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LA COMTESSE SARAH

« un porc qu'un époux. Le père seul vient de vous entendre. Relevez-vous! La scène est superbe; elle a produit une vive émotion.

Sarah va jusqu'au bout de son sacrifice; elle consent a mettre un abîme infranchissable outre elle et son amant; c'est elle qui exige que Blancbe parie pour l'Afrique avec son jeune mari.

Quant a elle, minée par le remords et le désespoir, bien que largemenl pardonnée par la belle àme du général, elle se noie dans un lac d'Irlande, sur les bords duquel on l'avait conduite pour distraire son incurable mélancolie.

La comtesse Sarah rappelle plus d'un drame connu, d'abord lu Mère et la Fille, et surtout la Marâtre de Balzac, qui rassemblait, sous le nom du général de Grandchamps, de Ferdinand Randal, • I" M el de M de Grandcbamps, un quatuor fondamental, pareil à celui de M. Georges Ohnet. Cependant cette dernière analogie était presque invisible dans le roman : elle ne m'est apparue ce soir que par l'effet de la perspective scénique.

D'ailleurs, ce sujet pathétique a été presque complètement renouvelé par H. Georges Obnet, dans le sens des sentiments généreux du public, qui s'intéresse au dévouement presque filial de M"' de Cygne, tandis que la lutte féroce de Pauline de Grandchamps contre sa belle-mère avait soulevé plus de répulsion instinctive que d'admiration artistique chez le public de 18Z|8.

L'interprétation île la Comtessi Sarah est excellente. M"" Hading joue le rôle de Sarah avec infiniment d'intelligence et de passion; si l'on peut lui reprocher encore quelque excès de mouvement et de geste, ce u'esl guère que dans les deux premiers actes, comme naguère dans Froufrou; à mesure que le drame s'est accentué, M"" Hading est rentrée dans la simplicité pathétique qui appartient au vrai talent; sa vois nette s'est élargie et a donné une expression profonde aux scènes déchirantes de l'aveu el du repentir. Elle a été plusieurs fois rappelée el acclamée.

M. Lafontaine, dans le rôle du général, vienl d'ajouterun grand el beau succès à sa carrière si bien remplie. \u quatrième acte, il a rencontré, dans la

scène où il pardonne à la femme coupable, des accents profonds et des gestes d'une ampleur magnifique, qui ont évoqué plusieurs fois à ma mémoire fidèle le souvenir de Frederick Lemaître dont Lafontaine

reçut en sa jeunesse W Jx

de si fructueuses leçons, ou pour mieux dire de si savants conseils.

M"' Rosa Bruck a dit avec correction et sagesse le rôlede Blanche de Cygne ; je cite après elle JIM'"" Depoix, Darlaud etVilliers dans les petits rôles.

M. Romain s'est fort distingué sous l'uniforme un peu sombre d'un officier d'artillerie ; le rôle de Séverac lui comptera pour une action d'éclat.

M. Landrol est un excellent colonel Merlot, et M. Noblet joue avec une gaieté très spirituelle le rôle de ce sympathique notaire, qui finit par faire à la fois la conquête de M"' Merlot et celle de son père le farouche colonel.

Auguste Vitu.

DISTRIBUTION DE LA CREATION

SAii.ui M""* JANE HADING.

Blanchi de Cygne. . . ROSA BROCK.

Madeleine JULIA DEP01X.

M'"c de Pomperan . . DARLAUD.

Mu,c Smorden .... VILLIERS.

Généra! de Canaliieille-. MM. LAFONTAINE.

PlERRt SÉVERAC. . . . ROMAIN.

Fhossahu NOBLET.

Colonel Merlot .... I INDROL.

Ue Pohpkran ACIIARD.

i OnuaUn, 7, rue Suoit-licnoit.

Patrie Les Deux Pigeons

4 ACTES ET 6 TABLEAUX Représenté pour la première fois I ' sur le théâtre national de l'Opéra le il décembre issu.

Paroles de M. VICTORIEN SARDOl Musique de M. PALADIlll.K

Directeurs : MM. Ritt et Gailhard.

Secrétaire général : M. Emile Blavet.

Il y aura dix-sept ans, le 13 juillet 1887. nous lions, nous deux Sardou,à la première de Patrie sur le (I de la Monnaie, à Bruxelles.

