarisme faisait son apparition ; hiératiques, p. 38. —G. Maspero, ///s/, anc. on rt'ciierchait les emiilois civils, mais on peup. or., 1893, p. 275, sq.
raillait tout ce qui touchait au militaire. (4) Cf. Pleyte et F. Rossi, Papyrus de Tun;!,
« Pourquoi dis-tu que l'officier d'infanterie est Leyde, 1869-1876,— documents privés montrant
plus heureux que le scribe ! demandait un lappauvrissement graduel de l'Egypte. (Cf.
scribe à son élève. Arrive que je te peigne le Maspero, Hisl. anc. peuplesde l Orient, V« édit.,
sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses 1893, p. 274.) misères : on l'amène tout enfant pour l'en-
prêtres ne se trouvaient pas en état de résister par eux-mêmes aux spoliations (1). On dut enlever de leurs tombeaux les momies des rois du nouvel empire, celle des grands personnages, afin de les soustraire à la profanation que la police était incapable de réprimer.
Pendant que TEgypte était écrasée par le malheur, quelle payait si chèrement ses nombreuses révolutions, sa gloire militaire à l'étranger, les prêtres thébains ne restaient pas inactifs. Us rêvaient depuis longtemps de posséder un jour ce trône des Pharaons qui, sous leurs yeux, faisait Tol^jet de tant de compétitions (2).
jNlodifiant insensiblement le culte, reprenant le dogme qui, par un eflet de réaction du pouvoir royal, avait amené la révolution religieuse, le schisme d'Aménophis IV, ils proclamèrent Amnion le seul dieu d'Egypte et s'emparèrent de l'esprit de la haute société et du roi lui-même au point que, sous Ramsès 111, le véritable Pharaon était le premier prophète du dieu théjjain (3).
On a pensé que cette révolution dans les croyances était le résultat de déductions philosophiques (fi), et de là 1 imagination est partie pour construire tout un système de monothéisme chez les Egyptiens. Inutile d aller chercher dans des sphères aussi élevées l'origine des événemejits (|ui se passaient alors à Thèbes ; car seule lambiliou du clero-é thébain en fut l'orio-ine.
Thèbes était alors une ville immense, occupant les deux rives du fleuve ; ses temples, grands eux-mêmes comme des cités, entretenaient la majeure partie de la population ; leurs servants étaient
(1) Papyrus Abiiot. Cf. Ciiabas, Une spolia- cléopolis magna et de celui de Coptos), /î'(,//or!;.s' tion des hypogées de Thèbei au onzième d'or qui saisit avec sa force Ions les pays, ijui siècle, dans les Mélanges é<iijploloiii(iues, eslyraiiden[ormalions,filsdiiSo!eil,Aménoplns, III" série, l. I, p. 1-172. — G. Maspeiîo, Une le réyenl divin d'IIéliopolis (A. Wiedemann, /e enqiièle judiciaire à Thèbes au lemps de la Roi dans l'ancienne Eyyple. Bonn, p. 7;. XXJl' t///'i(i.s;/e. — A. EiiMAN, Beilr:igezur Kent- (3) Cf. G. Maspero. Note sur quelques points niss der Aegyplischen Gericlitsverfahrens, de grammaire et d'histoire, ds Recueil, I, dans Zeilschr , 1879, p. 81-83, 148-152. p. 157, sq. — Lepsius, Denkm., III, pi. 219.
(2) En Egypte, le roi était un dieu de pas- (4) Si les événements politiques ne venaient sage sur la terre. Maître absolu de ses sujets, montrer le but intéressé des prophètes d'Ainil réglait en personne (théoriquement) toutes mon, on serait tenté de croire qu'à celte les affaires grandes et petites, marchait à la époque l'Egypte avait atteint une philosophie lête de ses armées; tout émanait de lui, il était religieuse très élevée. Ammon, dieu unicpie, l'auteur de tous les biens, de tous les succès. e.xislant par essence, le seul générateur dans L'emphase de ses litres surpassait tout ce le ciel et sur la terre qui ne fut pas engendré, que jamais la pompe des Orienlau.x a pu con- le père des pères, la mère des mères, était cevoir. Aménophis il est nommé : Haras, le bien le dieu qu'il fallait à des prêtres rêvant Taureau jmissant, grand par la valeur, maiire l'établissement d'une Ihéocialie. — Sur les du diadcme du Vaulour et décelai du SerpenI ;de papyrus relatifs au dogme théJjain, Cf. Gréla H;iuleet delà Basse-Egypie; f/(i; /-e/if/ ;/;-'i/u/e isaijt, l'Hymne à Ammon-Rù des pajiyrus de la joie, qui laisse solenniser des fcles à l'hcbes, Doulaq. 1875.
