M? TASK1N
Imp. Dorval.
— Si nous faisions entrer ce jeune artiste? dit-il tout à coup, visiblement intrigué.
Le vieux diplomate et le jeune Hongrois, à cette proposition, échangèrent
un nouveau regard dans l'éclair duquel leur hôte, s'il n'avait été à ce moment distrait, eût pu voir briller un sentiment de joie et de triomphe.
Le jeune instrumentiste ne se fit pas prier; il ruisselait en pénétrant dans la salle à manger, où, après avoir déposé à terre son lourd instrument, il accepta sans façon les rafraîchissements qui lui étaient offerts. Interrogé sur le morceau qu'il venait de jouer :
— PerBacco.'... dit-il... IlTrovatore.
— Oui, dit M. Garvalbo, le Trouvère, un chef-d'œuvre... et Othello donc... Mais les autres?
— Les autres, fit le jeune virtuose étonné.
— Oui... les autres... qui m'ont si profondément remué... quels sont-ils?
Mon ami, je vous en prie, ne me faites pas languir...
— Corpo di Bacco... c'est Egmonto!
— Egmont!... Egmont de Salvayre?
— Sans doute... il n'y en a qu'un...
à moins que...
— Egmont!... s'écria M. Carvalho transporté,
Quoi! pas encore en scène?... Egmont est populaire. Jeune homme, dans mes bras!... Oui me rendra Salvayre?...
A cet appel lyrique, le jeune piiferaro jeta au loin son feutre piémontais, le vieux diplomate dépouilla sa tête grisonnante, ie jeune Hongrois perdit tout à coup son accent étranger et... Tableau !... M. Carvalho avait devant les yeux les trois auteurs d'Egmont... Il était pris... il se rendit de bonne grâce... la cause de la partition était gagnée... Il écouta séance tenanle la lecture du livret, pendant que le cari continuait à refroidir. Le soir même, les trois complices reprenaient l'express pour Paris, emportant la promesse qu'Egmont serait représenté l'hiver suivant à l'Opéra-Comique.
Toute une saison devait cependant s'écouleravant que la partition de Salvayre eût été représentée. Mrae Heilbron était morte, et le rôle de Claire, qui lui avait été destiné, revenait de droit à M"- Isaac, qui avait dû le créer à l'Opéra. Ce retard allait toutefois profitera l'œuvre, pour laquelle M. Carvalho s'était pris d'entbousiasme. Il conseilla d'abord aux auteurs du poème de rentrer dans les