M" SIMONE ARNAUD
Représentée pour la première fois le li octobn i886, au théâtre rfi VOdèon.
Directeur: M. Porel. Secrétaire général : \l. Desbeaux.
nu pourra porter le jugement qu'on voudra sur le drame en vers de \l Simone Arnaud.
Hais il 5 a ce fail acquis, et sur lequel tons les critiques seronl unanimes '■''■si qu'il vaut mieux, sur une scène française, glorifier les Machabées hé nuques, luttant pour l'indépendance de la patrie que de jeter de la boue sm l'uniforme national et des fleurs sur ceux qui, au Mexique, ont répandu le sang de nos soldats.
Le bon exemple, une fois de plus, nous sera venu des femmes. Il convient, avant tout et sans réserves, d'en féliciter Mlle Simone Arnaud.
Mllc Simone Arnaud a l'àme patriote, Elle nous était apparue, cette àme, dans ses productions précédentes, dans Mademoiselle du Vigean et dans 1802. Dans les Fils de Jahel, elle déborde.
C'est un Déroulède en corset et en jupon que cette jeune femme, mais un Déroulède moins en dehors, moins excessif. Et puisque le nom de Paul Déroulède vient sous ma plume, ne vous semble-t-il pas qu'un rapprochement s'impose entre sa mère veuve envoyant ses deux fils à la boucherie prussienne et cette Jahel offrant ses cinq enfants en holocauste à la patrie ?
Il ne serait pas impossible que ce rapprochement se fût fait dans l'esprit de M11* Simone Arnaud, étant donnée sa sympathie fraternelle, basée sur une communauté d'inspiration, pour le chef de la Ligue des patriotes.
Et, pour donner plus complètement encore la note du beau drame que
nous venons d'entendre, c'est M Adam, l'ardente « prêcheuse » de la revanche,
qui s'en est faite la patronne auprès de M. Porel.
Les fils de .lahel, Judas, Jonathas, Jean, Eléazar et Simon, ne sont autres que les Machabées — fils de Mathathias l'Asmonéen, prince et piètre — dont la mère s'appelait, non Jahel. mais Salomé. Si je relève ce détail, ce n'est point pour chercher à M"' Simone Arnaud une puérile chicane. Encore moins lui reprocherai-je de n'avoir pas osé prononcer une seule fois au cours de ces cinq actes ce nom de Machabée que la trivialité populaire a détourné de son sens primitif. Les historiens sont, du reste, partagés sur ce point; et d'aucuns prétendent que Judas n'a porté que sur le tard le nom de Machabée, dont l'étymologie est fort incertaine.
M. Porel ne s'arrêta pas davantage à chercher la petite bête. 11 tenait une pièce à souhait pour l'ouverture de sa saison, et il la monta comme s'il devait finir sa saison avec.
Il l'a superbement encadrée dans des décors très exacts, très pittoresques, dont l'un est une admirable résurrection de la Jérusalem ancienne.
La tâche était facile pour le décorateur : il n'avait qu'à s'inspirer de Lamartine ou de Al. ltenan. Elle l'était moins pour le dessinateur de costumes, l'époque, à ce point de vue, étant assez ingrate. M. Louis Vallet s'en est tiré fort habilement. C'est le début de ce jeune artiste dans l'art délicat des Thomas et des Bianchini. Et c'est déjà plus qu'une promesse.
Dans la conception du costume de M"' Baréty, M. Vallet a pris pour type la Salomé d'Henri Regnault. 11 y a des moments où l'illusion est complète et où on croit voir la création du peintre se mouvoir hors de son cadre.
Celui de M"" Favart est un compromis entre la Sibylle et la Zingara. Quand elle est apparue, au troisième acte, les cheveux blanchis sous le gibet de ses fils, cette saisissante incarnation de la haine maternelle et de la fureur patriotique a fait courir un long frisson par toute la salle.
On m'a dit merveille de la bonne grâce avec laquelle l'auteur avait conduit les répétitions.
Celle ardente, dont le rêve était de communiquer sa flamme à ses interprètes, s'y est montrée d'une courtoisie, d'une affabilité de façons peu communes à lavant-scène.