le Sulen-nel (grand prêtre du nùme d'Héra-
une véritable armée. Le mystère régnait dans ces sanctuaires sombres, à peine éclairés, où les fidèles ne pouvaient, suivant leur rang, dépasser certaines limites. Le roi voyaitla divinité face à face. Le premier prophète interprétait la volonté dWmmon, à laquelle souscrivait toujours le pharaon prosterné; Thèbes était la ville du merveilleux, du mystère, de Fomnipotence, les pèlerins y affluaient saisis dune terreur mystique. A cette plèbe on abandonnait les superstitions, le culte des animaux (1), tandis que se jouait dans le sanctuaire cette comédie dont le trône était l'enjeu.
Le terrain avait été dès longtemps et habilement préparé ; aussi, à la mort de Ramsès XII, le premier prophète d'Ammon, Hrilior, crut-il le moment venu de fonder une dynastie théocratique et se déclara-t-il lui-même « maître de la haute et de la basse Egypte ». Par sa mère il descendait de sang royal et divin (2).
Il ne manquait à l'Egypte, dans ses malheurs, qu'une usurpation religieuse; elle l'eut, et tandis que Thèbes et le haut du pays reconnaissaient pour pharaons ces prêtres qui, par la richesse de leurs temples, tenaient la population, la basse Egypte refusait de s'associer à ce retour aux temps antiques ; dAvaris sortait une dynastie, la XXP, qui gouverna le Delta, alors que les prophètes d'x\mmon étaient omnipotents dans le haut pays.
Pendant que ces événements se passaient en Egypte, les Phéniciens (3j établis déjà sur les côtes méditerranéennes de Syrie au temps de la venue des Hyksos, affermissaient leur domination sur les mers ( Ti), devenues presque lilues par suite du déclin de la thalassocralie Cretoise. A vrai dire, les Phéniciens ne possé-
(l)Cf.G. MASPEno.Noles sur quelquespoints épouse. Ramsès II se maria avec plusieurs
de grammaire et d'histoire, ds Recueil, II, de ses filles. De telles unions, réprouvées par
p. 108, sq. — 1d, Éludes égyptiennes, t. I, nos mœurs, étaient aux yeux de l'Egyptien
p.l45, sq. choses natuielles dictées par la raison d'Etat
(2) Cf. E. Naville, Trois reines de la afin d'éviter les usurpations, i A. WiEDEMANN,/e
XXP dynastie, ds ZeitscJir., 1878, p. 29-30. Roi dans l'ancienne Éyyple, Bonn, p. 12.) Quel-
Pour être à même de monter sur le trône, le ques divinités épousèrent leur propre mère et
prétendant devait être de sang divin, c'est-à- le titre d' « époux de sa mère » est l'un des
dire royal. Aussi les pharaons légitimes veil- litres les plus ordinaires d'un dieu (Id. p. 16).
laient-ils avec un soin jaloux à leur descen- (3) Cf. Fr. Le.normant, La légende de Cad-
dance, contractant les alliances les plus mons- mus et les établissements phéniciens en
Irueuses, alin de conserverintacte leur lignée. Grèce, dans Annales de philosophie chrélienne.
Les mariages entre parents les plus proches 1867 et dans les Premières CiL'ilisations, t. II,
étaient d'usage dans la famille royale qui 874, p. 33-437.
tenait à conserver le plus pur possible le (4) Sur les parois d'une tombe du quin-
sang divin coulant dans ses veines. Le roi zième siècle av. J.-C, à Drah-abou-'l-neggah
Pinet'em, de la XXP dynastie (vers 1100 av. (Thèbes), une fresque représente une flotille
J.-C), épousa sa propre fille, née de son phénicienne. (Cf. G. Daressy, Rev. archéoL,
mariage avec sa propre sceur et engendra une 1895, Une flotille phénicienne d'après une pein-
fille qu'il nomma, aussitôt née, reine et ture égyptienne.)
LA PRKPONDKRANCK KGVrTIIvNM:
daient sur terre que des points d'attache ; leurs diverses cités, Aradus, Ziniyra, Gebel, Beyroulli, Si don et Tyr ne pouvaient communiquer sûrement entre elles (|ue j)ar eau. Dans 1 intrrieui' ils avaient des comptoirs jalonnant les grandes étapes des caravanes (1), llamath (2), Thapsaque (3), Nisibis (û), en plein continent ; Dor (5), loppé (6), situés près de la mer sur la route d'Egypte, etc..
