VI PRÉFACE
la nation ; mais le champ demeure vaste et surtout si ce gouvernant est un homme de génie, son initiative joue un grand rôle dans les destinées.
Les Grecs eussent abattu la Perse, Alexandre envahit les Indes. Les Perses se fussent rendus maîtres de l'Asie, Darius les entraîna jusqu'en Scythie, Cambyse au delà de l'Egypte. La République eût repoussé l'étranger, Bonaparte fit flotter sur Moscou ses étendards.
Ainsi, dans l'étude du progrès, il ne faut donc pas seulement tenir compte des tendances de peuples ou de races ; il faut faire entrer en ligne, et pour une large part, Thomme, celui qui s'est trouvé être soit la cause, soit l'instrument des volontés et des intérêts populaires.
Le génie, souvent, modifie le cours naturel des événements; il met en usage les ressources qui s'offrent à lui, les prenant où il les rencontre, déplaçant ainsi les prépondérances entre nations.
Si Colomb avait trouvé dans sa patrie les éléments nécessaires à son entreprise, l'Espagne ne se serait jamais étendue sur la moitié du glojje. Si Théodose n'avait pas divisé l'Empire, peutêtre Rome eût- elle repoussé l'invasion des barbares. Si Héraclius avait envoyé quelques légions pour étouffer dans sa racine le mouvement des Arabes, il eût changé la face du monde moderne.
Mais, en dehors de ces sources humaines de l'histoire, il en est d'autres plus puissantes encore, les causes naturelles, celles contre lesquelles l'homme reste désarmé; elles sont nombreuses^ soudaines, inattendues. Peuples et rois leur obéissent. La famine. Peau, le feu, les frémissements du sol, sont maîtres de la destinée des nations.
Ainsi le progrès dépend de mille causes, les unes lentes, les autres violentes; certaines échappant à la volonté, d'autres résultant de cette volonté même. C'est dans ce dédale que l'historien doit se mouvoir pour découvrir et mettre en lumière les causes principales dégagées des éléments d'importance secondaire.
Qu'importent en efîet la mémoire des souverains dont le règne n'estdûqu'à leur naissance sur les marches d'un trône, les batailles, les conquêtes sans causes profondes, sans résultats généraux I Une idée, une volonté sont de bien plus grandes choses quand leurs résultats sont demeurés acquis pour l'humanité, pour le bien-être général.