‹ Les Premières illustréesChapitre 35 sur 97 · MICHEL PAUPER · texte numérisé non relu

MICHEL PAUPER

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rire, d'un sourire doux, angélique, qui lii tomber son monocle qu'il ramassa virement pour me fixer à nouveau en souriant toujours.

« Je ne l'ai jamais revu depuis, mais quand maintenant il m'arrive de ne point dormir, inquiet de l'issue d'un de mes romans, de la lin d' ihapitre ou

de la chute d'une phrase, je revois le sourire de Daudet si indulgent et si paisible, je me revois moi et mon : « J'ai déjà eu l'occasion... »

Nous pouffions de rire à la confession de ce brave EUcouard qui lui-même se tenait les côtes à ce souvenir de jeunesse.

Kh bien, en parlant de M. Henrj Becque pour le talent merveilleux, je dirais plus, pour le génie duquel j'ai le plus profond respect, je me lais un peu l'effet de Ricouard jeune devant Daudet.

Si ce nï'tait encore que pour mïncliner et adorer son « Michel l'auper » sans discussion aucune, ce serait aisé : mais ma tâche est bien plus pénible ! car j'ai l'habitude de dire toujours franchement ce que je pense, estimant, peut-être à tort, que la plus grande qualité d'un critique est la sincérité.

Cette qualité vous dispense presque d'en avoir d'autres; nies lecteurs comprendront donc sans peine pourquoi je m'en fais gloire, — et M. Henri Becque me pardonnera.

Michel Pauper, dont toute la chronique nous a rapporté les incidents de naissance, en 1870, veille de l'année terrible, est l'œuvre d'un jeune qui assigna M. de Chilly, alors directeur de l'Odéon, pour avoir refusé sa pièce.

« M. de Chilly, déclara-t-il, reçoit 100,000 francs par an du gouvernement pour jouer de bonnes pièces, ma pièce est bonne,... donc il doit la jouer.»

M. de Chilly. ne la joua pas et le tribunal ne dit mot ; de sorte que M. Henry Becque s'improvisa directeur et donna, en plein juillet, aux Parisiens ébahis, la primeur de son drame.

Ce fait n'était pas du premier venu, l'œuvre non plus. La voici en quelques lignes. Quand le rideau se lève, Michel Pauper, un ouvrier de génie, inventeur d'une couleur d'écarlate, pénètre violemment dans la demeure du comte de la Boseraye en lui reprochant, en termes violents, de l'exploiter, de le tromper. M"e delà Boseraye paraît et Michel se calme. Il sait que M. de la Boseraye a de graves embarras d'argent en ce moment; il est, lui, Michel Pauper, à la veille de faire une découverte merveilleuse, « la cristallisation du carbone », vulgo fabrication du diamant, qui lui donnera la torture et la gloire. Il parle de sa trouvaille au père de la jeune Hélène, en lui déclarant qu'il aime sa tille et en lui demandant sa main. M. de la Boseraye, aussi surpris que les spectateurs, mais à la veille de la ruine, ne dit pas non et permet au jeune ouvrier, dans le génie duquel il a foi. de venir faire sa cour.

Malheureusement pour lui, Hélène aime... et de quel amour, mordieu! un jeune officier, le baron de Bivailles, gentilhomme ayant des façons de laquais ou laquais ayant des façons de gentilhomme, on ne sait au juste. Ce jeune heau aspire; non à la main... mais comment dire? au cœur d'Hélène. Il s'y prend adroitement pour y aller gauchement. Il n'arrive à ses tins qu'après la mort du comte de la Boseraye, qui, après avoir fait des faux, se tue pour ne pas survivre à sa honte, car la découverte de son infamie est imminente.

Le jeune de Bivailles, profitant de l'abandon des deux femmes et de l'exaltation romanesque d'Hélène l'attire chez lui et la violente, c'est Hélène qui nous le raconte dans une fort belle tirade qui se termine par ces quelques mots:« Morte, il eût déshonoré mon cadavre! », destinés à plonger les bourgeois dans une stupéfaction voisine de l'ahurissement.

