LE VENTRE DE P A 111 S
douce ont des caresses irrésistibles ; M Méhudin cède, elle prend Jean saison cœur, embrasse sa fille et François, puis nepense plus qu'à sauver Florent.
Le coup de théâtre est bien simple, mais cette simplicité même est un mérite, et je veux louer les auteurs — ou l'auteur — d'avoir traité cette situation sans emphase. Par là, M. Zola pourrait soutenir qu'il y ;i innovation ri progrés; cela encore serait a discuter, mais ne chicanons point et disons, puisque nous le pensons, que la scène, très humaine, est très bien faite et très bien écrite.
Comment elle est jouée par M'" Marie Laurent... je l'ai déjà dit. Tout le
monde le sait déjà dans Paris. Il n'y a qu'à répéter le mot de M. de Pêne : sublime!
M. Lacressonnière, M"" Masset-Largilliôre et la petite Breton — une enfantprodige — ont aussi leur part dans le succès.
Voici le dénouement, au
Tableau Final : le Pavillon de la marte-
Bme Méhudin et un policier repentant, Logre, font échapper Florent des griffes de la police, au milieu d'un violent tumulte provoqué exprès par la marchande de poissons, qui engueule le charcutier et un autre personnage, Gavard, type fort amusaut de conspirateur en chambre, à la fois peureux et téméraire.
Cet engueulement est... épique, et c'est charmant de voir M™ Méhudin si gaie en apparence — car au fond elle reste inquiète — après l'avoir vue m terrible et si émouvante. La pièce finit par l'annonce du mariage « du héros et de l'héroïne ». C'est ainsi que « la vertu est récompensée, le crime puni ».
Eh! eh! monsieur Zola, vous avez dit que « le théâtre se meurt d'une indigestion de morale et d'honnêteté ». Mais, avec votre Ventre de Paris, vous augmentez l'indigestion du théâtre.
C'est la faute à Busnach ? Eh bien, Busnach, vous avez raison !
Oui, la pièce du Théâtre de Paris est honnête, morale même, idéaliste qui plus est, grâce à l'acte désormais célèbre de » la grand'mère ». Cet acte met la conscience des critiques à l'aise, car l'auteur, et surtout l'interprète principale,
M,,,e Marie Laurent, ont, par cet épisode si émouvant, donné à l'œuvre une valeur morale et artistique qui en assure la réussite auprès de tous les esprits, même les plus délicats.
Une inspiration dramatique venue du cœur et l'âme d'une mère s'épandant au dehors pour éclairer et échauffer de son rayonnement les âmes de tous les spectateurs, suffisent amplement, grandement, à affirmer une fois de plus la supériorité de l'art idéaliste sur le naturalisme.
Et cela permettra à tout Paris — grands et petits — d'aller voir son Ventre, et surtout d'admirer l'admirable grand'maman Méhudin.
Je ne puis détailler les mérites de chaque artiste : je les loue tous et toutes et nomme les principaux parmi ceux que je n'ai pas déjà nommés : MM. Taillade, toujours grand comédien, Alexandre, Ësquier, Barbe, Chameroy, Tousé (1) ; M°,e Saint-Marc et Mllc Caristie Martel, dont le rôle si important dans le roman est réduit à peu de chose dans le drame, ce que je regrette doublement, car M"c Martel est une artiste bonne à voir et à entendre.
Succès, je vous dis, succès! Et je m'en réjouis pour le théâtre comme poulies auteurs ; pour le théâtre, qui mérite tant l'intérêt par son organisation et ses projets artistiques ; pour les auteurs, car M. Busnach est un rude, un habile travailleur, et M. Zola est — à mon sens — quelque divergence de principes qu'il y ait entre lui et ceux de notre foi littéraire — un grand romancier et un grand écrivain.
Henri de Lapommeraye.
(I) Mort depuis, au cours des représentations du Ventre de Paris.
DISTRIBUTION DE LA CRÉATION
Florent . . JIM