Sur les côtes étrangères , les Phéniciens étaientplus puissants qu'au voisinage même de la ^létropole. Chypre (7) leur appartenait en grande partie dès les temps les plus anciens. Paphos, Golgos, Lapethos, Kourion, Karpasia, Soli, Tamassos étaient de leurs villes. En Crète, des marins sémites s'étaient établis sur tout le rivage méridional. Partout où se rencontrait un abri naturel (8) pour les vaisseaux, station facilement défendable, on était sûr de rencontrer desTyriens ou des Sidoniens (9).
Lors des conquêtes égyptiennes en Asie, les Phéniciens eurent quelques velléités de résister aux pharaons; mais, en commerçants
L'ile de Chypre et ses colonies phéniciennes et grecques.
(1) MovERS, Die Phônizier, 1. II, "2"''' Iheil, p. 159, sq.
(2) Au pays de Chonaan.
(3) Sur lEupliratcsen amont de Deïr cl Zor, ville héléenne.
(4) Ville du haut Khabour.
(5) Sur la côte méditerranéenne où les Phéniciens avaient une pêcherie de pourpre. (Cf. E. Renan, Mission en Phénir.ie, p. 40, 757.)
(fi) Jnffa sur la côte.
(7) M.-W. Max Millier pince l'AIachiya (Cf. Bezold, The Tell el Amarna lablels, 1892, 5-7. — WiN-cKLER el Abel, Der Thonlafelfund V. El Amarna, 1889-90, 11-17) dans l'île de Chypre, se basant sur l'abondante production du cuivre dans cepovs. {Zeitsch.f. Assi/riolo(jie, t. X, 1895, |>. 257-2G8). (Cf. A.-J. Delattre, Lettres de Tell el Amarna, in Proc. Soc. Dibl. ArcliaeoL, t. XIII, 1890-91, p. 542. — Id., le Pai/s de Clianann, 1890, p. 5i.)
(8) Temples i)hénicicns de l'île de Gozzo et de Haginr Ivriin à Malte. Cf. Fr. Lenormant, Monuments phi'niciens de Malte, dans Reu.
générale de l'archileclure el des Irav. pub., 1841, p. 497, pi. XXI. — J.-G. Vance, Descripl. of an ancienl temple near Crendi, Malta, in Archaeologiii, t. XXIX, p. 227, sq. — Caruana, Report. Il y eut aussi des temples phéniciens en Sicile, en Sardaigne, mais on n'en a pas retrouvé les ruines.
(9) En Cilicie, ils possédaient des comptoirs à Kybyra, Masouru, Rouskojjoiis, Sylion, Mygdalé, Phaselis, Sidyma (Movers, Die Phônizier, II, 2, p. 346), Astyra en face de Rhodes (Movers, /((., p. 217 sq.),à Rhodes même, lalysos, Lindos, Camyros (Diodore, IV, 2, 5, etc ), dans lesSporades.les Cyclades; Delos.Rhénée, Paros, Oliaros (Sidoniens), Melos(Giblites) sur l'Hellespont, Lampsaqiie et Abydos, sur les côtes de l'Anatolie. Ils s'aventurèrent jus(]u'au Caucase. A l'ouest ils s'installèrent en Crète (Lappa, Kairatos, Phœniké, Gorlyne. Lebénê), à Cythère, dans les îles Ioniennes, on Illyrie, en Italie, en Grèce même (Egine, Salamine, en Argolide. en Attique), en Sicile, sur la côte africaine, etc.
LA PRHPONDKHANC.E K(iVPTir::NNE
habiles ils jugèrent vite quilétail plus |)rofitable depayortribut ([ue
Établissements grecs et phéniciens de la Méditerranée orientale. Villes phéniciennes (en caractères gras). Villes grecques (en caractères maigres).
de soutenir une guerre inégale, et demeurèrent loyaux vassaux (1^
(1) La correspondance d'El Amarna montre que, tout au moins nominalement, les villes phéniciennes de S3 rie étaient pour la plupart vassales de l'Egypte au même litre que les cités de Chanaan. Rib-Adda, de Byblos, écrit au pharaon : « Les gens d'Arwada (Aradus) sont maintenant chez toi (sont entrés sur ton
territoire), saisis leurs vaisseaux qui sont en Egypte ». (C. Bezolo, The Tell El Amurna lablets, 1892, 4't, 13-18). Zurata était préfet d'Akka pour lÉgypte {Id., 93). Çiduna (Sidon), Biruta(Beyroalh),r:urri(Tyr),sonl traitées dans ces documents de servantes du roi. (Cf. A.-L. Delattre, le Pays de Chanaan, 1896, p. 51, sq.