Inutile de dire que, le sacrifice consommé, le jeune séducteur ne veut plus de la victime.

Michel Pauper, lui, au contraire, n'aspire qu'à en faire sa femme. Il est maintenant à la tête d'une usine. On nous le montre adoré de ses ouvriers, estimé de tous... même parle Conseil municipal, qui, par la bouche du maire, lui transmet ses félicitations pour un acte de courage accompli dans ses ateliers, acte de courage qui a sauvé la vie à une foule de pauvres gens.

Hélène, après avoir constaté l'indignité de son amant, la générosité et la noblesse de cœur de son amoureux, vaincue d'ailleurs par les sollicitations de sa mère, consent à épouser Michel.

Mais, à la veillée des noces, quand son mari lui dit qu'il l'adore et la compare à un lis, elle lui déclare, prise de remords, qu'il exagère.

Ce pauvre Michel n'en peut croire ses oreilles, et pris d'une colère aussi folle que légitime, il veut tuer sa femme qui n'a jamais été que celle d'un autre.

Il s'enfuit éperdu, trop faible pour avoir ce courage.

Nous le retrouvons au dernier acte abruti par l'alcool, atteint du delirivm tremens. 11 meurt dans un accès de folie entre les bras de sa femme qu'il ne reconnaît pas.

MICHEL PAUPEIl.

Voilà le sujet du drame que nous avons intentionnellement réduit à sa plus simple expression en le dépouillant de tout, même de l'idée philosophique de la fusion des castes.

Il est incontestable que sa conception est d'une originalité puissante, bien que d'un romantisme franchement accusé.

Quant à l'exécution, c'est celle d'un jeune dans toute l'acception du mot. Les scènes se suivent, inégales et heurtées, quelques-unes de premier ordre, d'autres niaises jusqu'à l'enfantillage ..,,.,,

Mais dans ce mélange de bon et de mauvais, il est facile de reconnaître un tempérament de dramaturge de premier ordre, un talent prodigieux mis au service d'une organisation merveilleuse.

M. Henri Becqueatenu plus que les promesses magnifiques que donnait Michel Pauper. Mais comme son talent a dévié depuis i — et comme il est difficile, à quelques scènes près, de reconnaître dans ce « melo » romantique, la grille puissante du psychologue raffiné de la Parisienne.

Aussi ce qui étonne le plus à l'audition de Michel Pauper, c'est de le savoir le frère aine de cette troublante et vicieuse Clotilde.

Tout dans le drame de l'Odéon est contraire aux tendances et à la manière de faire et de voir de l'école dont M. Henri Becque est le chef incontesté.

Oui, tout; depuis l'idée, cet ouvrier grossier, ivrogne, transformé par la passion, ce (i ver de terre amoureux d'une étoile » , jusqu'au dénouement, en passant par les types qui soutiennent cette action décousue et dont bien peu se tiennent debout.

Ce qui eût été vraiment curieux, c'est de nous faire voir comment M. Henry Becque, dernière manière, eut traité l'idée de son drame, en admettant ce qui est impossible) qu'il ait pu l'avoir.

J'ai la conviction qu'il nous aurait fait assister en ce cas à la transformation psychologique de son héros. puis à sa dégradation morale, tandis que le Becque d'il y a vingt ans, nous montre, au premier acte, un Michel Pauper échappé du « cahoulot »; au second, un Michel Pauper fine fleur des pois; au dernier, uu Michel Pauper absolument ramolli, et cela sans transition aucune. -.ri

Les types qui entourent son héros sont également peu dessines. Le baron de je ne sais quoi, ce savant verbeux qui barbote dans la pièce du commencement à la fin en y servant de confident de tragédie, est un pantin qu'on tire de sa boite quand le besoin s'en fait sentir.... et le besoin s'en fait souvent sentir. Le baron de Bivailles, ce viveur cynique jusqu'aux moelles, d'une brutalité invraisemblable, ferait sourire s'il n'était crispant.

Sa disparition du cadre des types vivants entraîne celle d'Hélène qui samourache de ce charretier de bas étage.

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