Le succès fut lent à se dessiner. Comme le gai par persuasion, les Belges avaient de la méfiance. On leur servait un plat flamand, à la sauce française, et ils vou-

LES PREMIERES ILLl STR KES.

laient le déguster en conscience avant de montrer qu'ils le trouvaient à leur goût. Ils ne se dégelèrent qu'à l'acte de la dénonciation, où Fargueil atteignit presque au sublime.

Deux spectateurs se signalèrent par lu fur i a de leurs applaudissements : l'un dans la loge du bourgmestre, M. le duc d'Aumale; l'autre, à l'orchestre, H. Henri Rochefort.

Ceux-là n'avaient pas d'arrière-pensées... flamandes, et ils s'en donnaient à cœur joie, en bons Français qu'ils étaient, et en Français qui, sur la terre d'exil, se retrouvaient pour une heure comme dans l'atmosphère natale.

Dans un entr'acte, le duc d'Aumale se lit présenter Victorien Sardou. Après les compliments d'usage :

— Monsieur, dit au bourgmestre l'auteur de Pauk, j'espérais que vos compatriotes montreraient pour mon œuvre un peu moins de froideur!

— De la froideur, jeune homme! répondit paternellement M. Anspach... mais c'est le necplus ultra de la chaleur flamande!... Et vous vous plaignez?

Alors, le duc d'Aumale, se tournant vers Sardou :

— Ce ne sont pas là nos Parisiens, monsieur, lui dit-il avec un soupir mélancolique... Ils montent mieux que cela à l'assaut!

Le lendemain, nous déjeunâmes avec lîochefort au café Riche. Le lanternier ne tarissait pas en éloges enthousiastes sur Patrie! Et j'ai toujours présentes à l'esprit ses dernières paroles :

— (Juel superbe drame! Et quel merveilleux opéra cela ferait!

Aujourd'hui, le duc d'Aumale est encore en exil.

Rochefort, plus heureux, est un des hommes d'initiative à qui l'on doit la belle répétition générale de Patrie-opéra, à laquelle nous venons d'assister.

Ils doivent être contents de leur œuvre, ces hommes d'initiative. L'ne recette monstre: 94,000 francs!... l'intime satisfaction d'avoir pansé bien des plaies et soulagé bien des misères, cette fois nationales... l'honneur enfin d'avoir provoqué ce bel élan charitable, en y associant une des tentatives artistiques les plus intéressantes, les plus nobles et les plus élevées.

Il faut donc remercier tout d'abord ces ingénieux ouvriers du bien et réserver une bonne pari de remerciements aux directeurs philanthropes qui, en offrant au public parisien une primeur de cette importance, ont fait, avec tant d'abnégation, le sacrifice de leurs intérêts et joué bravement une partie qui, a bien des points de vue, pouvait être dangereuse.

Ce serait maintenant le lieu de raconter au lecteur la genèse de Patrieopéra, de lui présenter les librettistes elle musicien, de lui montrer comment-

f'ili

grâce à l'activité dévorante de MM. Ritt et Gailhard, au zèle de leurs collaborateurs, il n'a fallu que deux mois pour mettre sur pied et pousser à ce point de perfection une œuvre aussi colossale. Mais il faut bien que mon ami le Monsieur de l'Orchestre ait quelque chose à glaner le soir de la première représentation. D'ailleurs, le champ est si vaste qu'il me pardonnera celte petite incursion préventive.

Je me bornerai donc à dresser par le menu le bilan de cette mémorable soirée.

A huit heures précises, M. Allés lève son bâton. Au rideau! Le drame lyrique commence.

La scène représentel'extérieurde la Vieille Halle à la boucherie de Bruxelles. C'est ainsi

ACTK II. '2' Tableau. — Décor

tout au moins qu'elle devait être en 1568, l'abs d'après quelques constructions analogues H qui se profilent tout autour de la halle sont

La plantation en biais de ce décor est tr M. Mataillet. La Halle est à claire-voie, ce i donne à tout cet acte un caractère de vie i et eugrisaillc les pavés ajoute à l'horreur de 1' ait offertes au génie d'un musicien. On peut le cadre où se meut cette action sinistre es l'Opéra de M. Poisson, dont le prénom doit ê

Ici, l'on voit apparaître Lassalle, un liyn excellent Jonas; Muratet, un élégant La 'frémi d'Albe, ÎVoircarmes-Dubulle, Vargas-Sapin, 1

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