LA COMTESSE SA U A
ne suffit pas a celle-ci. Comme elle oe veut pas, dit-elle, entrer dans la maison
du -ruinai pour en fermer la porte aux doux perso s qu'il aime le mieux,
miss Sarah prend conseil du capitaine Séverac, qui lui répond froidement : n Épousez-le. — Eh bien! je l'épouserai ». réplique Sarah. C'est là-dessus que linil 1,. piv- \tt:.3ZffiB£. mier acte.
La suite immédiate de ces préparations se devine aisément. Tout le inonde sail ou croit '\ savoir en quoi consistent les fonctions de l'aide de camp, jeune et beau, d'un vieux général, mari platonique d'une femme jolie et ardente. L'antipathie réciproque que se témoignaient li générale et l'aide de camp n'était que le masque trompeur d'un amour inavoué; cet amour éclate comme un coup de foudre vers la lin dusecond acte et les jette dans les bras l'un de l'autre; le capitaine, combattu par son respect pour le général et par le sentiment du devoir, a d'honnêtes remords, comme Karloo dans Patrie. La comtesse n'en a pas plus que Dolorès; « tout pour l'amour »
mi bien encoi e « l'amour est enfant de Bohême .voilà
sa profession de foi. Autre conséquence dés longtemps entrevue de la position des pions sur l'échiquier. Étant donné qu'il a séduit la femme de son général, ou qu'il s'en est laissé séduire, le capitaine ne peut pas l'aire autrement que de devenir amoureux de sa nièce. Blanche, on le sait, avait pris les devants. Mais Sarah ne lâchera pas sa proie. Le capitaine, promu chef d'escadron, songe àse tirer d'une situation intenable en se faisant envoyer à Uger. Sarah lui im-
m LES PREMIÈRES ILLUSTRÉES.
pose un dernier rendezvous nocturne, qui amène la situation capitale de la pièce.
11 faut savoir que ce grognard de colonel Merlol a pris en grippe le jeune maître Frossard,le notaire de M. de Canalheilles et de Mue de Cygne; aimable et riche, maître Frossard se permet de faire la cour, en tout bien tout honneur à M11* Madeleine, fille du colonel.
Croyant enfermer
les amoureux dans la serre, le colonel a donné un tour de clef et prévenu le général. Quel est le saisissement de celui-ci en surprenant non pas Frossard et Madeleine, mais sa femme et son aide de camp! Un cruel soupçon se glisse aussitôt dans l'esprit de ce loyal soldat; soupçon détourné plus que détruit par l'intervention de sa nièce, la charmante et énergique Blanche, qui a surpris le secret des deux coupables. Elle veut sauver l'honneur de son oncle et la vie
du capitaine Séverac. Mais fera-t-elle le sacrifice de sa pudeur de jeune fille? C'est le sagace notaire qui se hâte de déclarer pour elle qu'elle a distingué le bel aide de camp. Comment Séverac repousserait-il, sans compromettre la comtesse, le bonheur qu'on lui offre et qu'il n'osait pas espérer? Le général, toujours soucieux, dit alors à sa femme :
« C'est Blanche qui mit un jour votre main dans la mienne; mettez aujourd'hui sa main dans celle de Séverac! » Et la coupable comtesse obéit, en frémissant de rage et de jalousie, sous l'œil menaçant du général. « Ils mentent tous ! » se dit intérieurement le comte de Canalheilles.
Cette scène émouvante est supérieurement traitée; chaque personnage y prend part avec des sentiments différents et savamment contrastés; c'est là du bel et bon théâtre. A partir de ce point culminant, la cause de la pièce nouvelle était gagnée. Le quatrième acte n'a fait que confirmer et développer encore le succès.
On comprend bien que Blanche, une fois le contrat signé, jugera qu'elle a rempli son devoir de reconnaissance envers son oncle et qu'elle n'ira pas plus loin. Une dernière lutte s'engage entre elle et sa belle tante, lutte dont elle sort triomphante, grâce à son filial dévouement, à sa chaste abnégation. Sarah se reconnaît vaincue. Aussi, lorsque le général lui demande une explication sincère, au nom du bonheur de Blanche, l'épouse adultère se jette à genoux et s'écrie : « Je suis coupable! Jugez-moi, ajoute-t-elle, condamnez-moi ; quelque « châtiment que vous me choisissiez, je m'y soumets ; je l'ai mérité. — En vous « épousant, répond le général, je vous ai dit que vous auriez en moi plutôt