MICHEL PAUPER. |S
Restent le financier et la mère qui sont des rôles de second plan mais fort bien venus.
La scène du comte de la Boseraye, faussaire et ruiné, et dosa femme, est de toute beauté et d'une vérité saisissante, que couronne le « crève, gredin » que pousse le misérable en tombant foudroyé.
Dans l'acte III le défilé des ouvriers, 1rs félicitations du maire et du conseil municipal ont été transportés par M. Georges Olinet dans le Maître de Forges, c'est tout dire. A noter une fort belle scène entre le baron et son neveu le séducteur, défalcation faite des théories politico-sociales qui l'alourdissent.
L'acte IV est incontestablement le plus beau, le plus saisissant, le plus vrai. Les paroles d'amour que murmure .Michel a sa femme qu'il croit vierge et pure sont d'une belle venue, d'une harmonie délicieuse et d'une passion louchante.
L'aveu d'Hélène et la fureur aveugle «le son mari sont du théâtre el du meilleur.
Le cinquième acte n'existe pas. La mort de Pauper ne nous touche nullement. Ses hoquets d'ivrogne, ses convulsions, ses cris rauques d'alcoolique au dernier période nous laissent absolument froids.
Quoi qu'il en soit, le drame de M. Becque est une œuvre remarquable eu bien des parties, et on ne saurait trop louer l'habile directeur de l'Odéon, M.Porel, de nous avoir donné le plaisir de cette reprise. A la place de l'auteur, je m'\ serais opposé avec énergie. Mais, après tout, la situation qu'occupe M. Henri Becque dans l'art dramatique contemporain est si élevée et si justement Conquise, qu'il lui était bien permis de montrer avec un légitime orgueil, comme tout parvenu de génie, d'où il était parti.
L'interprétation est au-dessus de tout éloge. Citons au premier rang M. Paul Mounet, qui a rendu toutes les parties de ce rôle écrasant avec une variété de nuances exquise. Tour à tour gouailleur, tendre et passionné, dans les premiers actes il a joué la grande scène de la nuit de noces avec une énergie sauvage qui a fait frissonner la salle entière. Sa science de docteur en médecine lui a servi pour la composition de son rôle au cinquième acte. L'incohérence de ses gestes, sa démarche vague et jusqu'à son regard mort sont d'une vérité saisissante.
M"- Weber prête le grand talent qu'on lui connaît à la physionomie ingrate de M"'' de la lioseraye. Elle joue avec beaucoup de passion toutes les parties violentesde son rôle avec une tendance de parler vile que sauve son excellente diction, mais qui serait dangereuse à la longue.
.M. Dumeny est incontestablement parmi les jeunes premiers que nous possédons celui ayant le plus d'avenir. Son jeu élégant et tin est d'une distinction rare. Ce serait une excellente acquisition pour la Comédie française.
Je n'aime pas le talent de M'"" Favart toujours trop affecté et trop prétentieux à mon gré. Cette restriction faite, j'avoue qu'elle ne me déplaît point dans le rôle de la comtesse.
\1. Albert Lambert est parfait, absolument parfait sous les traits de la Roseraye. c'est bien là la tête et la façon d'opérer du faiseur de profession.
H. l'alien se tire à son honneur du rôle du baron physicien, grotesque et verbeux.
Guy de Saint-Mot,.