Ils avaient, en effet, tout à gagner à s'attirer la clientèle de rÉgvpte (1) ; exportant ses marchandises (2) chez les peuples étrangers, ils importaient chez elle les produits des autres pays et du leur (3). Cette situation privilégiée les poussa à fonder des comptoirs dans toute la Méditerranée, qui devint bientôt une mer phénicienne.
Plus tard, ils s'établirent solidement dans les parages lointains, dès longtemps fréquentés par leurs vaisseaux ; ils fondèrent des comptoirs sur les côtes d'Asie, en Italie, en Sicile, en Sardaigne, aux îles Baléares, en Espagne, en Afrique et, affrontant l'océan, allèrent, dit-on, chercher Fétain jusque dans les Cornouailles {li).
Leurs expéditions, toutes parties sous le couvert commercial, ne se terminaient pas toujours par des échanges de marchandises; lorsqu'ils se sentaient en force, ils n'hésitaient pas à piller les bourgades des côtes, parfois même à s'y installer et à fonder des colonies militaires ; mais, lorsqu'ils avaient affaire à des peuples forts, ils se contentaient d'un commerce lucratif. Que dépeuples colonisateurs procèdent encore de nos jours comme les Phéniciens !
Sur le continent, leurs caravanes ou plutôt les convois circulant pour leur compte, chargés de marchandises à destination de Tyr ou de Sidon, venaient des pays lointains du Caucase, de l'Arménie, de l'Iran, des Indes, de l'Arabie et tous les produits du monde affluaient sur leurs marchés. Dans l'intérieur ils n'avaient guère que des agences commerciales; il eût été trop dangereux de chercher à conserver des villes.
L'or de la Lydie, du Phase (5), de l'Altaï (6), des Indes (7); le
(1) Grâce à leur soumission aux pharaons, vains grecs et latins qui les ont consultées ils avaientélé autorisés à posséder en fivple ne nous ont pas transmis leurs œuvres. Sur même des entrepôts : ils en avaient à Mem- les périodes les plus anciennes, nous ne disnhis Tanis Bubaste, Mandés, Sais, Ramsès- posons que des légendes et des renseigne- Anakhtou elc raents épars relatifs à la fondation de chacune
(2) Dans le palais de Mvcènes se trouvaient des colonies. Le meilleur ouvrage (déjàaucien) des tuiles émaillées portant le cartouche sur les Phéniciens est Movers, D;e P/ionirier. dAménophis 111, de travail franchement (5) Presque tous les cours d'eau de 1 Asie éovptien (Cf. R. Seewëll, Proc. .Soc. Bibl. Mineure et du Caucase roulent de 1 or dans A/t/î., XXVI, n» 6, 190i, p- 258, sq.) — La quan- leurs sables. Les lavages étaient autrefois litc des objets de fabrication égyptienne de rémunérateurs, ils ne le seraient plus aubasse époque qu'on rencontre sur toutes les jourd'hui. J ai fait inoi-méme un essai des sacôtes de la Méditerranée est énorme et il blés du Phase et ai reconnu la présence de semble plus rationnel d'en attribuerla diffusion l'or, quoiqu'en très petite quantité. (J. M.) auxPhéniciensplulôt(iuau.xnavigateursgrecs. (6i Les gisements d'or de 1 Allai «ont au-
(3) Entre autres les bols de cèdre du jourd'hui connus et les rivières descendant de Liban, le cuivre de l'île de Chypre, la pourpre ce massif roulent toutes du métal précieux, de leurs pêcheries. Leurs importations ren- (7) Dans la Tounghabadra a \idjayanagar daient à l'Egvpte les plus grands services. (Mysore). j'ai, en 1884, constate la présence de
(4) Nous ne possédons aucune histoire de l'or dans les sables. Les gisements aurileres la colonisation phénicienne. Les archives de de l'Inde sont très nombreux, «luoique peu n- Tvr et de Sidon ont été détruites, et les écri- ches. (J. M.)
LA IM\K1'()M)KHAXCE KGVPTIENNE
cuivre du pays du Chalybes, dos Toubals (1), de Chypre ; Targont de la Thrace, duTaurus;les pierres précieuses de l'Iran (2), des Indes; les fins tissus babyloniens; les parfums de 1" Arabie et tous les procbiils du monde passaient j)ar leurs mains. Ils les revendaient en T^gypte, grande consommatrice, en même temps ([ue les produits de leur propre industrie, tels le verre (3), la pourpre (li).
Par contre, ils exportaient, lant en Asie que sur les côtes méditerranéennes, les marchandises égyptiennes, tissus, pâtes émaillées, meubles, vases de j)ierre, de métal, objets d'art, bibelots de toute nature, qu'on retrouve aujourd'hui dans tous les pays où s'étendaient leurs relations.
La voie maritime était de beaucoup lapins sûre et lapins économique, car les Phéniciens régnaient encore en maîtres dans la Méditerranée. Par terre les marchandises risquaientle pillage, et, en tout cas, avaient à payer des droits de passage souvent fort élevés.
C'est par le transit que s'enrichirent David, Salomon et bien des roitelets de la Palestine et de la Syrie; c'est par les caravanes que plus tard se créa Palmyre (5) dont la richesse, dans un site désolé et aride, ne peut s'expliquer autrement. C'est que les territoires de ces royaumes se trouvaient sur les grandes routes reliant au monde oriental l'Egypte et la Phénicie et, par suite, ouvrant les débouchés de l'Occident.
L'invasion des llyksos dans la vallée du Nil fut un véritable cataclysme; mais, comme toutdésastre, elle n'eut pas que des effets malheureux. C'est à elle, pense-t-on, que l'humanité doit la propagation de l'écriture.
(1) Les gisements île pyrite cuivreuse sont très nombreux dans le Grand et le Petit Caucase (Kedabek, Akl;da, Allah Verdi, Dilidjan, etc.). le Lazistan (Gumuch Kliani près de Trébizonde), l'Arménie et le Nord de la Perse.
(-2) La turquoise du Khoraçan.
(3) Le verre, dit phénicien, se rencontre en Egypte dès le nouvel empire. J'en ai trouvé des fragments dans une sépulture de la XVI U» dynastie. A Suse, les dépots de fondation du temple de Chouchinak (.\v" s. environ) en renfermaient également. On ne le voit apparaître en Ualie méridionale et en Sicile (Syracuse) que vers le VIL siècle (dans les sépidtures grecc|ues). Les Phéniciens étaient rapidement devenus d'habiles verriers, aussi leur allrihuat-on l'invenliou du verre. Plini; (Hisl. nal., V, 17, XXXVL 00.) — Cf. Perrot et Chipiez, Hisl. de l'art dans l'antiquilc, t. III, p. 733, sq., t. VI, p. 48-2, 550, sq.; 7i5, sq ; 850, 943, sq.
(I) Ils avaient un grand nombre de pêcheries de pourpre, entre autres à Dor, sur la cote au nord de Péluse, à Nisyra, à Gyaros dans les îles Itanos, en Crète, etc. On a prétendu que cette matière colorante avait été découverte par les Phéniciens. Le fait n'est pas exact, car bien longtemps avant leur arrivée en Phénicie, les étoffes teintes en pourpre étaient d'usage en Egypte. J'en ai retrouvé dans les sépultures princières de la XIL dynastie à Dahchour (Cf. J. de Mougan. Fouilles à Dahchour, II).
(5) On coni;oit diflicilement (ju'une grande ville se soit (lévelo|)pée dans un pays aussi aride que celui de Palmyre, où les terres cultivai)les suffisent à peine aujourd'hui i\ l'aliinentalion du village de Tedmour. L'eau, qui d'ailleurs vient de fort loin, y est sauniiitre de même que celle des rares puits souvent à sec ((u'on renrontre dans les ruines (.]. M., Voyaije de l'JUO;.
Lorsqu'ils étaient en Egypte, les leurs vaincus un procédé cursif de eomj)rirent de suite le grand avantage qu'ils en pouvaient tirer. Ils le
Ghananéens (1) trouvant chez fixer la pensée, l'hiératique^
EGYPTE
(1) G. Maspero, Hist. anc. or. classique, t. II, p. 573, note 3, place l'inlroducUon de l'alphabet phénicien entre Amenôthés IV (xv s.) et H irùm I" (x* s.), cl en prenant le terme moyen, vers 11(X), comme (laie pos>;ible de l'invention ou de l'adoption. Dans
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